Ne plus être, paître au néant
Ondulatoire
Écœurante vie grouille dans chaque coin de soi
Tripes ensevelies, festin de mauvaise aloi
Cristallins parcourus de gourmands vers
Oscillatoires
Entre deux glaises, la cohorte s'acharne
Ne laisser que de vagues traces carnées
S'évacuer enfin vers les entrailles célestes
Combler ainsi ses entailles terrestres
Territoire fendu, moribonde trajectoire :
Dans lit à bascule, à poings fermés se faire saigner
Plaie cachée sous lèvre supérieure
Marrons originels
Se hérisser au monde, stratifier ses peines
Dans la cour de dégradation
Réconfort d'un tronc
Observer les braillards scolarisés
Puis
Leurres d'un château l'autre
À la sordide sauce heïmienne
D'O...miécourt à Au...tremencourt
Pituite pseudo affective
Pervers en chef, le mesnique libidineux
Défonceur de chairs fraîches
Posture de hobereau
Vomissures de salaud
Cloisonner pour mieux pédiquer
La gondole exemplaire : engagement, combats, publications
Les entrepôts éjaculaires : progénitures, ouailles confiées
Tout à l'aune de ses spermatiques défécations
Minablocrate
Crevé sans avoir été jugé
Ondulatoire
Écœurante vie grouille dans chaque coin de soi
Tripes ensevelies, festin de mauvaise aloi
Cristallins parcourus de gourmands vers
Oscillatoires
Entre deux glaises, la cohorte s'acharne
Ne laisser que de vagues traces carnées
S'évacuer enfin vers les entrailles célestes
Combler ainsi ses entailles terrestres
Territoire fendu, moribonde trajectoire :
Dans lit à bascule, à poings fermés se faire saigner
Plaie cachée sous lèvre supérieure
Marrons originels
Se hérisser au monde, stratifier ses peines
Dans la cour de dégradation
Réconfort d'un tronc
Observer les braillards scolarisés
Puis
Leurres d'un château l'autre
À la sordide sauce heïmienne
D'O...miécourt à Au...tremencourt
Pituite pseudo affective
Pervers en chef, le mesnique libidineux
Défonceur de chairs fraîches
Posture de hobereau
Vomissures de salaud
Cloisonner pour mieux pédiquer
La gondole exemplaire : engagement, combats, publications
Les entrepôts éjaculaires : progénitures, ouailles confiées
Tout à l'aune de ses spermatiques défécations
Minablocrate
Crevé sans avoir été jugé
Désormais
L'Être de Vie m'étant inaccessible
Je laisse couler le temps
Avec juste quelques montées massacreuses
Contre les raclures du XXIème siècle.



Ce poème de septembre 2022 marque un tournant d'une noirceur absolue. Ici, le scalpel se retourne contre le poète lui-même.
RépondreSupprimerIl ne s'agit plus d'une autopsie du monde, mais d'une descente aux enfers intime où se mêlent la putréfaction biologique, les traumatismes de l'enfance et le viol de l'innocence par une figure tutélaire monstrueuse.
1. Le Titre : L'audition macabre du poète
Le titre lui-même, « Mont carné de vers », est une trouvaille stylistique d'une ironie tragique, construite sur un double sens phonétique immédiat :
« Mont carné de vers » ---) Mon carnet de vers
Par ce calambour homophonique, Decrauze définit son œuvre poétique (son « carnet ») non pas comme un espace d'évasion esthétique, mais comme un amas de chair pourrie (« mont carné ») livré aux asticots (« de vers »). Les « vers » ne sont plus des unités métriques, ce sont les agents de la décomposition.
Le premier paragraphe pousse à l'extrême cette mécanique clinique de la putréfaction : « tripes ensevelies », « cristalloïdes parcourus de gourmands vers ». Le corps humain y est décrit comme une fatalité biologique écœurante, une carcasse qui doit « s'vacuer enfin vers les entrailles célestes » pour espérer refermer ses « entailles terrestres ».
2. L'enfance pétrifiée et exclue
Le deuxième mouvement du poème opère une régression vers l'enfance, mais une enfance abîmée, vécue dans la clandestinité de la douleur.
Le corps traumatisé : L'image du « lit à bascule » évoque la petite enfance, mais elle est immédiatement associée à la violence : « à poings fermés se faire saigner », « plaie cachée sous lèvre supérieure ». Le traumatisme est inscrit dans la chair, scellé sous la lèvre, condamné au silence.
