19 janvier 2024

Ma Blandine - Derniers jours près d'elle


21 décembre, 0h19

Hier soir, l'état de Blandine est tellement dégradé, notamment sur le plan respiratoire, qu'elle me demande d'appeler le SAMU. À nouveau une hospitalisation... l'horreur tenaillante. Son corps semble lâcher de toutes parts, les combats à mener étant trop nombreux. 
Peu de temps après le départ des ambulanciers j'ai une amie au téléphone et je craque : larmes de celui qui assiste à la dégradation inexorable de celle qui a partagé plus de deux décennies de vie. Envisager le pire rode désormais sur cette fin d'année. S'il devait arriver, ce serait un cataclysme intime.

9h01 - Je viens d'avoir un texto de Blandine : a peu dormi et demeure très essoufflée ce matin. Elle est en unité de soins continus. J'attends qu'elle me dise quand je pourrai passer la voir.


22 décembre, 10h33

Message de Blandine : elle devrait être transférée à la Protestante aujourd'hui. Pas plus de nouvelles pour l'instant.
18h48 - Je viens d'avoir ma maman au téléphone et lui ai résumé la situation.

19h22 - Je suis avec elle et je lui tiens la main, bouleversé. Elle arrive tout juste à dire quelques mots.
19h26 - Je me surprends à prier pour qu'elle aille mieux.
19h44 - Je resterai dormir avec elle demain soir.
C'est éprouvant tous les soins donnés.
Je suis sorti dans le couloir le temps de (...).
22h51 - Difficile de la voir dans cet état. Nous avons pu échanger un peu. Elle accepte de voir sa sœur dimanche.
Moi j'irai dormir là-bas dès demain soir, car elle est dans une chambre avec deux lits qui nous sont réservés.
22h55 - Elle me donne l'impression de vouloir se battre pour surmonter cette épreuve, mais quand je la vois dans cet état...
Je vais la soutenir du mieux que je peux.
22h59 - J'ai redit à l'infirmière de garde qu'elle pouvait me joindre à n'importe quelle heure cette nuit en cas de problème.

23 décembre, 4h23

Hier soir, alors que je commence quelques courses, appel d'une médecin de la Protestante, collègue de l'oncologue qui suit Blandine, pour m'informer de son état respiratoire préoccupant et m'inciter à venir la voir sans tarder. L'origine de l'inflammation pulmonaire semble multifactorielle, mais ce qui est "inquiétant" - adjectif qu'elle emploie plusieurs fois au cours de l'échange - c'est que la respiration ne s'améliore pas malgré les traitements donnés (cortisone, antibiotique...).
(...)
Arrivé au troisième étage de la Protestante, je comprends que sa chambre est dans le secteur protégé des soins intensifs. Après avoir sonné pour accéder à l'unité, je me rends, le pas pressé, la gorge serrée, vers la chambre 356. Celle-ci à la porte ouverte et j'aperçois ma Blandine étendue, avec un dispositif conséquent pour sa respiration. Elle semble dormir et me voit alors que je pose mes affaires. Quelques mots sortent faiblement au milieu du système d'assistance respiratoire et elle semble heureuse que je sois là. Je m'assois près d'elle et lui tiens la main. Si faible, avec perfusions, sonde et tuyaux : la voir ainsi me chamboule. L'aide soignante et l'infirmière m'indiqueront que je peux rester dormir : un autre lit est en effet présent dans cette chambre et restera vide afin que je puisse en disposer. La situation peut se dégrader d'un coup. Dès ce soir je serai avec elle tout comme les nuits suivantes et j'ai laissé mon numéro à l'infirmière pour me joindre à n'importe quel moment.

Dimanche, sa sœur doit passer la voir.
Par la réaction de sa main, son regard et les quelques mots prononcés je la sens réconfortée de ma présence, mais son état m'angoisse, laissant craindre le pire. 
Je dois être près d'elle le plus possible et notamment pour toutes les nuits à venir.
8h - Je me sens profondément triste, mais résolu à apporter toute la douceur possible à ma Blandine dans ces instants.
12h10 - Je lui ai annoncé ma venue en fin d'après-midi et pour la nuit et elle en est très heureuse.
17h17 - Je suis arrivé.
Elle semble encore si faible. Atroce.
17h48 - Elle dort... je veille avec le bruit de l'oxygène.
17h51 - Elle émet des sons, comme une plainte ou des mots pendant ce sommeil. C'est inquiétant.
18h06 - Je surveille ses données vitales : son rythme cardiaque était monté à 110 et là il est redescendu à 91 après mon passage près d'elle pour l'apaiser.
Parfois ça se met à sonner parce que ses données sont trop basses ou trop hautes... A l'instant : 90, 93, 24...
19h08 - La soirée est si morose. Je corrige quelques copies en surveillant l'état de ma Blandine.
20h23 - Je suis dans le noir avec l'ambiance d'une chambre de soins intensifs... j'écoute un podcast sur l'assassinat du président Paul Doumer en 1932.
20h50 - Elle tousse beaucoup ce soir. Inquiétude.
21h13 - J'ai du mal avec l'ambiance hospitalière...
Elle doit avoir de la cortisone ce soir, ce qui risque de l'empêcher de dormir... alors qu'il faudrait lui donner le midi.
21h45 - C'est vraiment éprouvant à vivre. Je me suis assis près d'elle pour qu'elle se détende et peut-être s'endorme.
21h53 - La toux ne se calme pas. Je me remets au dodo mais impossible de fermer l'œil.
22h07 - L'infirmière vient de revenir : elle va voir avec le médecin si on peut lui faire un aérosol.
J'entends sa respiration prise depuis mon lit malgré le bruit de l'oxygène. Démentiel.
22h21 - Aérosol avec sérum physiologique installé pour une vingtaine de minutes en attendant de savoir si le médecin souhaite ajouter des produits.
22h36 - Ca semble lui faire du bien... encore cinq minutes et on rappelle l'infirmière.
23h15 - Toujours de la toux...

