04 août 2026

Du Nid mortuaire

 


Chaque geste s’épuise d’une enclume sans appui

Le regard a, comme point de mire, une vague fixation

Les journées se suivent en répliques lassantes

L’alentour ne soulève plus qu’indifférence

Des pensées déforestées qui se tarissent en mirages

Des sens dévastés au seuil de l’informulé

Gisant sans fin : si le corps dérive, l’esprit divague

Rien des cieux

Dieu s’y croit

Que les cimes enterrées par vagues ondulatoires

S’affranchissent de l’espace

Guérissent du temps

Ô Firmament ouvre tes distorsions

Qu’à l’horizon des étirements

Se rue ma lumière

Pour un feu d’art qui crisse

Une ribambelle de perles noires

Auprès du “perpéloin”

Je te retrouverai là

Sous notre petit cyprès double

Mon index sur le bout de ton nez

Toi de dos, ton visage dans ce miroir “enlarmé”

Je t’espérerai ici

Nos mains aux doigts inextricables

Promesse du geste…


Mais du Nid mortifère

Entre le deuil de l’une, la disparition de l’autre

J’étouffe mon phylactère “brouillonnement” versifié.


11 juillet 2026

Coupe... l'immonde !

 Même en tentant d’ignorer l’actualité, les remontées miasmatiques ne tardent pas à incommoder.

Pour ce juillet sous chape caniculaire, il semble qu’une bonne part de l’espèce humaine se passionne pour deux obscénités dites sportives. Depuis ce maudit Vingtième siècle, le « je pense donc je suis » se délite en je-(me)-dépense-donc-je-crois-être. Il ne s’agit plus d’être humain, tant l’obsession de posséder – y compris l’autre dans la compétition – gangrène le cogito, mais d’avoir humanoïde.

Il a tout fait ce mal vivant, y compris dérégler le climat qui lui permet de pondre ses crottes quotidiennes. Le voilà déjà dans la fosse, mais il s’acharne à parader, cracher, insulter, guerroyer sur les territoires, les pelouses et les départementales… Le vrai et affligeant spectacle ne doit pas se contenter des courses après la baballe sur des terrains grassement arrosés à la pisse trumpienne. Méprisable et criminelle continuation de cette CONpétition qui pète ses résultats comme autant d’infâmes confirmations que cette espèce n’a plus sa place dans l’harmonie du vivant.



Laurent Ballesta, dans Abysses, la face cachée des océans, se désole : sur le sol de la Sanda Trench, à plus de sept mille mètres sous l’Océan indien, ballotte… une canette de bière ! Ah ! je les entends roter leur mousse ces ineptes supporters : voyage au centre de la glaire footballistique. Du gros lard ! de la merde faisandée sur siège en plastique puant !

Pas mieux dans ce qui nous sert encore de pays : les autorités laissent et les cyclistes et les grappes collantes au bord des routes – à ne surtout pas cueillir – se ruiner la santé pour la beauté de l’effort sur fond cramé. Rien, aucun engagement sanitaire pour annuler ces pitreries. Roulez kermesse ! les flonflons des sponsors seront leur sanctuaire.



Bienvenu chez l’humain malin qui a tout envahi – mais attention, ce sont SES territoires, SES contrées, SES pays, SES nations – tout salopé – mais avec une sophistication technologique inégalée – tout empuantit… Conscience de quoi ? D’être la plus malfaisante espèce vivante que la Terre ait portée ? De quoi, bougre de salopard ?! D’avoir eu la gazeuse intelligence de ne pas être à la hauteur collective pour ne pas transformer son espace vital en enfer : le voilà le Djinn ou l’Ange déchu, prisonnier de son impitoyable inconséquence… pas besoin d’aller chercher sous la terre – qu’il pollue tout de même jusqu’aux tréfonds – l’infernale zone… Elle est là ! dans les stades, sur le bord des routes… partout sur cette surface enlaidie de sa présence.

Des enflures gouvernantes aux chiures gouvernées – qui surtout se croient maîtres de leur volonté, la tête baissée vers l’écran influenceur – rien pour s’extraire du désert visqueux qui avale les restes vivotant avant de laisser la Terre en paix.


