29 décembre 2024

L'An sans Toi


4 janvier

21h58 – Cœur lourd ce soir, depuis le fond du lit. Ma Blandine n’est plus et une petite boule rouge sombre sur le côté droit de la langue est apparue ce soir, ou tout du moins j’en ai pris conscience. Le cumul me rend apathique, comme assommé par les épreuves.

Quelle va être ma vie désormais sans Blandine ?

5 janvier

22h56 – Je viens de finir le montage de 21 ans de photos de ma Blandine, depuis la frénésie de nos pérégrinations en France jusqu’aux dernières photos prises dans le parc du Val Rosay. La mise en musique, entre les notes d’Eric Legnigni ou de Satie et le violon bouleversant qui termine l’introduction d’un album de Coldplay, avec cette dernière photo prise de dos.

26 janvier

23h07 – En mémoire de ma Blandine je dois faire un recours contre la décision du Parquet de ne pas valider le Pacs in extremis qui n’a pu aller au terme de l’enregistrement. La désinvolture de la motivation du refus s’ajoute à l’obscénité d’une accusation d’opportunisme pour ne pas avoir à payer les droits de mutation : ce n’est pas pour l’éviter puisque de toute façon je ne peux pas les payer… Victime de mon humanisme dans l’engagement aux côtés de Blandine luttant contre la maladie, me voilà soupçonné de mesquinerie fiscale. Rien que pour cela, je dois me battre jusqu’au bout.

Tout dans « not’ maison » est « imprégné » de Blandine, pour reprendre l’expression de son papa prononcée ce soir au téléphone. Ce soir, en vidant l’eau du réservoir du sèche-linge et en nettoyant le filtre je fus submergé par le rappel des consignes que ma Blandine m’avait données pour l’utiliser alors qu’elle-même était déjà hospitalisée. Tout est plaie ouverte pour moi.

Mener tout de front sans chercher à se projeter.

27 janvier

23h33 – Ma Blandine, via un portrait sur la cheminée de la chambre, me regarde. Je n’arrive toujours pas à assumer la réalité de sa disparition. C’est comme un outrage trop profond à la vie.

29 janvier

0h37 – A 0h22 j’ai envoyé un mail à ceux, de mon côté, qui se sont manifestés par leur présence, par un hommage ou une pensée  après la disparition de notre Blandine, un mois plus tard, à la minute près.

Toutes ses affaires laissées pour la plupart telles qu’elle aurait dû les retrouver. Incommensurable tristesse mêlée à une profonde reconnaissance d’avoir pu partager son existence vingt-deux ans durant.

30 janvier

23h07 – Le choix du portrait de notre Blandine pour la plaque qui sera apposée au columbarium semble se porter vers la photo de 2010 que j’ai prise et qui montre son visage se reflétant dans un grand miroir suspendu en pleine nature. On voit donc et son visage et l’arrière de sa tête avec sa chevelure abondante. Si on regarde bien, une trace apparaît sur le miroir juste au-dessous de son œil droit et forme comme une larme… La « mise en abyme », pour reprendre l’expression d’E, touche au plus profond.

31 janvier

5h – Le chauffage à pétrole vient de démarrer. Réveillé depuis trente minutes à répartir les photos sur mon portable dans les albums numériques requis, celles prises pour ma Blandine me retiennent plus particulièrement : l’étal de feutres que je lui avais envoyé afin qu’elle choisisse les couleurs souhaitées pour les Mandalas à colorier ; les quatre hauts bien pliés photographiés sur le lit pour qu’elle sélectionne celui à lui apporter au Val Rosay…

Régulièrement l’angoisse mélancolique serre ma gorge : elle ne sera plus jamais présente en dehors de ces souvenirs et de l’imprégnation de « not’ maison » par les objets et l’écho métaphysique de la vie passée ici. Cette peine ne me quittera plus.

1er février

6h31 – Ce matin une pensée sur le long séjour de ma Blandine au Val Rosay. Tous ces efforts dans l’objectif de réintégrer « not’ maison » : elle avait même décidé d’un parcours dans le parc, vers la fin, qui lui permettrait de monter, en trois séquences, l’équivalent de nos trois étages.

Je revois mes départs, avec toujours ce pincement au cœur déjà serré de la laisser ainsi jusqu’à ma prochaine visite, mais au moins la visée était constructive, son retour ! Et la voilà partie pour toujours !

2 février

6h57 – Ce matin, la douceur suivante me revient : quasiment tous les jours à la maison et lors de la plupart de mes visites à La Protestante puis au Val Rosay, je passais soigneusement du lait hydratant (Nivéa) dans le dos de ma Blandine ainsi qu’une lotion nourrissante sur son crâne et ses petits cheveux épars. Ce moment d’attention physique, de présence caressante contribuait à combattre le mal. Tout cela n’est plus, j’en hurle intérieurement.

3 février

7h01 – Tous les « objets » qui peuplent d’elle « not’ maison » forment comme un nid de réconfort de la savoir présente à travers eux, mais peuvent d’un coup s’ériger perçant jusqu’aux larmes puisqu’ils ne peuvent me la ramener : son coupe-vent avec un de ses colorés longs foulards pour couvrir son cou que j’ai laissés accrochés au porte-manteau de l’entrée ; le dernier ouvrage dont elle avait commencé la relecture, ayant terminé tous les derniers offerts ou achetés, et que je lui avais apportés au Val Rosay – "La Peau de chagrin" de Balzac avec le marque-page à l’endroit où elle s’est arrêtée – reste ainsi sur sa table de nuit ; son doudou, bien sûr, en compagnie duquel elle était lorsque j’ai pris, en 2022, une photo de son visage amaigri par la maladie mais au regard intense qui me fixe et me bouleverse – ce compagnon de combat qu’elle serrait contre elle pour s’endormir, est désormais assis l’une des oreilles posées sur une mini-enceinte pour accentuer sa posture, juste en dessous du portrait de notre Blandine choisi comme incarnation lors de la cérémonie – tous ses vêtements que j’ai soigneusement lavés, séchés, et rangés dans les placard et commode de la chambre ; ce carnet où j’écris, qu’elle avait laissé vierge dans sa table de nuit avec un autre entamé en 2002, au tout début de notre histoire, mais qu’elle n’a pas poursuivi, sans doute parce que la sérénité de notre quotidien n’appelait plus de catharsis scripturale – je me devais donc de donner mes mots de deuil à celui resté vide… et tant d’autres objets...

Au lit, avec ses deux oreillers à mon côté gauche, et elle qui dormait ou sommeillait, combien de fois j’ai rempli des pages de diariste, qu’elles soient de papier ou numériques, et là manque l’essentiel : sa respiration, son adorable visage auquel je pouvais faire un petit bisou pour lui rappeler combien elle me rendait la vie douce…

4 février

7h52 – Posés sur le dessus du frigo, livres, cahiers et notes dédiés à la cuisine, dans la vaine attente que ma Blandine les ouvre et les consulte. Me reviennent tous ces plats qu’elle a concoctés avec amour et que j’ai photographiés au fil de ces dernières années, traces de ces moments gourmands : les verrines aux fraîches saveurs, les poissons grillés ou à la vapeur, les légumes fondants mitonnés ou cuits eux aussi à la vapeur, les viandes sur le gril et leur sauce… ma Blandine, tout de toi me manque, mais « not’ maison » te fait vivre partout. En écrivant ces quelques lignes j’ai ton regard intense depuis la cheminée, toi devant une cascade dans les premières années de notre histoire que je ne pouvais imaginer si prématurément interrompue.

6 février

5h40 – Hier, J a eu quatre-vingt-dix ans… et dire que nous devions nous rendre au Cellier avec notre Blandine pour fêter cela ! Cette absence revient comme une blessure lancinante chaque jour : Blandine me manque et ce combat mené toutes ces années pour devoir partir si prématurément rend la morsure de sa disparition encore plus vive.

22h59 – Séance de pliage de linge propre ce soir avec, parmi les vêtements, une paire de chaussettes de ma Blandine. Le moindre signe de sa présence qui n’est plus me catapulte dans un douloureux vide.

Je songeais ce soir à toutes ces douceurs qui polissaient notre quotidien, comme lorsqu’elle posait sa tête sur mes cuisses pour que je lui caresse les cheveux pendant qu’elle regardait un épisode d’une série partagée.

8 février

Lorsque, la nuit, je me levais pour aller faire un petit pipi, je prenais soin, pour qu’elle ne s’inquiète pas, de le lui dire tout doucement et d’ajouter « je reviens ». La nuit d’avant cela m’est revenu comme un serrement de l’âme à qui il manque une part d’elle-même, et je l’ai sentie allongée dans la pénombre alors que j’étais levé pour cette tâche. Les mots rituels ont failli être prononcés tant je la voulais / sentais là...

11 février

19h51 – Je viens de « nous faire un dodo tout propre » comme aimait à me l’annoncer ma Blandine lorsqu’elle venait de changer housse de couette, drap housse, taies d’oreillers et taie de traversin, avec ces parures de lit qu’elle avait soigneusement choisies pour l’harmonie chaleureuse des couleurs. Tous ces gestes de notre si douce quotidienneté me manquent terriblement. 

La plus authentique façon de la faire vivre est de perpétuer ses gestes, ses paroles, cette onctuosité existentielle qu’elle incarnait. 

A toi…

13 février

16h19 – Les semaines passent mais n’apaisent en rien le manque. 

L’interruption brutale, car même les années d’épreuves laissaient la perspective d’une amélioration ou, au moins, d’une stabilisation, rend la suite éprouvante.

Notre amie M m’a confirmé hier qu’elle avait échangé avec Blandine lors d’une de ses visites au Val Rosay à l’automne 2023. Le souhait de se Pacser était évidemment plein, entier et renouvelé, mais elle ne voulait pas d’un simple enregistrement administratif, rapidement expédié ; elle voulait que ce soit l’occasion d’une fête partagée avec ses proches pour célébrer cette union civile avec moi et son triomphe contre la maladie lui permettant justement de vivre cette chaleureuse consécration. 

