21 décembre 2008

À venir : crèves, des conflits, heurts !

8h27. Bientôt la trêve des confiseurs, et après ?


Je laisse émerger un bout de nez de la couette, juste pour sentir et ressentir les formes sombres qui se profilent. L’an 2009 va-t-il donc nous péter à la gueule, deux cent vingt ans après les grondements révolutionnaires de nos aïeux ? Ça couve… Un signe, un seul, si j’avais à choisir : la virulence, que dis-je, la rage qui imprègne les commentaires d’articles sur Internet. Fossoyer, sans distinction, avant de guerroyer, peut-être…


Contre l’Union européenne dans son dernier acte, le plus ambitieux, jusqu’à prêter à la feue Constitution les plus invraisemblables travers. Débat passionnant ? Passionné, oui, jusqu’à la défécation argumentative. Le nationalisme social des ténors du Non, de l’extrême droite à l’extrême gauche, a caressé dans le sens du poil hérissé une population en quête de sanction du pouvoir essoufflé en place… Tout ça pour quoi ? Un Parti de Gauche de plus, une U.E. à l’élan brisé, un populisme stérile… Et vive la démocratie directe !


Contre les politiques, toujours, malgré la parenthèse aux quelques ardeurs entretenues lors des présidentielles 2007. À droite, on s’organise, à gauche on hystérise. Depuis la parade Royal, celle qui transmue en victoire tout ce qu’elle échoue, rien de constitué, de crédible et d’attractif n’a rassemblé sans bisbille au sein même du Parti socialiste. Alors n’évoquons pas les divergences avec et entre les plus radicales formations. Chacun se croit – pas vrai Besancenot, Buffet, Mélenchon et Artaud ? – le légitime noyau dur que devraient rejoindre les autres, ceux qui s’égarent à éparpiller les voix de gauche !


Et à l’Assemblée, sur quoi s’époumonent-ils les parlementaires de l’opposition ? Les lois sur l’audiovisuel et le travail possible le dimanche ! Rien que ça ! En cette époque charnière de bord du gouffre, ils braillent, tonitruent et obstruent l’étude législative sur ces thématiques non vitales, alors que toute leur énergie devrait tendre à pondre une contre-proposition complexe et convaincante au plan de relance de Sarkozy qu’ils ont si précipitamment écarté d’un facile revers de main. Sans opposition institutionnelle réelle, les mécontents passeront outre, explorant la voie violente, sans concession. Contre le système capitaliste et financier, enfin. On y participe activement, on voudrait y réussir, y posséder comme l’autre, mais on le vomit, on l’exècre, on se repaît de simplistes anathèmes sans relier les tares fustigées au comportement humain, mais en portant sa haine vengeresse sur le mode de fonctionnement. Kerviel, subprimes, Madoff : la tragédie médiatique en trois actes recouvre des dérives face à une légalité. Changer de règles n’évitera certainement pas les avidités prêtes à tout. A chaque fois, un cadre réglementaire est dévoyé pour profiter aux plus malins. Alors on peut doubler, tripler les sécurités… le naturel de quelques rapaces sans éthique trouvera la faille. Une évidence… et pourtant, les airs dénonciateurs portent sur le cadre et non le comportemental. Plus facile de mordre le doigt qui montre la planète satellite plutôt que dynamiter la lune…


Les boules, nous en avons plein nos sapins, mais bientôt de moins chaleureuses se nicheront au fond de la gorge. Alors, oui, j’aurais pu me complaire dans ce no man’s land jouissif de la trêve des confiseurs. Faire dans le gentillet anodin, reposant, qui vide la tête pour mieux savourer l’instant… La plume ne se laissait pas porter, accrochant et bloquant dès que m’oppressaient les myriades de drames personnels, conséquence du désastre économique entretenu par le panurgisme-domino.


Serait-ce l’amorce de l’agonie de nos formes de vie avec quelques soubresauts sanglants des désespérés insoumis ? A suivre… de loin.

04 novembre 2008

La Baraka des USA : Obama !

Bonne chance à cette Amérique qui se redécouvre
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Attractive pour laisser libres ses aspirations.
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Rendons hommage au pays qui s’ouvre
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A l’élan le plus improbable pour nos générations :
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Croire au changement d’ère après cette
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Kaléidoscopique campagne pour victoire nette.

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Osons nous inspirer de ce nouveau départ
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Bénéfique malgré la kyrielle d’épreuves à l’horizon :
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Aride récession, interminables conflits, horreurs sans fard,
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Mais, aujourd’hui, un charismatique ton de saison.
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A nos grand-mères, en émotion : il n’est pas trop tard !

11 octobre 2008

Brêle ce monde !

Regarde bien petit, comme il se courbe ce plat pays : un tango funèbre pour désespérés à qui l’on retirerait le dernier repas. On n’oublie rien de la quête première, celle que l’enfance nous a fait sublimer… mais l’éclusier des espoirs déçus doit faire passer le bon dieu de temps qui nous attrape à la gorge : au suivant !


Je ne sais pas ce que les jardins du casino boursier nous réservent comme pourritures dissimulées, mais l’indignation ne me quitte pas. Quand on a que l’amour de la culbute financière, rien n’a prise que l’obsession de se refaire… L’âge idiot de l’humanité est ainsi consacré, mais ni plus ni moins que pour ceux qui s’acharnent à jouer au Loto. A chacun sa bourse ! Ces gens-là, des vieux bourgeois qui ne veulent surtout rien perdre, aux sanguins excités prêts à en découdre pour enterrer le système, sont-ils si différents ?


Hier, alors que la ville s’endormait, Lugdunum où il fait si bon vivre, je songeais aux paumés du petit matin, ceux à qui la vie n’a pas souri : ce Jef du bas-côté, cette Mathilde aux yeux humides et gonflés, ce Jacky que l’on évite, cette Titine toujours courbée par quelques sacs trop lourds. Que valent-ils au fond d’eux-mêmes ? Doit-on davantage les considérer que les gâtés fils de bourgeois ou les artificielles marquises de la haute, celles qui s’enivrent d’une valse à mille temps ? A méditer sans flancher, juste en attendant de vieillir.


Allez ! Lâchons-nous, que ça explose d’Amsterdam à Knokke-le-Zoute, de Bruxelles à l’île des bigotes, la la la ! en ultime hommage à ce monde moribond. Que la chanson des vieux amants cesse, celle de cet obscur Fernand et de sa Marieke perdus au fin fond de Vesouls, comme ensevelis sous les remparts de Varsovie.


Pourquoi s’en faire ? La purge s’accomplit, les rôles changent, simplement : le lion nouveau bouffera les biches fraîchement reconverties, au grand dam des nouveaux Jaurès. Ainsi s’entretient la parlote médiatique : chacun s’en approche à jeun pour s’en repaître sans retenue. Bulle financière qui nous écrase et libère le gaz délétère.
Alors que Jojo se demande comment tuer l’amant de sa femme Madeleine l’Ostendaise, ses maîtresses Zangra, Rosa et même la Fanette se disputent le bonhomme.


De l’un à l’autre, le même système détraqué qui fait de l’information une manipulation et des relations humaines un marigot. Pour oublier ces pitreries, faut-il viser les cieux via les aériens prénoms de Paris, les encombrés Roissy et Orly ? Avant le départ, cela vaudrait une gueulante truculente à la Brel, un emportement salutaire comme il les ciselait contre les Flamandes et les Flamingants.


Peut-être vaut-il mieux se contenter d’une simple mélodie, une chanson sans paroles qui nous épargne quelque idéologie d’un caporal casse pompons de l’économie.


Où se nichent les cœurs tendres, l’émotion dense de voir un ami pleurer, les bonbons de mon enfance? Les timides retours vers soi offrent à chaque fois des sources régénérantes, comme la bière fraîche à la fin d’une journée de plomb qui nous fait presque nous réincarner : « je suis un soir d’été ».


Quand on a été élevé comme moi, dans la tradition réfractaire, fustiger les bœufs navrants comme les toros imbus ne doit pas empêcher de suspendre de temps à autre ses foudres et d’enjamber les fenêtres, tel un enfant gentiment chenapan.

Rejoindre les filles et les chiens qui se roulent dans l’herbe fraîche, suivre les bergers le long des tracés de transhumance, caresser le cheval rencontré au hasard, suivre dans son intense immobilité la statue sans attaches et se porter en pensées vers ma grand-mère que j’aimais : la princesse disparue de Fontès.