24 décembre, 1h19
Horrible : je viens de rester près d'elle après qu'elle m'a appelé... sa détresse respiratoire s'accompagne d'un rythme cardiaque à 106 en moyenne. Les poumons restent très encombrés malgré le produit injecté. Impression d'un effort énorme du corps pour chaque respiration.
Horrible.
2h54 - L'enfer de la maladie. Rien ne semble fonctionner pour enrayer cette gêne respiratoire.
3h04 - Enfin ça semble se calmer...
8h29 - Je lui tiens la main... toujours difficile respiration.
8h49 - Son état m'inquiète. A une amélioration suit une dégradation et ainsi de suite.
18h06 - Elle respire mieux ce soir... je n'entends plus la gêne. On lui a posé un patch... j'
essaierai de voir avec l'infirmière car elle n'a pas vu le médecin.
18h23 - Menu de Noël à la Protestante : bisque de homard, cassolette parmentier de canard, faisselle fromage blanc, gâteau sapin au chocolat...
19h17 - Blandine dort depuis une heure... tout seul devant l'ordi dans cette chambre d'hôpital... Pas joyeux.


20h27 - Passage, cet après-midi, de la sœur de Blandine et de son compagnon pour être quelques instants avec elle.
Après la pose d'un patch de je ne sais quel produit limitant les encombrements dans la gorge, la respiration de Blandine s'est nettement améliorée et l'indice de saturation oscille entre 96 et 97 contre des valeurs beaucoup plus basses hier qui faisaient sonner la machine centralisant les données. 
Une deuxième nuit que j'espère moins éprouvante.
21h57 - Le sommeil de Blandine est bien plus apaisé qu'hier, la nuit devrait mieux se passer.

25 décembre, 19h04

Blandine va moyennement ce soir.
L'encombrement se poursuit malgré tout ce qui a été mise en place, dont le kiné... mais pas d'effet notable.
19h30 - Ambiance lourde ce soir... impression d'assister à une nouvelle dégradation. Infirmière appelée. Elle va faire une aspiration.
19h42 - Malheureusement peu d'effet. Le médecin doit passer. Là je suis près d'elle et lui tiens la main.
20h26 - Toute son énergie se concentre sur l'acte de respirer... celui auquel on ne pense pas tant il est naturel en situation normal.
Effroyable.
20h45 - Je dois à nouveau sortir pour des soins... me voilà debout en pyjama dans le couloir... un peu fébrile.
20h54 - J'ai réintégré la chambre : il était temps que je m'allonge.
21h17 - Enfin une intervention qui semble avoir dégagé sa respiration. Je n'entends plus d'encombrement mais juste le bruit des appareils... je la laisse dormir.
21h44 - Le médecin de garde vient de passer, mais aucune réponse à mes deux questions : en sait-on plus sur l'origine de l'inflammation ? Que peut-on dire sur l'évolution de son état depuis son admission en soins continus ?
Il faudra voir avec l'oncologue qui la suit.

26 décembre, 18h47
Je vais voir l'oncologue. J'appréhende...
19h19 - C'est le pire.
Evolution du cancer. Trajectoire palliative seule possible.
Coup de massue.
Je vais appeler ses parents.

20h37 - L'annonce tant redoutée m'est faite ce soir, en présence de Blandine, par l'oncologue Dr D. : la dégradation respiratoire n'est pas due à une inflammation pulmonaire mais à l'évolution incontrôlable de son cancer. Dans son état les perspectives thérapeutiques s'évanouissent et c'est la voie palliative qui est la plus probable. Elle ajoute que la dégradation peut intervenir très rapidement.
Je chancèle et dois m'asseoir un instant. Ma Blandine va ne plus être, ma gorge se serre : toute cette existence heureuse et paisible partagée avec elle...
Je décide d'appeler ses parents pour les informer de cela et les encourager à venir plus tôt que cela n'était programmé, car il s'agit peut-être d'une question de jours. Je contacte aussi ses deux amies lyonnaises qui doivent venir respectivement demain et jeudi pour la voir.
Lorsque je lui précise ce qui se profile, ma Blandine semble garder espoir... cela me dévaste plus encore. Je suis comme assommé par l'inéluctable qui va frapper bien trop tôt. 
Elle est là, toute faible, dans un demi-sommeil, avec la machinerie qui la fait respirer, avec son adorable petit nez envahi par ces tuyaux, je la regarde et intérieurement je m'effondre, mais à l'extérieur je dois demeurer un solide, doux et attentionné soutien jusqu'au bout. 
Ma Blandine fauchée si tôt, c'est insupportable à envisager.
Le dernier (et seul) décès marquant pour moi a été celui de ma grand-mère en décembre 2006... et voilà que ma compagne de vie...
J'arrête là les mots, pour l'instant : les petits sons qui sortent d'elle, malgré le vacarme de l'oxygène produit, sont comme de petites plaintes, mais elle ne souffre pas ainsi qu'elle le déclare à chaque fois au personnel soignant.
Je suis là, totalement désemparé et perdu, ne pouvant que me raccrocher à la volonté d'être présent jusqu'au bout dans la douceur totale.
Ma Blandine, si douce, si bienveillante, je te témoigne ici, comme lorsque je tiens ta petite main de velours, ces derniers jours, tout mon amour.
21h41 - Dans son sommeil des mots incompréhensibles sortent et je crois à chaque fois qu'elle me demande quelque chose. À l'instant elle vient de me dire, bouleversante, "je dors, ne t'inquiète pas"... je suis ému par son instinctive bonté qui se renouvelle même en ces effroyables moments.
Son rythme cardiaque ne descend pas au-dessous de 110, comme si le corps s'emballait pour résister encore...