Encore un argument en faveur de la réitération de sa volonté de signer et de faire enregistrer ce Pacs que la démarche « in extremis », incarnée par la procuration et le certificat médical, n’a même pas permis d’exaucer. Ne pas le reconnaître comme étant sa volonté équivaudrait à une forme de trahison et d’outrage de la Justice.

15 février

6h13 – Me voilà tellement seul et sans élan pour quoi que ce soit. 

Vivre ce qu’il reste en préservant le bien commun, les affaires de ma Blandine, voilà l’essentiel pour moi désormais.

17 février

23h05 – Visite de maman jusqu’à demain.

Nombreuses évocations de ma Blandine et ce soir je retrouve sur DVD l’enregistrement filmé d’une soirée loto déjantée en 2003 à Saint-Crépin avec ma Blandine… trace visuelle d’elle, de sa voix, de sa présence, de ses gestes… très émouvant de la voir ainsi.

Maman m’explique que grand-mère, après le décès de grand-père, avait laissé ses bretelles pendues à la porte de la salle de bain pour marquer sa présence jusqu’à la fin. Je fais pareil avec ma Blandine et tous ses objets qui la rappellent dès l’entrée…

25 février

12h10 – Je suis dans la sélection des photos pour le papa de Blandine depuis ce matin (à l'instant je commence 2021) et les émotions se bousculent.

12h48 – Larmes d'un coup lorsque je vois sa photo à Fontès avec son parapluie coloré sur fond d'un arbre en fleurs... elle si amaigrie et malgré tout un sourire... son dernier séjour en dehors de Lyon, avril 2023.

26 février

23h33 – Je viens de finir la sélection et le recadrage (pour les verticales) de 1429 photos sur lesquelles ma Blandine apparaît de 2002 à 2023. Elles figureront dans le cadre numérique offert à J samedi prochain pour fêter en large différé ses quatre-vingt-dix ans.

L’émotion qu’il a fallu gérer au cours de cette plongée visuelle dans tout ce que nous avions partagé, dans les adorables tonalités de son visage, dans toutes ses postures saisies par l’objectif, me rappelle combien le chagrin est à l’affût de la moindre occasion pour se rappeler à moi.

Grandira au fil des mois et des années la conscience de sa qualité d’être, de sa bonté sans pareille.

29 février

15h47 – Deux mois après le décès de ma Blandine je suis en partance pour Nantes : 6h30 de train pour retrouver ma si belle famille. Samedi, nous fêterons les quatre-vingt-dix ans de J et l’émotion risque de nous submerger par l’absence de notre « Blandine chérie », expression de son papa.

Depuis avant-hier j’ouvre tout le courrier caritatif laissé en instance par ma Blandine qui donnait aux ligues, associations, instituts, fondations… Je vais conserver un courrier de chaque organisme et leur faire un mail pour les informer que leur donatrice n’est plus. Le dossier « Blandine-caritatif » ouvert pour cela se remplit de toutes les belles traces de sa générosité. Je conserverai également les petits présents (stylos, carnets, cartes…) que certains de ces courriers comportent. Façon pour moi de garder vivante cette dimension d’elle.

20h04 – Me reviennent d’un coup les trajets en train partagés avec ma Blandine, chaque fois ponctués de gestes doux, nos mains tenues, sa tête sur mon épaule puisqu’elle ne supportait aucune activité en transport ferroviaire au risque d’avoir la nausée… Et là, tout seul sur mon siège… encore un coup au cœur.

1er mars

0h19 – La dernière venue de ma Blandine au Cellier s’était faite seule pour le Noël 2022. Me voilà au Cellier sans elle, dans cette chambre que nous avons si souvent occupée. Sans elle dans ce lit… alors que je la serrais tendrement contre moi pour qu’elle puisse sereinement s’endormir. Le manque d’elle mord sans répit.

8h32 – Dans moins d’une heure la visio-réunion avec maître T pour un premier contact avec la belle famille. Pendant que j’écris défile en aléatoire le diaporama réalisé : quelque mille quatre cents photos sur lesquelles figure ma Blandine de 2002 à 2023 : son visage aux différentes périodes de notre histoire me remplit d’elle. Ainsi sur son vélo vers Saint-Tropez, quelques semaines avant que ne tombe le terrible diagnostic ; aux Orres en 2002, une de nos premières photos, avec le tout jeune R à l’air espiègle ; à Parmain en train de feuilleter un bel ouvrage photographique, devant la cheminée sans feu, sa belle chevelure sur le côté ; chez nous, pour ses 39 ans, attablée avec une coupe celtique emplie d’un breuvage doré, peut-être un pétillant de Fontès ; cheveux courts en extérieur, avec un panorama en contrebas, lunettes de soleil ; retour à Parmain, ma Blandine sommeillant sur le canapé, sérénité d’une vie partagée ; à Saint-Michel Chef Chef, je crois, de dos, mais son adorable visage souriant tourné vers l’objectif et dans son regard de l’amour ; vers Fontès, de dos, elle me prend en photo et je porte sur le dos N bébé qui rit au vent ; devant le moulin de Daudet, les cheveux attachés et l’air mi-sévère mi-souriant ; ensemble dans le parc d’un cimetière militaire américain, au soleil, moi avec la barbe, elle les cheveux courts ; avec D et L dans le cimetière de Fontès à se recueillir près du caveau des B ; toujours à Fontès, mais lors de la déjantée soirée festive du rosé, elle danse, moi tout près et le cousin P, lui aussi décédé...

3 mars

7h47 – Chaleureuse journée fêtant les « nonante ans » de J avec ses plus proches dont je fais partie. A-M avait mis bracelet et collier de bois que notre Blandine lui avait offerts.

Je vais lire les quelques courriers qu’elle m’a confiés, écrits par Blandine adolescente, période à vif.

7h56 – Ses vers libres si touchants de bonté et nourris d’absolu. Cette bouleversante symbiose des mots choisis. A dix-sept ans, dans son poème :

« Il y a une femme qui crie en moi

Qui hurle à s’en étouffer

Qui veut sortir du carcan qui l’enferme

Ouvrir les bras très grands

Pour s’épanouir au soleil »

Quarante ans plus tard, C m’envoie un poème de Simone Veil à lire lors de la cérémonie en hommage à Blandine disparue, ce qui sera fait par sa sœur devant l’urne funéraire au cimetière ancien de la Croix-Rousse. Dans cette poésie, ces vers :

« Il restera de toi ce que tu as offert

Entre les bras ouverts un matin au soleil

(…)

Ce que tu as semé en d’autres germera »

Miraculeux, mais le manque d’elle en est d’autant plus évident, et ce carnet en témoigne.

4 mars

13h48 – Les parents de ma Blandine ont tenu à m’accompagner jusqu’au quai et à attendre le départ du train Cellier-Nantes. Si touchant de les voir ainsi et d’imaginer leurs pensées dans ces instants. Prégnante gravité qui leste désormais cette existence.

Comment pouvais-je envisager une suite de vie sans ma Blandine ? Quel sens ! Lorsqu’un de nos proches, A je crois, avait abordé les hypothèses possibles à venir et ce que j’entrevoyais, je m’étais presque fâché qu’on puisse même songer à plusieurs voies possibles alors que l’évidence pour ma Blandine et moi s’imposait : la guérison évidemment ! Etat d’esprit qui ne pouvait souffrir un autre scénario…

19h31 – Il y a deux heures environ, appel des PPF m’informant que la plaque pour l’urne funéraire de ma Blandine est prête. Dernier acte de son inhumation qui se fera en ma présence.

7 mars

23h09 – La pose de la plaque funéraire se fera jeudi 14 mars vers 16h.

Encore cet après-midi, le fait de jeter des denrées d’apéritif, certains périmés depuis 2022, m’a rendu d’autant plus triste en songeant à tous ces moments partagés qui ne seront plus jamais.

La fragilité de nos vies…

9 mars

23h12 – Fin de soirée à ouvrir et classer les quelques dizaines de Charlie Hebdo non lus par ma Blandine. Abonnement évidemment arrêté peu de temps après son décès, plus précisément le 10 janvier 2024, le lendemain de la cérémonie : couverture consacrée au vieil Alain Delon dont le journal satirique se demande qui va le pousser une dernière fois sur les marches de Cannes. L’acteur est poussé au sens fatal dans l’escalier et l’on voit ses dates de naissance et de mort imaginée (1935-2024).

Moi c’est 1967-2023 bien réel qui me crucifie de chagrin…

14 mars

6h46 – Ce jour, vers 16h, je serai au cimetière ancien de la Croix-Rousse pour la pose de la plaque de ma Blandine à l’endroit où son urne funéraire repose. Encore un moment d’intense émotion à vivre et qui rejoindra tous ceux, notamment dans « not’ maison » où je pense à elle, au fait qu’elle ne soit plus que dans mon / notre cœur. Sa présence m’était si précieuse… J’aurais dû lui dire encore et encore, de plus pressante façon. MA BLANDINE, pour l’éternité.

Hier ses adorables parents m’ont appelé quelques secondes alors que je m’apprêtais à commencer la soupe, pour me prévenir que les paramètres de déclenchement puis de mise en veille du cadre numérique étaient de nouveau pris en compte suite à mon aide à distance de la veille. Je leur enverrai aujourd’hui quelques photos de la plaque posée, du cimetière, de cet environnement apaisant dans lequel les cendres de leur fille reposent.

23h23 – La jolie plaque céramique est posée juste en dessous de celle qui devait être là provisoirement et qui finalement a été laissée. Ma Blandine repose juste au-dessus des urnes de deux jumeaux, l’un mort-né le 21 janvier 2024, l’autre au bout de quatre jours. Deux anges tout près de ma Blandine que je viendrai voir régulièrement.