L'exclusion sociale : L'évocation de la « cour de dégradation » (détournement de la cour de récréation) montre l'enfant Decrauze en position de spectateur absolu, adossé au « tronc » d'un arbre, regardant « les braillards scolarisés ». Il est déjà en dehors de la communauté des vivants, précocement mûri.
3. L'autopsie du système Micberth : De la façade au cloaque
RépondreSupprimerLe cœur du poème s'attaque directement, avec une violence verbale inouïe, à la figure de Michel-Georges Micberth, le polygraphe et éditeur d'extrême droite, décédé en 2013. Decrauze brise l'omerta en cartographiant précisément le réseau du prédateur.
La cartographie du monstre
L'évocation des « Leurres d'un château l'autre » — qui détourne le titre de Céline — cartographie la réalité des domaines picards où s'exerçait l'emprise du gourou, « d'O...miécourt à Au...tremencourt ». Mais c'est l'expression « la sordide sauce heïmienne » qui donne au passage sa véritable clé dramatique. Loin de désigner un complice, elle qualifie directement le climat psychologique et le système pervers instaurés par Micberth lui-même. « Heïm », qui sonne comme la lettre « M » dans le "Journal" de Decrauze, se révèle être une référence directe au chef-d'œuvre de Fritz Lang, "M le maudit". En qualifiant ainsi la manipulation du prédateur (« pituite pseudo affective »), Decrauze fait sortir Micberth du simple cadre fait-diversier pour l'inscrire dans l'archétype universel et terrifiant du chasseur d'enfants. La géographie intime du traumatisme se superpose alors à l'ombre du cinéma expressionniste, scellant le destin de ce « pervers en chef ».
Le démantèlement de la imposture : Facade vs Réalité
Pour démonter ce double discours, Decrauze organise une confrontation violente entre la façade publique et la vérité biologique des corps. D'un côté, il expose ce qu'il appelle ironiquement « la gondole exemplaire », cette vitrine de légitimité faite d'« engagement, combats, publications » où le prédateur se drape dans une « posture de hobereau », affectant la noblesse de l'esprit. De l'autre, dans un parallélisme destructeur, le poète dévoile l'envers du cloaque : les « entrepôts éjaculaires », la trahison des « ouailles confiées » et la réalité brute du crime sexuel (« cloisonner pour mieux pédiquer »). La prétention de l'intellectuel s'effondre ainsi sous le poids du diagnostic clinique, ramenant les nobles combats affichés à la fange de ce que Decrauze nomme de sauvages « spermatiques défécations ».
Le vocabulaire décrauzien se fait ici scatologique et ultra-clinique (« pituite », « mesnique libidineux », « spermatiques défécations ») pour rabaisser le gourou à sa stricte vérité biologique : un « défonceur de chairs fraîches ». Le néologisme « Minablocrate » fusionne le « minable » (terme récurrent chez Decrauze pour dire le manque d'envergure morale) et l'aristocrate, fustigeant la tyrannie de salon que Micberth exerçait sur ses « ouailles ».
Le vers « Crevé sans avoir été jugé » résume le scandale absolu de l'impunité, la mort biologique ayant devancé la justice des hommes.
4. Le deuil du Sursaut Éthique : L'absence de Musine
RépondreSupprimerLa fin du poème éclaire la détresse actuelle de l'auteur. La porte de sortie est définitivement verrouillée :
« Désormais / L'Être de Vie m'étant inaccessible / Je laisse couler le temps »
L'Être de Vie, c'est Musine, cette figure lumineuse qui traverse ses écrits, incarnation de l'amour pur, de la rédemption et de l'innocence retrouvée. L'inaccessibilité de Musine signifie la fin de l'espoir.
Privé de cette force motrice, le poète bascule dans une temporalité morne (« je laisse couler le temps »), une démission existentielle qui n'est rompue que par des convulsions de dégoût : ces « montées massacreuses » qui ne sont plus des projets d'insurrection éthique, mais des éclats de rage pure, impuissante, contre « les raclures du XXIème siècle ».
« Mont carné de vers » est peut-être le poème le plus crucial pour comprendre l'origine de l'anthropologie de Decrauze. On comprend que son obsession pour la mécanique froide des corps, la souillure de la chair et la trahison des discours moraux n'est pas une simple posture littéraire : c'est le produit direct d'une enfance passée dans l'ombre d'un château-piège, sous la coupe d'un « pervers en chef ». La poésie n'est plus ici un chant héroïque à la Gavroche, elle est le déversoir thérapeutique et désespéré d'un homme qui regarde ses plaies à vif.