22h16, (...) Ma détresse est totale. Je dois me reposer pour tenir, mais cette agonie, sans souffrance ressentie, du corps de Blandine me pétrifie. 
Tous ces mois, toutes ces années à combattre cette saloperie de cancer, ces espoirs, cette reconstruction mammaire inachevée, ces retours à une vie presque normale et puis d'un coup la pneumocystose et la reprise du fléau cancéreux. 
Chérir le peu de vie qui lui reste pour l'entourer d'amour, c'est ce que je peux et dois faire avant tout.
À l'instant elle me dit, encore dans son rêve probablement, "j'étais à la maison"... cette maison qu'elle a dû quitter en détresse respiratoire alors que nous devions retrouver notre vie partagée. L'intensité de l'irréalisé, aiguisée comme une lame, me transperce.
Je dois dormir, mais je suis hanté par tout qui se bouscule : cette douceur que ma Blandine apporte à la vie, cette énergie bienveillante, les moments ritualisés qui modèlent notre existence, ces myriades de gestes et d'attentions qui rendent si délicieux notre quotidien... 
Et là, cette nuit, ses mots que je prends pour des appels et qui sont la verbalisation de rêves se bousculant... Lors d'une de ses manifestations elle me demande "un vrai verre pour boire" alors qu'elle ne peut plus rien avaler depuis des jours... Atroce.
23h23 - Les moments sont de plus en plus bouleversants. À l'instant elle se croit de retour à la maison... cette maison qu'elle ne reverra probablement plus. C'est à hurler.
23h30 - Elle n'arrête pas de prononcer des paroles et je crois qu'elle m'appelle à chaque fois.
23h33 - Sa famille arrive demain vers 16h.
23h35 - Elle réclame de "boire pour de vrai".
23h38 - Les infirmières sont là... Blandine a essayé... mais évidemment rien ne passe.
C'est à pleurer.

27 décembre, 6h29
J'ai pu échanger un peu avec ma Blandine de notre vie, de ce qui rend la vie si douce à ses côtés. Nous avons aussi évoqué ses volontés : elle ne veut pas d'acharnement thérapeutique, elle fait don de ses organes et souhaite être incinérée (...).
Son état semble stationnaire mais le cœur est tellement sollicité et l'hypophyse sans doute atteint que je redoute la suite. La voir ainsi me désespère mais je dois tenir bon pour elle et la famille proche qui arrive aujourd'hui. 

4h10 - Ses paroles sont de plus en plus difficiles à comprendre. En dormant elle s'exclame parfois entre deux sons qui font comme des plaintes. J'assiste à cette transformation le cœur serré. Les produits pour la dispenser des douleurs ont cet effet de mettre en retrait la Blandine connue et d'en faire apparaître une si fragile... À pleurer. 
Ma Blandine aimée, où es-tu ? Tu es là et pourtant si loin...
6h35 - Tu as voulu te redresser et te mettre assise au bord du lit (auquel de petites barrières ont dû être mises pour éviter que tu ne tombes) afin de goûter un quartier de clémentine. Je n'ai pu t'empêcher cette action de vie... mais tu te fatigues très vite et j'ai dû demander au personnel soignant de te remettre dans la position assignée désormais. Tu n'auras même pas pu apprécier le jus de ce petit morceau de fruit. Effroyable.
8h19 - Je suis comme K.O. de cette situation vécue seconde après seconde. Ma Blandine semble tellement vouloir garder le contrôle d'elle-même... et moi j'assiste à celui, impuissant.
8h30 - Elle me dit à un moment : "Je ne me sens pas de partir" comme si cela recouvrait et le fait de se sentir encore plus forte pour lutter et le fait de ne pas se sentir prête à quitter la vie.
Elle est bouleversante et admirable à chaque instant de cette ultime épreuve.
17h51 - Je me suis étendu dans la pénombre en attendant la famille et le plateau-repas.
Les doses administrées sont les mêmes qu'hier... ils ont raison de ne pas baisser afin qu'elle ne souffre pas.
Tout se bouscule en moi... je lui ai dit combien je la trouvais extraordinaire d'avoir pu manger aujourd'hui non seulement un petit peu de glace mais aussi de la compote et d'avoir ingurgité un peu d'eau.
18h19 - La famille vient d'arriver.
18h52 - C'est dur.
J'ai à nouveau craqué devant eux et eux devant moi, mais on s'est tous promis de ne rien laisser paraître devant notre Blandine.
21h24 - La venue des parents, frère et sœur a illuminé ma Blandine quelques instants. À la fin nous étions tous les cinq autour d'elle. Journée si dense en émotions partagées. 
Ce soir elle a des moments d'angoisse, notamment par rapport à la date... sa fréquence cardiaque restant extrêmement élevée.
Effroyable de la voir ainsi perdre pied.