16 mars

21h49 – Soirée en vase clos. Déjà à l’horizontal avec pour seul décor quelques copies à corriger. Blandine me permettait de ne pas sombrer dans la morose perdition : désormais les sables tombaux s’imposent sans trêve.

17 mars

22h – Je me sens tellement dépositaire de tous ces objets et produits que ma Blandine a laissés, sans que rien ne puisse leur faire retrouver un usage. Je reste avec tout cela, comme tétanisé par ce qu’ils portent en eux : telle crème, tel ustensile, tel ouvrage… tout me ramène à ma Blandine sans que jamais je puisse la ramener à moi, en vrai, en réel, mais elle est là en amour…

Dans le dodo « tout propre » du jour, la peine s’exacerbe.

19 mars

23h05 – Ce soir, appel d’A-M pour me prévenir que J était hospitalisé depuis la nuit dernière pour cause de grave gêne respiratoire. Une toux grasse persistait depuis plusieurs jours et là le diagnostic est tombé : de l’eau dans les poumons et autour du cœur – cela rappelle évidemment l’un des maux de ma Blandine qui avait dû subir des ponctions à plusieurs reprises.

Sans être alarmiste, la nouvelle ne peut qu’inquiéter. Espérons un prompt rétablissement. A suivre de très près.

20 mars

23h35 – J semble aller mieux. Espérer qu’il sera sorti de l’hôpital ce week-end.

25 mars

2h38 – Ma Blandine aurait eu 57 ans aujourd’hui, cinquante-sept ans ! c’est bien trop tôt pour mourir !!!

31 mars

8h34, heure d’été – « Collé dans le lit », comme si ma Blandine venait de prononcer cette expression, son expression lorsqu’elle voulait prolonger le dodo du matin.

Se sentir veuf à ce point ressemble à ce que doit éprouver l’orphelin. Ce lieu est là avec tout ce qui l’imprègne d’elle, le manque toujours tenaillant.

23h43 – Submergé de peine vers 19h30 lorsque, m’étant décidé à faire l’état des produits alimentaires laissés par ma Blandine dans la « pièce de travail », comme elle la dénommait, j’ai dû constater tous ceux qui étaient périmés, pour certains – notamment plusieurs paquets de thé en vrac – depuis 2022… Tous ces produits qu’elle utilisait pour nous concocter de merveilleux plats si joliment présentés (et dont j’ai fait des dizaines de photos qui constitueront un album). Comme brisé en pleine vie, tout ça arrêté alors que nous aurions dû doucement vieillir ensemble. Je vais devoir jeter toutes ces denrées et cela me foudroie de douleur.

4 avril

22h49 – A devoir aller inventorier ce que contiennent les trousses et contenants divers de ma Blandine, un coup au cœur se fait sentir. Je tombe sur sa petite pochette à médicaments avec cette inscription « chat m’épuise », désormais humour sinistre pour moi.

Tant de vide m’entoure sans aucun enclin pour l’atténuer.

8 avril

23h23 – Ma Blandine et ses derniers instants me reviennent sporadiquement comme la hantise de ne pas avoir été assez présent, de ne pas l’avoir suffisamment soutenue dans ce combat, et pourtant je sens avoir fait tout ce que je pouvais, mais rien n’y fait, sa disparition m’effondre. Sa générosité, sa bienveillance…

10 avril

22h09 – Reçu les conclusions du parquet dans l’affaire qui m’oppose à lui à propos de la non validation du Pacs : une enfilade de points juridiques, d’arguments plus ou moins cohérents et un relent de cynisme qui atteint l’abjection sur l’un des aspects.

11 avril

6h34 – Pour prolonger les quelques lignes d’hier : l’argumentation du ministère public, qui n’a certainement pas droit à une majuscule, et même la minuscule lui fait trop d’honneur, sous un fatras juridique indigeste, laisse clapoter ses repoussants miasmes d’une salauderie achevée. Dire qu’il y a un doute sur le consentement au Pacs de ma Blandine tout en actant la procuration faite en ce sens quelques jours avant son décès, même si ce mandat n’est juridiquement pas possible pour un Pacs, c’est afficher un mépris à fustiger. Balayer en une expression la reconnaissance d’un couple uni par les nombreux témoignages, c’est rendre encore plus ignominieusement mécanique le juridisme mal placé de cette minable administration. D’un côté l’humain, de l’autre un vague concept malodorant. Au juge de choisir, mais l’esprit de corps, même si celui-ci est repoussant, me laisse peu d’espoir.

17 avril

22h53 – Lundi prochain, l’audience sur le Pacs et une décision environ un mois plus tard. Viendra ensuite le règlement de la succession qui fixera le modèle pour les décennies à venir, donc jusqu’à mon propre décès.

Ma Blandine, tu es et seras toujours là, en moi : ta bonté rend encore plus injuste le fait de t’avoir privée d’une bonne part de la vie qui te revenait et que nous aurions dû partager ici.

20 avril

23h13 – Toujours si dur sans ma Blandine que j’aurais dû dorloter davantage. Je n’ai plus qu’images et pensées pour qu’elle soit là, et ce lieu tout imprégné d’elle. Morosité incurable.

27 avril

Minuit – Je ne reviendrai jamais pleinement parmi les vivants. L’âpre près écorchera jour après jour le reste du semblant de vie : Blandine n’est plus, je resterai crucifié sans pouvoir déchiffrer l’abécédaire du vivre pleinement. Pas fait pour moi. Trop de sombre accumulé, trop de tourments m’assaillent.

29 avril

4h19 – Blandine était la seule à combler cet isolement forcené que j’ai au fond de l’âme.

1er mai

11h25 – Je viens de finir de faire « un dodo tout propre » comme aimait l’annoncer ma Blandine qui manque à chaque instant de mes gestes quotidiens. En tentant de choisir la bonne combinaison de couleurs pour la parure de lit, je tombe forcément sur des taies d’oreiller et de traversin que ma Blandine avait soigneusement repassées, pliées et rangées. J’ai vaporisé de son parfum léger sur l’étoffe restée dans l’entrée et qui entoure nos coupe-vent. Là par tous les sens, mais cette absence me mine aux tréfonds.

23h59 – Après une soirée avec d’anciens collègues de Cqfd, de retour dans le Nid. Blandine me regarde : je vais dormir sous sa protection.

6 mai

6h19 – Hier le cadre numérique diffusait tout près de moi les photos de 22 ans de partage avec ma Blandine : le Nid est mon ancrage, pour le plus doux et le plus sombre.

8 mai

6h43 – Vendredi, j’irai au cimetière ancien de la Croix-Rousse pour être un moment près de Blandine et rempoter les mini arbustes laissés sur la petite avancée devant l’endroit où ses cendres reposent. La dématérialisation de son corps, sa disparition organique, rend encore plus intime son souvenir : l’intériorisation conceptuelle s’impose.

Ces portraits de Blandine sur la cheminée du dodo ont des regards-baume sur ma peine, mais la morosité me ronge en pensant qu’elle n’est déjà plus.

18 mai

7h58 – La pluie me suit comme autant de larmes que je verse avec la disparition de Blandine. Gros orage au cours de la nuit et là des trombes d'eau tombent... jamais eu ça à Fontès.

19 mai

6h42 – Ces séjours familiaux sans ma Blandine ont perdu leur saveur : le bien-être qui ouatait nos déplacements compensait et apaisait mes dérives misanthropiques, mon asociabilité récurrente. Ce retour du seul-dans-la-vie exacerbe mon rapport distancié à l’alentour.

20 mai

18h40, depuis la gare de Sète – Maman vient de me déposer : séjour agréable. A l’instant, dans la recherche aléatoire des musiques, « Blandine, une héroïne » passe. Dans cette gare, le dernier voyage en train effectué avec elle. Nous avions attendu le train à destination de Lyon. L’émotion submerge à chaque fois. Pas besoin d’une cohorte de morts pour changer votre rapport à l’alentour. L’être essentiel disparu suffit pour relativiser tout le reste.

25 mai

7h54 – Petit texto ce matin à J & A-M pour leur annoncer qu’enfin – cela fait plusieurs semaines que j’avais ce projet – j’allais voir notre Blandine et rempoter les deux plantes ornant son emplacement. L’étude du parcours ne laisse aucun doute : le trajet en vélo’v sera le même que celui que j’effectuais lorsque j’allais la visiter à la Protestante tout comme le début de l’ascension à pied. L’émotion va être considérable.

Hier j’ai classé tous ses papiers administratifs, mais aussi ses travaux sur papier en rapport avec la broderie (tout comme la dernière entamée), les partitions liées à la chorale A à laquelle elle a participé et son travail (rapport de stage, mémoire) comme étudiante-infirmière, dans des boîtes d’archivage proprement alignées au dernier rayonnage du grand placard côté fenêtre de la pièce principale.

Je vais ainsi avancer, pas à pas, dans le rangement affectueux et en douceur de ses affaires afin de la sentir toujours présente.

Dernière page du carnet qu’elle avait laissé vierge dans sa table de nuit et que je me devais de remplir de tout ce qui me lie à elle, MA BLANDINE

23h23 – Retour au cimetière ancien de la Croix-Rousse. Emotion décuplée lorsque je commence, après un trajet en vélo’v, le parcours pédestre : les rues Eugène Pons puis Saint-Dié sont celles que je prenais pour commencer l’ascension vers ma Blandine hospitalisée à La Protestante. Le plus souvent je lui adressais un texto juste au moment de débuter cette marche et vingt minutes plus tard j’étais près d’elle. Là, il m’a fallu une demi-heure, après le vélo’v, pour retrouver son lieu de repos éternel… J’ai effectué le changement de pot des deux plantes, pris tant bien que mal quelques photos et déjà s’est imposé le moment de repartir avant la fermeture à 17h.

27 mai

23h44 – N’être plus rien qu’un souvenir… ce soir, avenue Félix Faure, je réalise une fois de plus l’injuste absence de ma Blandine, et au moment d’ouvrir la porte d’entrée me revient le doux son du « coucou ! » qu’elle m’adressait à chaque fois et auquel je répondais à l’identique. Une façon affectueuse de s’accueillir.