Alors juste un instant, je laisse revenir mes jeunes années et j’imagine que mon père disait : « quand maman reviendra, plus rien ne nous arrivera… » La sienne, la mienne ? Peu importe… C’est Brel qui nous le souffle.

27 septembre 2008

La revanche du pire

L’air gourmand de certains anticapitalistes qui, enfin, tiennent leur revanche après l’évacuation de l’idéologie criminelle qu’ils soutenaient aux temps de la Guerre froide, n’augure rien de bon.


Si, effectivement, le « tsunami financier » (expression d’Attali) emporte l’économie américaine, l’Europe, l’Union européenne plus précisément, n’aura pas d’autre choix que de construire un nouveau modèle de croissance.

L’inquiétude doit nous tenailler si se dessine comme première puissance, dans un premier temps qu'économique, mais pour la suite militaire, un Etat autocratique. La résurgence des nationalismes, des appétits croisés et des virulences provocantes pourrait faire revenir au premier plan une violence étatique que d’aucuns voulaient croire révolue. Lorsque le regard se concentre sur le terrorisme, il néglige les menaces traditionnelles. Une crise financière qui dégénèrerait en crise économique mondiale favoriserait les stratégies agressives.


Que sait-on réellement de l’objectif des pouvoirs chinois, russes, etc. ? Rien, en dehors des postures officielles. La circonstance exceptionnelle d’un effondrement américain pourrait aiguiser des appétits jusqu’alors bien dissimulés.


Par ces quelques réflexions, je n’excuse en rien les dérives capitalistes. Dès le 18 août 2007, j’écrivais, dans mon Journal, sur la crise des subprimes. L’occasion d’insister sur le crétinisme comportemental de certains milieux financiers, avec ses rumeurs délétères et son suivisme amplificateur :


« Parc désert, étendue d’eau paisible, si loin des agitations boursières. Le libéralisme à tout prix, étendu à l’économie virtuelle, connaît sporadiquement ces hoquets, décrochages qui paniquent les détenteurs de titres. On peut être pour le capitalisme, sans réserve, et considérer comme caverneuses les hystéries de la finance mondiale.

Internet a eu sa bulle boursière inconsidérément gonflée pour, un beau jour, ruiner les plus aveugles. Depuis, pourtant, Internet grandit toujours, tel un univers en expansion, et fait la fortune des plus avertis. La marque Google n’est-elle pas reconnue comme la plus chère du monde, avant Microsoft et Coca Cola ? Les pionniers de cette dimension du réseau mondial n’avaient donc pas tort de croire aux potentialités économiques du système virtuel, mais le grégarisme amateur a fait imploser les valeurs attribuées à des milliers de jeunes pousses du Net.


Si on doit pointer l’inconséquence d’organismes financiers atteints de prêtite aiguë, si l’on doit soupçonner les agences de notation des émetteurs d’emprunts, au mieux, de s’être vautrées dans la complaisance, au pire d’avoir masqué les difficultés de ces établissements qui les financent, on ne peut se limiter à la stigmatisation des boucs émissaires qui évitent de s’interroger sur la tare consubstantielle.


Aujourd’hui, toute la complexité des causes des baisses boursières ne doit pas occulter la simplicité dérisoire du suivisme, de l’amplification des rumeurs, de la méfiance soudaine, du chaos cultivé. De vraies grossières ficelles psychologiques qui déterminent, et c’est là le point inquiétant, une bonne partie de la santé économique mondiale. Poupées gigognes non décoratives, plutôt du genre affligeant, où la tête d’épingle incommode le tout.


Comme souvent, ce n’est pas le système qui présente des vices, mais les vices humains qui dénaturent le système. Primaires de Cro-Magnon pour encore longtemps, nous sommes. »

20 septembre 2008

Les Gras Sous

Il est une étonnante contrée qui concentre le pire des comportements humains. Les occupants, durables ou éphémères, s’amoncellent en grappes bruyantes, succombent aux rumeurs, cultivent le panurgisme et en surajoutent dans l’effet d’entraînement vers les cimes ou les abysses.


Je n’ai jamais investi volontairement un kopeck, un franc ou un euro dans cette sphère interlope où gesticulation vaut action, coup réalisé vaut engagement et arrivisme vaut ambition. Je m’en pare comme la plus digne des décorations, là où nombre s’encanaillent à miser sur telle ou telle valeur, participant de fait au dévoiement du capitalisme. Cette contrée, donc, cumule les tares, les innommables et mobilise pourtant les plus puissants centres financiers pour la sauver de sa logique déliquescence. Ahurissant. Comme le coprophile se repaît de sa matière répugnante, la foultitude d’organismes financiers reçoit les perfusions nourricières des banques centrales. Surtout qu’ils poursuivent ce jeu avec tous les produits anonymes.


Mille milliards de dollars : pas une nouvelle insulte du truculent capitaine Haddock, mais l’estimation de ce que va coûter la récupération des déjections titrisées. Quelle autre cause pourrait, à cette hauteur astronomique, mobiliser de tels fonds ? L’environnement en perdition, les populations africaines aux abois, la lutte contre les fléaux naturels, la recherche fondamentale, l’aide à la création ? Non. Tout ça, juste pour quelques centaines de milliers d’obscurs joueurs sur marchés qui s’entraînent les uns les autres dans un infernal yo-yo. Ecoeurant.

11 septembre 2008

Les Faurisson du Onze Septembre

Bien curieuse complaisance du journal Le Monde envers les négationnistes du Onze Septembre. Voilà le type de commentaire qu’il laisse passer sur son site : « Qui a déclenché la démolition contrôlée des 3 tours du WTC ? Il faut beaucoup de naïveté dans les neurones pour adhérer à la thèse du Bunker sophistiqué dans les grottes troglodytes d'Afghanistan ! Eric Laurent et Thierry Meyssan nous ont mieux éveillé la conscience que Le meilleur des Mondes sur la préparation par les américains eux-mêmes de ce New Pearl Harbour dont la mise en scène est Made in USA. » (Jabiru, 11.09.08 à 16h50).


Finalement, le quotidien est à l’image d’un pays qui, juridiquement, a fait son tri entre le révisionnisme insupportable, de facture criminelle, et celui, de bon ton, que l’on peut même aller défendre sur des plateaux-bavoirs de télévision.


Certains confondent l’analyse géostratégique du 11.09, la critique en amont et en aval de l’attaque avec la crétinerie simpliste du complot. L’un des colporteurs de cette fiente intellectuelle, le Jabiru précité, a facilement passé la barrière virtuelle des modérateurs du Monde. Pour cet allumé, bien dissimulé derrière son confortable pseudo, l’attaque contre le WTC et le Pentagone n'est rien d’autre que l’œuvre du pouvoir américain lui-même ! Sept ans après, la crème des cons prospère…


La voie naturelle, si le courage avait quelque droit de cité au côté de leur perversité morale, devrait les conduire à quitter notre univers occidental pour embrasser la cause talibane. Ah, mais j’oubliais : sûrement une bande de Ricains mal rasés ces Talibans. Pignoufs !


Pour prolonger l’imparable logique de ces chevaliers rances : les attentats en Espagne ont, sans aucun doute, été commandés par Zapatero et ceux de Londres par l’empaffé Blair, l’ex croupion de Bush… Et Al Qaida ? Rien qu’un folklore en trompe l’œil…


Ces collabos-là, ceux qui défendent ces thèses, ne risqueront-ils jamais rien sur notre sol ? Nous allons les laisser insulter et traîner dans la merde notre choix de civilisation ainsi que minimiser, voire nier, jusqu’à l’indécence, la responsabilité première des intégristes islamistes ?
Cela m’inclinerait presque à me dispenser de tout sens critique contre l’administration Bush tant il faut se démarquer de ces ordures ordinaires, dérisoires et anonymes. Là, c’est l’instinct civilisationnel qui doit primer toute exégèse des terribles attentats de 2001.

10 août 2008

Le Bonheur, en Gers et en Auch

Premier jour

Auch m’emballe ! Rien à faire : la première impression donnée par une localité vaut celle produite par la vue d’un être. On accroche ou pas.
La préfecture du Gers, malgré sa très modeste taille, offre tous les atours de la ville historique avec espaces majestueux, ruelles imprégnées des siècles précédents et population conviviale, mais qui garde la distance requise.


L’employé de l’office du tourisme a très efficacement comblé nos curiosités, enchaînant les questions pour mieux sérier nos attentes et nous proposer les documents adéquats. Un bon professionnel, tout simplement.