28 décembre, 14h44
Etat de Blandine dégradé. Elle n'est plus consciente.
18h34 - Toute la journée avec sa famille près d'elle. Je vais rester la veiller.

29 décembre, 1h41
Ma Blandine s'est éteinte vers 0h25, paisiblement, progressivement et entourée de tout mon amour, de tout notre amour.

3h13
A MA BLANDINE

Il est des êtres de bonté, une bonté à la chaleur d'un nid : ma Blandine était / est de ceux-là. Mercredi 5 décembre 2001 commençait notre belle histoire. Vingt-deux ans et quelques jours plus tard, je suis devant vous, transpercé par le chagrin d'en être désormais privé.

15 octobre 2023
Me reviennent en vrac ces lumineuses parcelles de notre existence partagée comme une évidence : sa voix avec le timbre encore plus doux qui m'était réservé ; son enthousiasme pour chaque nouvelle journée ; son adorable petit "coucou" qui ponctuait tous mes retours dans "not' maison", comme elle disait, lorsqu'elle y était présente - et ces dernières années elle y était évidemment beaucoup ; sa longue chevelure que je respirais pour m'endormir ; sa gentillesse qui faisait de notre quotidienneté une douceur renouvelée ; son petit nez dont j'aimais parcourir du doigt la courbe si craquante ; l'élégance magnifique de son âme ; le courage incroyable qu'elle a montré jour après jour face à cette "longue maladie" comme dit l'euphémisme ; la sensibilité sans pareille d'un être avant tout bienveillant, ma Blandine... je pourrais continuer ainsi toute la journée à égrener les bienfaits de sa présence. 
22 octobre 2023

Nous étions faits pour le partage sans réserve de tous ces petits plaisirs qui emplissent le cœur de la certitude d'être avec le Grand Amour de sa vie.
Ma Blandine, tu me manques déjà tant... "Je suis là" sont parmi les derniers mots que tu as entendus de moi dans cette ultime épreuve.
Tu es pour toujours "Ma Blandine", "Ta BB" comme tu signais tes mots et textos ; je suis ad vitam "ton chéri" ainsi que tu commençais ces mêmes petits écrits plein d'amour. 
Tu me manques déjà tant, ma Blandine, mon Amour.

Dernière photo - 27 octobre 2023 - Parc du Val Rosay






02 décembre 2023

Les enragés

Pas de chœur, en l'espèce, juste une clique déchaînée qui, après avoir hurlé son indignation face aux atrocités commises par les troupes du Hamas, salive devant les crimes de l'armée terroriste israélienne et bave devant les méfaits de barbares colons. Il est temps de dénoncer cette complaisance qui absout d'office les massacres israéliens au nom d'un génocide subi voilà quatre-vingts ans par les parents et grands-parents des coupables envahisseurs et occupants de la Palestine !

Marre de lire et entendre tous ces prétendus porteurs de l'esprit des Lumières, de B.-H. Lévy à A. Finkielkraut en passant par le sénateur M. Habib lequel devrait honorer son mandat plutôt que se déshonorer comme porte-gueule du belliqueux Netanyahou... Eux, et tellement d’autres, nauséeux intellectuels à œillères, défendent jusqu’à l’obscénité un État qui cherche à anéantir toute trace palestinienne en Palestine par le déplacement massif d’une population terrorisée et l’ensevelissement de ceux restés sous les bombardements. Peu importe le mortifère objectif, B.-H. L. affiche son « Pourquoi je défends Israël » et Finkielkraut s’alarme de quelques croix de David tagguées sur des murs de France sans la moindre marque d’empathie pour les milliers de morts palestiniens. Tous ceux qui ont signé le 15 octobre dernier la tribune collective "Islamo-gauchisme : nous ne devons plus tolérer l'intolérable" jugent sans doute légitime le massacre de masse commis par Tsahal dans la bande de Gaza. Ne rien dire sur l’impunité criminelle de l’armée israélienne signe l’abjecte mauvaise foi de ces donneurs de leçon prêts à vous stigmatiser antisémite à la moindre amorce critique.

