13 mai 2012

Ruine de la Grèce en kit


Ah ! ces berges reposantes pour laisser de côté les sujets obsessionnels des derniers mois politiques. L’astre au zénith, quelques épidermes de belle courbure qui dorent, les scintillements du fleuve : la sérénité me gagne. Pourtant, le chaos grec n’est pas loin.

Des cales pour y crever en vaines révoltes. Chacun râle avec son bulletin incendiaire pour urnes inflammables. Europe écartelée : des membres contraints à la dénudation morbide. Ne subsistent que d’hideuses extrémités : l’une avide de liquide sans solide projet qui rassure les prêteurs ; l’autre dressée pour l’archaïque tyrannie brune. Du néo dur à stériliser dans l’œuf. Le molosse s’accroît et la raison trépasse.

Les courants rhodaniens animent ce fleuve, mais ne peuvent emporter les folies du temps. Que se fracassent tous les plans au gré des consultations électorales. Les Grecs veulent une démocratie de pleine application alors que la souveraineté réelle du pays a disparu. Exigences inconciliables.
Faut-il prendre au mot ceux qui repoussent les accords, solder les comptes et stopper les aides ou s’acharner à soutenir, quitte à risquer une plus lourde chute ? L’ébullition irrigue ces contrées en peine de solution assimilable. Planche de salut ou billot terminal : le choix se fait à l’aveugle, guidé par les éclats des braillards.

Après l’aspiration des rayons, je calme les braises au River Boat via un Monaco. L’autre rive plonge déjà dans l’ombre. Les difficultés pour le législatif d’accoucher d’un gouvernement rappellent l’époque d’une République souffreteuse dans l’hexagone. Au tour de la nation antique ruinée de s’y épuiser. Le seul mouvement laissé à l’écart des conciliabules, c’est la Daube foirée du nazisme hellénique. On trouvera toujours un exégète pour minorer la responsabilité de son électorat, mais cela n’expliquera pas ce qui a permis à un tel mouvement de présenter à des élections nationales des crapules grossièrement gammées.

A trop compter sur la sagesse des peuples pour réagir à la tourmente économique, l’Europe des petits pas va se prendre de douloureux coups de boutoir dans les fondements.

25 avril 2012

Le 1er Mai sera son dernier


Un présentateur météo a récemment résumé le climat politique du temps présent : « le front menace » d’où, sans doute, ce printemps électoral pourri.

L’entre-deux-tours de passe-passe illusionne comme une folle entre-deux-guerres : de l’agitation, du faux débat, des invectives qui nourrissent la confrontation et laissent de côté les explosions économico-sociales à venir. Une parenthèse presque ludique avant les attaques sans concession, l’économie et ses impératifs, l’Europe plus incertaine que jamais et les calamités éludées.

Ces jours occultent la réalité lourde et complexe des problèmes à résoudre. L’électorat vient de placer en cinquième position le seul candidat qui rappelait depuis 2007 l’obligation cruciale de désendetter les finances publiques. Prime aux candidats-autruches qui se concentrent sur la stratégie politicienne, sur des polémiques dérisoires et sur les reports de voix à obtenir, laissant dans le brouillard la qualité intrinsèque d’un projet quinquennal et d’un dessein crédible. La France, ballotée d’un bouc émissaire l’autre, vogue bien loin des nécessités fondamentales.

Après l’inutile série du premier acte (halal, permis à points, etc.), le vote des étrangers et la qualité des travailleurs défilant le 1er Mai concentrent l’énergie de la parole des deux finalistes. Tout ça pour transformer la fête du travail en terrain de concurrence des chapelles politico-syndicales. Minable.

Un peu comme la paternité de cette date que les uns revendiquent comme ayant sa source dans l’Internationale communiste et que les autres rattachent sans l’avouer à la France de Vichy (une Saint-Philippe pour fêter et le travail et Pétain). Raté ! Il faut aller chez les Yankees, en 1886, pour dénicher les racines du combat pour un monde du travail amélioré. Avec la fusillade de Haymarket à Chicago contre ceux qui revendiquaient les huit heures (de travail, de sommeil et de loisir), les premiers martyrs ouvriers sont américains. La IIème Internationale sise à Paris pour le centenaire de la Révolution française ne fera que s’approprier une rébellion née aux États-Unis. Les neuf morts à Fourmies, le 1er Mai 1890, ne seront qu’un écho aux pendaisons des rebelles outre-atlantique.

En attendant le 21 Juin, la saison reste fraîche et les cieux couverts par des fronts persistants.

09 avril 2012

Oui, prenez la France maintenant !