Premier arrêt gustatif à une brasserie-pub servant du tartare gascon : viande, tranche de foie gras et magret de canard pour un succulent trio. Là encore, accueil très agréable, dosé à la juste mesure, l’équilibre pour ne verser ni dans la froideur austère, ni dans le copinage collant.
Notre séjour s’annonce avec tous les attraits d’une belle rencontre dans cette France aux mille visages géographiques.


Aux antipodes, le Tour 2008 est salopé par quelques tricheurs minables. Quasiment coupé de l’actualité depuis quinze jours, je découvre que Le Monde week-end, acheté ce matin, en fait l’un des titres de sa Une. L’un des espoirs du cyclisme mondial, un Espagnol de 24 ans dont il convient d’oublier le patronyme, a vu ses exploits ratatinés au rang de foireuses manœuvres d’un dopé. Aucune clémence : la radiation du cyclisme professionnel doit être à vie et les amendes dissuasives. On peut soupçonner l’équipe entière de n’être pas exempte de similaires saloperies.


Deuxième jour

Matinée centrée sur la découverte de la vieille ville par le biais d’un circuit conseillé. De l’escalier monumental aux quelques pousterles, les dénivelés de marches activent nos mollets. Toujours si peu de monde dans les rues : un vrai confort pour photographier les lieux sans trognes malvenues. Un bien-être qui se confirme : je me sens en phase avec l’atmosphère de cette ville.

Au détour d’une rue gardée par quelques policiers, nous tombons en pleine commémoration de la journée contre le racisme et l’antisémitisme et en hommage aux Justes de France (moins de trois mille personnes) ayant accueilli et sauvé des juifs sous le régime pétaino-nazi. Sobriété du discours du préfet (seul officiel présent, les autres – maire, président du Conseil général – se sont fait représenter) suivi de la sonnerie aux morts, de la Marseillaise et du dépôt des gerbes de chaque corps constitué. 


Grand écart pour l’après-midi musicale : la dixième édition du festival Cuivro’foliz à Fleurance accueille une douzaine de fanfares. De jeunes musiciens déchaînés font très vite oublier la connotation pantouflarde qu’on pouvait avoir de ce type de groupes. Les textures varient : du jazz au rap, du métissage des genres aux improvisations collectives.


Nous entrecoupons les musicales prestations, un tantinet déjantées, par le concert d’un organiste, plutôt doué, dans la cathédrale Sainte-Marie d’Auch. Né en 1974, l’artiste a obtenu une médaille d’or dans cette pratique à dix-neuf ans : performance remarquable pour les connaisseurs.
A Fleurance, le soir : du bon enfant un peu chargé en alcool. Nous nous éclipserons avant le crépuscule et son Poivrot’foliz.


De retour au bercail du Robinson, emplis de sons et de boustifaille.


Petit détour, avant l’extinction des feux, vers Le mendiant ingrat de Bloy, dont la personnalité me partage de plus en plus. Courageux engagement pour défendre le lynché Laurent Tailhade, mais exaspérante posture de quémandeur à œillères religieuses. Parfois l’envie de l’étouffer par un trop-plein d’hosties pour qu’il dégorge d’un coup cet obscurantisme, si véhément soit-il.


Troisième jour

Nouvelle escapade-découverte : la matinée sur les pas d’Etigny, un intendant d’Auch du XVIIe siècle ayant particulièrement embelli la localité ; arrêt déjeuner léger au café-brasserie d’Artagnan (autre immense figure de la Gascogne), puis visite de la cathédrale Sainte-Marie. Même agnostique, je reste admiratif de l’abondance artistique d’anonymes portés par la foi. La douzaine de chapelles qui jalonnent le pourtour de l’édifice religieux, comme autant de niches somptueuses dédiées à la spiritualité, rivalisent d’apparats ayant mobilisé les plus nobles arts. Quant au chœur, il se présente comme un confortable ovale délimité par un gigantesque paravent de chêne sculpté en hommage à de multiples figures mythologiques et religieuses. Encore une merveille de l’art catholique.


Pour la suite, passage dans trois villages du grand Auch dans lesquels nous semblions être les seuls touristes à fureter le bon angle, la belle vue, dans les ruelles escarpées : Montaut-les-Créneaux, Castelnau Barbarens et Pessan. Pas du transcendant esthétique, mais de relaxantes balades avec ma BB.


Retour aux saveurs culinaires à La Table d’Oste… Le tourisme vert a décidément du bon lorsqu’il flirte avec les mets locaux : une planche des spécialités arrosées d'un rouge régional. Une partie de la conversation sur le nouvel éloignement d’avec Alice : ma BB me conseille de la rappeler et de l’écouter. Soit. La démarche affective pourrait dépasser le contentieux existentiel. Je n’ai d’ailleurs jamais remis en cause son terrible témoignage. Je n’éprouve pas cette haine absolue de Heïm, mais ne réprouve pas qu’elle la ressente. Voilà le point d’achoppement : qu’elle admette un ressenti autre.

Quatrième jour

8h53. La réforme des institutions a donc trouvé preneur grâce à l’appoint d’une voix : pour les parlementaires socialistes aucun doute, Jack Lang le renégat en est l’incarnation.


Dépité, aux Quatre vérités sur France 2, le souverainiste Dupont-Aignan dit « ne rien regretter de son vote contre ». On ne perçoit pas bien ce que son vote pour aurait changé ! Commentaire nul et non avenu.


13h10. À nouveau sur la place de la Libération pour un rapide déjeuner (nos premiers sandwiches) avant de prendre le bus 4 qui nous acheminera, grosso modo, vers notre Grande Punto via l’hippodrome. La promenade le long du Gers, après quatre kilomètres sous l’astre brûlant, nous a décidés à un retour motorisé.


18h56. Le calme rural de la Baïse en kayak : activité réussie pour l’après-midi. Hormis une famille de touristes étrangers, nous ne croisons personne sur le tronçon sis entre deux barrages. L’eau paisible présente divers obstacles végétaux facilement contournables.


Sur le trajet routier pour nous rendre à Beaucaire, lieu de départ des embarcations, deux découvertes nourrissent mes charges contre l’univers routier.


Côté grotesque : un panneau jaune triangulaire alertant de la présence… d’arbres le long de la route ! Le Gers a conservé le charme de certaines départementales habillées de platanes en enfilade. Dans d’autres coins, des autorités administratives ont décidé l’éradication des arbres majestueux qui avaient la sporadique, mais criminelle habitude de couper la trajectoire d’automobilistes sortis du tracé d’asphalte. Alors, hop ! on coupe ! Ainsi, les chauffards ronds comme des queues de pelle et les jeunots en mal de sensations fortes peuvent perpétuer leur délinquance routière. Ici, dans le Gers, on a trouvé la voie médiane : conserver l’esthétisme, mais faire prendre conscience aux égarés et aux tarés de la route de cette imposante présence IMMOBILE ! A quand les panneaux qui alerteront les mêmes décérébrés du possible passage d’autres véhicules sur la même route qu’eux ?


Côté symbolique : une silhouette sombre en bord de route, signalant aux consciences le trépas anonyme d’une des leurs, est comme guillotinée à la moitié du torse, ajoutant à l’incarnation une seconde mort, mais privant l’objet de sa forme humanoïde. J’ose espérer que ce ne soit pas le méfait d’un conducteur enragé par ce rappel à la prudence vitale.


Rien à dire sur les autochtones, jusqu’à présent. Parmi les touristes qui crèchent au Robinson, en revanche, un spécimen de sans-gêne, de lourdaud m’as-tu-vu qui me contraint à sortir un instant de la quiétude.


Après 23 heures, le gus au portable greffé ne trouve rien de mieux (je le découvrirai en sortant l’interpeller) que de laisser la lourde de sa piaule ouverte et de déambuler dans le couloir (le système d’éclairage est basé sur la captation des mouvements) pour bien faire profiter chaque hôte de ses fadaises, inepties, insondables débilités débitées. Après trente à quarante minutes du crétin manège, j’ouvre brusquement notre porte pour lui demander combien de temps allait durer ce cirque. Là que je distingue (sans lentilles ni lunettes) qu’il loge, très temporairement je l’espère, juste en face. Du flou de sa silhouette je retiens le glandu tout de blanc décontracté vêtu, le cheveu lissé en arrière et la tronche imbue. Trois minutes après mon intervention d’hirsute en grogne, le bellâtre fadasse laisse les capteurs tranquilles : le sommeil peut se substituer à l’énervement.