Certains voudraient carrément pénaliser l'antisionisme, tel le sénateur Le Rudulier, ce qui reviendrait, par exemple, à empêcher le rappel des méfaits israéliens de 1948 à nos jours : l’illégale – et illégitime – occupation des terres palestiniennes, se torchant allègrement avec les dizaines de résolutions onusiennes, sans compter celles bloquées par le puissant complice américain ; les spoliations systématiques de Palestiniens au profit de nuisibles colons qui profitent de ces jours sombres pour humilier et/ou éliminer des Palestiniens de Cisjordanie avec l’onction gouvernementale ; les bombardements terroristes sur Gaza et son effroyable loi au talion disproportionné, pour un Israélien tué le 7 octobre, plus de dix Palestiniens l’ont été à ce jour ; l’indéfendable surdité d'une bonne partie des Israéliens à la demande légitime d'un État palestinien : tout cela dessine un bien repoussant tableau de cette société dans laquelle les Érinyes cultivent leur rage.

Refusons désormais ce lien pavlovien entre le peuple israélien et les populations juives de la moitié du vingtième siècle qui donnerait au premier un droit de crime contre l'humanité palestinienne au nom de ce qu'ont subi les secondes.

Dès 1967 de Gaulle avait parfaitement caractérisé la dérive du peuple juif réuni sur ces terres : « une ambition ardente et conquérante » source « d’interminables frictions et conflits », imposant depuis le pire aux Palestiniens. Il fut alors accusé d'antisémitisme par les adeptes de cette monomanie intellectuelle : les Beuve-Méry (fondateur du journal Le Monde), Jean Daniel du Nouvel Observateur ou Servan-Schreiber de L'Express laissèrent couler leur fiel mal encré.

Aujourd'hui, la voix de Dominique de Villepin sauve la dignité française en dénonçant ce travers psychique qui veut débusquer l'antisémitisme présupposé dans toute critique d'Israël. "À force de vouloir limiter la capacité que l'on a à s'exprimer, à force de traquer toutes les formes de pensée, on devient un très petit pays". Phare dans cet infect brouillard, merci Monsieur de Villepin.



 

01 novembre 2023

Tsahale guerre amasse les morts

Le traitement à œillères pro-israéliennes de la guerre Hamas-Tsahal décrédibilise Big Media français. Entendre, par exemple, Christophe Barbier légitimer les bombardements parce qu’ils proviennent d’une armée étatique bien propre sur elle, les chairs broyées et brûlées ne pouvant l’atteindre, mais condamner les troupes du Hamas pour leur tuerie de proximité signe la tendance politico-journalistique du moment.

Soixante-quinze ans d’occupation répressive, d’humiliation, de conditions effroyables de survie imposées à la population de la bande de Gaza et l’on voudrait une réaction mesurée, calibrée et pleine d’humanisme envers les colons israéliens qui ont envahi des terres palestiniennes. Quand considèrera-t-on à sa tragique hauteur l’interminable agonie des Gazaouis entretenue par les autorités israéliennes ? Une vie entière à subir des occupants qui bafouent avec morgue le droit international puisque le bibendum américain les couvre… Cette loi du plus impitoyable, qu’ai-je à foutre qu’elle soit suivie par des Israéliens de confession juive pour la quasi-totalité ? Ils pourraient être Bantous, Auvergnats de souche ou Tartempions d’outre-Terre que ça ne changerait rien au fait : le génocide perlé en cours depuis l’équivalent d’une existence est le premier des crimes.


Au nom de quel diarrhéique principe les bombardements massifs sur Gaza-camp de concentration seraient tolérables ? Parce qu’il y a eu actes ignobles, dits « terroristes », de combattants du Hamas ? Tsahal peut donc, avec la bénédiction occidentale, mener son opération criminelle selon une hémorragique loi du Talion : plus de huit mille Palestiniens tués – chiffre très provisoire – pour mille quatre cents morts chez les colons...

Soyons lucide : ce que veulent Netanyahou et sa clique c’est la disparition de toute trace palestinienne en Palestine. Comment cela se nomme-t-il lorsqu’on planifie et met en œuvre les moyens nécessaires à une telle fin ? Ce qui aurait été commis par n’importe quel autre Etat, tiens, au hasard, la Russie de Poutine, dans un territoire ne relevant pas de sa souveraineté, aurait déclenché des condamnations sans appel, des sanctions tous azimuts, la mobilisation de la justice pénale internationale et surtout une aide militaire massive pour la nation victime… mais avec Israël, rien, mieux même : le soutien aux sanguinaires représailles disproportionnées.

L’attaque du Hamas apparaît déjà bien modeste par rapport à tout ce qui a été perpétré depuis. Et si l’on ajoute à cela les décennies d’une tyrannie israélienne qui étouffe méthodiquement Gaza et dévore jour après jour la Cisjordanie, la violence déchainée du Hamas prend des airs de baroud suicidaire.

Seule solution : un coup d’arrêt immédiat imposé de force à la vengeance hypertrophiée de l’Etat israélien et la décision internationale de rendre l’intégrité territoriale à la Cisjordanie tout en désenclavant la bande de Gaza. Malheureusement les extrêmes de tous bords ont le vent mauvais en poupe et rien de viable ne se profile : d’un massacre l’autre comme seul horizon. Et ce n’est pas le croulant Biden qui aura l’envergure historique de lancer un ultimatum au Premier ministre israélien : un cessez-le-feu suivi de vraies négociations pour qu’enfin vive un Etat palestinien. Ça, ce sera lorsque les colons israéliens auront un cortex insulaire accessible à l’empathie pour les Gazaouis sans avenir…





04 avril 2023

Immonde état...