« – il n’est plus une source au monde où tourbillonne

le terrible poids du sang, il n’est plus une fissure, une lèvre

qui garde l’insidieuse mesure de l’ombre

et de l’attente ; il n’est plus qu’un chant recourbé

sur l’infini commencement de lui-même. – » (G.-E. Clancier, Le paysan céleste)

AINSI FOIRE-T-IL !


10 mai 2026

Chant de ruines

 


Sur ma feuille à en-tête coupé

Convulsent quelques noms bientôt décomposés

Chacun à l’article sans mors

Indéfinir le vide

Avec ces lettres qui s’effacent

Pour d’improbables syllabes

Aux sons saturés

Ne plus rien avoir à qualifier

Rêche

Impair et trépasse

Evider toute proposition

De sa substance

Bascule de la relative à l’évasive

Complétive carencée

De l’indépendante à l’isolée

Ces semblants de phrases non ponctuées

S’éparpillent en vers sans rime

Plus de paragraphe

Que du retour à la ligne

Pour tenter l’intuition majuscule

Et s’effondrer sans suspension



06 avril 2026

Nos mortes

 

Lecture d’une traite des XLVII poèmes de Ma morte. Pierre Albert-Birot a su extraire de sa douleur ces vers-larmes qui ont, si fluidement, 95 ans plus tard, coulé en moi. Il épanche si justement, après la disparition de sa Germaine, beaucoup de ce que j’endure de l’absence de ma Blandine. Quelques parcelles éparses notées ici, pièces d’un puzzle en miroir de cet âpre près, intemporel, éternel :

Germaine Albert-Birot - Portrait inachevé

 

« II (…) Comme ils sont tristes en tombant / Les flocons c’est de la jeunesse / Qui meurt »

Aride crachin d’automne ou scénette ensoleillée du printemps, ma saison est passée.

 

« III (…) Et tu es morte / Et moi vivant j’écris que tu n’es plus »

Rester là sans être tout à fait vivant, pas encore trépassé.

 

« VII (…) Je suis le grand nous solitaire / (…) Quand j’ouvre la porte comment se fait-il / Que tu ne m’attendes pas / Non tu es au cimetière »

Dans cet exil intérieur, isolement volontaire, je te garde au profond de moi, je me préserve ainsi de l’absence de toi.

 

« XII (…) Car moi je ne me sers de la parole / Que pour parler de toi / Tandis que les autres s’en servent déjà / Pour n’importe quoi / (…) Tu es ma morte et non la leur »

Jusqu’à l’incompréhensible pour autrui, me murer de toi dans l’inénarrable.

 

« XVI (…) Et je viens au cimetière moi / Pour te voir toi / Et quand je reviens à la maison / Cette autre tombe où je repose »

Du Cimetière ancien de la Croix-Rousse à l’appartombal, d’un Nid l’autre sans espoir de nous revenir.

 

« XVII

Je suis enfermé dans le mal de toi

(…) Je suis enfoui dans ma douleur »

A m’ensevelir ainsi, l’âme en croix

Je goûte un peu de ton éternelle demeure

 

« XXIII (…) Tu seras morte maintenant tous les jours

Tant que j’aurai des jours »

Ce quotidien qui désormais ne rime plus à rien

Pétrit à jamais le fatigué vaurien

 

« XXIV (…) J’ai mis toute ma tendresse / Et tout mon néant / Dans un seul et long baiser sur ton front »

Oui ! exactement cela, cet élan d’amour dans la salle Tête d’Or où tu reposais, visage serein, le 9 janvier 2024.

 


« XXXIX (…) J’ai vu visser le couvercle de ton cercueil / Mais on n’avait mis dessous / Que le mort »

Ces huit longues vis et leur capuchon doré parant ton dernier voyage ; je reste, pétrifié.

 

« XLI / C’est encor l’écrivain / Qui fait sa coulée de mots / Pour jouer à l’immortel »

C’est toujours en poète que chavirent les tentatives d’éternité.

