09 mai 2021

Invariants spasmodiques

 Fin de matinée, non loin d'Interpol.

Misanthropie nihiliste pour m'effacer. Mettre un gouffre entre moi et le vivant. Le rien comme oripeaux mortuaires. Un virus et je bricole du confinement, une vierus sonne l'ensevelissement. Ne surtout pas le vaille que vaille, le tourner-la-page, le chapitre suivant, l'accommodement dans le faux-semblant. Pourquoi devrais-je esquisser une sociabilité quand tout en moi s'anéantit ? Non foi pour un désastre révulsé. Que les gorges s'ouvrent vers ce désert calcinant. Pas de conte à pendre, juste une équation à presque huit milliards d'inconnu-e-s. Repoussoir en quête de pourrissoir. Ne plus croiser un regard ni échanger d'encombrantes paroles : en vase clos avec sa brisure d'absolu.

En face, six gugusses avec leur brassard jaune de haute visibilité attendent les usagers à contrôler. Le premier bus s'arrête : un seul voyageur, en règle ! Se faire un hargneux olibrius sans titre de transport. Défouler ce vide. Le deuxième sera le bon : binôme frauduleux à verbaliser.

[Inachevé]

Julius Payer - Tegetthofff im Eis


21 avril 2021

Baudelaire l'effleure sans mal

Corolle hérissée aux rimes liquides expulse ses bal(l)ades, agrippe une douloureuse exhalaison : lézarde affolante instille rêverie entêtante.

Charles Baudelaire : Autoportrait sous l’influence du haschich.
Charles Baudelaire - Autoportrait sous l’influence du haschich.


« Durant ces grandes nuits d’où le somme est banni, »

À Musine j’écris en pleurs, à l’agonie.

« Te regarder toujours avec des yeux de feu »

Irrigue de velours ta braise qui m’émeut.

« Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie »

Et sans Musine l’Instant saigne ses envies.

 

« Moi-même, dans un coin de l’antre taciturne,

Je me vis accoudé, froid, muet, enviant, »

Laissant les angoisses ronger mon sort nocturne,

En un cri sépulcral m’exhiber déviant.

« Au somnambule errant au bord des édifices, »

Reste un sort délirant, le roide sacrifice.

« Comme les sons nombreux des syllabes antiques »

S’exhalent les tons feu qui accrochent nos criques.


 

« Qui, comme moi, meurt dans la solitude,

Et que le Temps, injurieux vieillard,

Chaque jour frotte avec son aile rude... »

Sait que l'âme s'use et tombe aux pillards

Qui souillent l'envol, griment l'élan prude

Pour qu'il ne reste qu'un laid vétillard

Aux songes étroits, ternes certitudes.

« Quand la terre est changée en un cachot humide,

Où l'Espérance, comme une chauve-souris, »

S'épuise et s'assomme contre ces pans acides,

Je reste là, goûtant son cadavre tout gris.

« Pour engloutir mes sanglots apaisés

Rien ne me vaut l'abîme de ta couche : »

Et si je suis arraché de ta souche,

Privé de sève : une vie à raser.

 

« Fortes tresses, soyez la houle qui m’enlève ! »

Loin du phare, aspirant l’écume qui m’élève.

« L’air est plein du frisson des choses qui s’enfuient, »

Volutes sans retour, restes d'âmes en suie.

« Dans le suaire des nuages

Je découvre un cadavre cher, »

Celui que je deviens, en nage,

Sueur glacée perlant sans chair.



Corolle

Hérissée

Aux

Rimes

Liquides

Expulse

Ses

 

Bal(l)ades,

Agrippe

Une

Douloureuse

Exhalaison :

Lézarde

Affolante

Instille

Rêverie

Entêtante.

08 avril 2021

Chiche ! Monsieur Doucet : végétalisons !

 

Projet Nexity au 191 avenue Félix Faure - Lyon

Au coin de l'avenue Félix Faure et de la rue Meynis (troisième arrondissement) se prépare une opération immobilière de poids, et ce malgré la lyonnaise ère écologique : un immeuble atteignant les trente mètres, pour sa partie la plus haute, jetterait son ombre bétonnée sur la cour de récréation de l'école élémentaire juste en face. Ses petits bâtiments classés seraient alors inesthétiquement surplombés.