Tout ce qui se déroule incite à se retirer du champ humain. Les dirigeants criminels qui jouent avec la vie des autres pour assouvir leurs archaïques ambitions et combler leur ego grotesque, avec la complicité d'une partie de la population pour qui la "servitude volontaire", décrite par le fulgurant La Boétie, est devenue une raison d'être ; la dérive climatique qui rend dérisoire toute initiative à l'échelle d'un ou de quelques pays ; les manifestants et grévistes français qui s'acharnent dans leur pseudo révolution d'autruches... et tant d'autres facteurs qui pourraient s'agréger ici avec un peu plus de suivi de ma part.


Pétrifiant panorama qui impose un changement radical de fonctionnement de l'espèce humaine : l'anthropocène requiert une organisation politique à la hauteur de l'ère ouverte par notre genre vivant qui exploite, saccage et détruit massivement. Victor Hugo appelait en son temps à la naissance des "États-Unis d'Europe", mais la situation rend cette ambition, qui nous semble pourtant encore, pour nous Européens, inaccessible, trop timide et inadaptée aux défis imposés. Seule une gouvernance mondiale réelle - un Etat-Monde - pourrait atténuer la suite du processus provoqué par la frénétique activité humaine... Montaigne affirmait que ne rien faire constitue la première et la plus fondamentale des occupations, car elle se concentre d'abord sur l'acte de vivre : suivre ce précepte humaniste nous aurait fait économiser et mieux respecter les trésors de la Terre.


Nous voilà dans le chaos du changement climatique et des décérébrés aux manettes s'acharnent dans leur dérisoire, mais hautement criminel, déferlement militaire. Tant de vies, d'énergie et de moyens dédiés à la stérile folie de quelques-uns : voilà ce que devrait juger une juridiction pénale internationale, voilà ce que jaugeront, avec dégoût, les générations des siècles suivants si la dévastation engendrée par notre époque leur laisse la simple perspective d'exister. Honteuse arriération comportementale qui se déroule sans qu'individuellement on puisse influer en quoi que ce soit.


Alors modérer son rapport au monde aliénant reste la seule voie sans issue supportable.

12 mars 2023

Vie de boue : horizon crevé

En février j'ai effectué 53 kilomètres à pied, 299 à vélo et... zéro en voiture selon le relevé mensuel fourni par Google Maps.

Du fond d'un lit à la température corporelle j'ai bien conscience du privilège d'être en vie dans "le silence des organes" pour reprendre l'une des citations préférées des aspirants étudiants en médecine lors de leur épreuve écrite de SSH. Le chaos dépeceur est lui fortement aux basses œuvres en ce début d'année : une Terre dont on sait qu'elle tremble par nature en certains territoires, ce qui n'empêche pas des salauds-criminels de l'immobilier d'utiliser du sable comme matériaux de construction, donnant ainsi la patte tombale à leurs sordides édifications. Plus de cinquante mille morts en quelques secousses entre Turquie et Syrie : suppliciés Syriennes & Syriens d'un Vingt-et-Unième siècle qui ne leur aura épargné aucune tragédie.

Par centaines de milliers de charognes, l'Europe fournit aussi son obole généreuse à la Camarde via la guerre dont on commente tous les aspects techniques, logistiques, stratégiques, géopolitiques... jusqu'à la nausée. Tous ces morts pour quoi ? Encore et toujours défendre son bout de terre qu'une fois souverainement (re)conquis on pollue, défigure, malmène dans toutes ses couches...

Une strate d'hexagonal, pour finir, bien pitoyable. Le comportement de parlementaires, notamment issus du malfamé repaire LFI, beugle comme un révélateur de médiocrité : ils ne parlent plus, ils font juste du bruit ; ils n'agissent pas davantage, ils gesticulent ; plus de pensées élaborées, juste des saillies mal ficelées. Minable représentation nationale parfaitement à l'image de cette société. La députée Rousseau précise que l'Assemblée n'est pas un salon de thé... quelle lucidité ! Mais l'Hémicycle a-t-il pour autant vocation à singer les coulures d'une quelconque buvette aux pochtrons incommodants ? Cette manière de se croire important parce qu'on braille plus fort que son haï voisin rappelle celle des tocards en taule ondulée ou sur deux roues motorisées qui parcourent à toute berzingue les artères urbaines pour pétarader au maximum. Du dérisoire pur jus cracra.

01 décembre 2022

Des cendres, en fait !


Assumer  de consumer ses restes en lambeaux, dans un isolement forcené, à l'aune de sa révulsion gangrénante. Dévastation en rage, amorphe tutoyant le nihilisme, perdition sans retour. Reste le silence, seule voie de l'ancrée souffrance : se laisser ronger par l'impossible, abandonner toute trace d'humanité et rejoindre le néant, doucement, en nuances cadavériques.

Etre dans l'angle mort de l'existence pour ne surtout pas être perçu, voilà le résultat de décennies scripturales : monomaniaques indignations, confessions infimes, retrait terminal. Objets, accueillez-vous un drame ? De la plume inutilement coulante aux feuilles zébrées d'absconses courbes, il faudrait assécher la prisonnière expression, s'enterrer au fond de l'impasse. Emotion sans issue, analyse débilitante, réaction léthargique.