Aujourd’hui plus que du silence, du vide.

14 juin

23h48 – Toujours des moments d’infinie tristesse où le manque de ma Blandine me serre la gorge et fait venir les larmes. A chaque fois un élément déclencheur : cette après-midi, alors que je classais divers papiers restés parfois depuis plusieurs années dans des barquettes, je tombe sur certains de ses résultats d’analyse de sang. Elle avait elle-même effectué du tri et m’avait confié tous les papiers pouvant servir de brouillon, car imprimés qu’au recto.

Voir cela effondre. Se dire qu’elle n’est plus là pour toujours : lame dans le cœur…

11 juillet

18h23 – Arrêt dix minutes en gare de Nevers. Long, long, long trajet pour arriver jusqu’à Nantes sans ma Blandine. Me reviennent ces moments ferroviaires : elle posait régulièrement sa tête sur mon épaule pour que passe en douceur le voyage ; sa main aussi, régulièrement à la mienne, marquait l’évidence de s’être choisis : atroce chaos de l’avoir perdue si vite… vingt-deux ans à peine, une histoire en pleine jeunesse… fauchée !

19h08 – Tout doit pourtant continuer, vaille que vaille, avec ces retours d’émotion comme des coups de grisou intérieurs, déflagrations plus ou moins gérées. Moi qui pensais avoir trouvé une définitive et chaleureuse place près de ma Blandine, expulsant ainsi à jamais les spectres sordides de l’époque maudite de Heïm, me voilà renvoyé à l’incertitude d’une existence amputée de sa moitié…

13 juillet

0h27 – Le temps du deuil est très loin d’être révolu. La soirée vient de me le rappeler. L’évocation de ce passé partagé avec Blandine accentue le manque et fait rejaillir la peine.

22h31 – Journée avec A-M & J pour diverses tâches ou activités dont une marche de presque un kilomètre autour d’un joli plan d’eau situé à Oudon (lieu de nos premières sorties lorsque ma Blandine m’a présenté à sa famille). Toujours autant d’émotion qui submerge lorsqu’A-M retrouve des photos anciennes de Blandine bébé, enfant, adolescente ou jeune adulte.

14 juillet

23h48 – Dernière journée pleine de ce premier mini-séjour estival avec les parents de Blandine. Un excellent restaurant, L’Art des Mets, tenu par un couple de femmes (avec 18 ans de différence d’âge), suivi, dans la maison du Cellier, de l’état des possibilités pour l’aménagement du futur habitat d’A-M & J. En fin d’après-midi je passe un court moment dans l’unique chaise longue avec repose-pieds à lire le Blum de Collin, occupation que j’ai tant de fois effectuée quand nous séjournions ici. Ce sera sans doute la dernière fois que je m’y adonnerai dans ce lieu désormais destiné à la vente. Je vais tenter d’accueillir dans le Nid un meuble de rangement (avec écritoire) que ma Blandine avait reçu jeune femme… il est donc désormais émotionnellement très important pour moi. Tout cela remue tellement… Je ressens encore combien étaient doux les passages de ma Blandine dans le jardin venant s’inquiéter de si j’allais bien : toute cette douceur dont j’aurais pu être davantage demandeur, passer bien plus de temps tout près d’elle… atroce disparition !

18 juillet

23h09 – Toujours ces instants de profonde tristesse avec ce chemin de vie partagé brutalement obstrué par la disparition de Blandine… Quatre jours d’intense chaleur appellent à un déplacement au cimetière ancien de la Croix-Rousse pour arroser les deux arbustes en pot qui arborent son petit emplacement funéraire. J’irai samedi tôt pour ne pas souffrir de cette touffeur.

20 juillet

8h36, depuis le cimetière ancien de la Croix-Rousse – Il fallait une aube radieuse avec encore un peu de fraîcheur pour venir te voir, ma Blandine. Trajet à vélo’v depuis notre Nid jusqu’à la place Adrien Godien, puis le reste à pied : ascension via les rues Eugène Pons puis Saint-Dié, la même que celle effectuée le plus souvent possible pour passer du temps près de toi à la clinique de l’Infirmerie protestante où nous avons vécu tes derniers instants.

Comme un signe poignant, le parcours me fait passer devant le 21 de la rue Jacques-Louis Hénon, lieu de ton premier logis après ta naissance, au troisième étage.

L’entrée du cimetière ancien a la prestance des siècles accumulés, de toutes ses âmes qui bordent ses allées : emprunter.la principale jusqu’au bout, tourner à droite pour une perspective qui laisse voir le « bloc 13 », là où tu es désormais, non point sous terre mais à hauteur d’être. Marche empreinte d’une sourde et incurable tristesse, mais aussi d’une forme de paix, te sachant dans ce lieu pour l’éternité humaine, esthétique comme nous les aimions – nous avions déambulé dans quelques cimetières, notamment parisiens, et partagions ce goût pour la sérénité de ces endroits.

Je viens de verser un litre et demi d’eau fraîche dans le pot des deux mini-arbustes apportés le jour des obsèques par ta sœur et conservés pour arborer ton charmant coin de repos.

Le poids du manque se vit au jour le jour et bouleverse mon rapport au monde. Conscience d’avoir partagé avec toi un peu plus de deux décennies de velours renouvelé, mais insupportable absence qui transperce le temps présent sans parvenir à le surmonter. Ce reste d’existence ne peut envisager le dépassement du chagrin, quel que soit le conseil délivré. Je n’ai de vie que dans un silence entretenu autour de la puissance des souvenirs, ce vécu qui étrangle ce qui pourrait suivre. Pas la force de passer outre, juste celle de rester en communion avec toi et de ne rien céder aux distracteurs sans saveur.

Chez nous je vais bientôt accueillir le meuble rangement-écritoire en merisier que t’avaient acheté tes adorables parents alors que tu n’avais pas encore vingt ans.

Ce moment avec toi affermit les doux pastels des vingt-deux années qui l’ont précédé et engage pour le temps restant. Je ne peux affronter ces vagues submergeantes d’émotion qu’en faisant fleurir aux murs de notre Nid des portraits de toi, de nous…

Je reste là encore quelques instants, mais le manque criant s’ancre à jamais. Ce retrait assumé du monde me préserve d’une plus rude perdition.

Je dois ici te laisser, ma Blandine, mais tu es avec moi, en moi à chaque instant, et je puise une bonne part de ma raison d’être dans tout ce que tu m’as apporté, si précieux à l’âme.

3 août

10h10 – A mon tour d’être dans le train pour ce second long trajet estival vers les parents de ma Blandine. Cette fois la belle-famille sera au complet : demain nous passons la journée à SDLC, repas chez L et X et occasion pour moi de découvrir en réel le futur logis plain-pied de J & A-M. Toujours cette sourde tristesse dont je ne peux me départir : elle m’est désormais constitutive car tant de situations ramènent au-devant le vécu dont je ne pouvais concevoir la brusque interruption. Une complexité psychique à gérer qui ne laisse rien pour une quelconque bifurcation. Assumer sa raison d’être sans se laisser détourner par les illusoires distractions.

4 août

9h37 – Ce cher J avec qui j’ai passé un moment à évoquer notre « Blandine chérie » alors que je lui montrais l’image du pan de mur sur lequel j’ai accroché des portraits, le coin du Nid où je travaille à l’ordinateur : besoin de la sentir tout près.

A-M m’a donné une photo d’elle, 16-17 ans, cheveux bruns épais, large frange, magnifique, ainsi que la coupe obtenue comme « Reine des vendanges – 1984 ». Encore un dense moment d’émotion partagé.

6 août

14h06, dans le train Ancenis-Angers – Dernière fois que je logeais au Cellier… vingt-deux ans plus tard, une part de moi se ferme et de ma Blandine reste aussi sur ces terres, avec nos séjours venant ponctuer les années partagées. Je passe à l’instant devant le palais Briau sis à Varades et des pincements de tristesse m’assaillent.

Vers 14h30, depuis la gare d’Angers – Là que ma Blandine avait fait ses études d’infirmière : nous étions venus déambuler dans ses rues une journée pour qu’elle me fasse découvrir son cadre estudiantin. En l’écrivant, des vagues mélancoliques s’enroulent autour de moi jusqu’à l’oppression.

10 août

10h13 – Je vais partir du cimetière dans quelques minutes. Venu arroser les deux plantes pour ce week-end caniculaire. Le petit sapin est déjà à moitié mort. Cette solitude assumée préserve mon lien à toi, ma Blandine. Tu me manques, tu manques à notre Nid.

Hier, lors du ménage approfondi de la grande pièce, de son mobilier et de ses objets, que je dois aujourd’hui remettre en place, j’ai aspiré la poussière sur ton doudou : là que je me suis aperçu que sa jambe gauche était en partie détachée du tronc. A force de le serrer contre toi… Je reviendrai ma Blandine, repose-toi.

13 août, depuis Fontès

15h53 – Après un moment d’allers-retours, brasse de face et de dos, un peu de repos dans la véranda-chambre. Au moment de récupérer mes tongues spécial piscine, émotion en voyant l’autre paire au fond du coffre, les deux seules dans ce grand contenant : celles de ma Blandine, là pour un impossible retour.

17 août

9h24 – Les parents de ma Blandine ont passé leur première nuit dans le nouveau logis. Pas du tout un nouveau départ, mais la poursuite de leur belle existence dans un cadre plus adapté à leur grand âge.

Ce séjour à Fontès me fait apparaître Blandine à plusieurs moments, rappelant combien elle a aussi imprégné ces lieux. Nos séjours étaient si doux que ne plus la sentir dans sa bienveillante réalité m’est éprouvant.