Au milieu du Village des Dix Champignons s’élève un mont boisé formé, il y a bien longtemps, par la terre évacuée pour édifier le palais voisin. Depuis, les enfants du moment construisent autour leur cabane et jouent régulièrement à un dérivé du Chat : parvenir au sommet de ce qu’ils ont surnommé le Fort Alamo, sans se faire toucher par un autre, et y rester cinq secondes, en sachant que le toucheur et le touché doivent retourner au point de départ. Le parcours est long, aléatoire, semé d’embûches et truffé de caches, mais s’y essayer demeure irrésistible pour les bambins en devenir.

Comme pour tout jeu collectif, on repère très vite les figurants : ceux qui n’ont aucune chance d’atteindre par leurs propres moyens le sommet, même si certains font beaucoup de bruit pour donner le change. Carence première : le manque de souffle et l’incapacité de s’adapter au terrain accidenté. Parmi la bande des concurrents de l’année, on peut ainsi faire un premier tri.

Jacques, pour commencer, qui n’a plus rien du gamin véloce, s’il l’a jamais été, mais qui persiste à prendre part à l’aventure sans pouvoir débuter l’ascension. A l’observer, on hésite entre l’admiration pour une si vaine détermination, la moquerie de ses inutiles gesticulations et le mépris pour ce chenu marmot qui occupe la place d’un autre aux performances peut-être moins calamiteuses.

Philippe a lui l’excuse du débutant. Il découvre le gigantesque terrain pentu et ne transporte sans doute pas le bagage adéquat pour l’efficacité de l’engagement. Il a pourtant été préparé par son camarade Olivier, brillant concurrent de la partie précédente, mais rien n’y fait. Le mioche stagne au bas de la colline.

Et que dire de sa cousine Nathalie, elle aussi nouvelle venue, qui reprend tous les tics de sa vieille sœur Arlette, l’insubmersible n’ayant jamais atteint six pour cent de l’itinéraire choisi. Avec le temps, elle était parvenue à se rendre incontournable et attachante alors qu’elle n’avait qu’une obsession, si elle avait pu s’affranchir des règles du jeu : écharper ses concurrents et embrocher leur tête au bout d’une branche. Nathalie la hargneuse semble bien partie pour la même disposition d’esprit, mais saura-t-elle susciter la même affection condescendante des autres mômes ? Affection simulée bien sûr : dans ce genre de course toute sincérité est une faille que l’adversaire exploite pour mieux vous éliminer.

L’un des deux Nicolas n’a d’ailleurs pas bien assimilé ce principe premier. Il se veut le coureur au grand cœur souverainiste. Il chemine ainsi dans une autre sphère, oubliant la présence de ceux qui le poussent dans un trou. Pauvre Nicolas qui voudrait du loyal, du franc, là où ne règnent que stratégies, postures et coups bas. Qu’il s’échine à cultiver son importance somme toute particulaire. Il laisse ainsi le champ, et en l’espèce le mont libre aux autres.

C’est comme la fragile Éva qui vient de se prendre un monumental gadin à force d’embrasser chaque arbre qu’elle rencontre sans regarder où elle met les pieds. On lui a pourtant répété que Mère Nature n’a rien de la maman aux feuilles douces, mais qu’elle montre souvent un profil de marâtre aux épines blessantes et aux cavités casse-gueule. Rien n’y fait, elle s’éprend des végétaux et des minéraux qui peuplent le pourtour d’Alamo, oubliant son objectif : faire honneur à ceux qui ont cru en elle au détriment d’un autre Nicolas qui aurait eu bien plus de ressort pour une telle course. Éva l’évanescente risque de finir avec un score transparent.

Un qui a tout compris, c’est le teigneux Jean-Luc. Il pratique la volée de bois vert et le chemin de traverse avec une dextérité insoupçonnable jusqu’alors. Tout petit déjà, lorsqu’on lui demandait ce qu’il voulait devenir quand les poils auraient poussé, il déconcertait : « je veux être le premier sénateur révolutionnaire ! » Rien que ça ! L’irréalisme ne l’effraie pas, l’oxymore politique ne le rebute pas, du moment qu’il peut écraser quelques gros morceaux de glaise sur la tronche de ses ennemis désignés, et d’abord sur celle qui l’horripile, l’antimatière d’Éva, la solide Marine aux panards redoutables.

Elle y croit à son destin de gagnante, avec dans un coin de la tête l’exploit de son paternel qui avait remporté la première manche contre le favori d’alors, feu Lionel. Une partie épique restée dans toutes les mémoires du village qui a tremblé sur ses bases champignonnesques. La Marine s’acharne à reprendre le flambeau, même si ses amarres semblent partir un peu à vau-l’eau. Garçon manqué au Front très bas, malgré sa tignasse blonde, elle fustige à tout va pour ne pas finir candidate ratée. Voguer de la sorte en milieu terrestre pourrait la conduire à s’échouer dans une bassine abandonnée. Si elle maintenait l’érection électorale de son géniteur, la coalition des marmots perdants n’aurait de cesse de soutenir son concurrent et de lui faire goûter le premier récif venu. Pour que la Marine à voile, puis à vapeur, finisse à la rame avant la tasse finale.