 

« XLIII (…) Tout le reste du temps / Je sais qu’il ne faut pas t’attendre / Et je me mets à table / Et je ferme à clef / Et je me couche »

Et chaque matin, avant de refaire le lit, je mets ton petit oreiller rectangulaire entre les deux miens carrés, laissant l’air frais les parfumer.

 

« XLVII (…) Le soir où tu es morte / Je suis mort aussi / Mais je suis né le lendemain / Et toi tu es restée morte / Germaine [Blandine] mon sourire / Je peux naître chaque matin / Mais je garde en naissant / Le goût de toutes mes morts / (…) Et tant que je vivrai / Germaine [Blandine] mon sourire / Tu seras une morte en vie »

Ainsi, compagnes perdues, nous vous retrouvons vives, lumineuses d’exister !

 


03 avril 2026

Tes Rots Urinent, Mauvais Péteur !


La vagissante populace a sorti des fanges une vomissure, abjection faite graisseuse, avec du lard faisandé comme vague cortex : le minable matamore aux borborygmes malodorants. Il pue le goret sur le retour, oui, il schlingue de la gueule et assène ses puérils messages sans tête et à la queue mal pourrie.

Criminel erratique, avec son compère le Naze Hideux, il ose, l'obscène à ensevelir, expectorer son indignité. Il ne parle pas, l'enflure, il bavouille ; il ne bouge pas, il remue une repoussante masse ; il n'écrit certainement pas, le Con ! il gribouille hargneusement sa pissgnature au très bas d'ineptes décrets ; il ne pense pas, bête comme un troupeau de nuisibles, il incommode par ses vacuités à gerber ; mais il vit encore, odieusement.

Les chiottes de l'Histoire n'auront pas de fosse septique assez profonde pour contenir une si envahissante immondice. Voilà bien le messie qu'il faut pour un Etat terroriste, génocidaire...

15 mars 2026

Pétales de cendre

Il est des épuisements où chaque geste conduit à renoncer

Des fatigues de fin du monde

Où les cataclysmes s'étiolent en néant

Quand l'isolement s'impose, piètre sursis,

Comme l'unique voie du sans

Pour une complète désocialisation.

L'humain empeste trop les artifices

Voulant tout et prétendant l'inverse.

Je ne souffre plus autrui

Ses parades putréfiées

Où le foutoir d'achat

Empale les chemins de traverse.

Que tous les potentats du pouvoir

Macèrent dans l'acide :

Le Honni à démembrer

Le Naze à carboniser

Un Popovine à écarteler...

Et livrer leurs restes aux vermines.

Les proies de cette espèce déglinguée ?

Elle-même et son logis !

Civilise tes massacres

Sur des circuits déprimés

Attise tes ondes âcres

Sur une toile pulvérisée.


Enfin les temps bucoliques composeraient

Leurs accords sur des notes pastel

Et les courbes paysagères rafraîchiraient

Les angles sans jamais accrocher les ombrelles

Vénérables pierres de taille

Sculpteraient l'horizon des âmes pérennes

Vigoureuses frondaisons

Apaiseraient du matin grand au petit soir

Au firmament vivre le providentiel

Comme une résurrection de l'essentiel

Approche ta langue de terre que je me ressource

Entoure-moi de tes bras de mer

Et des monts enchanteurs aux plaines enchanteresses

Le cœur perméable retrouvera l'ivresse

12 février 2026

Signe du Temps

Signe du Temps

Les digues du sang

Finissent toujours par céder. 

Pour s'illusionner

Des reliefs figurés 

Qui ne sont qu'aspérités,

Moult déplacements 

Si loin du firmament

Qu'ils rabougrissent l'âme,

Gavent à éclater l'indigente 

Parole, prurit d'arrière-gorge :

Sordide meublement 

D'un espace inassumé. 

Les forges essoufflées 

Empuantissent encore au soleil crachant.

Fracasser les restes fragiles 

Ne rien laisser ;

Singer la perdition sénile 

Et surgir dans ce tombeau d'acier,

De béton désarmé,

De blafard verre sans teint.

Crever