23 août

8h08 – Le week-end sera centré sur le rangement, la suite du nettoyage et la préparation des documents pour la promotion de mes services pédagogiques, activité de la semaine de prérentrée… sans ma Blandine à laquelle je pense chaque jour, à sa si précieuse présence, à ses attentions, sa douceur… tout comme une vague. Avoir partagé 22 ans avec elle, quel privilège !

Qu’elle ait eu sa vie ainsi raccourcie, quel traumatisme pour moi.

29 août

23h22 – Les jours passent et cette rentrée sans ma Blandine me pèse. Une plongée à vue dans ce deuil omniprésent.

31 août

22h55 – Ma Blandine me manque et tout ce qu’elle laisse dans le Nid hante mon esprit, mais gare à celle ou celui qui m’inciterait à me séparer de ses vêtements, de ses objets… j’ai besoin de la savoir là, même comme carburant de ma peine.

Je ne vis rien comme le commun agité par sa frénésie relationnelle, son consumérisme débridé, ses principes prémâchés. Ce pseudo bonheur matérialiste ternit l’âme et dévitalise l’humaine condition.

Demeurer loin des artificielles trépidations, des sordides accointances et de l’esbroufe paradeuse pour assumer sa cohérence.

14 septembre

21h53 – Ce soir, avant de me coucher, j’ai vaporisé un peu du parfum de ma Blandine sur le foulard qui entoure nos coupe-vent dans l’entrée. Depuis le lit, la porte de la chambre ouverte, sa fragrance me parvient. Toujours cette émotion à fleur de larmes.

20 septembre

22h30 – Demain je vais voir ma Blandine pour rempoter les deux mini arbustes dans un pot plus confortable pour eux. Au retour je devrais prendre possession d’une lampe ancienne en bronze doré qui parachèvera le nouvel environnement de la cheminée pour la pièce principale. Je me raccroche à ces parcelles matérielles pour ne pas totalement sombrer.

21 septembre

16h31, depuis le cimetière – Je viens de rempoter les deux mini arbustes qui n’ont visiblement plus une branche vivante. Je dois choisir une plante grasse résistante.

Je me sens tellement hors du temps, de ce siècle, de toutes les trépidations qui l’agitent. Ici pour l’éternité m’irait bien, sachant que je ne serais pas loin de ma Blandine.

22 septembre

6h51 – Je bois l’aube dans une bien triste plénitude. Sans Blandine, je demeure en suspens.

Ce trente-sixième Manus s’incarne dans un Cahier « it’s in my nature » tout de vert-couverture paré, que ma Blandine avait acquis mais laissé vierge de toute inscription. Je pleure en moi chaque jour son absence, je me languis sans espoir possible de sa si cardinale présence. J’aurais dû davantage encore la serrer tendrement contre moi, l’embrasser, l’aimer.

29 septembre

22h22 – Le meuble-secrétaire en merisier de Blandine est arrivé vers 18h45 au bercail, bien emballé par X. Le souhait de ses parents que je reprenne ce meuble si chargé de souvenirs pour eux est exaucé. Monté, il trouvera place dans la seconde chambre. Ma Blandine est et sera là, partout, toujours.

Comment vivre sa condition humaine lorsqu’on ne se sent porté par rien de ce qui enthousiasme la plupart ? Croire à quoi ? A une puissance supérieure ? Mais pourquoi aurait-il besoin, dans ce cas, que l’on croie en elle ? C’est nous attribuer une bien grande importance. Et si cela n’était qu’un grand Tout inconcevable pour nos si faiblard esprits. Je ne doute plus de mon incompatibilité avec le gros de mes congénères. Assumer ce retrait suppose d’endurer cet isolement incurable.

5 octobre

5h37 – Lorsque les tourments s’acharnent, ils annihilent tout ce qui, en soi, favoriserait la perception des petits bonheurs existentiels. Là, par exemple, avec une belle journée pédagogique en perspective, sans contrainte minante, couché dans la quiétude d’une aube qui se fait désirer, pour l’instant sans maladie – mais le nodule est-il si bénin que cela dans son envahissement – chacun de ces éléments devrait m’inciter à vivre sans assombrir l’instant en perpétuelle régénération.

De « not’ dodo » ma Blandine me regarde et veille sur moi. Je dois m’en montrer digne.

11 octobre

7h39 – Entre rêve et cauchemar, quelques bribes : Blandine est finalement revenue, la voilà de nouveau dans notre Nid avec les petits gestes quotidiens qui vont avec... à un moment, je suis dans la seconde entrée et d'un coup LA question me submerge : mais comment a-t-elle pu revenir à la vie ? Et là je prends conscience, dans mon rêve, que je suis en train de rêver, qu'il n'y a personne dans le Nid et je m'entends, en me réveillant, pousser des plaintes de désespoir.

12 octobre

23h03 – Je demeure encore incapable de ranger, trier certaines zones du Nid : ainsi la « pièce de travail », comme la désignait ma Blandine qui y a laissé tellement de traces à travers des papiers, des produits et des objets. Cet endroit je me l’interdis encore, n’y allant que de passage pour déposer ou prendre mais sans toucher à ce qu’elle a laissé. Il faudra pourtant bien que la rationalité s’immisce pour reprendre pied dans ce lieu.

13 octobre

13h – Matinée à déballer et nettoyer le meuble-merisier de ma Blandine en vue du montage à partir de 18h avec X comme guide en visio. Le Nid accueille ce meuble comme une présence supplémentaire et indispensable de celle qui ne cessera jamais de cruellement me manquer et que le sort a tragiquement privé de cette si douce suite d’existence partagée.

27 octobre

11h13 – Au fond du Nid aspiré, Blandine me manque atrocement. Qu’on juge cela tragique, dramatique ou simplement pathétique, peu m’importe, l’endurer mois après mois m’isole d’un monde que je ne supporte plus, si ce n’est par une présence musicale et scripturale choisie.

Le silence éternel pour ma Blandine : moi, loin de tout, je cultive un retrait aux sons limités, imperméable au reste. Demeurer ainsi, lucide sur soi, ses limites, ses allergies sociales, plutôt que se fourvoyer dans d’artificiels et nauséeux contacts. « Gagner le rien. Retrouver l’élémentaire. Revenir au néant de l’origine. » (Charles Juliet, 9 mars 1966).

21h46 – Troisième interprétation de l’Adagio d’Albinoni que je diffuse en position du gisant. Celle de Karajan est la plus enveloppante. A hurler avec tous les endeuillés de la Terre.

Dimanche 2 novembre au matin je retrouverai vers 10h les parents de ma Blandine au cimetière pour un moment partagé. Je mettrai les bruyères achetées dans le pot et nous nous recueillerons.

28 octobre

21h21 – J’ai pu ranger un peu la pièce de travail et jeter quelques paquets de lingettes intimes qui ne serviront plus, mais au bout d’une dizaine de minutes, après avoir archivé en vrac divers papiers que ma Blandine avait laissés dans sa bannette « à trier », notamment des feuilles A4 à petits carreaux remplies par sa main de menus divers, j’ai été pris d’un malaise psychique écourtant de fait l’objectif… à reprendre une autre fois, petit à petit, à l’aune des submersions émotionnelles.

30 octobre

8h17 – Toujours si rude de vivre avec la disparition de ma Blandine : un tiroir ouvert, un endroit rangé, un déplacement d’objet envisagé, tout me ramène à sa présence si douce et cruellement manquante. Combien tout m’apparaît dérisoire, notamment le cirque hystérique des politiques et de leurs affidés zombifiés. L’inaccessible compromis hexagonal ou l’incurable scission outre atlantique : la révulsion s’ancre en moi.

Charles Juliet – 8 juin 1966, "(...) la sincérité, c'est avoir la force de se connaître, de quêter l'immuable, de vivre ses Implications, d'affronter les épreuves, souffrances, déchirements qu'entraîne la progression, c'est avoir la volonté d'obéir à ses intuitions, de passer outre aux multiples peurs, appréhensions (...) qui vous tirent en arrière, c'est avoir le courage d'être seul et incompris."

1er novembre

0h43 – Détour vers les dernières photos prises de ma Blandine avec mon portable : toujours et à jamais poignant et bouleversant de retrouver son regard, la douceur exhalée, la faiblesse physique qui transparaît du fait de la maladie, et cette profonde présence qui n’est plus et que personne ne peut et ne pourra atténuer dans mon âme endeuillée pour toujours.

Le 3 novembre au matin, ma présence aux côtés de ses parents au cimetière ancien de la Croix-Rousse confirmera mon indéfectible besoin de la sentir là et de lui témoigner mon amour éternel.

L’écriture m’est plus que jamais compagne intime, témoin premier de mes tourments.

3 novembre

22h53 – Grand moment d’émotion partagée au cimetière ancien de la Croix-Rousse avec A-M & J.

11 novembre

Mot du jour, via Charles Juliet, un recès : lieu préservé des atteintes extérieures où l’on se retire. Exactement ce qu’est le Nid pour moi depuis la disparition de Blandine.

17 novembre

18h44 – Allongé sur la banquette où ma Blandine a passé ses derniers jours avant d’être, à nouveau et pour l’ultime fois, happée par la dégradation respiratoire nécessitant l’appel des urgences.

Là avec son cahier que je remplis, le tome III du Journal de Juliet que j’ai commencé et qui m’attend pour l’année… 1969, un plaid sur le corps et une plaie psychique à jamais présente. Là, tu me manques tellement : atroce de te savoir partie si tôt, si vite, alors qu’il nous restait tant à vivre, que j’avais encore tant à te dorloter… toutes ces photos encadrées de toi, de nous, forment une ouate mais attristent de fait.

18 novembre

22h42 – Qu’écrire de plus sur le manque de ma Blandine ? Pas une heure sans que je pense à elle. Le soir j’allume trois bougies, chacune près d’un portrait ainsi suavement éclairé. Ces moments de recueillement jalonnent une vie en berne.