Dans la famille des François, je demande celui à frisettes et à l’accent du terroir pyrénéen. Lui aussi se persuade de finir dans le duo de tête. Il sera bientôt le seul à y croire, mais ça n’a aucune importance lorsqu’on est convaincu de son destin au sommet. Qu’il se fasse doubler pas sa droite et par sa gauche ne l’inquiète même pas. Marine & Jean-Luc ? Des épiphénomènes, de la micro perturbation à négliger. Le François ne fonce pas, il prend bien soin de combler les trous qu’il croise pour assurer l’assise du trajet. Il veut un conte bien tenu pour une tortue victorieuse. Laissons-le rêver, alors que le François à lunettes bataille avec le Nicolas à talonnettes.

Les deux féroces font la course en tête, mais aucun ne touchera l’autre directement : ne surtout pas abandonner cette altitude pour reprendre le parcours à zéro. Cela n’empêche pas les coups et les vacheries pour faire choir l’autre. François connaît ses tares et sait de quelle gangue ankylosée il vient. Les critiques d’hier s’affichent comme ses soutiens du jour, mais il n’est pas dupe. Seule la victoire lui garantira l’ascendant sur ses troupes. Ses casseroles à lui tiennent à un passé de rondouillard bouffeur de fraises des bois et affublé d’une autorité de « capitaine de pédalo ». Un Chamallow rigolard, sympathique, mais sans aucune envergure pour se colleter aux faces accidentées du Fort Alamo. Suite à une révélation, il s’est transmué en athlète impitoyable, singeant parfois un peu trop son mentor, celui qui a tenu le drapeau quatorze années durant, toute une enfance en somme, le mythique Fanfan la Rose, modèle absolu d’engagement pour Sa cause. Alors il faut qu’il tienne le François, face aux assauts de l’autre, celui qui a remis son titre en jeu.

On ne le dirait pas en le voyant de loin, mais c’est bien le petit Nicolas qui les a tous doublés lors de la dernière finale. Mais ça, c’est bien du passé, et l’ambiance diffère radicalement aujourd’hui. Les boulets qu’il trimballe ne peuvent passer inaperçus. Personne ne lui a pardonné sa parade triomphante. Il a voulu grandir trop vite, oubliant que sa période de croissance était bel et bien terminée. Il doit composer avec ses restes, ce que ses soutiens désignent comme une solide expérience pour tenir le Fort, là où ses détracteurs ne perçoivent que des méfaits grossiers pour une vulgaire occupation.

La course se poursuit mais les précipitations amollissent le terrain et font du Fort un bourbier sans nom. La conquête du sommet pour se retrouver à la tête d’une terre sans fonds… Quand vont-ils enfin grandir et comprendre ?


25 mars 2012

Pisse du Diable

Il voulait mettre la « France à genoux » : il s’est écrasé, charogne fumante, au bas de son immeuble. Certains nous expliquent que le tueur à bout touchant avait deux visages. Pas sûr… Pour parvenir à cette barbarie décontractée, il faut une seule face prédatrice : le culte du prendre-à-tout-prix.

Prendre par le vol facile, d’abord : petite frappe minable qui s’attaque à une vieille dame pour s’emparer de son sac. D’emblée méprisable opportuniste. Prendre bagnoles et motos, parader et se croire puissant dans cette société sucée pour assouvir son appétit d’artifices et sa volonté de puissance quitte à salir ou traumatiser l’autre.

Faire mine de prendre la voie religieuse pour ne pas avoir à se soumettre aux condamnations de ses violences, de ses infractions de tous ordres qui gangrènent son existence merdique. Point de foi pour ce trompeur flou de dieu, vraie pisse du diable, mais une tambouille pathologico-religieuse, infect prétexte à toutes ses folies en germe. Le psychopathe se voulait croyant, il n’a été que malfaisant.