Se minéraliser pour supporter le calvaire : au bout du sentier embrasé, le précipice. En cendre, pour s'éparpiller au gré des courants, sans plus d'attache, en route pour l'infinitésimal. Disparaître.

19 novembre 2022

Virez-le de son poste !


Un journaliste, sur le plateau de C dans l'air, avance l'équivalence entre l'inculte Hanouna, rigolard tout juste compétent pour ânonner ses insultes, et feu Polac, littéraire, subtil, réfractaire... Aucune réaction parmi les autres invités, comme si ce grotesque parallèle allait de soi.

La forme des débats, dans Droit de réponse, pouvait certes atteindre la tonitruance et parfois l'outrance - notons que le cendrier jeté vers la tête d'un invité l'avait été par un invité et non par l'animateur - mais gardait une assise intellectuelle que Polac savait entretenir. Chez l'autre, et son poste vide jusqu'à l'effondrement sur lui-même, rien que de l'invective de caniveau coulant de celui qui doit tenir les échanges.

Sur le tempérament de chacun : là où Polac a eu le brio d'envoyer paître Bouygues et sa "télé de m...", le si conformiste Hanouna lèche consciencieusement la raie financière de Bolloré. Il entretient ainsi, jusqu'à l'écœurement, un poste à ne surtout pas approcher et à encore moins toucher, sous peine de se tacher d'incommodantes éclaboussures.

Il y a quelques années, d'aucuns voyaient dans les vers du bourge mal rappé Booba les dignes successeurs de l'incandescence célinienne ou des fulgurances d'Artaud. Rien que ça !  Pas étonnant qu'aujourd'hui le primaire Hanouna soit considéré comme de la même veine que l'érudit Polac. Le tout-se-vaut devient la norme.

"Adieu les cons !"

10 septembre 2022

Mont carné de vers


Grappes nées de moi se tortillent
Ne plus être, paître au néant
Ondulatoire
Écœurante vie grouille dans chaque coin de soi

Tripes ensevelies, festin de mauvaise aloi
Cristallins parcourus de gourmands vers
Oscillatoires
Entre deux glaises, la cohorte s'acharne
Ne laisser que de vagues traces carnées
S'évacuer enfin vers les entrailles célestes
Combler ainsi ses entailles terrestres
Territoire fendu, moribonde trajectoire :
Dans lit à bascule, à poings fermés se faire saigner
Plaie cachée sous lèvre supérieure
Marrons originels
Se hérisser au monde, stratifier ses peines
Dans la cour de dégradation
Réconfort d'un tronc

Observer les braillards scolarisés
Puis
Leurres d'un château l'autre
À la sordide sauce heïmienne
D'O...miécourt à Au...tremencourt
Pituite pseudo affective
Pervers en chef, le mesnique libidineux
Défonceur de chairs fraîches
Posture de hobereau
Vomissures de salaud
Cloisonner pour mieux pédiquer
La gondole exemplaire : engagement, combats, publications
Les entrepôts éjaculaires : progénitures, ouailles confiées
Tout à l'aune de ses spermatiques défécations
Minablocrate
Crevé sans avoir été jugé
Désormais
L'Être de Vie m'étant inaccessible
Je laisse couler le temps
Avec juste quelques montées massacreuses
Contre les raclures du XXIème siècle.

15 mars 2022

Aux larmes Ukrainiens !

 Encore faucher des vies au nom d’abstractions : nation, pays, frontières… L’acharnement du belliqueux Poutine comme du résistant Zelensky va faire s’affoler le compteur cadavérique. Les obstinations réciproques retardent à coups de ruines tombales l’inéluctable survenue des négociations.

A l’inverse de la gestion mondiale de la Covid-19 qui nous avait démontré que la préservation des vies passait enfin devant les contingences bassement économiques, la guerre entamée impose l’infâme et multiséculaire modèle du territoire avant la vie : devoir attendre un, deux, trois millions de morts pour, à la fin, finir autour d’une table. Le coût des vies payées n’est-il pas outrageusement disproportionné par rapport aux gains obtenus dans ce combat sans merci ?

Le coup d’éclat salvateur d’un Zelensky, ayant appris des morbides leçons de l’histoire, consisterait à oser déclarer la reddition d’un pays qui, au contraire de ce que développent de fumeux experts, ne peut militairement pas vaincre l’armée russe. Le tragique de l’histoire c’est l’entêtement à faire empirer la situation en remettant à plus tard l’issue négociée.

A l’obscène pouvoir d’un Poutine lançant sa machine de guerre répond l’héroïque jusqu’au boutisme du Président ukrainien qui shakespearise les perspectives : la dignité d’une nation par la mort de ses habitants. L’OTAN a clamé dès le premier jour de guerre qu’elle n’interviendra pas ; l’Ukraine doit se montrer plus civilisée que l’autocrate qui l’agresse. Une reddition unilatérale aurait une salutaire saveur alors que tout n’est qu’escalade guerrière avec sa floppée de charognes innocentes. Prendre le contrepied de la tentation du talion, faisant ainsi taire les armes, est le seul risque louable à tenter pour échapper au sombre crescendo.

