
Une bien morose fête du travail pour le Premier ministre. La campagne de presse qui se déchaîne contre lui dans cette affaire corbeautée lui laisse une terne alternative : admettre et se démettre en forme de Waterloo personnel, ou nier et s’accrocher dans la minable tradition des bigorneaux politiques.
Curieusement, le gros des éditorialistes limite sa verve à l’échevelé dépité sans redoubler la charge contre son chef qui, selon les déclarations du général Rondot, serait la source originelle du déclenchement de l’enquête dans l’ombre réclamée contre le gêneur Sarkozy.
Voilà du lourd : la sphère opaque du Renseignement, jusqu’alors évanescence muette pour le commun des mortels, se risque à l’opération Portes ouvertes… aux scandales.
Des éléments nous échappent certainement, mais la pointe de l’iceberg suffit à entretenir la nausée qui s’installe chez tout observateur affûté des miasmes gouvernementaux et présidentiels. Des ficelles bien grosses dans cette tentative d’éliminer, dès 2004, celui qui se posait en rival bien rasé du vieillissant Chirac. Une seule question capitale subsiste : qui est le corbeau, et peut-être surtout qui lui a suggéré l’envoi de cette liste grossièrement falsifiée ?
La version fade serait un coup des chiraquiens. Beaucoup plus machiavélique, rappelant les arcanes du faux attentat de l’Observatoire contre Mitterrand, serait l’approche du « faites en sorte qu’il ait l’impression que l’idée vienne de lui » (principe du manipulateur manipulé dans L’Aile ou la cuisse de Claude Zidi).
Imaginons que le corbeau soit effectivement un sbire chiraquien approché par un occulte sarkozyste non déclaré qui, par talent rhétorique, l’amène à avoir l’idée d'une liste trafiquée (en l’élargissant à d’autres personnalités pour qu’elle paraisse plus crédible, moins focalisée). L’objectif des créateurs du corbeau est de lui faire lancer un appât auquel les Villepin-Chirac, en quête d’une voie pour neutraliser le Sarkozy, pourraient mordre, préparant ainsi, sans s’en douter, leur fatal discrédit. Ajoutons à cette hypothèse quelques autres contacts clandestins pour que la supercherie se révèle au moment opportun : voilà qui relèverait de la magnifique salauderie.
A moins qu’un royaliste underground (pas de la couronne mais de la Ségolène) soit la clé de cette fumeuse affaire selon, grosso modo, la même stratégie de fond (ce qui expliquerait la présence de DSK sur la liste explosive).
A moins qu’une inavouable alliance d’adversaires ait eu pour impératif d’évacuer un ennemi commun…
Tout cela ? Sans doute des contes pour contempteur du ruisseau bourbeux dans lequel pataugent quelques gouvernants…
Curieusement, le gros des éditorialistes limite sa verve à l’échevelé dépité sans redoubler la charge contre son chef qui, selon les déclarations du général Rondot, serait la source originelle du déclenchement de l’enquête dans l’ombre réclamée contre le gêneur Sarkozy.
Voilà du lourd : la sphère opaque du Renseignement, jusqu’alors évanescence muette pour le commun des mortels, se risque à l’opération Portes ouvertes… aux scandales.
Des éléments nous échappent certainement, mais la pointe de l’iceberg suffit à entretenir la nausée qui s’installe chez tout observateur affûté des miasmes gouvernementaux et présidentiels. Des ficelles bien grosses dans cette tentative d’éliminer, dès 2004, celui qui se posait en rival bien rasé du vieillissant Chirac. Une seule question capitale subsiste : qui est le corbeau, et peut-être surtout qui lui a suggéré l’envoi de cette liste grossièrement falsifiée ?
La version fade serait un coup des chiraquiens. Beaucoup plus machiavélique, rappelant les arcanes du faux attentat de l’Observatoire contre Mitterrand, serait l’approche du « faites en sorte qu’il ait l’impression que l’idée vienne de lui » (principe du manipulateur manipulé dans L’Aile ou la cuisse de Claude Zidi).