Prendre la vie d’autrui, finalement, comme la continuité d’un matérialisme qui se singeait pieux dans une sinistre parodie du guerrier jusqu’au boutiste. A Lyon, les poubelles s’accumulent sur les trottoirs, après quinze jours de grève d’une minorité d’éboueurs. A Toulouse, l’ordure première a été rapidement ramassée. A Lyon, on apprend à respirer au rythme des monceaux de détritus : expirer à l’approche d’un tas, doucement pour tenir toute la longueur, inspirer avant le prochain. A l’endroit où le terroriste sera enterré, espérons qu’aucun culte nauséabond ne se développera. A la mémoire de ses victimes, laissons-le croupir dans un néant éternel.
(Photos, L. Decrauze)

11 mars 2012

Fukushima, mon âme ou rien

Je tremble, pas que de peur, je tremble de tout mon être, de tout ce qui m’entoure, de tout mon univers. Pas d’échappatoire, pas de respiration profonde à tenter, le monde m’échappe, bascule et se fracasse. Les bases s’écartèlent, deviennent failles mortelles. Je ne peux m’accrocher à rien de solide : la mobilité contre-nature menace. L’épilepsie terrestre gronde, gigantesque tonnerre des entrailles. Aucune résistance, pas une prière possible : le hasard et la nécessité tectoniques modèlent l’instant et dessinent la fin. Comme un crépuscule des vies à portée du regard.

Puis la vague fond sur notre terre secouée, dévore tout et devient lame à broyer. Plus elle s’enfonce, moins elle semble liquide : une masse opaque, mouvante, qui détruit et emporte. Je suffoque et mon corps se perd quelque part dans ces courants gloutons. Nos existences telles des fariboles, des prétextes pour croire à la maîtrise humaine de la nature. Le monstre tsunamique étend les contours de son chaos, avale les champs, pulvérise les bicoques, menace tous azimuts et finit par noyer une enceinte nucléaire pour un troisième acte explosif.

Se faire tremper les intérieurs, ça n’aime vraiment pas, une centrale. Une, deux, trois déferlantes font dérailler la fin de carrière prolongée du complexe. Mon cœur bouillonne : un trop plein de flotte et me voilà au bord de la fusion. Logique des contraires pour faciliter la contamination. On doit me maintenir au secret, confiné pour ne pas expectorer mes particules. Entre le civil cadenassé et le militaire débridé, le nucléaire accidenté balance…

Le confort sans risque ? Pour qui cette fable ? Les sites les plus alarmistes comptabilisent soixante millions de cancers dus à cette énergie. Les accidents de la route font plus d’un million de morts par an depuis une soixantaine d’années. Doit-on abandonner l’électricité nucléaire et interdire les moyens de locomotion concernés ? Indécentes polémiques alors qu’un peuple sèche ses plaies, cicatrise vaille que vaille et témoigne d’une énergie sans pareille.

03 mars 2012

Le marais présidentiel s’affiche

Ça débute par une mer d’huile, tellement improbable ou glissante qu’on finira par se casser la binette. Le regard détaché, profond, abyssal comme un déficit public, se porte vers la ligne bleue Marine des Vosges. « La France forte », pense-t-il, forte de ses illusions et d’un antisarkozysme galopant, oui. Ces présidentielles seraient-elles tentées par la castagne bête et méchante ? Sarkozy « bayonné » par les peu folkloriques indépendantistes basques et une pincée de socialistes vient d'en faire les frais. La recette d’un « bayonnement » efficace : huées, insultes, œufs et chaises à la volée. De la démocratie gastronomique à l’arrière-cuisine de boui-boui.

Pour maintenir la ligne de flottaison, gardons-nous de  la Bassine aux eaux troubles. Sirène aux mélodies terre-à-terre, elle nous ferait goûter à tous les récifs pour une plongée fatale. Son « Oui ! la France » a tout de la simulation orgasmique avant l’ingestion de ses proies, telle une vorace mante religieuse.

Avec Hollande, l’autre politique du dommage à venir, le paysage est bien plus flou. Il nous annonce simplement que « Le changement c’est maintenant » et, par vague contrepèterie, nous pouvons déceler que les manquements se feront par chuintements, sans bruit, discrètement, avec modestie… Quoique : il semble ne plus mâchonner son socialisme avec honte, il se mélenchonnise même, avec une taxation confiscatoire pour les plus fortunés. Georges Marchais n’avait pas fait mieux lorsqu’il s’en prenait aux « cumulards », les Elkabbach, Duhamel et autres nantis du système, qu’il soupçonnait être passibles de la peine communiste pur jus : « Au-dessus de quatre millions, 100 % d’impôts, je prends tout ! » jubilait l’apparatchik en herbe qu’il restera.