1er décembre

22h15 – Le voilà ce mois qui m’évoque tant de bouleversants moments. Cet espoir d’un retour durable dans « not’ maison » avec l’appareillage nécessaire pour sa respiration, puis le nouvel effondrement avec un départ en ambulance sans pouvoir envisager un seul instant qu’elle ne reviendra pas… Le cœur encore pétri à vif de ce qui suivra à la Protestante, tout est là avec l’oppressante pesanteur de l’issue que l’on pressent sans pouvoir l’admettre : tant d’années à se battre, ma Blandine, pour davantage de vie.

Sache que tu es là, bien vivante en moi et ici, avec cette pétillance qui faisait de chaque nouvelle journée un enthousiasme, dans tes gestes tendres, tes rituels du quotidien, ta si douce présence, miel de vie qu’un siècle partagé n’aurait en rien altéré. Tout de toi est bien là, dans notre Nid : tes objets, tes vêtements, tes livres et cet univers chaleureux que nous avions forgé année après année. Je préserve tout cela comme une source d’équilibre. Que mon regard puisse se porter sur ta craquante frimousse dans tous les coins du Nid, cela atténue un chouia le manque pour qu’il ne devienne pas un traumatisme-impasse.

Pouvoir répondre à tes bras grands ouverts au soleil, c’est te serrer tendrement contre moi dans un sourire d’amour : Blandine, ma si belle âme, reste, je suis là, toujours.



22 juillet 2024

Ascension croix-roussienne

 

Vue depuis le pont Winston Churchill menant à la place Adrien Godien

21, rue J.-L. Hénon

Il fallait une aube radieuse avec encore un peu de fraîcheur pour venir te voir, ma Blandine. Trajet à vélo’v depuis notre Nid jusqu’à la place Adrien Godien, puis le reste à pied : ascension via les rues Eugène Pons puis Saint-Dié, la même, pour sa plus grande partie, que celle effectuée le plus souvent possible pour passer du temps près de toi à la clinique de l’Infirmerie protestante où nous avons vécu tes derniers instants. Comme un signe poignant, le parcours me fait passer devant le 21 de la rue Jacques-Louis Hénon, après ta naissance lieu de ton premier logis au troisième étage.

L’entrée du cimetière ancien a la prestance des siècles accumulés, de toutes ses âmes qui bordent ses allées : emprunter la principale jusqu’au bout, tourner à droite pour une perspective qui laisse voir le « bloc 13 », là où tu es désormais, non point sous terre mais à hauteur d’être. Marche empreinte d’une sourde et incurable tristesse, mais aussi d’une forme de paix, te sachant dans ce lieu pour l’éternité humaine, esthétique comme nous les aimions – nous avions déambulé dans quelques cimetières, notamment parisiens, et partagions ce goût pour la sérénité exhalée.

Je viens de verser un litre et demi d’eau fraîche dans le pot des deux mini arbustes apportés le jour des obsèques par ta sœur et conservés pour ombrager ton charmant coin de repos.

Le poids du manque se vit au jour le jour et bouleverse mon rapport au monde. Conscience d’avoir partagé avec toi un peu plus de deux décennies de velours renouvelé, mais insupportable absence qui transperce le temps présent sans parvenir à la surmonter. Ce reste d’existence ne peut envisager le dépassement du chagrin, quel que soit le conseil délivré. Je n’ai de vie que dans un silence entretenu autour de la puissance des souvenirs, ce vécu qui étrangle ce qui pourrait suivre. Pas la force de passer outre, juste celle de rester en communion avec toi et de ne rien céder aux distracteurs sans saveur.

Chez nous je vais bientôt accueillir le meuble rangement-écritoire en merisier que t’avaient acheté tes adorables parents alors que tu n’avais pas encore vingt ans.

Ce moment avec toi affermit les doux pastels des vingt-deux années qui l’ont précédé et engage pour le temps restant. Je ne peux affronter ces vagues submergeantes d’émotion qu’en faisant fleurir aux murs de notre Nid des portraits de toi, de nous…

Je reste là encore quelques instants, mais le manque criant s’ancre à jamais. Ce retrait assumé du monde me préserve d’une plus rude perdition.

Je dois ici te laisser, ma Blandine, mais tu es avec moi, en moi à chaque instant, et je puise une bonne part de ma raison d’être dans tout ce que tu m’as apporté, si précieux à l’âme.



10 juin 2024

Macron à bout de souffle

La décision du Président de la République de dissoudre l’Assemblée nationale pourrait avoir une dimension  gaullienne, sauf que Macron n'a pas précisé qu'il démissionnerait en cas d'échec aux législatives.  Par ailleurs cela fragilise nos institutions et n'est pas, contrairement à ce qu'affirme le creux Bardella, dans l'esprit de la Vème. En quoi un scrutin à l'échelle européenne impliquerait une dissolution si le résultat des votes envoie au Parlement européen une majorité de députés n'ayant pas la même couleur politique que celle qui détient le pouvoir législatif en France ? Le Parlement européen n'a pas la prérogative de pouvoir censurer le gouvernement, que je sache. Si c'était le cas nous serions alors dans une forme de pré-fédéralisme pas du tout du goût de ceux qui ont raflé la mise politique hier.


D'une majorité relative, Macron risque de se retrouver avec plus de majorité du tout voire de devoir composer avec une extrême droite dont le vent mauvais est effectivement en poupe.

La décision macronienne suppose donc que tout scrutin intermédiaire (municipal, départemental, régional, européen) défavorable au pouvoir présidentiel doive se traduire par une dissolution. La nature éphémère du pouvoir gouvernemental deviendrait alors la norme trahissant la raison d'être des institutions de la Cinquième. Enfin, mais ce n'est qu'un détail, le fondement de l'instauration du quinquennat par la révision chiraquienne s'évanouit : éviter le décalage temporel entre les mandats présidentiel et législatif. 


Finalement, bien plus qu'une attitude à la dimension du Général ou qu'un courage politique, peut-être n'est-ce que la réaction d'un Président irascible et à bout de souffle...


02 mars 2024

ArchiEtecture pour chiEvilisation qui coule...


Il y a des signes qui ne trompent pas : les vomissures archiEtecturales produites depuis la Seconde Guerre mondiale renseignent sur le niveau de notre civilisation et sur l’état d’esprit des peuples du moment.

Alors qu’un immeuble haussmannien incite à lever les yeux pour s’emplir de l’esthétisme des courbes et des pierres lumineuses, les chiures de ce qui est produit aujourd’hui laissent le regard plonger vaguement vers le bas. D’un côté l’aspiration au beau, la transcendance visuelle, l’élévation de l’être ; de l’autre le médiocre repliement vers son nombril, la tête baissée vers quelque écran au minable contenu. L’avachissement de nos lieux de tristes vies sont bien à l’aune de ce qui encombre les cortex : laideur inutile, débilitantes distractions.


Le temps coulant défigure nos villes et villages : ne parlons plus de bâtisses, mais de monceaux informes, ni de fenêtres mais de trous à l’insipide géométrie, plus de façades, juste de plates immondices qui occultent le ciel.

Désormais il faut détruire une belle demeure du XIXème siècle et diviser son parc pour y déféquer des parallélépipèdes sans âme et dont les occupants mépriseront chaque centimètre carré, pour les plus affûtés d'entre eux, les autres se satisfaisant d’une indifférence au contenant de leur vivotage domestique, se fantasmant un contenu par pixels interposés.


Du rien, du vide, du néant qui fait baisser le regard bovin en attendant la fosse et l’oubli. La trajectoire, tant collective qu’individuelle, se trouve incarnée par cette archiEtecture pour humanité ras de crasse.






19 janvier 2024

Ma Blandine - Derniers jours près d'elle


21 décembre, 0h19

Hier soir, l'état de Blandine est tellement dégradé, notamment sur le plan respiratoire, qu'elle me demande d'appeler le SAMU. À nouveau une hospitalisation... l'horreur tenaillante. Son corps semble lâcher de toutes parts, les combats à mener étant trop nombreux. 
Peu de temps après le départ des ambulanciers j'ai une amie au téléphone et je craque : larmes de celui qui assiste à la dégradation inexorable de celle qui a partagé plus de deux décennies de vie. Envisager le pire rode désormais sur cette fin d'année. S'il devait arriver, ce serait un cataclysme intime.

9h01 - Je viens d'avoir un texto de Blandine : a peu dormi et demeure très essoufflée ce matin. Elle est en unité de soins continus. J'attends qu'elle me dise quand je pourrai passer la voir.


22 décembre, 10h33

Message de Blandine : elle devrait être transférée à la Protestante aujourd'hui. Pas plus de nouvelles pour l'instant.
18h48 - Je viens d'avoir ma maman au téléphone et lui ai résumé la situation.

19h22 - Je suis avec elle et je lui tiens la main, bouleversé. Elle arrive tout juste à dire quelques mots.
19h26 - Je me surprends à prier pour qu'elle aille mieux.
19h44 - Je resterai dormir avec elle demain soir.
C'est éprouvant tous les soins donnés.
Je suis sorti dans le couloir le temps de (...).
22h51 - Difficile de la voir dans cet état. Nous avons pu échanger un peu. Elle accepte de voir sa sœur dimanche.
Moi j'irai dormir là-bas dès demain soir, car elle est dans une chambre avec deux lits qui nous sont réservés.
22h55 - Elle me donne l'impression de vouloir se battre pour surmonter cette épreuve, mais quand je la vois dans cet état...
Je vais la soutenir du mieux que je peux.
22h59 - J'ai redit à l'infirmière de garde qu'elle pouvait me joindre à n'importe quelle heure cette nuit en cas de problème.