 

L'école élémentaire classée située en face

Une archaïque pradélisation de ce coin de Lyon se prépare, donc... Pour les non-Lyonnais, petite digression d'histoire communale : Louis Pradel dit "Zizi béton", à la tête de la capitale des Gaules de 1957 à 1976, eut la charmante idée de faire passer l'autoroute Paris-Marseille au cœur de la ville et d'ériger le hideux pôle d'échanges multimodal qui défigure l'espace alentour de la Brasserie Georges, institution culinaire et merveille architecturale. L'infect "plat de nouilles" grises avait alors l'apparence de l'irrésistible modernité. Rappelons également, pour finir de croquer cette laide politique urbanistique complaisamment soutenue par la presse locale (Le Progrès de Lyon d'alors) que le maire Pradel envisageait de détruire les quartiers d'époque Renaissance du vieux Lyon. Sans le combat de Régis Neyret pour éviter ce patrimonocide, nous aurions peut-être une enfilade de parallélépipèdes verticaux à l'indigeste sauce béton en lieu et place d'un ensemble classé au patrimoine mondial de l'humanité ! Heureusement, pour l’intégrité et le rayonnement de Lyon, le ministre de la Culture Malraux s'empara de l'affaire…

Vue d'en haut, état actuel.

Eh bien ! voilà ce que je vous demande aujourd'hui, à l'échelle d'un quartier, Monsieur Doucet : ne pas laisser se construire cette verrue immobilière manifestement trop haute pour respecter l’esprit de la loi.

 Oui, la faille juridique à cet inadapté projet Nexity semble exister : dix-sept places de parking prévues pour... trente-quatre logements ! Comment le permis de construire a-t-il pu être délivré le 2 mars dernier ? L’article R. 111-25 du Code de l’urbanisme dispose que « le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable peut imposer la réalisation d'installations propres à assurer le stationnement hors des voies publiques des véhicules correspondant aux caractéristiques du projet » L'un des points faibles de ce quartier tient justement à la difficulté d’y trouver une place pour son véhicule (je n'ai pas ce souci ayant choisi de ne jamais passer mon permis de conduire et de faire mes deux mille kilomètres de vélo'v par an) : cet aberrant projet ne fera que multiplier les stationnements sauvages et les voitures qui tournent, tournent et tournent pour dénicher un coin libre. Le plan local d’urbanisme est-il si laxiste qu’il autoriserait la construction d’un mastodonte ne proposant une place de parking qu’à un occupant sur deux ? Y aurait-il de tels intérêts financiers en jeu que cela dispenserait de respecter une règle de bon sens ?

 

A droite se dresserait l'immeuble de 30 mètres

Alors voilà, Monsieur Doucet : Lyonnais depuis 1999, ayant fréquemment déclaré ma flamme à cette ville de cœur, je me permets d'interpeller votre fibre végétalisante et d'appeler à la mobilisation écocitoyenne contre ce très contestable projet. Préemptez la parcelle n°6 du cadastre et faites naître un vrai "petit jardin" qui ne renifle pas trop la "fleur de béton" et ne se limite pas à ce qui est concédé par les promoteurs : une malheureuse bande de quatre mètres de large sur l'un des flancs du colosse immeuble.

 

Permis de construire délivré

Une pétition est en cours de diffusion pour tenter d'éviter cette anachronique bétonisation.

28 mars 2021

Carnet de mort d'un sans-visage

Certains sans-culottes avaient poussé leur Révolution jusqu'à la Terreur, sans compter les vies à sacrifier, pour un crépusculaire Siècle des Lumières. Le sans-visage de la décennie pandémique s'efforce de préserver sa vierus et celle des autres.

Se garnir d'un Pampers facial, avec petits élastiques bien tendus derrière les oreilles, pour limiter toute expression contaminante. Ce bleu délavé de déplacement ronge le visage, rectangle-linceul de l'humanité.

Respirer son air expiré pour ne pas empoisonner l'autre.

Ne pas supporter l'inconnu(e) à moins de deux mètres.

Désinfecter paumes et doigts à chaque contact : le toucher est désormais présumé infecté.

Enrager contre la patibulaire trogne à nu ou l'horripilant sous-nez (le masque) à qui il faudrait expectorer une bonne dose covidée.


À moi, l'enfermement apathique

Pour qu'aux tréfonds je me déchiquette

Et brise l'air asymptomatique.