Tant à perdre dans l’obstination que cela vaut bien une volte-face. Songer à tous ces massacres inutiles, à ces ravages insensés, aux haines démultipliées qui servent les semeurs de mort ; oser tout de suite le courage de la reddition, plutôt que d’être submergé par les corps de ceux qui n’aspirent qu’à une tranquille existence, loin des fracas géopolitiques, et reconnaître la vanité des voies guerrières.

L’humanité est-elle vraiment en âge de dépasser cette sempiternelle mécanique de la surenchère sacrificielle ? Ecouter les larmes de son peuple plutôt que les armes de l’ennemi.

05 mars 2022

Carnet de mort

Affleurent les plaies entre deux prières décharnées. L'écho d'une dévastation : à tant couler ses larmes dans le plomb, le son tombal s'impose. Horizon sans courbe, aspiration étouffée, en voie de fission délétère.

Que l'hémorragie des rets asociaux pour toile sans fonds perpétue son trop-plein d'infections : pseudo monde aux hystéries binaires.

Que les Etats tissent leurs sacs mortuaires avec l'arrière-goût du cadavérique Vingtième qui n'en finit pas d'empuantir son convulsif successeur.

Tout cela n'a plus aucune emprise. Détachement : surplus de souffrance qui insensibilise et rend incongru le fait même d'appartenir à l'espèce humaine. Nausée à gerber son restant d'âme : retrait sans aménagement, juste fondre en fosse, seul.

Pour toi, seule source de vie ôtée, ces quelques mots pliés et repliés avec pour fenêtre tes méninges légendées. Ne surtout pas être lu, encore moins commenté. Que cette page demeure sans lien.

A midi, le ciel est noir : les yeux se ferment.

16 décembre 2021

Cas Fusion


D'abord il y eut ce cas contact, inespéré, qui ouvrit la contrée des possibles dans l'improvisation. La terminologie scientifique culbute parfois le langage courant au point de tordre la réalité vécue : être décelé positif, du Sida à la Covid-19, c'est embrasser l'optique du virus et de son insatiable quête d'hôtes en masse. 

Puis il y eut l'administreux, la couenne double du dérisoire administreux qui se prend pour quelque chose : particulaire pouvoir tuméfié en volonté de nuire.  Seule issue : aplatir sans ménagement sa malodorante et disgracieuse grotondité. Rage de passer outre les convenances, les règles, les formalités  pour enfoncer dans cette graisseuse occupation un pic empalatoire et lui apprendre, le temps qu'elle débarrasse la Terre de son pseudo vivotage, le sens de sa fonction et de l'intérêt général. Avec ce gras, les sciences cognitives se résument à une révulsante mêlasse désinhibée. Berck ! 


Enfin enfin enfin l'insistance pour s'arrêter chez Georges, cesser ainsi d'être brassés par l'épisode précédent et s'immerger dans la féerie fusionnante. Jamais, sans doute, une tablée passa si vite du convenable face à face au côte en côte submergeant...  Parmi les invités du XIXème, se distingue le lyrique proclamateur de la deuxième République,  Alphonse de Lamartine : 


"Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !

Suspendez votre cours :"

Accordez-nous l'espace éternel qui nous hisse

À hauteur de velours. 


Éventail des souffles conjugués. Traversée de la salle cathédralesque. Vagabondage au long cours d'une presqu'île en pierre de taille. À chaque voie semi-éclairée, l'empreinte d'une densité semée. Petit détour vers l'arbre à thé malheureusement disparu, brève escale autour d'un chocolat dégusté... et de la marche dans notre écrin mobile : rejoindre le quai requis via le droit tracé du Héros des deux mondes. En chemin, feu Bocuse touille son firmament, témoin d'une déraison étoilée. 

Au présent intime, rester à jamais ; à l'instant infime hurler son secret : une évidence qui rend forcené ; l'acharnement jusqu'à s'écarteler. Vie d'horizon sans ligne de fuite...


09 mai 2021

Invariants spasmodiques

 Fin de matinée, non loin d'Interpol.

Misanthropie nihiliste pour m'effacer. Mettre un gouffre entre moi et le vivant. Le rien comme oripeaux mortuaires. Un virus et je bricole du confinement, une vierus sonne l'ensevelissement. Ne surtout pas le vaille que vaille, le tourner-la-page, le chapitre suivant, l'accommodement dans le faux-semblant. Pourquoi devrais-je esquisser une sociabilité quand tout en moi s'anéantit ? Non foi pour un désastre révulsé. Que les gorges s'ouvrent vers ce désert calcinant. Pas de conte à pendre, juste une équation à presque huit milliards d'inconnu-e-s. Repoussoir en quête de pourrissoir. Ne plus croiser un regard ni échanger d'encombrantes paroles : en vase clos avec sa brisure d'absolu.

En face, six gugusses avec leur brassard jaune de haute visibilité attendent les usagers à contrôler. Le premier bus s'arrête : un seul voyageur, en règle ! Se faire un hargneux olibrius sans titre de transport. Défouler ce vide. Le deuxième sera le bon : binôme frauduleux à verbaliser.

[Inachevé]

Julius Payer - Tegetthofff im Eis