23 décembre, 4h23

Hier soir, alors que je commence quelques courses, appel d'une médecin de la Protestante, collègue de l'oncologue qui suit Blandine, pour m'informer de son état respiratoire préoccupant et m'inciter à venir la voir sans tarder. L'origine de l'inflammation pulmonaire semble multifactorielle, mais ce qui est "inquiétant" - adjectif qu'elle emploie plusieurs fois au cours de l'échange - c'est que la respiration ne s'améliore pas malgré les traitements donnés (cortisone, antibiotique...).
(...)
Arrivé au troisième étage de la Protestante, je comprends que sa chambre est dans le secteur protégé des soins intensifs. Après avoir sonné pour accéder à l'unité, je me rends, le pas pressé, la gorge serrée, vers la chambre 356. Celle-ci à la porte ouverte et j'aperçois ma Blandine étendue, avec un dispositif conséquent pour sa respiration. Elle semble dormir et me voit alors que je pose mes affaires. Quelques mots sortent faiblement au milieu du système d'assistance respiratoire et elle semble heureuse que je sois là. Je m'assois près d'elle et lui tiens la main. Si faible, avec perfusions, sonde et tuyaux : la voir ainsi me chamboule. L'aide soignante et l'infirmière m'indiqueront que je peux rester dormir : un autre lit est en effet présent dans cette chambre et restera vide afin que je puisse en disposer. La situation peut se dégrader d'un coup. Dès ce soir je serai avec elle tout comme les nuits suivantes et j'ai laissé mon numéro à l'infirmière pour me joindre à n'importe quel moment.

Dimanche, sa sœur doit passer la voir.
Par la réaction de sa main, son regard et les quelques mots prononcés je la sens réconfortée de ma présence, mais son état m'angoisse, laissant craindre le pire. 
Je dois être près d'elle le plus possible et notamment pour toutes les nuits à venir.
8h - Je me sens profondément triste, mais résolu à apporter toute la douceur possible à ma Blandine dans ces instants.
12h10 - Je lui ai annoncé ma venue en fin d'après-midi et pour la nuit et elle en est très heureuse.
17h17 - Je suis arrivé.
Elle semble encore si faible. Atroce.
17h48 - Elle dort... je veille avec le bruit de l'oxygène.
17h51 - Elle émet des sons, comme une plainte ou des mots pendant ce sommeil. C'est inquiétant.
18h06 - Je surveille ses données vitales : son rythme cardiaque était monté à 110 et là il est redescendu à 91 après mon passage près d'elle pour l'apaiser.
Parfois ça se met à sonner parce que ses données sont trop basses ou trop hautes... A l'instant : 90, 93, 24...
19h08 - La soirée est si morose. Je corrige quelques copies en surveillant l'état de ma Blandine.
20h23 - Je suis dans le noir avec l'ambiance d'une chambre de soins intensifs... j'écoute un podcast sur l'assassinat du président Paul Doumer en 1932.
20h50 - Elle tousse beaucoup ce soir. Inquiétude.
21h13 - J'ai du mal avec l'ambiance hospitalière...
Elle doit avoir de la cortisone ce soir, ce qui risque de l'empêcher de dormir... alors qu'il faudrait lui donner le midi.
21h45 - C'est vraiment éprouvant à vivre. Je me suis assis près d'elle pour qu'elle se détende et peut-être s'endorme.
21h53 - La toux ne se calme pas. Je me remets au dodo mais impossible de fermer l'œil.
22h07 - L'infirmière vient de revenir : elle va voir avec le médecin si on peut lui faire un aérosol.
J'entends sa respiration prise depuis mon lit malgré le bruit de l'oxygène. Démentiel.
22h21 - Aérosol avec sérum physiologique installé pour une vingtaine de minutes en attendant de savoir si le médecin souhaite ajouter des produits.
22h36 - Ca semble lui faire du bien... encore cinq minutes et on rappelle l'infirmière.
23h15 - Toujours de la toux...

24 décembre, 1h19
Horrible : je viens de rester près d'elle après qu'elle m'a appelé... sa détresse respiratoire s'accompagne d'un rythme cardiaque à 106 en moyenne. Les poumons restent très encombrés malgré le produit injecté. Impression d'un effort énorme du corps pour chaque respiration.
Horrible.
2h54 - L'enfer de la maladie. Rien ne semble fonctionner pour enrayer cette gêne respiratoire.
3h04 - Enfin ça semble se calmer...
8h29 - Je lui tiens la main... toujours difficile respiration.
8h49 - Son état m'inquiète. A une amélioration suit une dégradation et ainsi de suite.
18h06 - Elle respire mieux ce soir... je n'entends plus la gêne. On lui a posé un patch... j'
essaierai de voir avec l'infirmière car elle n'a pas vu le médecin.
18h23 - Menu de Noël à la Protestante : bisque de homard, cassolette parmentier de canard, faisselle fromage blanc, gâteau sapin au chocolat...
19h17 - Blandine dort depuis une heure... tout seul devant l'ordi dans cette chambre d'hôpital... Pas joyeux.


20h27 - Passage, cet après-midi, de la sœur de Blandine et de son compagnon pour être quelques instants avec elle.
Après la pose d'un patch de je ne sais quel produit limitant les encombrements dans la gorge, la respiration de Blandine s'est nettement améliorée et l'indice de saturation oscille entre 96 et 97 contre des valeurs beaucoup plus basses hier qui faisaient sonner la machine centralisant les données. 
Une deuxième nuit que j'espère moins éprouvante.
21h57 - Le sommeil de Blandine est bien plus apaisé qu'hier, la nuit devrait mieux se passer.

25 décembre, 19h04

Blandine va moyennement ce soir.
L'encombrement se poursuit malgré tout ce qui a été mise en place, dont le kiné... mais pas d'effet notable.
19h30 - Ambiance lourde ce soir... impression d'assister à une nouvelle dégradation. Infirmière appelée. Elle va faire une aspiration.
19h42 - Malheureusement peu d'effet. Le médecin doit passer. Là je suis près d'elle et lui tiens la main.
20h26 - Toute son énergie se concentre sur l'acte de respirer... celui auquel on ne pense pas tant il est naturel en situation normal.
Effroyable.
20h45 - Je dois à nouveau sortir pour des soins... me voilà debout en pyjama dans le couloir... un peu fébrile.
20h54 - J'ai réintégré la chambre : il était temps que je m'allonge.
21h17 - Enfin une intervention qui semble avoir dégagé sa respiration. Je n'entends plus d'encombrement mais juste le bruit des appareils... je la laisse dormir.
21h44 - Le médecin de garde vient de passer, mais aucune réponse à mes deux questions : en sait-on plus sur l'origine de l'inflammation ? Que peut-on dire sur l'évolution de son état depuis son admission en soins continus ?
Il faudra voir avec l'oncologue qui la suit.

26 décembre, 18h47
Je vais voir l'oncologue. J'appréhende...
19h19 - C'est le pire.
Evolution du cancer. Trajectoire palliative seule possible.
Coup de massue.
Je vais appeler ses parents.

20h37 - L'annonce tant redoutée m'est faite ce soir, en présence de Blandine, par l'oncologue Dr D. : la dégradation respiratoire n'est pas due à une inflammation pulmonaire mais à l'évolution incontrôlable de son cancer. Dans son état les perspectives thérapeutiques s'évanouissent et c'est la voie palliative qui est la plus probable. Elle ajoute que la dégradation peut intervenir très rapidement.
Je chancèle et dois m'asseoir un instant. Ma Blandine va ne plus être, ma gorge se serre : toute cette existence heureuse et paisible partagée avec elle...
Je décide d'appeler ses parents pour les informer de cela et les encourager à venir plus tôt que cela n'était programmé, car il s'agit peut-être d'une question de jours. Je contacte aussi ses deux amies lyonnaises qui doivent venir respectivement demain et jeudi pour la voir.
Lorsque je lui précise ce qui se profile, ma Blandine semble garder espoir... cela me dévaste plus encore. Je suis comme assommé par l'inéluctable qui va frapper bien trop tôt. 
Elle est là, toute faible, dans un demi-sommeil, avec la machinerie qui la fait respirer, avec son adorable petit nez envahi par ces tuyaux, je la regarde et intérieurement je m'effondre, mais à l'extérieur je dois demeurer un solide, doux et attentionné soutien jusqu'au bout. 
Ma Blandine fauchée si tôt, c'est insupportable à envisager.
Le dernier (et seul) décès marquant pour moi a été celui de ma grand-mère en décembre 2006... et voilà que ma compagne de vie...
J'arrête là les mots, pour l'instant : les petits sons qui sortent d'elle, malgré le vacarme de l'oxygène produit, sont comme de petites plaintes, mais elle ne souffre pas ainsi qu'elle le déclare à chaque fois au personnel soignant.
Je suis là, totalement désemparé et perdu, ne pouvant que me raccrocher à la volonté d'être présent jusqu'au bout dans la douceur totale.
Ma Blandine, si douce, si bienveillante, je te témoigne ici, comme lorsque je tiens ta petite main de velours, ces derniers jours, tout mon amour.
21h41 - Dans son sommeil des mots incompréhensibles sortent et je crois à chaque fois qu'elle me demande quelque chose. À l'instant elle vient de me dire, bouleversante, "je dors, ne t'inquiète pas"... je suis ému par son instinctive bonté qui se renouvelle même en ces effroyables moments.
Son rythme cardiaque ne descend pas au-dessous de 110, comme si le corps s'emballait pour résister encore...