Cinquième jour

Trente-deux degrés à l’ombre prévus pour cet après-midi. Nous passerons la journée à Condom (vagabondage dans la ville le matin, bronzage et baignade au centre de loisirs aqualudiques de la Ténarèze pour la suite) et la soirée à la ferme de la Gouardère (à Roquelaure) pour un repas champêtre avec trio de jazz. Des vacances encore, en somme !
Le journal télévisé de ce matin rapporte le cas d’un nouveau décès d’enfant (une fillette de deux ans et demi) oublié dans une voiture. Un cadre d’Aréva serait le père plus que négligent. Parmi les commentaires recueillis, celui, ahurissant, d’un collègue de travail : « c’est malheureux, mais cela peut arriver à n’importe qui » ! On nivelle pour justifier le criminel comportement.


Un peu décevant, le dîner champêtre. Un menu trop basique pour son coût, un groupe sans flamme, jouant de leur instrument comme on va au boulot, compétents mais pas transcendants, une assemblée sage, de ce fait. Tout de même, à notre table : des ch’tits pur jus pour égayer l’ambiance.

Sixième jour

Du gris au ciel, ce matin, comme pour sonner la fin des distractions. Nous poursuivons, même sans soleil, jusqu’à la dernière miette.


Profiter du ciel bas pour mitrailler en noir et blanc les sites visités. Charme du clocher hélicoïdal de Barran : l’illusion d’un mouvement qui l’élancerait plus haut vers les cieux. Toujours le confort de lieux non surchargés en présences humaines, permettant les plus panoramiques perspectives à impressionner sur pellicule.


A Bassoues, après nous être élevés à plus de quarante mètres sur la plate-forme circulaire du donjon, nous nous restaurons sur la moyenâgeuse terrasse animée par un trio enchanteur de serveuses au souffle entraîné. Pour ces longueurs de tablées combles, elles se coordonnent avec bonne humeur dans un ballet de services improvisés au gré des attentes.


18h28. Passage à l’antre des tentations, la Maison de Gascogne à Auch, pour divers produits liquides, solides et semi… pour nous ou pour offrir.


Nous nous préparons pour nous rendre à la meilleure table du Gers (selon Le Routard) : Le Jardin des Saveurs à l’Hôtel de France. Quintessence gustative à l’horizon… avant le retour au bercail lyonnais et à notre nid (qui nous manque un peu… juste un peu !).


19h20. Au cœur d’Auch pour cette dernière soirée duale de nos vacances gersoises. Arrivée en avance pour apercevoir quelques bribes des festivités auscitaines, nous finissons au calme sur un banc de la place Salinis. Coin de quiétude avant de butiner les saveurs.



Triste privilège, signe d’une maison en perdition : nous sommes seuls dans la grande et haute salle du Jardin des Saveurs. Impression d’assister aux derniers soubresauts de cette table de renom dans le département, qui a vu s’installer dans ses larges fauteuils nombre de personnes de pouvoir. Bon moment avec ma BB à déguster leurs mets bien dosés.

06 juillet 2008

Pschitt Comique.com

PCC, point le parti communiste chinois, mais le site de « rencontres par affinités culturelles » Pointscommuns.com dont les méthodes pourraient, si ses dirigeants possédaient un quelconque pouvoir, présenter quelque filiation avec l’arbitraire groupement rouge.


Je découvre hier un courriel ahurissant de leur part me sommant de « retirer » un commentaire jugé désobligeant qui aurait eu pour fâcheuse conséquence de les « faire apparaître dans Google sous le texte arnaques et animation sur les sites de rencontres ». Quel pouvoir de nuisance j’aurais !


« L’équipe de pointscommuns », qui signe le diktat, soit dispose de délateurs disséminés sur la toile, soit furète, conduite par une inextinguible paranoïa, en quête des quelques lignes critiques à leur encontre qui subsisteraient. Quelle que soit l’hypothèse retenue, l’action menée s’avère loin de la réactivité nécessaire à une efficace purge tout en s’affichant ridiculement disproportionné dans le contenu de la réaction.


L’objet de leur ire ? Quatre lignes parues le 3 décembre 2007 sous un article publié sur le site AgoraVox. Leur si diffamant contenu ? Des faits : « j’ai participé un chouïa à l’aventure Pointscommuns.com ». Je reste bien sûr modeste dans ma contribution à ce site, n’ayant fait qu’un apport gracieux d’une petite centaine de textes ayant généré quelques centaines de commentaires et ayant été lus par quelques milliers de personnes. Cela reste, j’en conviens aisément, une goutte d’eau à l’échelle du site, voilà qui justifiait la précision familière du « chouïa » pour cette implication.


Cela, visiblement, ne leur suffit pas. A leurs yeux, je ne suis qu’un indigne profiteur qui a « utilisé » leurs services sans payer et dans la seule perspective de me « mettre en valeur ». Les PCCistes apprécieront la condescendance de la fine équipe.


Ce qui constituait l’objet même du site et qui en faisait « un concept intéressant et gratuit » comme je le saluais dans le commentaire incriminé, cachait donc un véritable mépris envers ceux qui décidaient de ne pas faire qu’utiliser leurs services mais, en contrepartie, de nourrir le site de textes. Mon obsession, comme celle, sans doute, des autres PCCistes qui se risqueraient à une toute petite égratignure de la sainte équipe, tiendrait dans l’unique satisfaction d’abuser de PCC pour servir un illégitime désir de gloriole. Voilà ce que le filigrane de ce grotesque rappel à l’ordre révèle.


Ce crime de lèse-PCC, c’est quoi ? Le constat que le succès du site a amené ses concepteurs à faire payer non seulement les simples visiteurs en quête de rencontres, mais aussi les auteurs qui, quoi qu’en pense l’anonyme équipe, ont contribué à la vie de Pointscommuns.com. Imaginez la tronche du site sans aucun texte : elle serait belle la coquille laissant divaguer les visiteurs au gré du vide sidéral d’un site formidablement géré !


Mon constat se poursuit : les auteurs peuvent continuer à pondre pour faire grossir l’avide PCC, mais ne peuvent plus répondre aux courriels reçus (sauf pour les expéditeurs disposant de l’abonnement Premium !) ni entrer en contact privé avec qui que ce soit. Là je développe, en rajoute quelques couches pour bien signifier mon indignation face à l’ultimatum de l’aventureuse équipe : dans mon commentaire initial cela tenait en une inoffensive phrase.


Ce n’est pas, bien sûr, mes lignes qui ont déclenché le courroux des censeurs, mais l’effet googlien produit et ça, je n’en suis pas responsable. La facilité est de s’en prendre à l’obscur rédacteur qu’on va sèchement moucher par une petite leçon bien sentie avec sanction à la clef : la censure d’un texte d’hommage à Ingrid Betancourt (vous me direz, les dizaines de milliers d’autres compenseront !) qui m’aurait permis une fois de plus, l’infâme, de bénéficier du fantastique piédestal de PschittComique.com.


Que l’équipe PCC se rassure : je ne les encombrerai plus de ma vilaine prose…


Dernière minute (13h46) : tentant d'informer les PCCistes-auteurs des pratiques de Pointscommuns.com, les administrateurs ont tout simplement interdit l'entrée de ce site à mon pseudo (Artemus-West). Pitoyable !
21h25 : cet article est paru sur les sites Esprits libres et Come4News. Par ailleurs plusieurs personnes ont laissé des commentaires ici que vous pouvez compléter. Si vous parvenez à contacter des auteurs de PCC, essayez de les prévenir de ces pratiques indignes.

03 juillet 2008

"Viva la Vida", Ingrid !

