Lecture d’une traite
des XLVII poèmes de Ma morte. Pierre Albert-Birot a su extraire de sa
douleur ces vers-larmes qui ont, si fluidement, 95 ans plus tard, coulé en moi.
Il épanche si justement, après la disparition de sa Germaine, beaucoup de ce
que j’endure de l’absence de ma Blandine. Quelques parcelles éparses notées
ici, pièces d’un puzzle en miroir de cet âpre près, intemporel, éternel :
![]() |
| Germaine Albert-Birot - Portrait inachevé |
« II (…) Comme
ils sont tristes en tombant / Les flocons c’est de la jeunesse / Qui meurt »
Aride crachin d’automne
ou scénette ensoleillée du printemps, ma saison est passée.
« III (…) Et tu
es morte / Et moi vivant j’écris que tu n’es plus »
Rester là sans être
tout à fait vivant, mais pas encore trépassé.
« VII (…) Je
suis le grand nous solitaire / (…) Quand j’ouvre la porte comment se fait-il /
Que tu ne m’attendes pas / Non tu es au cimetière »
Dans cet exil
intérieur, isolement volontaire, je te garde au profond de moi, je me préserve
ainsi de l’absence de toi.
« XII (…) Car
moi je ne me sers de la parole / Que pour parler de toi / Tandis que les autres
s’en servent déjà / Pour n’importe quoi / (…) Tu es ma morte et non la leur »
Jusqu’à l’incompréhensible pour autrui, me murer de toi dans
l’inénarrable.
« XVI (…) Et je viens au cimetière moi / Pour te voir
toi / Et quand je reviens à la maison / Cette autre tombe où je repose »
Du Cimetière ancien de la Croix-Rousse à l’appartombal,
d’un Nid l’autre sans espoir de nous revenir.
« XVII
Je suis enfermé dans le mal de toi
(…) Je suis enfoui dans ma douleur »
A m’ensevelir ainsi, l’âme en croix
Je goutte un peu de ton éternelle demeure
« XXIII (…) Tu seras morte maintenant tous les jours
Tant que j’aurai des jours »
Ce quotidien qui désormais ne rime plus à rien
Pétrit à jamais le fatigué vaurien
« XXIV (…) J’ai mis toute ma tendresse / Et tout mon
néant / Dans un seul et long baiser sur ton front »
Oui ! exactement cela, cet élan d’amour dans la salle Tête
d’Or où tu reposais, visage serein, le 9 janvier 2024.
« XXXIX (…) J’ai vu visser le couvercle de ton cercueil
/ Mais on n’avait mis dessous / Que le mort »
Ces huit longues vis et leur capuchon doré parant ton
dernier voyage ; je reste, pétrifié.
« XLI / C’est encor l’écrivain / Qui fait sa coulée de
mots / Pour jouer à l’immortel »
C’est toujours en poète que chavirent les tentatives d’éternité.
« XLIII (…) Tout le reste du temps / Je sais qu’il ne
faut pas t’attendre / Et je me mets à table / Et je ferme à clef / Et je me
couche »
Et chaque matin, avant de refaire le lit, je mets ton petit
oreiller rectangulaire entre les deux miens carrés, laissant l’air frais les
parfumer.
« XLVII (…) Le soir où tu es morte / Je suis mort aussi
/ Mais je suis né le lendemain / Et toi tu es restée morte / Germaine [Blandine]
mon sourire / Je peux naître chaque matin / Mais je garde en naissant / Le goût
de toutes mes morts / (…) Et tant que je vivrai / Germaine [Blandine] mon
sourire / Tu seras une morte en vie »
Ainsi, compagnes perdues, nous vous retrouvons vives,
lumineuses d’exister !



Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire