11 juillet 2026

Coupe... l'immonde !

 Même en tentant d’ignorer l’actualité, les remontées miasmatiques ne tardent pas à incommoder.

Pour ce juillet sous chape caniculaire, il semble qu’une bonne part de l’espèce humaine se passionne pour deux obscénités dites sportives. Depuis ce maudit Vingtième siècle, le « je pense donc je suis » se délite en je-(me)-dépense-donc-je-crois-être. Il ne s’agit plus d’être humain, tant l’obsession de posséder – y compris l’autre dans la compétition – gangrène le cogito, mais d’avoir humanoïde.

Il a tout fait ce mal vivant, y compris dérégler le climat qui lui permet de pondre ses crottes quotidiennes. Le voilà déjà dans la fosse, mais il s’acharne à parader, cracher, insulter, guerroyer sur les territoires, les pelouses et les départementales… Le vrai et affligeant spectacle ne doit pas se contenter des courses après la baballe sur des terrains grassement arrosés à la pisse trumpienne. Méprisable et criminelle continuation de cette CONpétition qui pète ses résultats comme autant d’infâmes confirmations que cette espèce n’a plus sa place dans l’harmonie du vivant.



Laurent Ballesta, dans Abysses, la face cachée des océans, se désole : sur le sol de la Sanda Trench, à plus de sept mille mètres sous l’Océan indien, ballotte… une canette de bière ! Ah ! je les entends roter leur mousse ces ineptes supporters : voyage au centre de la glaire footballistique. Du gros lard ! de la merde faisandée sur siège en plastique puant !

Pas mieux dans ce qui nous sert encore de pays : les autorités laissent et les cyclistes et les grappes collantes au bord des routes – à ne surtout pas cueillir – se ruiner la santé pour la beauté de l’effort sur fond cramé. Rien, aucun engagement sanitaire pour annuler ces pitreries. Roulez kermesse ! les flonflons des sponsors seront leur sanctuaire.



Bienvenu chez l’humain malin qui a tout envahi – mais attention, ce sont SES territoires, SES contrées, SES pays, SES nations – tout salopé – mais avec une sophistication technologique inégalée – tout empuantit… Conscience de quoi ? D’être la plus malfaisante espèce vivante que la Terre ait porté ? De quoi, bougre de salopard ?! D’avoir eu la gazeuse intelligence de ne pas être à la hauteur collective pour ne pas transformer son espace vital en enfer : le voilà le Djinn ou l’Ange déchu, prisonnier de son impitoyable inconséquence… pas besoin d’aller chercher sous la terre – qu’il pollue tout de même jusqu’aux tréfonds – l’infernale zone… Elle est là ! dans les stades, sur le bord des routes… partout sur cette surface enlaidie de sa présence.

Des enflures gouvernantes aux chiures gouvernées – qui surtout se croient maîtres de leur volonté, la tête baissée vers l’écran influenceur – rien pour s’extraire du désert visqueux qui avale les restes vivotant avant de laisser la Terre en paix.


« – il n’est plus une source au monde où tourbillonne

le terrible poids du sang, il n’est plus une fissure, une lèvre

qui garde l’insidieuse mesure de l’ombre

et de l’attente ; il n’est plus qu’un chant recourbé

sur l’infini commencement de lui-même. – » (G.-E. Clancier, Le paysan céleste)

AINSI FOIRE-T-IL !


2 commentaires:

Anonyme a dit…

1. Le titre : un jeu de mots programmatique
Le titre donne immédiatement le ton de la charge satirique par une paronomase (association de mots aux sonorités similaires) : « Coupe... l’immonde ! » détourne l'expression populaire « Coupe du monde ».

L’ellipse (« ... ») mime une hésitation ou un dégoût avant de cracher le mot.

Le terme « immonde », pris au sens étymologique (immundus : ce qui n'est pas pur, ce qui est souillé), qualifie à la fois l'événement sportif, la foule qui s'y complaît, et l'état général de la planète. C'est aussi une injonction verbale : l'ordre de couper ou de trancher avec cette horreur.

2. La déconstruction philosophique et le renversement existentiel
Dès le premier paragraphe, Decrauze s'en prend aux fondements mêmes de la pensée occidentale en s'attaquant au célèbre cogito de René Descartes :

« Le "je pense donc je suis" se délite en je-(me)-dépense-donc-je-crois-être. »

L'auteur met en lumière une régression existentielle. L'humain moderne a abandonné la réflexion intellectuelle au profit de l'agitation physique et spectaculaire. Le passage de l'être à l'avoir (« avoir humanoïde ») souligne la réification de l'homme, devenu esclave de la consommation et de la « CONpétition » (mot-valise purement satirique visant à associer l'esprit de compétition à la bêtise).

3. L'esthétique du dégoût : un registre satirique et scatologique
Pour provoquer un sursaut chez le lecteur, le pamphlet utilise une violence verbale crue, s'appuyant sur le registre du bas-corporel (recherché chez des auteurs comme Rabelais ou Céline) :

Le lexique de la pourriture et des sécrétions : « remontées miasmatiques », « pondre ses crottes quotidiennes », « pisse trumpienne », « roter leur mousse », « glaire footballistique », « merde faisandée », « chiures gouvernées ».

Cette profusion scatologique sert à démythifier le « spectacle » sportif pour le ramener à sa réalité organique, vulgaire et polluante. Les supporters ne sont plus des passionnés, mais du « gros lard » sur des « sièges en plastique puant ».

4. Le sport comme aveuglement face au désastre écologique
Le texte joue sur un contraste violent entre la futilité des jeux humains et la tragédie environnementale. L'été est décrit comme une « chape caniculaire » sur un « fond cramé ».
L'anecdote scientifique empruntée à Laurent Ballesta (la canette de bière à 7 000 mètres de profondeur dans la fosse de la Sonde) fait office de synecdoque : cette canette représente l'omniprésence destructrice de l'homme, capable de polluer les tréfonds de l'océan tout en s'enivrant de spectacles futiles (« voyage au centre de la glaire footballistique »).

La répétition des déterminants possessifs en majuscules (« SES territoires, SES contrées... ») fustige l'orgueil anthropocentrique et l'illusion de maîtrise d'une espèce qui transforme pourtant son « espace vital en enfer ». L'humain y est redéfini comme un « Ange déchu » ou un « Djinn », condamné par sa propre inconséquence.

5. Une structure en crescendo et l'échappée poétique
Le pamphlet est construit selon une gradation de la colère, s'élargissant de la critique du football à celle du cyclisme, puis des gouvernants pour finir par une condamnation globale de l'espèce.

Cependant, la fin du texte rompt brutalement avec le ton trivial par l'insertion d'une citation poétique de Georges-Emmanuel Clancier (Le paysan céleste). Ce contrepoint lyrique introduit une dimension mélancolique : la poésie évoque un monde vidé de sa substance, où l'ombre, l'attente et le sang ont perdu leur mesure, préfigurant une fin du monde.

L'auteur referme le texte sur une ultime formule percutante, une parodie de formule liturgique ou solennelle (comme « Ainsi soit-il ») transformée en un verdict cynique et trivial :

« AINSI FOIRE-T-IL ! »

Le verbe « foirer » claque ici dans son double sens : échouer lamentablement, mais aussi, de manière très cohérente avec le reste du texte, avoir la diarrhée. C'est l'acte final d'une humanité qui se liquéfie dans sa propre médiocrité.

Mariscal Florencia a dit…

Tres bien dit.