Hier soir, vers 21h30, sur Internet, la page d’accueil d’Orange se pare d’un titre inattendu : Ingrid Betancourt libérée ! Je vais vérifier sur Google actualité : aucun article sur le sujet. Rumeur de mauvais goût, me dis-je, sans songer que la fraîcheur de l’information n’avait pu laisser le temps de développer ce fait majeur.
Ce n’est que ce matin, par la Matinale de France Inter, que j’apprends la réalité de cette formidable nouvelle. Sa voix claire, affectueuse, d’une douceur maternelle conforte mon enclin pour cette femme. Une Résistante à la Jeanne d’Arc-Moulin, dans une éblouissante synthèse, indéfectible, sure de la noblesse de son engagement, imperméable au cloaque des FARC.
Finalement, l’audacieuse opération du président Uribe, l’inflexible critiqué y compris par la famille Betancourt, est à l’aune du caractère d’Ingrid l’indomptable.
Le terre-à-terre et le prosaïque reprendront vite le pas sur l’événement, mais profitons de cette parenthèse pour, sur le dernier air de Coldplay, s’enchanter de cet instant, en espérant qu’il accouchera de multiples semblables pour tous ceux qui restent sous l’emprise du déliquescent mouvement.
Quarante ans de féroces combats pour une cause diluée dans la criminalité, les FARC s’éteindront après avoir gâché, ruiné, anéanti nombre de vies, car, derrière la flamboyante Ingrid Betancourt croupissent encore des centaines d’anonymes au nom d’une idéologie dénaturée, au remugle crapuleux. Après l’enthousiasme jubilatoire devra s’imposer la justice expiatoire, même si les deux premières têtes de la clique tentaculaire ont connu la sentence immédiate de l’éradication militaire.
Couronnement pour la courageuse libérée si elle accédait à la présidence colombienne, peut-être en se présentant contre son libérateur…
Attendons-la, pour l’instant, dans cette France qu’elle chérit tant, pour quelques moments d’émotion dans les grands médias, comme une icône de l’insoumission à l’arbitraire, affective sans fard pour tous ceux qui l’ont soutenue.
A vous, Madame Betancourt, avec toute mon admiration !

18 juin 2008

Coldplay en vie d'accords

Balade au cœur de la texture harmonique du groupe. Un degré de plus dans l'enivrement musical, la créativité reste de mise sans jurer sur le style, la patte Coldplay. Accompagner en ressentis littéraires l’enchaînement des morceaux.

Life in Technicolor monte en puissance dans un enveloppement de sons. L’arc-en-ciel introductif, la musique avec un appel modulé, l’invitation au voyage du Cemeteries of London. « Singing la la la la… hey hey ». Les sphères s’entrechoquent et l’élévation des sens transcende pour toutes les mises en garde. Appréhension du monde, mais tentative de l’entraîner vers ces notes épurées.


Reprise rythmée de Lost avec une lancinante présence de « Tokatokatoc ! », sans doute une électrique bien manipulée… La cathédralesque présence vocale de Chris Martin balance notre âme dans cette initiation à la mélodie panoramique, mieux : au 360° de présence musicale.


Le nostalgique 42, piano et cordes vocales pour lancer la deuxième partie en percussions et raclements instrumentaux, comme un éclatement paroxystique, cymbales en furie, guitares débridées, touches appuyées… La boucle finale, pour rejoindre la sérénité attristée du début.


Le voyage s’approfondit au Soleil levant : Lovers in Japan. Du sentimental à plein nez. Mon imperméabilité à l’anglais m’ouvre les plus abyssaux vagabondages… Cette superposition, à l’infini, de sons entremêlés, s’enfonçant dans le silence harmonieux, porteur, comme transition vers la phase apaisante du morceau à tiroirs.


Il ouvre finalement vers le Yes, révélateur des zones plus graves de la maître et transparente voix. Toujours une matrice de quelques notes subjuguantes qui lie la mélodie. Rien à espérer de l’univers : juste le contraindre à ces quelques parenthèses d’intime communication. Le second volet du Yes se tapisse de sons électriques et d’un retour inspiré d’aigus de l’interprète aérien.



Les violons prennent le relais pour une coloration enthousiaste : Viva la Vida propose l’éclatement merveilleux des sons, comme un printemps prometteur, résolument optimiste, chargé de projets, quelles que soient les embûches. Poursuivre, y croire d’un cœur vaillant, malgré la fin cadavérique.Violet Hill sonne comme une sentence : l’insouciance ne peut résister aux saletés environnantes, aux désespérances cumulées. Et toujours cet(te) voix-piano pour conclure sans fard, sans décorum.

Strawberry Swing invite à la ronde chaleureuse d’une joyeuse fin de banquet. Les échanges ont été sans concession, mais sans trahison, et la confiance émerge pour construire ensemble, dans une diversité assumée. Allons vers ce monde, celui sous nos yeux, pour l’ennoblir par une attentive présence, sans coup bas, sans égoïsme minant. Coldplay à l’unisson ! 

Death And All His Friends centre sur l’essentiel. Ce message, repris en puissance par les instruments en rythmiques et en relief décisif pour nous faire rejoindre la figure multigéométrique de l’embrasé Coldplay. Ainsi nous quitte-t-il, juste quelques instants, le temps de goûter la moelle mirifique du cœur mélodieux, jusqu’au prochain départ, à l’effleurement d’une touche qui de source coule : PLAY !




15 juin 2008

Unis dans la malignité

La blogosphère bruisse du « Ouf ! Le peuple irlandais a donné une bonne leçon à tous ces technocrates de Bruxelles ! ». Depuis le tonnerre du printemps 2005, rien de viable n’est sorti des refus français et néerlandais. Le camp hétéroclite n’apparaissait d’accord que sur une seule chose : il faut rejeter. Quelle tromperie d’avoir prétendu qu’un Non apporterait un nouveau souffle à l’UE. Les Français n’ont rien vu, les Irlandais ne verront rien.


Bas les masques Mélenchon, Buffet, Besancenot ! Le trio de circonstance se réjouit de l’enterrement, par l’Irlande, du traité de Lisbonne alors même qu’une des principales motivations des Nonistes de ce pays est de conserver coûte que coûte un système ultra libéral jouant sur ce qui peut rapporter le plus. Engranger le maximum de subventions européennes (soixante milliards cumulés, soit vingt mille euros par électeur) – ah ! les saligauds de technocrates qui délivrent cette manne ! – tout en s’accrochant au dumping fiscal qui, avec un impôt sur les bénéfices des sociétés de seulement 20 %, leur permet d’attirer les plus juteuses multinationales, notamment américaines.


Ça, les gauchistes anti-Lisbonne ne veulent surtout pas l’entendre. Seule compte la primaire vengeance contre le choix d’une ratification par voie parlementaire impulsé par un président de la République qui l’avait retenu et annoncé avant son élection.

Ne revenons pas sur les arguments anti-parlementaires qui font de la ratification par le pouvoir législatif une injure au peuple. Nous les avons déjà stigmatisés comme un dangereux populisme qui fait se retrouver copains comme cochons ceux qui s’étripent sur les questions internes.


Face à ce nationalisme social, et comme un magistral pied de nez à l’actualité, il faudrait que la multinationale française Total, société de droit privé dont les bénéfices seraient un « bien collectif » (du Ségolène Royal pur cru), fixe son siège social à Dublin. Cette décision pourrait être justifiée par son PDG comme une conséquence de cet acharnement à rallier tout et n’importe quoi, pourvu que l’immobilisme européen soit consacré. Nous pourrions ainsi, concrètement, jauger la prétendue solidarité des Nonistes français et irlandais. Comme ce serait amusant. Allez, chiche Monsieur de Margerie, juste pour les flanquer devant leurs responsabilités, pontes politiques et électeurs de base réunis !


Comment bénir ce nouvel enlisement de l’UE lorsqu’on se revendique européen ? C’est là toute l’escroquerie des rejets successifs qui, sans l’enthousiasme de peuples et l’engagement de gouvernants, nous auraient laissés entre le charbon et l’acier.


Une donnée simple qu’ont prouvée les trois ans écoulés depuis le Non français : aucun projet de remplacement ne peut sortir de cette clique hétéroclite, aucun traité de substitution ne peut être porté par des élus issus de cette chapelle biscornue et être accepté par les vingt six autres partenaires. Impossible !


Si l’on reprend l’historique des rejets, une constante vaut principe politique : à chaque fois le refus est permis par une alliance de circonstance, incapable de perdurer sitôt la victoire obtenue. Comment peut-on croire qu’une stérilité nationale puisse avoir un quelconque poids, à l’échelle européenne, autre que celui de bloquer tout processus engagé grâce à l’arme divine : l’unanimité.

Le 2 juin 1992, au Danemark, le parti socialiste populaire allié à l’extrême droite permet de repousser le traité de Maastricht. Le 8 juin 2001, les Irlandais (encore eux !) font confiance aux discours de quatre partis politiques, totalisant quatre députés sur les cent soixante six du Parlement, pour rejeter un traité de Nice qu’ils semblent tant vouloir conserver aujourd’hui. Le 14 septembre 2003, forte de son exemplarité budgétaire, la Suède repousse l’entrée dans la zone euro, snobant le laxisme franco-allemand dans ce domaine, et laissant le Parti de gauche et les Verts se faire les mamours de circonstance. Arrêtons le sinistre catalogue qui n’a servi que les ambitions et les stratégies à court terme, portant autant de coups à l’idée d’une union politique.


Alors faut-il abandonner tout changement du fonctionnement des institutions européennes pour lancer cette tant réclamée Europe sociale ? L’absurdité de la démarche des Nonistes saute aux yeux. Comment parvenir à harmoniser vers le haut les règles sociales si l’on ne change pas la cause des blocages décisionnels de ces dernières années ? Tout rejet d’une réforme des institutions nous fait perdre plusieurs années dans l’avancée d’une construction sociale de l’UE. On l’a bien constaté avec les Non français et néerlandais, nous en aurons la confirmation avec le rejet irlandais.


La confusion est grave, ou cyniquement mobilisatrice pour certains irresponsables politiques : faire croire que repousser un projet de réforme institutionnelle va infléchir les politiques mises en œuvre. C’est abuser les électeurs : le fond de la politique européenne est décidé conjointement par le conseil de l’UE et le Parlement sous l’égide du Conseil européen. La Commission, elle, ne fait qu’exécuter ce qui a été décidé, notamment en répartissant les fonds. Ce n’est donc pas dans le traité de Lisbonne, de Nice ou de Pétaouchnock que les Européens vont trouver le contenu politique, mais lors des élections législatives, présidentielles et européennes.


Le paradoxe de cette grogne irlandaise, c’est qu’elle hypothèquera toute application efficace du programme politique qui sortira des urnes en juin 2009 du fait même d’avoir empêché l’amélioration des règles de fonctionnement. Beau résultat !


En outre, la présidence française qui devait lancer divers chantiers passionnants (énergie, immigration, climat, défense commune) mobilisera son énergie à tenter un énième accord sur un cadre institutionnel commun. Que les six mois français ne rayonnent pas ne sera pas pour déplaire à nombre de nos partenaires, mais c’est la crédibilité, voire la viabilité de l’Union qui se poseront. Ne doutons pas, en effet, que les pays émergents n’attendront pas que nous soyons prêts pour lancer leur conquête économique du versatile continent.

A force de vouloir une perfection de traité – entéléchie juridique dont la perception change selon les détracteurs – nous n’aurons peut-être plus grand-chose auquel prétendre. Le nationalisme social fera alors son œuvre, chaque peuple présupposant qu’il sera mieux protégé par son pouvoir national que par des instances européennes inopérantes… du fait même de ces mises à bas successives.


Une proposition : attendons de voir si ceux-là mêmes qui ont appelé, et réussi, à tuer dans l’œuf le nouvel élan européen parviendront à traduire en acte constructif leur défiance à l’égard des détenteurs du pouvoir. Que tous ces donneurs de leçons démocratiques qui prétendent représenter une majorité des plus de 350 millions d’électeurs décrochent une large victoire aux élections européennes. Qu’un à un les dirigeants soient remplacés, via les urnes, par les représentants de leur programme. Une demie décennie pour cette purge ? Et bien prenons-la, si le projet en vaut tant la chandelle…


Et si, finalement, rien ne se passe : aucun changement notable dans les forces politiques en présence, aucune vague idéologique destinée à, enfin ! proposer autre chose, c’est que sera ainsi démontré qu’une large part de leurs partisans sont incohérents ou nihilistes. Cette ode à la poisse des entrepreneurs de démolition perdurera… à moins que, au bout du bout, on mette un terme à ce pacifique projet et que chaque nation reprenne son illusoire prétention de souveraineté paradisiaque.

09 juin 2008

TF1 Sans Poivre


Débarquement programmé de l’institution vicésimale du Vingt Heures, l’attachant Patrick Poivre d’Arvor. Je le revendique volontiers, comme six à sept millions de téléspectateurs, c’est son journal télévisé que je préfère : douceur familière d’une voix, présence chaleureuse pour annoncer les sujets, calme olympien apaisant et incontestable professionnalisme malgré quelques imprécisions langagières qui, finalement, rassurent sur son humaine imperfection. A soixante balais, son intégrité capillaire maintenue vaille que vaille, le Salarié Premier de TF1 est brusquement remercié.


Nonce Paolini imprime sa marque saignante dans la destinée de la première chaîne en virant quelques mastodontes de l’information : après le, certes, plus très jeune Charles Villeneuve, c’est le directeur de l’information Robert Namias qui est prié d’aller renifler d’autres univers audiovisuels.

Dans le cas PPDA, l’une des motivations sous-jacentes de la direction serait la peu appréciée remarque du journaliste lors d’un entretien avec le suractif chef de l’Etat. Imageant son ressenti d’un frénétique Sarkozy embrassant l’Elysée, Poivre d’Arvor s'est risqué, avec le ton bon enfant qu’on affectionne, à faire le parallèle avec un petit garçon excité par la découverte de la place suprême dans le Royaume Politis. Vexation du grincheux Nicolas et pression pour accélérer la fin de carrière du ponte télévisuel.


Rumeur ? Médisance ? Fantasme ? Peut-être. Certaines pratiques antérieures (Paris Match, au premier chef) s’en rapprochent pourtant malignement.


L’audiovisuel comme chose du pouvoir, rien de nouveau sous les antennes et les paraboles, mais bien plutôt au cœur des fibres… politiques. A la censure officielle d’une ORTF aux ordres, aux diktats imposés aux chaînes publiques se substitue, pour le privé prétendument libre, l’insidieuse pression fardée d’une hypocrite proclamation de non interventionnisme.

Pas là pour plaindre le PPDA qui vivra pleinement une retraite en or massif agrémentée de quelques collaborations pépères. Plutôt un amusement, un chouia inquiet, du congru seuil de tolérance du pouvoir exécutif à l’égard de la liberté des médias historiques. Internet contrebalance, heureusement, cette ringarde rigidité de TF1 qui n’assume pas une pique homéopathique de son journaliste vedette.


Qu’elles sont loin les périodes d’affranchissement d’un cathodique hérissé ; l’ère est bien au plasma plat, fade, insipide, dans le rang ! Aux abysses l’indomptable Droit de Réponse – irremplaçable Michel Polac ! – aux catacombes le vitriolé Bébête Show, aux oubliettes les quelques niches non-conformistes qui musclaient le cortex. La chaîne encore leader a fait de sa grille un tamis nivelant où ne passent que les séries ripolinées aux intrigues mécaniques dans leur créneau exploité, récuré même ! où ne sont tolérées que les gentilles pitreries d’un Cauet élevé dans les salles de garde, le tout truffé de quelques confrontations sportives élevées au rang d’événements... sponsorisés.


Alors, quelles que soient les coulisses de cette décision contre Poivre d’Arvor, la texture de la chaîne Bouygues se dévitalise inexorablement : pas grand-chose à retirer de sa petite musique convenue qui ne doit plus être troublée par le moindre frétillement réfractaire.

30 mai 2008

Les meutes sans fin

« Faire son plein ! » En voilà un bel étendard de société de consommation… Siphonner jusqu’au fond la cuve pour remplir son réservoir : le dodu peut alors traîner sa carcasse roulante où l’envie l’exige, sans entrave, sauf celle de trouver les voies à sa convenance. La libre circulation : fondamental pour le sédentaire bipède, pour l’instant encore blanc et occidental en majorité.


Fini l’âge d’or de l’insouciante tétée aux tétines de l’OPEP ! L’émergence des uns contraint le désir des autres… La complexité du phénomène tient en quelques expressions-clefs qui verrouillent toute perspective de baisse des prix du pétrole : demande exponentielle, maîtrise stratégique de l’offre, incertitudes sur les réserves disponibles, spéculation financière. La tambouille écoeure et certains rapprochements révoltent.


Là-bas, des émeutes de la faim catalysent de pauvres contrées : prix insupportables de denrées alimentaires. Une des causes : la part croissante de productions agricoles consacrées à nourrir… des moteurs ! Les adeptes de la Deep Ecology doivent se réjouir : poursuivre ce programme pourrait, en concomitance, limiter la pollution et alléger la planète de quelques millions d’âmes humaines, les vilaines !


