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03 juillet 2014

Mise en garde à... vif !

La Vème a le cuir institutionnel tanné : avoir un père politique qui fut un temps condamné à mort par contumace, ça vous immunise contre toute éclaboussure judiciaire. La petite nuance se niche dans les circonstances : le 2 août 1940, le salvateur Général subissait la décision infâme du tribunal militaire permanent de la 13ème région, larvaire bras armé d’un maréchal empalé sur le braquemart d’Adolf. Digression initiale : recadrons.
L’ancien chef de l’Etat prend cette garde à vue comme la pique vexatoire d’une magistrate en chasse. La saison des battues au Président recalé s’amorce sur les chapeaux de roues humiliantes… Cet affrontement politico-judiciaire rend illico ringard le huis clos entre Serrault le notaire et Lino le flic. L’exaspération du notable de province ne tient pas une seconde à côté de la grogne cataclysmique de Sarkozy. L’ex président a dû ingérer l’accusation de la juge d’instruction syndicalement à vif. En même temps, la qualification de l’infraction présumée ne dépareille pas avec le surengagement frénétique du mis en examen : comment imaginer qu’il ne puisse être l’auteur que d’une corruption PASSIVE ! Ce serait une insulte à son activisme débridé…
La gêne tient surtout au procédé judiciaire ayant permis ces soupçons. Pour être vu gardé il a fallu d’abord l’écouter sur une période si longue qu’elle l’assimile aux pires des délinquants, ceux constituant un danger majeur pour l’ordre public ce qui permet la mobilisation de tels moyens. Encore plus grave pour les libertés individuelles : le recours à l’écoute dérivante, pour paraphraser l’excellente métaphore de Claude Weill. Mise en place pour l’enquête d’un éventuel financement libyen de la campagne 2007, aucune confidence n’en sortira, mais l’oreille judiciaire surprendra quelques échanges compromettants pour une autre affaire instruite en parallèle… L’écoute opportuniste se justifie-t-elle dans la sphère délictuelle ?
Le non-lieu dans l’affaire Bettencourt devrait inciter à la plus grande prudence. La crédibilité de la machinerie judiciaire se verrait affectée par un nouvel aveu de charges insuffisantes. Ne doutons pas que la garde rapprochée de Sarkozy déchiquèterait alors les restes d'une juge si faiblement instruite.
Le fauve politique trouve ici un champ de bataille à l’aune de son tempérament  hors norme : en l’espèce non pour assouvir son appétit du pouvoir, mais simplement pour sauver sa peau politique.
Ce coup de semonce judiciaire aura eu le mérite de faire oublier un instant la ferveur footballistique mondialisée… Les équipes en lice tiendraient ainsi l’état psychique de leur pays entre leurs pieds ? Paroxysme dérisoire de cette ère du jeu, de la détente à tout prix, de la convivialité surjouée. Les mêmes qui vont hurler à l’unisson pour que la France triomphe de l’Allemagne et venge le match torpillé par le gardien Schumacher et un arbitrage au fond de culotte douteux, les mêmes se seraient mis tout ce qu’ils pouvaient sur la tronche si l’affiche avait présenté : France-Algérie. Oui, je sais ! je frôle le sportivement incorrect : la façon dont certains occiputs rasés ont fêté la victoire des Fennecs relevait davantage de  la provocation à l’adresse des nationaux que de la sincère jubilation. Mais là… carton rouge ! Ne surtout rien dire, minimiser voire nier dans le pur respect du bréviaire gestionnaire de l’autruche.

M’en fous ! Mon confort, au contraire d’un Sarkozy, c’est de n’être ni écouté, ni lu…

04 février 2012

Été amer, hiver rêvé

Engourdie, la contrée écarte davantage ses gerçures pour que les courants y dévastent le semblant de vie qui oserait persister. Racle les fonds, titriseur-charognard, harcèle ta proie pour pétrifier toute résistance et pomper le liquide vital.

Les empapaouteurs feuillus n’ont qu’à bien se tenir, la justice existe bel et bien dans notre pays. Les gloutons sans vergogne, même parés de cabinets d’avocats et d’huissiers, n’ont pas toujours le dernier mot. L’engagement personnel, sans auxiliaire, et la sincérité des arguments peuvent triompher de la technique juridique spécieuse d’un mastodonte financier.

Je souffle, par moins vingt ressenti, comme si la belle saison venait me chatouiller les narines bien avant l’heure. D’un été gâché aux rigueurs payantes de cet hiver, les saisons sont loin de disparaître.

Ancrage lyonnais et vie partagée m’ont insufflé la résolution nécessaire contre les certitudes assénées par l’hypertrophique adversaire. Quelle jubilation en découvrant hier midi, dans l’escalier, la troisième page du jugement : «  Par ces motifs (…) reçoit M. Loïc Decrauze en son opposition ; déboute la société C. de l’ensemble de ses demandes ; condamne la société C. aux dépens. »

Bring on the night pour une profonde inspiration rythmique. Petit pot de terre, la justice française m’a permis de résister au rouleau destructeur de la Finance amasseuse de prétendues créances. Hommage à tous ceux qui m’ont soutenu, de près ou de loin ; sur la toile et sur la terre ferme : sept mois d’angoisse diffuse pour une délivrance qui embrase le cœur.