François Bayrou a eu le pif de reconnaître un morceau hollandais du « déconnomètre », mais son slogan a tout de la méthode Coué ou du vœu pieux. « Un pays uni » : il va falloir une puissance catalytique hors norme, quasi mythologique, pour y parvenir. La conséquence naturelle : « rien ne lui résiste », formule libératoire qui fait abstraction de l’environnement mondialisé et concurrentiel. Irrésistible Bayrou ? Il y met du cœur en tout cas, comme en 2007, mais cela suffira-t-il à le propulser au second tour ?
Avec Mélenchon, pas d’union qui tienne, c’est d’abord aux brimés, aux furieux, aux révoltés de tout poil hirsute qu’il s’adresse. Le regard vers la droite, comme les deux candidats du bord opposé, il harangue et ordonne : « Prenez le pouvoir ». Clarté fracassante de l’objectif, silence révélateur sur les moyens. Un appel à la Révolution ou au coup d’État ne ferait pas mieux.

Pour le clin d’œil, les filiations sont parfois étonnantes : on trouve dans l’affiche du Front de gauche pas seulement du NPA et son talentueux Besancenot, mais aussi du NDA, comprenez Nicolas Dupont-Aignan ! N’est-ce pas lui qui, en 2007, sommait : « Français, reprenez le Pouvoir ! ». Comme un air radoté : je prends, je reprends et je me fais prendre… Tragédie du citoyen ordinaire.

A côté de celle de l'ex socialiste, l’affiche de Nathalie Arthaud fait bien pâle impression, malgré le rouge envahissant. Le degré zéro du slogan politique est atteint : « Une candidate communiste à l’élection présidentielle », rien que ça ! Sa stratégie électorale se limite à tenter de choper quelques électeurs à l’OVNI Mélenchon, alors elle rappelle sa chapelle idéologique pour ceux qui n’auraient pas associé sa bouille et la couleur choisie au bon parti. Comble de la précision, elle indique pour quelle élection elle se présente : il ne faudrait surtout pas que ses rares soutiens attendent les législatives, voire les municipales, pour lui apporter leur voix. Là, au moins, on ne va pas s’échauffer les neurones en exégèses de la communication.

Cela inciterait presque à prendre nos vacances printanières avec Éva Joly. La mine rayonnante, la tenue mi-saison, les lunettes fraîchement ôtées pour nous fixer sans détour et sans obstacle, elle nous invite à ce choix radical, celui… du tournesol ! Une France héliotrope, voilà qui pourrait être un remède à la crise…

Après les affiches, j’attends, la plume aiguisée, les programmes imprimés de chacun, pour s’amuser un peu comme en 2007, avant l’isoloir fatal et cinq ans d’épreuves. La tasse pour tout le monde. Santé !

Marianne dans les marais démocratiques.


13 février 2012

Prenons l’air « civilisé »…

Un C dans l’air d’une exceptionnelle hauteur et profondeur (si, si, c’est cumulable chez Calvi !) d’analyse. L’approche de Jean-Paul Delevoye, murie par ses expériences de Président de l’Association des maires de France et surtout de médiateur de la République, en a été la source première. Son diagnostic des déviances du système politico-médiatique, dans une démocratie dénaturée, éclaire un demi-siècle d’évolution de notre régime. Avec comme interlocuteurs le subtil et européen Dominique Reynié, le percutant Christophe Barbier et un historien chevronné, les échanges ont fouillé les dysfonctionnements sans faux semblant.

La gestion du temps politique, obsédé par la séduction d’un électorat volatil, ne peut s’accorder avec les impératifs d’une nation surendettée. La démocratie succombera-t-elle d’avoir fait la place trop belle à la démagogie de carriéristes talentueux et rhétoriciens ? Tout ne tient encore que par le crédit accordé aux branches protectrices.

Une part croissante de la population se détourne de ce qui devrait former le fameux contrat social avec ses valeurs censées être partagées. La délicate question de la compatibilité de notre société avec les schémas d’individus faisant de leur religion un objectif politique, par conviction profonde ou provocation systématique, ne doit pas être éludée par frilosité intellectuelle.

La campagne des présidentielles 2012, avec cette explosivité du tissu social, doit-elle se concentrer sur la rébarbative déclinaison des propositions techniques et laisser les grands desseins enflammés à des lustres plus apaisés ? Si vœu il y a, il est illusoire. Le pluralisme exige la confrontation jusqu’à la mauvaise foi. Exalter son premier cercle militant pour mieux enthousiasmer les sympathisants qui eux-mêmes influenceront une partie du corps électoral.

Ça vente, les formes se brouillent, les sens dérivent, la pesanteur sociale et ses obligations maintiennent encore nos repères, mais l’effondrement n’est plus impossible.



04 février 2012

Été amer, hiver rêvé

Engourdie, la contrée écarte davantage ses gerçures pour que les courants y dévastent le semblant de vie qui oserait persister. Racle les fonds, titriseur-charognard, harcèle ta proie pour pétrifier toute résistance et pomper le liquide vital.