Entre ces murs la vie léthargique 

Fait lâcher la poudre d'escampette,

Cernée par les stats cadavériques.


Fauteuil paralysant enracine

À cran sur l'écran pour toute vie

Des touches sortent de blafards signes.


Confiné aux confins de moi-même,

Cadenassé de gestes barrières,

J'étreins la condition inhumaine.


Le vide éventre ce qui subsiste

En silence et surtout sans toucher

Le sens perdu de ce qui existe.


Gisant sans masque et les deux mains nettes,

Quatre murs, un plafond, un plancher,

Détresse exécutoire s'entête.



02 janvier 2021

Les pamplemousses magnétiques

Avoir goûté au breuvage de vie emporte tout le reste : l’évidence cardinale rend révulsant ce qui s’en écarte. Au pesant nom de principes, d’usages, d’une roide ligne de conduite, il faudrait renoncer, se contenter de ce qui nous rend étranger à soi, faire semblant que tout va.

Trahir son impulsion de vie revient à se cadavériser, à faire l’autodafé de ce que l’on sait primordial. L’incontournable forme épousée pour toujours, même si elle doit à jamais rester en filigrane, nourrit toutes ses dimensions en extatique kaléidoscope.

Avoir consacré des millions de signes à dépeindre l’inexpugnable repère, ouvrir ses flots textuels à la Muse existentielle pour esquisser les cimes de l’absolu : aucun tour de magie dans ce prodige, juste l’humanité dans sa plus mirifique expression.

L’Être de Vie vint… et Un-e exista, enfin…






24 décembre 2020

Réveillons-nous !

Les ondes en boule se laissent enguirlander tant que le sapin sent. Une saleté de récidive nodulaire empoisonne le corps, dévaste l’esprit, éprouve l’âme…


Aux aguets du moindre signe inquiétant, à ne pouvoir expectorer le mal diffus, entre l’incertitude des mois à venir et les combats qui imposeront leurs dégâts collatéraux : sinistre cadeau à ouvrir au bistouri.

Ô Papa Noël, garde tes présents, je ne me déchausserai pas : offre-nous juste quelque avenir où la peine serve l’issue des tempétueuses épreuves.

Oh ! père-Noël ! n’essaye pas nos cheminées bouchées, elles ne font que supporter nos babioles à souvenirs. L’âtre au glacial rictus ne crépite plus depuis des lustres et la sagesse reste sur les dents : aux larmes si Terrien…


23 décembre 2020

Deux crocs osent l'absolu

 Les pendus se balancent au bout des rets asociaux : le chanvre numérique couine au sinistre rythme des puanteurs anonymes.

Deux crocs osent l’absolu, l’idéal à portée et contre tous les modèles dans le vent mauvais. Ne rien céder à la révulsante socialisation, à la profilisation en quelques illusoires clics.

En ligne de vie, l’horizon oxygéné, l’espace au temps réalisé à coups de tourments assumés ; le temps de l’espace pour l’irréductible fusion. Au large de l’ère mesquine, des aires masquées, de la vierus qui se ronge pour perpétuer ses entassements sous vide…

…un Texte aux Signes Magnétiques, Sisyphéens : 985 786 mots essaimés sur 3 587 pages.


Quelques zests tapotés par Musiney :

 

I – Exaltation

Mucey

J’ai ton parfum au creux de mes paumes : mmmmm ma madelusine de fou… de toi !

 

Musine

Maintenant tu es en moi tout le temps.

 

II – Déception

Mucey

Me reste l’immatérialité de ta présence. Je dois me concentrer sur cela.

Je le redoutais depuis le début de ce projet… Et cela arrive comme un coup de massue.

 

Musine

Je t’aurais bien emmené avec moi si tu étais là. Il n’y a personne aujourd’hui. Je t’aurais fait plein de gros bisous entre deux enregistrements. Toujours cette idée : t’enfermer quelque part. Je me pose des questions sur ma santé mentale.

 

III – Fusion

Musine

Je trouve que je suis taillée sur mesure pour toi pour tout.

 

Mucey

et réciproquement : de la très haute couture existentielle.

Le Général dressé… entouré de ta Marquise… fais-le boire mon amour…

Un feu liquide à siroter de toutes mes papilles.

