Rappelez-vous le poupouce sympathique de la Société générale : une aide à s’installer, à entreprendre et à s’épanouir dans une vie tout en pastels harmonieux. Belle vitrine pour inciter à la consommation par de gentils prêts.
L’acte premier s’ouvrait sur l’adorable monde des Bisounours financiers : « Je te prête, tu me payes… tu ne payes plus, je te relance, je te balance ! ». Les poupouces américains ont ainsi soutenu vaillamment, ardemment, sur l’impulsion des pouvoirs publics d’alors – une nation de propriétaires à tout prix, ça ne vous rappelle rien ? – quelques millions de personnes aux revenus modestes ou inexistants, avant de les faire expulser. La tragédie du pauvre trop crédule ? L’affaire Madoff a démontré magistralement que la voracité naïve imprègne aussi des gens de la Haute.
Acte deuxième : la Société générale communique sur l’abominable trader abuseur de confiance, îlot de perversité dans un océan de vertus tranquilles. Gare ! Le tapis gondolait un peu trop pour parvenir à dissimuler toutes les pourritures financières que son personnel expérimenté, au faîte de l’art spéculatif, s’était vu refiler par la voie de brenneuses arcanes.
En outre, on commence à découvrir la réalité des responsabilités dans l’affaire Kerviel. Une Mission impossible de la culbute financière : « utilisez tous les moyens possibles, jusqu’à l’illégalité, pour multiplier la mise, mais nous nierons toute connaissance de vos agissements en cas de découverte. Ce poupouce s’autodétruira dans cinq secondes… »
Finalement, le conte de la Générale est limpide comme un Perrault : goinfrez-vous tant que vous pourrez, jusqu’à l’écœurement de vous-même, abusez des règles, rapaces, et fientez sur le contrat social pourvu qu’avec un large sourire vous affirmiez : « C’est pour mieux vous aider, mon épargnant ! »
Troisième acte, le plus sordide. La figure du Banquier, que j’ai si souvent brocardée dans mon Journal, est devenue le punching-ball idéal pour exacerber ses ressentiments.
Ce qui fait enrager, c’est l’impossibilité d’une suite naturelle pour les fautes graves de gestion, à savoir la mise en liquidation, sous peine de provoquer une implosion en chaîne du système. Voilà donc des entités commerciales qui usent et abusent des règles du capitalisme, mais qui ne peuvent en aucun cas se voir infliger une quelconque sanction. Le pompon : quelques dirigeants de ces établissements financiers doivent se faire tirer l’oreille par l’exécutif pour se résoudre, en rechignant, à ne pas toucher les primes et autres parachutes dorés.
De là à lancer le bon pôple étriper ou décapiter quelques gros lards à cigare et à lunettes, comme Plantu les stigmatise, il n’y a plus que l’épaisseur d’un euro. Nos caricaturistes du XXIe siècle ont tout de même abandonné, pour représenter ces indécents hommes d’argent, le nez crochu qui tombe dans la bouche. Un progrès notable de ne retenir que la fonction sans l’associer à une catégorie ethnico-religieuse…
Chacun attend, redoute, espère, selon sa posture face à la crise, l’explosion sociale, le déchaînement révolutionnaire avec quelques barbaries justifiées comme purgatives…
Ce qui irrite, dans l’ambiance colportée, c’est le leurre d’une prime à la vertu pour les modestes, les planqués, les revanchards échoués. La résonance du discours contre les salopards qui réussissent incite à occulter les crasses des ternes citoyens, mais la petite musique sonne bien, alors les médias la relaient sans jamais égratigner la France d’en bas.
L’acte premier s’ouvrait sur l’adorable monde des Bisounours financiers : « Je te prête, tu me payes… tu ne payes plus, je te relance, je te balance ! ». Les poupouces américains ont ainsi soutenu vaillamment, ardemment, sur l’impulsion des pouvoirs publics d’alors – une nation de propriétaires à tout prix, ça ne vous rappelle rien ? – quelques millions de personnes aux revenus modestes ou inexistants, avant de les faire expulser. La tragédie du pauvre trop crédule ? L’affaire Madoff a démontré magistralement que la voracité naïve imprègne aussi des gens de la Haute.
Acte deuxième : la Société générale communique sur l’abominable trader abuseur de confiance, îlot de perversité dans un océan de vertus tranquilles. Gare ! Le tapis gondolait un peu trop pour parvenir à dissimuler toutes les pourritures financières que son personnel expérimenté, au faîte de l’art spéculatif, s’était vu refiler par la voie de brenneuses arcanes.
En outre, on commence à découvrir la réalité des responsabilités dans l’affaire Kerviel. Une Mission impossible de la culbute financière : « utilisez tous les moyens possibles, jusqu’à l’illégalité, pour multiplier la mise, mais nous nierons toute connaissance de vos agissements en cas de découverte. Ce poupouce s’autodétruira dans cinq secondes… »
Finalement, le conte de la Générale est limpide comme un Perrault : goinfrez-vous tant que vous pourrez, jusqu’à l’écœurement de vous-même, abusez des règles, rapaces, et fientez sur le contrat social pourvu qu’avec un large sourire vous affirmiez : « C’est pour mieux vous aider, mon épargnant ! »
Troisième acte, le plus sordide. La figure du Banquier, que j’ai si souvent brocardée dans mon Journal, est devenue le punching-ball idéal pour exacerber ses ressentiments.