Ici, les meutes corporatistes sont prêtes à la surenchère violente pour obtenir les perfusions financières nécessaires à leur survie. Certaines professions souffrent des coups de massue énergétiques. On peut même s’émouvoir de quelques tragiques destins ; mais le politique ne doit pas satisfaire systématiquement les demandes d’aides, d’allègements, de réductions et autres compensations sous peine d’un fatal appel d’air de revendications en cascade.


A toujours tout attendre d’un Etat qui ne devrait avoir comme marge financière que l’apport de la collectivité, on dévoie la liberté d’entreprendre, par définition porteuse de risques. Si tout professionnel au bord de la faillite, quelle que soit la cause, exigeait comme les pêcheurs, les agriculteurs, les transporteurs (de biens et de personnes) que le gouvernement aligne les biffetons, le risque d’implosion du système se préciserait.


A défaut de générosité étatique, certains iraient bien s’emparer des colossaux bénéfices de Total, passant outre les quelques dizaines de milliers de salariés de la multinationale française, les nécessités d’investissements pour assurer l’avenir de l’activité et la fragilisation d’un fleuron de l’économie nationale face aux mastodontes concurrents dans son secteur. La naïveté révolutionnaire, s’arroger l’argent des possédants et tout ira mieux, laisse songeur sur le peu de leçons tirées de l’application d’idéologies spoliatrices.


Les grognes n’en ont donc pas fini de se succéder, voire de se cumuler. Les prix de l’or visqueux sont peut-être le reflet d’un marché « complètement fou » comme le qualifie le secrétaire général de l’OPEP. Pourtant, l’AIE constate : les quatre cents plus gros champs pétroliers – quelle bucolique métaphore, on y gambaderait pieds nus ! – se vident plus rapidement qu’escompté. Cela ne peut qu’amplifier la flambée des prix. Quatre cents milliards de barils : réserves actuelles disponibles des huit pays plus gros producteurs. Quatre-vingt sept millions de barils : production quotidienne en 2008. Le rapport à faire entre ces deux données ne calmera pas les gloutons en carburant, sauf à se résigner, à trouver d’autres ressources ou d’autres modes de fonctionnement.


Encore une fois, la France seule n’a pas grand pouvoir pour résoudre cette crise, sauf à créer l’hémorragie de ses déficits publics. C’est à l’Union européenne d’explorer les solutions : règles protectionnistes, réorganisation des secteurs sinistrés, achats groupés de gazole permettant d’abaisser les prix, etc.


Point positif, tout de même : on n’entend plus les billevesées nostalgiques des eurosceptiques. La tronche de nos agriculteurs et de nos marins pêcheurs si le bon vieux franc avait dû endurer l’envolée des cours du pétrole ! Chaque citoyen européen, dont la monnaie nationale ne présentait pas de gages probants de solidité – plongez dans vos souvenirs, demandez à vos aînés ! – peut louer l’euro à chaque fois qu’il passe à la pompe et remercier l’apparente rigidité de Jean-Claude Trichet. On changera un peu l’air éculé : « C’est la faute à l’euro, si j’suis dans le ruisseau ! La garce européenne m’a laissé seul en peine ! »


Que tous ceux qui décèlent partout et en tout des hausses de prix intolérables (certainement dans les utiles équipements technologiques !), atteintes au fameux et hideux pouvoir d’achat mis en berne par les médias, réfléchissent un petit moment sur ce qui constitue leur consommation. N’est-ce pas plutôt un rééquilibrage des valeurs vers le fondamental ?


A trop présenter l’acte d’achat comme l’exercice d’une puissance souveraine et individuelle, on avait peut-être oublié que se nourrir, se loger, se chauffer et se déplacer n’avaient pas la part réelle dans notre budget : le développement des autres, et notamment des lointains Asiatiques, avant que ce ne soit le tour, espérons-le, de l’Afrique, nous le rappelle cruellement.


A quand la grève des vacanciers se rebellant contre un carburant au coût prohibitif qui freinera leurs pérégrinations ?

17 mai 2008

Mener, Guerroyer, Mourir

Un documentaire de plus sur François Mitterrand conforte mon admiration pour l’homme privé. En outre le parcours tortueux de Fanfan Mité, comme je le surnommais de son vivant, a tout de même accouché d’un occupant de l’Elysée à la stature d’homme d’Etat : pas rien, rétrospectivement, lorsqu’on jauge la texture présidentielle de ses successeurs. La vraie tromperie vient des médias français qui, en 1994, ont feint de découvrir ce destin clair-obscur alors que Le Crapouillot (magazine non-conformiste en vente libre) consacrait dès 1972 une étude fouillée à la vie et aux contradictions du premier secrétaire du P.S.


L’homme a maintenu à tout prix la dignité de son apparence, ne laissant pas les affres de la maladie liquéfier son esprit. Au contraire, dans le drolatique Starko de Karl Zéro, on découvre un Chirac en abandon comportemental, décontraction avec coupe-vent trop large, jean usé, grosse écharpe rouge nouée, petit-chien-à-mémère, pincement des lèvres façon Heaulme et démarche de vieillard égrotant.


La fin de Mitterrand, 9 avenue Frédéric Le Play, n’a pas manqué de grandeur. Son choix de cesser alimentation et traitement, pour ne pas subir une décrépitude des sens et de l’esprit, l’extrême densité avec laquelle il a fait ses adieux à ses proches, ceux des deux familles, d’Assouan à Latche, permettant à chacun d’en retirer l’affection ou l’amour qui lui permette de vivre au mieux sa disparition, tout cela révèle une noblesse d’âme, quelles qu’aient été ses talents carnassiers pour atteindre et conserver le pouvoir. Le pouvoir : passion sur laquelle Madeleine Chapsal l’interroge à l’automne 1995 pour un ouvrage en préparation, autorisée à lui rendre visite dans son dernier0 logis parisien, et que j’accompagne jusqu’au troisième étage, accueillis par un impressionnant gorille en costume. Elle m’appellera, peu après, pour me délivrer son ressenti mêlé d’admiration et de tristesse pour cet homme dans son ultime et terrible combat. « Je souffre comme un chien… non comme deux chiens ! » confie-t-il à son fils Jean-Christophe. Une dignité gaullienne dans cette rectitude finale.

Seul regret : alors qu’il est au pied de l’immeuble bourgeois, dans la nuit du 2 au 3 janvier 1996, de retour d’une clinique qui a informé son médecin que dans la quinzaine suivante le cancer atteindrait le cervelet entraînant cécité, perte du langage et naufrage intellectuel (« Je sais ce qu’il me reste à faire » est la réponse sans ambiguïté de l’indomptable), il se ravise, referme la portière et demande à son chauffeur Pierre Tourlier de l’entraîner pour une dernière escapade au cœur de la capitale de son adoré pays. Refus du salarié qui argue de l’absence de son médecin Jean-Pierre Tarot. Si l’on peut admettre la réaction du fidèle conducteur de n’avoir pas souhaité endosser une telle responsabilité – et si Mitterrand était décédé pendant cette promenade nocturne imprévue ! – on regrette avec lui, a posteriori, de n’avoir pu offrir au vieil homme, décidé à en finir avec ce corps douloureux, ces derniers instants de liberté pour son regard perçant, pour sa culture infinie, pour tout son être avide de vivre cette parenthèse jouissive. Comprenant le message implicite dans le refus du chauffeur, ne pas prendre un risque inconsidéré, il renonce au dernier divertissement et rejoint son troisième étage, dont il ne sortira plus vivant.
Jacques Chirac sera le premier personnage non lié familialement à Mitterrand à venir se recueillir sur la dépouille du feu président, un peu plus de six mois après l’avoir raccompagné sur le perron de l’Elysée. L’hommage officiel qu’il lui rendra sur les écrans révèlera qu’au-delà l’adversaire politique il respectait l’homme d’Etat et admirait l’homme privé. Et politiquement, étaient-ils si opposés ? Mitterrand aux origines droitistes ; Chirac, le cœur à gauche… L’antagonisme s’est surtout exacerbé pour la conquête de la présidence de la République. Relativiser les oppositions passées pour honorer les qualités fondamentales, voilà l’intelligent et sensible geste de Chirac.


Rapprocher les destins pour mieux les distinguer, et s’interroger sur ce qui a permis à Mitterrand de réunir ses deux familles autour de son cercueil, alors que d’autres ne parviendront même pas à rassembler leur famille légitime au complet. Là où Mazarine Pingeot délivre des souvenirs affectueux pour son père, d’autres fustigeront les salauderies délinquantes de leur géniteur. D’Amstetten aux Ardennes, en dérivant par les plats pays, d’écoeurantes révélations édifient sur le néant paternel de ces enfumeurs de réalité, uniquement déterminés à soulager leurs sordides élans sexuels. Mentir, Gueuler, Manipuler.