06 mars 2011

Chirac – s’ – en balance !

A l’heure où des peuples Outre-Méditerranée tentent, au prix de leur vie, d’engager leur pays sur la voie complexe d’embûches des États de droit, nous serions inspirés de leur présenter une République française un chouia plus aboutie : un petit pas judiciaire, mais un bond de géant pour la séparation des pouvoirs.

Jusqu’à présent, nous n’avons jugé nos dirigeants qu’à l’occasion d’un changement brutal de système politique. Un Louis XVI « coupé en deux morceaux », pour reprendre l’expression de l’indigné magistral Badinter (que j’eus le privilège d’avoir une année comme professeur d’amphi lors de mes études sorbonnardes), un Napoléon déclaré « traître et rebelle » par ordonnance, quelques piteux exils, un Pétain condamné à mort sans exécution : hétéroclite brochette qui s’est étoffée au gré des soubresauts de notre histoire. C’est ce modèle que suivront les Tunisiens, Égyptiens et Libyens s’ils parviennent à attraper leur (ex) autocrate respectif.

En 2011, l’occasion se présente enfin pour nous de juger un ancien président sans changer de République. La possible maturité du fonctionnement d’institutions aguerries se profile. Certes, les affaires qui doivent occuper la Justice n’ont rien de commun avec les crimes que l’on peut reprocher aux Ben Ali, Moubarak et Kadhafi l’insane. Le tribunal correctionnel de Paris doit juger un démocrate convaincu qui a, sans doute, distribué un peu trop de confiture pour asseoir sa conquête du pouvoir et récompenser des fidélités politiques. Rien de criminel, mais du répréhensible condamnable, comme pour tout citoyen.

Certains s’émeuvent qu’on puisse faire subir l’humiliation de la comparution à un ancien chef d’État « fatigué, vieilli, victime d’une certaine usure (…) marqué par une certaine passivité » pour reprendre les formules jospiniennes cette fois de bon aloi. Tout ancien président de la République qu’il est, il doit répondre de ses responsabilités passées, comme a dû le faire notre nouveau et frétillant ministre des Affaires étrangères. A l’impunité présidentielle devrait s’ajouter la complaisance envers le Corrézien cacochyme ? Ce serait la négation même d’une Justice égale pour tous. Alors oui, bien que fragilisé Jacques Chirac doit cela au pays qui lui a permis une carrière politique prodigieuse, mais pas toujours vertueuse. Pour lui, l’heure du bilan passe aussi par la case judiciaire.

C’est malheureusement sans compter avec la finauderie du talentueux maître Le Borgne, avocat d'un des autres accusés. Pour un justiciable hors norme, la question prioritaire de constitutionnalité va connaître son baptême des toges et la procrastination de l’aveugle Justice reprendre son cours désespérant. Une nouvelle dérobade, réflexe habituel de l’ex carnassier de la politique qui, en ce sens, n’a pas vieilli et encore moins mûri. Pour détourner une de ses expressions favorites : ça ne lui en touchera pas une de peur que l’autre ne se décroche… Dommage pour l’exemplarité de notre Cinquième…

Qu’un Nicolas Sarkozy laisse traîner quelques casseroles au sortir de son quinquennat et nous pourrions obtenir une détermination du pouvoir judiciaire bien plus mordante contre celui qui l’aura malmené. L’esprit de corps a la rancune tenace. Pas sûr que ce soit la posture la plus sage pour juger un ancien président.

Article publié sur les sites du journal Le Monde et d'AgoraVox

10 octobre 2010

Dark Kerviel & Mister Pool

La même semaine tombe la condamnation de l’ex trader de la Société générale et j’apprends le développement en Europe, depuis deux ans, des dark pools. Sans doute mon aversion pour l’anglais qui m’a fait passer à côté de ce nouvel outil bien dégoulinant de bonnes intentions financières. Rapprochons ! rapprochons ! il en sortira toujours quelque fosse… nauséabonde.

Parmi les nombreuses accusations contre le malfaisant Kerviel, celle d’avoir persévéré dans une « stratégie occulte », dixit le jugement. Tout le monde sait bien que l’irrésistible instinct du spéculateur tient dans un goût prononcé pour la transparence. Illustrons ce trait clair de caractère par les brumeux dark pools : il y avait les bains de boue pour la peau, voici les bassins de liquidités opaques pour nous faire la peau, pour qu’enfin le système financier s’effondre. Je vends, j’achète actions, titres et produits juteux divers, mais surtout en restant ANONYME ! La belle posture : tout pour ma poche, quitte à faire s’emballer la bête à dépecer jusqu’au précipice, rien, pas une cacahouète à contrôler pour les instances naphtalinées. Un ‘tit exemple d’obscène culbute qu’autorisent ces marchés de l’ombre ? Un maousse opérateur vend sa quincaille immatérielle sur une place officielle, bien en vue, sans chichi et même avec un poil d’ostentation. L’objectif : obtenir un effondrement du cours pour pouvoir la racheter clandestinement dans un dark pool. Je me crée mes propres soldes, quel pied !