Imaginons que le corbeau soit effectivement un sbire chiraquien approché par un occulte sarkozyste non déclaré qui, par talent rhétorique, l’amène à avoir l’idée d'une liste trafiquée (en l’élargissant à d’autres personnalités pour qu’elle paraisse plus crédible, moins focalisée). L’objectif des créateurs du corbeau est de lui faire lancer un appât auquel les Villepin-Chirac, en quête d’une voie pour neutraliser le Sarkozy, pourraient mordre, préparant ainsi, sans s’en douter, leur fatal discrédit. Ajoutons à cette hypothèse quelques autres contacts clandestins pour que la supercherie se révèle au moment opportun : voilà qui relèverait de la magnifique salauderie.A moins qu’un royaliste underground (pas de la couronne mais de la Ségolène) soit la clé de cette fumeuse affaire selon, grosso modo, la même stratégie de fond (ce qui expliquerait la présence de DSK sur la liste explosive).
A moins qu’une inavouable alliance d’adversaires ait eu pour impératif d’évacuer un ennemi commun…
Tout cela ? Sans doute des contes pour contempteur du ruisseau bourbeux dans lequel pataugent quelques gouvernants…
Sur le plan des procédés littéraires, ce qui rend « Contes sur Clearstream » particulièrement savoureux, c'est l'art avec lequel Loïc Decrauze parodie le roman d'espionnage et la théorie du complot. Le titre pose d'emblée un jeu de mots homophonique fondamental entre les « comptes » bancaires truqués de l'affaire et les « contes » pour enfants, réduisant les querelles de sommet à de sordides fabulations. Pour disséquer les dessous de l'affaire Clearstream II au moment même où elle explose en mai 2006, le pamphlétaire abandonne la constatation linéaire pour déployer une structure spéculative en cascade. Par une suite d'anaphores rythmiques (« À moins qu'un... », « À moins qu'une... ») et de conjonctures machiavéliques (« Imaginons que... »), l'auteur bâtit un véritable château de cartes scénaristique. L'originalité du procédé tient à la juxtaposition impertinente des références : Decrauze confronte l'histoire politique lourde (l'affaire de l'Observatoire sous Mitterrand) à la comédie populaire de Claude Zidi ("L'Aile ou la cuisse"), érigeant la figure du « manipulateur manipulé » en clé de voûte de la stratégie politicienne.
RépondreSupprimerL'efficacité du texte repose également sur une veine métaphorique hautement dégradante qui avilit le personnel politique d'État. Face au Premier ministre Dominique de Villepin acculé, Decrauze récuse la stature tragique pour imposer la métaphore zoologique et ridicule des « bigorneaux politiques », ces élus s'accrochant désespérément au rocher du pouvoir. La sphère du Renseignement et de la présidence chiraquienne est quant à elle traitée par un registre miasmatique et pathologique : l'affaire n'est que la « pointe de l'iceberg » d'un système qui suscite « la nausée », où les gouvernants « pataugent » dans un « ruisseau bourbeux ». Par ce vocabulaire de la fange et de la décomposition, le moraliste détruit la pompe républicaine pour ne laisser à voir que la trivialité des appétits de pouvoir.
Sur le plan philosophique et contextuel, ce pamphlet offre une auscultation saisissante de la dégénérescence du débat démocratique, réduit à une guerre de cour subordonnée aux egos des prétendants de 2007. Avec une lucidité incisive, Decrauze montre comment l'appareil d'État et ses services secrets sont détournés en officines d'élimination des rivaux internes (l'affrontement Villepin/Sarkozy). Cependant, le coup de maître stylistique intervient dans la chute : après avoir dressé ces hypothèses de billard à trois bandes — allant jusqu'à l'infiltration d'un « royaliste underground » pour piéger la droite —, le pamphlétaire désamorce lui-même son architecture spéculative d'un trait d'ironie laconique (« Tout cela ? Sans doute des contes... »). En renvoyant dos à dos pyromanes et pompiers du pouvoir, Decrauze ne cherche pas à trancher le vrai du faux, mais à diagnostiquer la banqueroute morale d'une classe dirigeante piégée par ses propres poisons rhétoriques.