Nos velours épidermiques s’unissent comme une seule peau…

 

IV – Divulgation

Mucey

Je veux que ces messages soient comme des petits cailloux ouatés qui te conduisent à moi… ma belle Poucette.

Tu sais ce que m’évoque ce qu’a fait la Crotalâtre ? C’est comme si elle était entrée par effraction dans nos intimités et qu’elle avait répandu ses excréments dessus.

 

Musine

Je suis là et je serai toujours là.

 

V – Sanctuarisation

Mucey, 7h41

Dix mois… sans toi.

8h06

Dis-moi… juste pourquoi.

8h42

L’émoi m’échoit loin de toi.

9h03

Sans mot dit je me sens maudit…

9h30

Cent maux à mon cœur transi.

 

Musine

Surtout ne t’éloigne pas.

Et si tu veux le faire, alors en douceur pour que je puisse m’habituer à ton absence.

 

Mucey

Petit délire sémantique : de l’ambiguïté du “de”.

Dans le supplice de Tantale il introduit le mortel qui a trahi les dieux et est condamné à voir s’assécher le fleuve dans lequel il veut boire et s’éloigner l’arbre porteur des fruits qu’il souhaite croquer.

Dans le supplice de Crotalâtre “de” introduit l’auteur du tourment qui a trahi ma déesse, laquelle doit s’éloigner de moi à chaque fois que notre symbiose est proche de son paroxysme.

 

Musine

On va créer notre propre monde.

 

Mucey

Je voudrais être ton Adam mon Ève primordiale…

 

VI – Affliction

Mucey

Je me sens désemparé… Je voudrais t’aider et te soutenir davantage dans cette épreuve… mais comment faire ?

 

Musine

Juste de te savoir là m’aide énormément.

 

Mucey

Trouver le bon équilibre pour rester un soutien et ne pas devenir un poids… Je dois sans doute travailler sur cela…

 

Musine

Une année merveilleuse auprès de toi.

 

Mucey

Dur de ne pas t’avoir retrouvée. Je ne peux m’en prendre qu’à moi de m’être acharné à rester… à déambuler dans les rues en t’espérant… comme le vilain petit canard que je suis… Et ton appel est mort-né…

 

Musine

Tu es mon merveilleux cygne.

 

Mucey

Parfois je suis plutôt l’Albatros de Baudelaire… avant son dernier soupir, mais toujours illuminé par ta présence.

 

VII – Fluctuations

Mucey

L’année va être lourde… Je ne pensais pas que cela allait basculer de cette manière. Au moins une maladie on peut la combattre… Là c’est comme une condamnation. Je dois effectuer ma peine : je dois la mériter.

 

Musine

Non, tu m’es essentiel.

 

Mucey

Pire qu’un deuil… c’est comme un arrachement renouvelé. Supplice de Tantale et peine de Sisyphe réunis.

J’irai sur un de nos bancs… en imaginant ta présence.

Et après je me ferai interner au Vinatier.

 

Musine

Ça c’est l’histoire pour me faire dormir ?

 

Mucey

Heu… touché-coulé, je suis…

Je l’aurais conçu plus douce et enveloppante, l’histoire… et nous aurions été tous les deux dedans, réellement.

 

Musine

Alors raconte-moi.

 

Mucey

Deux êtres aériens qui, par une brise enchanteuse, trouvèrent les courants les portant l’un vers l’autre… comme une évidence cosmologique.

Depuis lors ils ne pouvaient plus rien faire l’un sans l’autre au risque que l’un manque d’oxygène et de courant porteur…

Ils s’aimaient comme jamais ce sentiment n’avait été incarné… et chaque battement de leurs ailes angéliques engendrait de merveilleux arc-en-ciel.

Alors ils se prirent dans les ailes l’un de l’autre et atteignirent ainsi les plus insoupçonnés sommets d’humanité.

Depuis ce jour est né un fabuleux univers : l’il d’elle… que jamais plus ils ne quittèrent.

 

VIII – Perdition

Mucey

Je ne sais plus ce que je dois faire : d’habitude, même au pire des épreuves, j’avais un signe : là rien, le néant. Je ne suis même plus certain que ces messages te parviennent, que tu les lises…

Comme une tragique évaporation…

Comme si tout cela n’avait été qu’un rêve…

Humainement, je ne m’en relèverai pas.