22h16, (...) Ma détresse est totale. Je dois me reposer pour tenir, mais cette agonie, sans souffrance ressentie, du corps de Blandine me pétrifie. 
Tous ces mois, toutes ces années à combattre cette saloperie de cancer, ces espoirs, cette reconstruction mammaire inachevée, ces retours à une vie presque normale et puis d'un coup la pneumocystose et la reprise du fléau cancéreux. 
Chérir le peu de vie qui lui reste pour l'entourer d'amour, c'est ce que je peux et dois faire avant tout.
À l'instant elle me dit, encore dans son rêve probablement, "j'étais à la maison"... cette maison qu'elle a dû quitter en détresse respiratoire alors que nous devions retrouver notre vie partagée. L'intensité de l'irréalisé, aiguisée comme une lame, me transperce.
Je dois dormir, mais je suis hanté par tout qui se bouscule : cette douceur que ma Blandine apporte à la vie, cette énergie bienveillante, les moments ritualisés qui modèlent notre existence, ces myriades de gestes et d'attentions qui rendent si délicieux notre quotidien... 
Et là, cette nuit, ses mots que je prends pour des appels et qui sont la verbalisation de rêves se bousculant... Lors d'une de ses manifestations elle me demande "un vrai verre pour boire" alors qu'elle ne peut plus rien avaler depuis des jours... Atroce.
23h23 - Les moments sont de plus en plus bouleversants. À l'instant elle se croit de retour à la maison... cette maison qu'elle ne reverra probablement plus. C'est à hurler.
23h30 - Elle n'arrête pas de prononcer des paroles et je crois qu'elle m'appelle à chaque fois.
23h33 - Sa famille arrive demain vers 16h.
23h35 - Elle réclame de "boire pour de vrai".
23h38 - Les infirmières sont là... Blandine a essayé... mais évidemment rien ne passe.
C'est à pleurer.

27 décembre, 6h29
J'ai pu échanger un peu avec ma Blandine de notre vie, de ce qui rend la vie si douce à ses côtés. Nous avons aussi évoqué ses volontés : elle ne veut pas d'acharnement thérapeutique, elle fait don de ses organes et souhaite être incinérée (...).
Son état semble stationnaire mais le cœur est tellement sollicité et l'hypophyse sans doute atteint que je redoute la suite. La voir ainsi me désespère mais je dois tenir bon pour elle et la famille proche qui arrive aujourd'hui. 

4h10 - Ses paroles sont de plus en plus difficiles à comprendre. En dormant elle s'exclame parfois entre deux sons qui font comme des plaintes. J'assiste à cette transformation le cœur serré. Les produits pour la dispenser des douleurs ont cet effet de mettre en retrait la Blandine connue et d'en faire apparaître une si fragile... À pleurer. 
Ma Blandine aimée, où es-tu ? Tu es là et pourtant si loin...
6h35 - Tu as voulu te redresser et te mettre assise au bord du lit (auquel de petites barrières ont dû être mises pour éviter que tu ne tombes) afin de goûter un quartier de clémentine. Je n'ai pu t'empêcher cette action de vie... mais tu te fatigues très vite et j'ai dû demander au personnel soignant de te remettre dans la position assignée désormais. Tu n'auras même pas pu apprécier le jus de ce petit morceau de fruit. Effroyable.
8h19 - Je suis comme K.O. de cette situation vécue seconde après seconde. Ma Blandine semble tellement vouloir garder le contrôle d'elle-même... et moi j'assiste à celui, impuissant.
8h30 - Elle me dit à un moment : "Je ne me sens pas de partir" comme si cela recouvrait et le fait de se sentir encore plus forte pour lutter et le fait de ne pas se sentir prête à quitter la vie.
Elle est bouleversante et admirable à chaque instant de cette ultime épreuve.
17h51 - Je me suis étendu dans la pénombre en attendant la famille et le plateau-repas.
Les doses administrées sont les mêmes qu'hier... ils ont raison de ne pas baisser afin qu'elle ne souffre pas.
Tout se bouscule en moi... je lui ai dit combien je la trouvais extraordinaire d'avoir pu manger aujourd'hui non seulement un petit peu de glace mais aussi de la compote et d'avoir ingurgité un peu d'eau.
18h19 - La famille vient d'arriver.
18h52 - C'est dur.
J'ai à nouveau craqué devant eux et eux devant moi, mais on s'est tous promis de ne rien laisser paraître devant notre Blandine.
21h24 - La venue des parents, frère et sœur a illuminé ma Blandine quelques instants. À la fin nous étions tous les cinq autour d'elle. Journée si dense en émotions partagées. 
Ce soir elle a des moments d'angoisse, notamment par rapport à la date... sa fréquence cardiaque restant extrêmement élevée.
Effroyable de la voir ainsi perdre pied.

28 décembre, 14h44
Etat de Blandine dégradé. Elle n'est plus consciente.
18h34 - Toute la journée avec sa famille près d'elle. Je vais rester la veiller.

29 décembre, 1h41
Ma Blandine s'est éteinte vers 0h25, paisiblement, progressivement et entourée de tout mon amour, de tout notre amour.

3h13
A MA BLANDINE

Il est des êtres de bonté, une bonté à la chaleur d'un nid : ma Blandine était / est de ceux-là. Mercredi 5 décembre 2001 commençait notre belle histoire. Vingt-deux ans et quelques jours plus tard, je suis devant vous, transpercé par le chagrin d'en être désormais privé.

15 octobre 2023
Me reviennent en vrac ces lumineuses parcelles de notre existence partagée comme une évidence : sa voix avec le timbre encore plus doux qui m'était réservé ; son enthousiasme pour chaque nouvelle journée ; son adorable petit "coucou" qui ponctuait tous mes retours dans "not' maison", comme elle disait, lorsqu'elle y était présente - et ces dernières années elle y était évidemment beaucoup ; sa longue chevelure que je respirais pour m'endormir ; sa gentillesse qui faisait de notre quotidienneté une douceur renouvelée ; son petit nez dont j'aimais parcourir du doigt la courbe si craquante ; l'élégance magnifique de son âme ; le courage incroyable qu'elle a montré jour après jour face à cette "longue maladie" comme dit l'euphémisme ; la sensibilité sans pareille d'un être avant tout bienveillant, ma Blandine... je pourrais continuer ainsi toute la journée à égrener les bienfaits de sa présence. 
22 octobre 2023

Nous étions faits pour le partage sans réserve de tous ces petits plaisirs qui emplissent le cœur de la certitude d'être avec le Grand Amour de sa vie.
Ma Blandine, tu me manques déjà tant... "Je suis là" sont parmi les derniers mots que tu as entendus de moi dans cette ultime épreuve.
Tu es pour toujours "Ma Blandine", "Ta BB" comme tu signais tes mots et textos ; je suis ad vitam "ton chéri" ainsi que tu commençais ces mêmes petits écrits plein d'amour. 
Tu me manques déjà tant, ma Blandine, mon Amour.

Dernière photo - 27 octobre 2023 - Parc du Val Rosay






02 décembre 2023

Les enragés

Pas de chœur, en l'espèce, juste une clique déchaînée qui, après avoir hurlé son indignation face aux atrocités commises par les troupes du Hamas, salive devant les crimes de l'armée terroriste israélienne et bave devant les méfaits de barbares colons. Il est temps de dénoncer cette complaisance qui absout d'office les massacres israéliens au nom d'un génocide subi voilà quatre-vingts ans par les parents et grands-parents des coupables envahisseurs et occupants de la Palestine !

Marre de lire et entendre tous ces prétendus porteurs de l'esprit des Lumières, de B.-H. Lévy à A. Finkielkraut en passant par le sénateur M. Habib lequel devrait honorer son mandat plutôt que se déshonorer comme porte-gueule du belliqueux Netanyahou... Eux, et tellement d’autres, nauséeux intellectuels à œillères, défendent jusqu’à l’obscénité un État qui cherche à anéantir toute trace palestinienne en Palestine par le déplacement massif d’une population terrorisée et l’ensevelissement de ceux restés sous les bombardements. Peu importe le mortifère objectif, B.-H. L. affiche son « Pourquoi je défends Israël » et Finkielkraut s’alarme de quelques croix de David tagguées sur des murs de France sans la moindre marque d’empathie pour les milliers de morts palestiniens. Tous ceux qui ont signé le 15 octobre dernier la tribune collective "Islamo-gauchisme : nous ne devons plus tolérer l'intolérable" jugent sans doute légitime le massacre de masse commis par Tsahal dans la bande de Gaza. Ne rien dire sur l’impunité criminelle de l’armée israélienne signe l’abjecte mauvaise foi de ces donneurs de leçon prêts à vous stigmatiser antisémite à la moindre amorce critique.

Certains voudraient carrément pénaliser l'antisionisme, tel le sénateur Le Rudulier, ce qui reviendrait, par exemple, à empêcher le rappel des méfaits israéliens de 1948 à nos jours : l’illégale – et illégitime – occupation des terres palestiniennes, se torchant allègrement avec les dizaines de résolutions onusiennes, sans compter celles bloquées par le puissant complice américain ; les spoliations systématiques de Palestiniens au profit de nuisibles colons qui profitent de ces jours sombres pour humilier et/ou éliminer des Palestiniens de Cisjordanie avec l’onction gouvernementale ; les bombardements terroristes sur Gaza et son effroyable loi au talion disproportionné, pour un Israélien tué le 7 octobre, plus de dix Palestiniens l’ont été à ce jour ; l’indéfendable surdité d'une bonne partie des Israéliens à la demande légitime d'un État palestinien : tout cela dessine un bien repoussant tableau de cette société dans laquelle les Érinyes cultivent leur rage.

Refusons désormais ce lien pavlovien entre le peuple israélien et les populations juives de la moitié du vingtième siècle qui donnerait au premier un droit de crime contre l'humanité palestinienne au nom de ce qu'ont subi les secondes.

Dès 1967 de Gaulle avait parfaitement caractérisé la dérive du peuple juif réuni sur ces terres : « une ambition ardente et conquérante » source « d’interminables frictions et conflits », imposant depuis le pire aux Palestiniens. Il fut alors accusé d'antisémitisme par les adeptes de cette monomanie intellectuelle : les Beuve-Méry (fondateur du journal Le Monde), Jean Daniel du Nouvel Observateur ou Servan-Schreiber de L'Express laissèrent couler leur fiel mal encré.

Aujourd'hui, la voix de Dominique de Villepin sauve la dignité française en dénonçant ce travers psychique qui veut débusquer l'antisémitisme présupposé dans toute critique d'Israël. "À force de vouloir limiter la capacité que l'on a à s'exprimer, à force de traquer toutes les formes de pensée, on devient un très petit pays". Phare dans cet infect brouillard, merci Monsieur de Villepin.