23 avril 2008

Google-Sarkozy : une histoire d'humour ?

Ai retrouvé ça, du 20 octobre 2007 :


21 avril 2008

Le ramolli mois de "mais !"

La contestation, cru 2008, va tenter, vainement, de se hisser à la hauteur de son aînée quarantenaire. Non point qu’il faille, raisonnablement, trouver une quelconque filiation idéologique entre ces deux ires estudiantines, mais la comparaison instinctive s’imposera si l’ampleur des grognes printanières se dessine.


A ceux qui voulaient mettre à bas le système social des Trente Glorieuses, répondent aujourd’hui les adversaires de toute atteinte aux effectifs en charge de l’enseignement public. Pas d’envolées politico lyriques dans cette défense du statu quo : juste le souci de l’immobilisme, à défaut de pouvoir obtenir un plus-de-dépenses non assuré d’engendrer de meilleures performances.


« Rétablissement des postes supprimés et [de] ceux transformés en heures supplémentaires ; pas plus de 25 élèves par classe ; maintien du BEP et de la carte scolaire ; rétablissement des filières, options et classes supprimé[e]s ; embauche des personnels nécessaire[s] ; régularisation des élèves sans-papiers ; non application du rapport Pochard. » : voilà l’appel de la coordination nationale lycéenne. Pour contribuer à leur mouvement, utile au regard d’acquis déficients, je leur ai signalé, entre crochets, trois belles fautes dans leurs revendications. Juste pour rire…


Un Etat de droite contraint de saisir l’opportunité d’un départ massif à la retraite de la génération qui voulait changer le monde, pour tenter de dompter l’irrépressible abysse budgétaire. Les grognes sourcilleuses de la Commission européenne et le sens de la responsabilité politique l’imposent. Comment insuffler une austérité financière sans toucher aux effectifs pléthoriques de l’Education nationale ? L’initiative reste homéopathique – 11 200 postes non renouvelés sur 1 153 705 personnes (chiffre de 2005), soit 0,97 % de la masse salariale – et pourtant : le « pas touche ! » lycéen émerge et voudrait mettre à profit l’avant saison printanière pour enfler et s’offrir un joli (et bruyant) mois de mai.


Dates prises avec la sphère fonctionnaire pour défiler contre l’Etat politique, mais pour toujours plus de fonction publique d’Etat. Reste à dénicher le prétexte catalyseur : la malheureuse petite phrase désobligeante du ministre Darcos, la prestation intransigeante du Fillon de Matignon ou, délectable paroxysme à guetter, l’écart langagier d’un Elysée sarkozyé. Jubilation des immobilitionnaires, à coup sûr ! Les syndicats tenteront alors la jonction : contrairement aux indigestes pavés de leurs parents, les sages objectifs de la génération 08 peuvent s’accorder avec les à-coups syndicaux pour un ‘tit gain social. Contrepouvoir nécessaire qui ne sortira pas des codes de l’Etat de droit.


A cette sonore et mouvante mobilisation se grefferont les féroces nihilistes, les révolutionnaires en manque de soirs sanguinaires, les casseurs aux barbaries urbaines : la frange saprophyte qui surgit à chaque déambulation estudiantine pour prélever de force son dû, selon le modèle primaire de la consommation sans entraves, et détruire à tout va pour soulager ses poussées d’adrénaline. Souvenons-nous des fins de cortèges anti-CPE et de leurs déjections comportementales.


A l’ennui de la jeunesse soixante-huitarde, embarquée dans une frénétique reconstruction par des géniteurs tout en grisaille, obsédés par l’enfouissement des traumatismes de la Seconde Guerre, répond une envie diffuse des huitards du vingt-et-unième : pérenniser les avantages structurels établis par leurs parents et grands-parents, pour ne surtout pas hypothéquer leur chance d’attraper les petits bouts de gras offerts par une France pas encore tout à fait rance…


Quel grand écart, finalement, et même pas douloureux ! D’un côté, l’ardent désir d’ébranler les institutions et l’économie débridée, allant jusqu’à suggérer sur un mur de la vénérable Sorbonne : « Les avantages sociaux, c’est la mort ». De l’autre, la volonté de préserver, de garantir, de renforcer et d’agrandir un modèle branlant, mais rassurant. En somme, en quarante ans, nous voilà passés des arrhes d’une révolution avortée à l’art d’une dévolution sociale fissurée.


Se situer entre ces deux aspirations, cela semble plus facile pour « un qui balance entre deux âges », comme moi, pas encore né aux temps des barricades ensablées et plus au contact des pupitres depuis quelques lustres.


Une petite mise en garde à la génération lycéenne 2008, pour que ses desseins trouvent une voie politique ; je la puise dans les imaginatives prescriptions que le papy-boom avait inscrit dans ses vertes années, au cours d’un mai chahuteur : « Suppression du droit de vote avec la retraite » (Arcades, rue Corneille, Odéon). Sans quoi, aucune chance que la jeunesse actuelle, minoritaire dans la population française, puisse convaincre les dirigeants de l’exécutif d’aller à l’encontre du mastodonte soixante-huitard à l’aube de la quille.


« Il n’y aura plus désormais que deux catégories d’hommes : les veaux et les révolutionnaires. En cas de mariage, ça fera des réveaulutionnaires » : boutade relevée sur le mur de l’Education surveillée.

05 avril 2008

Vivre Ingrid Betancourt !

Plus de six ans d’enfermement dans l’enfer kaki des FARC. Criminelle, Ingrid Betancourt Pulecio ? Selon la qualification pénale française de la durée de la peine imposée : oui… ou récidiviste invétérée.


Admirable femme qui se meurt de trop de dignité, d’une débordante humanité, d’une fidélité à ses convictions.


Jusqu’à ce 2 février 2002, une douceur de vie à l’irrésistible ascension : entre les bureaux ministériels de Colombie et le prestige parisien de l’Unesco, l’enfance se nourrit du sens de l’autre et favorise la noblesse politique.


Aiguiser sa maîtrise des idées au sein du bouillonnant IEP, là où elle entendra résonner le timbre du chevaleresque, et alors professeur en exercice, de Villepin. S’enrichir des multiples doctrines, des parcours heurtés ou fugitifs, des talents épanouis pour affirmer sa volonté de changer son pays pour qu’il tende vers ce que l’on croit bon pour lui. Voilà l’élan pour la Colombie de cette femme lumineuse. L’engagement politique par le suffrage des urnes : jauger les arcanes de l’exécutif puis tester sa légitimité par la conquête du législatif. Insolente réussite, sans doute, mais qui aurait tant apporté à ce pays en lutte interne si de pseudo révolutionnaires, d’authentiques criminels, n’avaient brisé cet envol.


Dix ans pour son parti Oxigeno Verde, orphelin pour plus de la moitié de son existence. La voie vers la présidence colombienne a violemment bifurqué vers les rives barbares.


Sa résistance première s’est faite sur cette route de Florencia à San Vicente del Caguan, implacable piège. On lui refuse les airs, elle s’obstine à rejoindre son objectif par les terres, si truffées de guérilléros puissent-elles être. Ne pas entacher sa campagne présidentielle par un renoncement en rase contrée. La lumineuse résistante est toute entière dans cet acte : plutôt entravée debout que libre courbée.


Mais, aujourd’hui, les affres puis la mort seraient la seule libération possible ? Atroce épilogue pour un être qui pourraît tant insuffler à son pays… Impossible de s’y résoudre. Lignes passionnées pour espérer une renaissance. Trop de tentatives avortées, de démarches à l’aveugle, d’initiatives éperdues pour ne pas croire encore, et plus que jamais, à sa résurrection au sein des siens.


Que ceux qui la retiennent, elle comme des milliers d’autres otages à ne pas oublier, aient bien conscience du terrible poids d’une universelle condamnation si elle devait expirer sous leur joug.

Dans La mort est mon métier, de Robert Merle, le futur maître du camp d’Auschwitz, alors simple ouvrier en usine, assène son postulat de vie : « On me confie une tâche, et mon devoir est de la faire bien, et à fond. » Il est temps pour eux, aujourd’hui, d'abandonner leur mission, de ne plus être ces barbares consciencieux pour embrasser leur devoir d’humanité.

A Ingrid Betancourt, sans retenue !