Les empapaouteurs feuillus n’ont qu’à bien se tenir, la justice existe bel et bien dans notre pays. Les gloutons sans vergogne, même parés de cabinets d’avocats et d’huissiers, n’ont pas toujours le dernier mot. L’engagement personnel, sans auxiliaire, et la sincérité des arguments peuvent triompher de la technique juridique spécieuse d’un mastodonte financier.

Je souffle, par moins vingt ressenti, comme si la belle saison venait me chatouiller les narines bien avant l’heure. D’un été gâché aux rigueurs payantes de cet hiver, les saisons sont loin de disparaître.

Ancrage lyonnais et vie partagée m’ont insufflé la résolution nécessaire contre les certitudes assénées par l’hypertrophique adversaire. Quelle jubilation en découvrant hier midi, dans l’escalier, la troisième page du jugement : «  Par ces motifs (…) reçoit M. Loïc Decrauze en son opposition ; déboute la société C. de l’ensemble de ses demandes ; condamne la société C. aux dépens. »

Bring on the night pour une profonde inspiration rythmique. Petit pot de terre, la justice française m’a permis de résister au rouleau destructeur de la Finance amasseuse de prétendues créances. Hommage à tous ceux qui m’ont soutenu, de près ou de loin ; sur la toile et sur la terre ferme : sept mois d’angoisse diffuse pour une délivrance qui embrase le cœur.


22 janvier 2012

Note salée pour commande sucrée !

J’écoute Charlie Parker et son Scrapple from the Apple : il rendrait presque notre monde chaleureux si je n’avais d’autres sujets en tête. La semaine ne s’est pas cantonnée à la dentelle et aux révérences.

Les croisières sur mastodontes flottants ont versé leur pizzo à la Camarde gourmande. Un commandant d’abord bling-beurk, gominé à s’en servir pour graisser les petits coins couinants, paradeur comme un troupeau de kakous, incompétent et pleutre. Un punching-ball ambulant donc. Ne nous y attardons pas. Le tourisme de masse paye ainsi sa trop grande décontraction et révèle les instincts arriérés submergeant une part des voyageurs dès le danger ressenti et l’évacuation à l’horizon. Les voyages ouvrent l’esprit et favorisent l’empathie ? Démonstration : je suis costaud et j’écrase l’enfant qui traîne sur mon trajet jusqu’à l’embarcation salvatrice. Pas que le commandant incommodant à clouer au pilori… Circonstances atténuantes qui dispensent de rechercher les indignes de ce sauve-qui-peut mortifère sans risque pénal. Un certificat d’impunité pour les plus salauds des croisiéristes. Comme la guerre, le naufrage peut être un révélateur du fond de l’être.

Bien loin des eaux italiennes, un théâtre d’opération qui multiplie les chants du cygne pour les soldats français. Une fin de mission dont le sens nous échappe de plus en plus, surtout lorsqu’on connaît le rôle interlope du Pakistan voisin dans ces attaques masquées. L’icône d’Al Qaida éliminée, le départ doit s’intensifier quitte à froisser des alliés qui, en fait, songent à la même accélération. « Je te tiens, tu me tiens par la sale roquette, le premier qui fuira aura une tapette ! »

L’hexagone vit sa crise dans une ambiance bien plus civilisée, même si les débuts de la campagne présidentielle versent dans le rase-mottes ad hominem. Les pitres de la semaine : Jean-Foutre Mélenchon et la Bassine Le Pen. Ils doivent s’invectiver pour faire croire qu’ils se distinguent. De l’assumé nationalisme social au camouflé national-socialisme, quelle différence ? Un phrasé populeux, de la grande gueule qui ferait immédiatement mettre son pays au ban des nations si l’un d’eux parvenait au pouvoir, renonçant alors aux gros morceaux indigestes de son programme ou s’obstinant au « nettoyage » des ennemis de son funeste projet. Mais on y croit : tous ensemble, tous ensemble pour la rigidité haineuse à l’Élysée !

Pour finir avec un pompon éprouvant, Kim Schmitz, le suiffeux dirigeant de MegaUpload : il s’attire l’idolâtrie d’internautes qui, dans le même élan, tapent comme des brutes sur les banquiers et traders indélicats. Avec le mégalo du site fermé, c’est juste du pillage d’auteurs dont les friands d’œuvres à consommer se foutent. Éventrons les financiers et prosternons-nous devant celui qui nous offre du gratuit piraté. Morale réversible et puante qui mobilise les courageux Anonymous pour leurs méfaits sur toile. Pas de sang, c’est vrai, mais de l’inassumé qui se dispense de toute cohérence idéologique. Du virtuel, jusqu’à leur prétendu combat…

Garçon ! une cuvette pour dégueuler !