 

IX – Compulsion

Mucey, 13h04, après ce moment partagé.

Amour de ma vie…

Bonheur pur ces retrouvailles vitales pour moi.

 

Musine, 13h31

Oui, ça m’a fait du bien mon amour.

Tes messages sont très beaux. Je suis fan de tes écrits. Fan de toi.

 

Mucey

Une fusion psychocorporelle passionnée.

 

Musine

Oui, c’est incroyable.

 

X – Intensification

Mucey

Avec les reflets de lumière au fond de la piscine, j’avais la sensation de nager au cœur de tes connexions neuronales, mais en sortant, retour sur la berge réelle : rien de toi.

 

Musine

Je brûle pour toi.

 

Mucey, 0h56

L’orage se rapproche, des éclairs partout, une touffeur prononcée, mais des images de toi qui apaisent et exaltent.

 

Musine

Là je n’ai plus le choix. Je sors marcher un peu.

Prends soin de toi.

 

Mucey

J’effleure chacune de tes cellules et les ventricules de mon cœur font comme des bras entourant ton âme.

 

XI – Ébullition

Mucey, 1h03

Quatrain mortifère :

Ton retrait laisse un si vague terrain aride

Où rien ne poussera, pas une herbe, aucun brin,

Tous ces sillons creusés par des larmes acides

Avec un goût tombal rongeant les lendemains.

 

Musine

Ce matin, si je pouvais, comme Rodin, t’avoir en trois exemplaires, tu sais comme dans sa sculpture : les trois ombres, pour voir toutes les facettes de toi.

 

Mucey

Comme c’est adorable ça…

Oh oui ! Toi tu es mon triptyque paradisiaque…

 

XII – Privation

Mucey

Dans la pénombre, chez moi, en attendant que le temps passe.

Je m’imperméabilise au monde.

 

Musine

Ça va passer Mucey.

 

Mucey

Bien sûr que non.

Pour toi c’est sans doute passé, moi ça ne passera jamais.

Ça restera une plaie ouverte et atroce à ressentir.

 

Musine

Passé pour moi !!! Explique-moi comment on peut s’éloigner de soi.

 

Mucey

Je croyais, Musine…

Je n’ai plus aucun repère pour te ressentir. Tu sembles si sereine.

Je suis comme suspendu dans le vide et tu incarnes les éléments précieux auxquels je peux m’accrocher…

 

XIII – Convulsions

Mucey, 9h39

Mes sueurs froides reviennent. Tout s’effondre à nouveau.

9h43

En un instant tu me fais passer de tes bras au néant !!!

Atroce.

 

Musine, 9h44

Pour moi aussi.

On n’a pas le choix, notre amour est une chimère !!!

 

Mucey

Tout ça balayé !!!

Une chimère, carrément !!!

Atroce.

Là tu m’achèves donc.

 

Musine

Oui, il est impossible.

 

Mucey

La tête de lion pour caresser ton visage de sa crinière,

Le corps de chèvre pour me coller à toi,

La queue de dragon…

Je veux être ta chimère réelle…

 

XIV – Permission

Mucey, 4h26

Lorsque l’enracinement se fait aérien,

Que la ramure feuillue favorise l’ombre lumineuse,

Que la rugosité du tronc se mue velours ancien,

Et que la pousse centenaire s’anime d’une sève en flammes aqueuses,

C’est que notre Amour siège en son sein.

 

Je voudrais te voir, entendre ton souffle, m’occuper de chaque parcelle de toi…

Tu es mon Amour, Musine, tu me comprends ?

Encore… prononce mon prénom à mon oreille…

 

Musine

Et toi le mien.

Mucey

 

XV – Raréfaction

Mucey, extrait de son Carnet de mort :

Amputation à vif, pour moi, alors que l’esprit ne peut se détacher. Du tourment en boucle délétère…

Plus aucune actualité, nulle accroche littéraire ne peut retenir mon attention. Je passe mon temps à rafraichir la page de réception des mails, et c’est toujours ce déprimant “Aucun résultat n’a été trouvé”…

(…)

Ce vide qui infecte tout mon être deviendra bientôt maladif, incurable, dévastateur.

 

XVI – Diffamation

Musine, 19h11

Je viens de finir.

19h25, capture d’écran jointe.

Tu t’es trompé de destinataire.