Ce qui fait enrager, c’est l’impossibilité d’une suite naturelle pour les fautes graves de gestion, à savoir la mise en liquidation, sous peine de provoquer une implosion en chaîne du système. Voilà donc des entités commerciales qui usent et abusent des règles du capitalisme, mais qui ne peuvent en aucun cas se voir infliger une quelconque sanction. Le pompon : quelques dirigeants de ces établissements financiers doivent se faire tirer l’oreille par l’exécutif pour se résoudre, en rechignant, à ne pas toucher les primes et autres parachutes dorés.
De là à lancer le bon pôple étriper ou décapiter quelques gros lards à cigare et à lunettes, comme Plantu les stigmatise, il n’y a plus que l’épaisseur d’un euro. Nos caricaturistes du XXIe siècle ont tout de même abandonné, pour représenter ces indécents hommes d’argent, le nez crochu qui tombe dans la bouche. Un progrès notable de ne retenir que la fonction sans l’associer à une catégorie ethnico-religieuse…
Chacun attend, redoute, espère, selon sa posture face à la crise, l’explosion sociale, le déchaînement révolutionnaire avec quelques barbaries justifiées comme purgatives…
Ce qui irrite, dans l’ambiance colportée, c’est le leurre d’une prime à la vertu pour les modestes, les planqués, les revanchards échoués. La résonance du discours contre les salopards qui réussissent incite à occulter les crasses des ternes citoyens, mais la petite musique sonne bien, alors les médias la relaient sans jamais égratigner la France d’en bas.
Publié au lendemain de la crise des subprimes, du scandale Madoff et de l'affaire Kerviel, « Du coup de pouce au doigt… bancaire » déploie une charge corrosive contre le cynisme financier et l'impunité systémique. Pour orchestrer son réquisitoire, Loïc Decrauze emprunte une structure théâtrale et dramatique en trois actes, mettant à nu le gouffre qui sépare la communication édulcorée des établissements de crédit de la réalité prédatrice du secteur. Le détournement du slogan et du visuel historique de la Société Générale — le fameux « poupouce » incarnant l'accompagnement et la proximité — sert de fil conducteur satirique. En transformant ce geste commercial rassurant en un doigt d'honneur adressé à l'ensemble du corps social, le pamphlétaire démonte l'illusion du « monde des Bisounours financiers » pour exposer la mécanique du surendettement et de la dépossessions des plus crédules.
RépondreSupprimerSur le plan littéraire, le texte se distingue par l'hybridation des registres et la maîtrise du pastiche. Decrauze détourne le conte de fées classique pour résumer la morale perverse du secteur bancaire, parodiant le "Petit Chaperon Rouge" de Charles Perrault à travers l'adresse du loup déguisé (« C’est pour mieux vous aider, mon épargnant ! »). L'épisode Jérôme Kerviel est quant à lui passé au crible d'un pastiche de la série d'espionnage "Mission Impossible", où la hiérarchie cynique intime l'ordre d'user de l'illégalité pour démultiplier les profits tout en planifiant le désaveu de l'exécutant en cas de découverte (« Ce poupouce s’autodétruira dans cinq secondes… »). Cette verve ironique s'appuie sur le choc constant des registres de langue, juxtaposant le vocabulaire feutré du marketing aux métaphores viscérales et scatologiques (« fientez sur le contrat social », « brenneuses arcanes », « voracité »), mettant à nu la spéculation comme une foire d'empoigne de rapaces.
La dimension philosophique et politique du pamphlet réside dans la dénonciation de l'asymétrie fondamentale du capitalisme contemporain. Decrauze met en lumière l'immoralité du concept de "Too big to fail" : alors que la logique marchande devrait imposer la faillite et la liquidation aux entités fautives, les banques bénéficient d'une garantie étatique absolue par crainte d'un effondrement systémique. Le pamphlétaire fustige ce détournement du contrat social qui voit les pertes socialisées par le contribuable tandis que les dirigeants rechignent à abandonner leurs parachutes dorés. Au passage, l'auteur livre une observation sociologique fine sur la caricature politique, saluant le fait que les dessinateurs contemporains (à l'instar de Plantu) aient abandonné les stéréotypes antisémites du XIXe siècle au profit du « gros lard à cigare », ciblant désormais la fonction et l'opulence plutôt que l'origine ethnico-religieuse.
Fidèle à sa posture de moraliste indépendant, Decrauze se garde toutefois d'abandonner son texte à un populisme simpliste. Alors même qu'il incendie la rapacité des élites financières, le pamphlétaire refuse catégoriquement d'accorder une « prime à la vertu » à la « France d'en bas ». Il dénonce le leurre qui consisterait à faire des citoyens modestes des martyrs immaculés, pointant la naïveté, l'avidité partagée et le ressentiment des « revanchards échoués ». En dénonçant la complaisance des médias qui flattent les bas instincts de la foule sans jamais interroger les travers du citoyen ordinaire, Decrauze maintient sa ligne stoïcienne et misanthrope : la crise n'est pas seulement celle des banques, elle est le symptôme d'une lâcheté collective où la haine des riches dissimule souvent la déception de n'avoir pu participer au banquet.