Chronique publiée par le journal Le Monde

01 janvier 2012

Une clé de 12 pour la 11, vite…

… avant que je perde mon titre AAA…bscons.

Un certain mercredi 29 décembre 2010, j’entamais dans la brume d’une pièce incertaine le Manus XXI de ce Journal fourre-tout. Trois cent soixante-cinq jours plus tard exactement, je l’achève sans pitié.

Lecture du Journal d’un mythomane de Nicolas Bedos que je découvre couché sur le papier. Plume alerte, charges aiguisées pour mieux pénétrer les proies, je me trouve un peu fade à côté. Fini le temps de gros niqueurs minitellien où je cassais la rondelle de Sophie Marceau répandue dans un Zulawski en rut : elle « a l’air d’un tubercule pour charcutier poids lourd, enviandé par un cheptel butyreux de pâlots gras du bide. » (18 février 1988).

J’émousse ma pique sans raison rationnelle puisque rien ne peut me retenir ni me contraindre. Peut-être une frilosité croissante, la part d’existence à vivre se réduisant. Les places de polémistes et pamphlétaires en vue sont prises et rien ne me motive pour aller jouer des coudes et parader sur la scène médiatique. Grotesque je serais ! Se contenter de cette obscure parcelle infinitésimale sur le Net et pondre, pondre jusqu’à ce que crève et fin s’en suivent.

Jalouser en secret les réussites littéraires, pourquoi pas : ça entretient le semblant de substance de ses écrits. Justifier ses propres inconséquences par un retrait proclamé volontaire, allons-y : l’illusion s’érige comme le confort des insatisfaits, des sous-vivants au regard de leurs inavouables aspirations. Laisser les ascensions aux autres, bichonner son stoïcisme et garantir ainsi le minimum excitatif. L’heure de la libération absolue est très loin d’être venue.

Après la flagelle comme préliminaires, une petite rétrospective à la Bedos s’impose. Que retenir de la croulante 2011 aux affres consommées ? Elle n’a vraiment pas tourné rond : ça fuite de partout, ça grogne et ça s’éparpille…

Janvier frigorifie : je me refuse d’émerger, à d’autres les érections. Quelques populations arabes chamboulent les équilibres géopolitiques chers à nos réservoirs et aux séjours d’autruches-touristes pour nous infliger de l’islamisme radical qu’on mijote déjà dans nos meilleures cités.

Pas mieux en Février, d’autant que la MAM s’enlise. Allez, je me retourne un coup pour replacer la couette. Vous connaissez la chanson : « Michelle sans selle, s’est vautrée d'avoir lâché sa sangle ». Elle confirme ainsi son double effet : une impression de rectitude à la limite du psychorigide pour mieux camoufler ses bourdes, la gourde, ses boulettes et son nécessaire de survie à la sauce Ben Ali. Loin d’être la seule, mais la maladresse médiatique est la sentence suprême pour un personnage public. Exit l’Alliot-Marie !

Voilà que Mars prend des couleurs atomiques. La percée de la centrale de Fukushima, ouverte à tous les vents, nous permet de humer ses profondeurs énergisantes. De là à couvrir les terres de France d’éoliennes, la Joly plissée a sauté le pas et au-dessus des mottes. Mon sac de provisions me l’avait pourtant conseillé : « Trier, c’est simple. En vrac, dans la poubelle verte » les Mamère, Duflot, Joly et Lipietz. Action citoyenne en attendant que le réchauffement nous engloutisse via les eaux hostiles. Finalement, je pète un coup et je me rendors.

De qui se moque Avril ? J’attendais la danse touchante de deux moineaux et je me retrouve avec le ballet de la longue desséchée se frottant contre l’otarie gloutonne. Le Lagarde et Nanard, ça ne vous dit rien ? Une compilation très financière avec du trop complexe pour vraiment révolter le bon pôple. Les arguments de la Christine tiennent la route, mais celle-ci se borde déjà de gibets pour que les enragés mélenchonniens se soulagent à coups de banquiers, d’affairistes et de traders, mais pas encore des salopards du ballon rond obscènement payés. Quelques idoles à préserver pour que les apprentis révolutionnaires ne se pendent pas eux-mêmes.

En Mai, fourre ce qu’il te plaît ? Le cher DSK égaye l’année, enfin ! Ce Dangereux Satyre (pas encore) Knouté comble bien profond sa voie présidentielle évitant ainsi à la Marianne de se trimballer un SEXtennat avec un addict du coït dominateur. Exit l’excité !