 

Mucey, 20h08

Heu, c’est quoi ce dialogue, Musine ? ça ne vient pas de moi…

Tu es rentrée ?

20h12

Tu m’as envoyé un extrait de dialogue de jeunes qui doit provenir de quelqu’un d’autre, Musine…

 

Musine, 21h09

Ça n’a pas d’importance. C’est ta vie privée. Je n’ai pas à réagir.

 

Mucey

Musine, tu te rends compte ? Imaginer que je puisse être à l’origine de ce torchon textuel ??? Ou que je me fasse le réceptacle de ça ?

 

XVII – Désolation

Mucey, 13h28

Sans doute que je ne te mérite pas, Musine… ta perception de moi m’édifie, même si elle ne correspond pas à ce que je vis depuis que tu es entrée miraculeusement dans mon existence.

Et moi je t’aimerai comme un fou jusqu’à mon dernier souffle, même unilatéralement.

 

Musine, 14h39

Te voir pleurer m’a bouleversée.

 

Mucey, extrait de son Carnet de mort, 21h45 :

Je n'aurai, désormais, plus rien à attendre de la vie. Juste laisser filer le temps en attendant la fin ; le néant, lui, est déjà là, en moi. Je me sens déjà mort.

 

XVIII – Résurrection

Mucey, 19h20

Quelle idyllique journée.

 

Musine, 19h27

Mucey, c’est fou.

 

Mucey

Oui… mais vital pour moi ma Musine.

 

Musine, 19h31

Comment je vais faire ?

 

Mucey

Musine…

Ne m’inflige pas du radical, c’est tout ce que je demande.

 

XIX – Émotion

Mucey

Je vais laisser le chagrin me submerger.

Le sursis aura été de courte durée.

À moi l’enfer, la souffrance et le plein calvaire.

 

Musine, 21h52

Mucey

 

Mucey

Et une nuit blanche cadavérique pour moi.

Je n’ai plus qu’à hurler intérieurement mon désespoir.

 

Musine

On est dans l’impasse.

 

Mucey

Je ne peux revenir en arrière, donc je me cognerai au fond de l’impasse jusqu’à la fin.

11h24

Comme un reclus, je suis, sans toi.

11h30

Je regarde un documentaire sur Jupiter… pour tenter de calmer ma peine.

Je t’aime.

11h35

Tu savais qu’un gaz ordinaire soumis à des pressions extraordinaires devenait noir ?

11h36

Jupiter serait notamment constitué d’hydrogène métallique… d’où l’énorme champ magnétique qui l’entoure, mon cœur… et qui lui permet d’avoir des aurores sans l’intervention du soleil, ma Musine…

11h41

Mon aube a besoin de toi pour devenir clarté lumineuse…

11h43

Pour ces aurores : seraient dues à l’interaction entre Jupiter et ses lunes, notamment Yio…

11h46

L’attraction de cette lune par Jupiter crée des éruptions qui retombent sur sa glace…

11h47

Tu me mets en état d’éruption existentielle, ma Musine…

11h48

La rencontre lave-glace provoque des radiations par le souffre vaporisé.

11h50

Les particules atteignent le pôle de Jupiter quasiment à la vitesse de la lumière… d’où les aurores cent fois plus lumineuses que sur Terre.

11h51

Mes cellules fusionnent aux tiennes avec l’intensité d’une vie nécessaire.

 

XX – Machination

Mucey, 10h36

Que tu ne veuilles même pas que je sois avec toi pour cette épreuve me blesse infiniment, après tout ce qu’on s’est dit : tout ça parce qu’un vil anonyme t’a envoyé quelque chose en prétendant que cela vient de moi. L’immonde manipulation triompherait ? Je n’ose y croire, ce serait tellement injuste, absurde et effroyable.

 

Musine, 18h57

Moi aussi je ne vais pas bien Mucey.

 

Mucey, 0h14

C’est comme si un malfaisant m’avait abattu en plein vol paradisiaque avec toi et que je gisais agonisant dans un cloaque.

6h54

Sans toi mes sens s’égarent, se perdent :

La vue, pour un regard vers le néant vague,

Le toucher qui ne sent plus le bout de tes doigts, le creux de tes paumes,

L’odorat qui a perdu tes senteurs,

L’ouïe au rythme de mes affres,

Le goût… de plus rien.