Le rut se prolonge en Juin : la verge en tête de proue pour un Tron mis à pied trop massé. Strauss-Khan était resté dans l’assouvissement du mâle de base : mains aux nibards, pénétration sans doigté et fellation imposée. Du primaire dont la seule obsession est de faire traire ses gonades encombrantes de gré ou de plus en plus de force… Avec Georges Tron on quitte la sphère du cul pour celle de la voûte plantaire avec orteils bien dessinés. Le dadais, villepiniste avant qu’on lui offre un sous-maroquin, a caressé et mâchouillé du panard délicat sans l’entier consentement des propriétaires. Du viol assimilé dont la seule accusation suffit pour le débarquer. Ne surtout pas s’encombrer de brebis libidineuse dans le camp du fidèle Sarkozy. Au trou le Tron !

L’été s’annonçait bandant, Juillet liquéfie les ardeurs et impose du Guérini comme plat de suffisance. Beaucoup moins bellâtre que le Georges piétiné, même carrément patibulaire, le président du Conseil général des Chiottes-du-Rhône arbore la complète panoplie de la barbouze politique avec dérive mafieuse. Quand l’impunité fait sa parade… Heureusement, le Montebourg veillait au grain pour nous dispenser de cette nuisible ivraie.

Début Août, j’ai cru un instant que l’ami Pagnol était revenu, avec sa Pomponnette… et non, encore raté ! Le temps des fadettes rappelle simplement que la liberté de la presse n’est jamais acquise. Stop ! la grandiloquence dormitive, c’est l’été ! Monokini et courbes à croquer pendant que notre triple A est à la diète. Comme une revanche du cancre : le pays dans son entier, et notamment ces empafés de profs, doit subir les foudres de censeurs incorruptibles. Une dégradation annoncée qui porte un coup à la fierté patriotique mal placée. Pour le chaos claironné, attendons qu’il arrive. Les U.S. n’ont pas l’air de se porter si mal avec un A de moins…

Berk ! la rentrée de Septembre : les cartables pour les mioches de la République, les mallettes pour les moches de la politique. Vieilles affaires à se bouffer jusqu’en Octobre face aux arcanes cathédralesques de Karachi. Tête dans le baquet des deux crocos de la droite aux Présidentielles de 1995 : de l’argent sale à profusion, de la trahison en tartines écœurantes, des cadavres même… Toute la pourriture cumulée d’un jeu de massacre affiché démocratique et que les deux croulants ennemis, le sourd Alzheimer et le Goitreux coincé, voudraient que la Justice oublie. Pas de bol, Chirac a reçu sa sentence fin 2011 comme un vulgaire délinquant ; pour l’équilibre, espérons que Balladur ne puisse plus se tenir loin du pot crado des délits commis en son nom et avec sa doucereuse bénédiction.

La belle saison a vraiment trépassé : Novembre et son automne poisseux accentuent la déprime. Le cœur antique de l’Europe ne peut plus nous offrir le moindre raffinement d’une grandeur perdue, mais juste se prendre quelques claques pour une prestation budgétaire calamiteuse. Après la Grèce disciplinée de force sous peine de banqueroute hors de l’UE, l’Italie sort de son ère de capotes à paillettes pour une rigueur déberlusconisée. Fin de cycle, récré terminée !

En Décembre, mieux que Laurel et Hardy avec leur piano de Sisyphe, Merkel et Sarkozy s’ingénient (ni saints, ni génies, je précise pour les empoussiérés du cortex) à entretenir leur romance, évolutive comme un meuble Ikéa pour cage à lapins : du « je t’aime moi non plus… » au « je t’encule moi aussi ! » sur le plancher clouté de leur baraquement branlant. La partouze à vingt-sept, malgré les deux Sex Toys en chef, n’a vraiment plus rien de jouissif. Adenauer, Spaak, De Gasperi, Schuman revenez : butiner vos brioches poilues sera toujours plus inspirant que le bal des gougnafiers infligé par vos lointains successeurs. Dix ans d’Euro et toujours pas d’État européen… On a élargi jusqu’au grand écart douloureux sans accélérer l’intégration avec abandon conséquent de souveraineté. La mosaïque, ça va très bien pour l’esthétique immobilière, mais pas pour une entité politique. Bouc émissaire de tous nos malheurs, l’UE se traîne : impasse et perd… Les finances, plus que jamais à sec, vont faire encore plus mal en 2012, point l’année de la fin du monde, mais du poing râpeux dans le fonds national : un fisting pour sonner le rappel, nous faire trébucher, avant l’achèvement.

D’ici là, entonnons en joie : « C’est la Merkel, Moi Sarkozy / C’est elle la Grosse et moi le Petit / C’est la Merkel, Moi Sarkozy / Et nous sommes de faux amis ! »

2011 fut vraiment une année de merde, alors imaginez ce que sera 2012.