Les enfanteurs de ces places sans visage, sans signature, avec ce qu’il faut de gros ronds à faire fructifier ? Les banques, au moment même où la gabegie des subprimes gangrénait les circuits financiers. Comme une immonde sortie de secours qui leur a permis de laisser leurs déchets titrisés à la charge des États-épongeurs. Et c’est Kerviel, et lui seul, qui a « porté (…) atteinte à l’ordre public économique international » ! Mais de quel ordre nous parle le tribunal correctionnel de Paris ? Celui qui permet aux établissements bancaires de parachever des zones d’anti-droit ? Avec les crossing network, décidément le jargon anglo-saxon me révulse, ils peuvent proposer à leurs plus gros clients de jouer à la bourse sans être soumis à la réglementation de cette activité. Comment ? Simplement parce que les banques ne sont pas considérées, au regard myope du droit, comme des opérateurs de marché. CQFD. Vous n’avez pas la tronche de tueur ? L’article L 221-1 du Code pénal ne vous concerne pas : vous pouvez trucider en toute quiétude.

Interrogeons-nous sur la détermination de la Société générale à poursuivre Kerviel si, au lieu de 4,9 milliards de perte, le trader en avait fait gagner deux, trois quatre à la banque par des prises de position monstrueuses, mais inspirées. Aurait-on alors pris le risque de stopper une telle dynamique pour des règles qui ne tiennent qu’à la place attribuée à un instant donné ? N’est-ce pas davantage l’échec abyssal de Kerviel que son abus de confiance qui est sanctionné ? En outre, que penser des déclarations de professionnels des marchés financiers qui affirment l’impossibilité d’une telle dissimulation sur des semaines ? La sainte Justice a choisi de ne faire peser la faute que sur un individu aujourd’hui hors circuit, comme pour préserver la banque sanctifiée de toute attaque par des actionnaires remontés contre une négligence fautive, voire une complaisance criminelle.

S’imprégner de ces opacités liquides pour ne surtout pas se laisser couler. Un bon coup de talon salvateur…


13 octobre 2007

Langue à croquer !

Timour Serguei Bogousslavski et sa Morue de Brixton m’offrent quelques plaisirs stylistiques. Ce récit d’une vie mouvementée, en rupture avec une société saisie au scalpel, pourrait m’inciter à convertir mon témoignage chronologique en cohérence littéraire. Pas encore mûr pour cela. La distance temporelle fera peut-être émerger des détails et affûtera mes propos comme ceux de ce « jeune écrivain de quatre-vingt-quatre ans » en 1998, ainsi que l’annonce la quatrième de couverture de ce pavé aux joyaux incisifs.

A l’avenant : « l’Auriol frottait le trône de son cul social, et j’eus plaisir à me souvenir d’avoir, par élan poétique et mépris d’aristo, pissé, à Alger, dans le tiroir de son bureau ».

Pour souligner l’abjection du corps judiciaire faisandé, une charge pamphlétaire du plus bel effet : « Conscient de l’aspect terrifiant et funèbre de son rôle, monsieur le procureur vêtait de noir sa viande que l’on devinait molle sur des os pleins d’orgueil. Après avoir servi le Pétain et sa bande et croqué quelques juifs, il ne rougissait pas d’avoir pendu au mur le noble et fier tarin du général de Gaulle, et il demeurait blême. »

Et comme une implacable généralisation : « Dans le soupir j’appréciai l’esthétique nette et sure de l’état fonctionnaire : un peu de blé dans le goulot et le pantin fonctionne. »

Lucidité inaltérable : « les crimes, les iniquités, les corruptions étant inséparables de l’action politique, seuls les hommes définis par ces actes ambitionnent de s’y adonner et y réussissent. Le tour de leur monde est vite fait, bien qu’il soit sans limites dans ses turpitudes. » Le pauvre Bayrou devrait donc abandonner toute prétention au trône…

Sartre à la fête : Revel l’avait épinglé, Bogousslavski le cloue au pilori. « (…) ce Sartre, animal doté d’un machin mental rare, de talent, et pourtant avec ça nullité spirituelle éclatante. A propos de cet agité, dont l’encre racole encore les amants clopinants de la pensée bancale, il est bon, pour lui donner sa place sur l’échelle de l’esprit, de tirer de l’oubli qu’il fit imprimer et coller sur les murs de Paris la cafetière salvatrice du général de Gaulle pourvue des moustaches d’Hitler… Qu’il y ait parmi les clercs un nombre plus élevé de sots tordus qu’en d’autres espèces devrait être un sujet d’études. »

Mon oncle, coco déclaré et sartrien de fait, avait représenté un de mes grands cousins en cafetière moustachue… une référence indécelable, jusqu’à aujourd’hui, pour le pékin inculte que je suis ! Ce grand cousin, plutôt marqué à droite, s’est fait croquer par l’oncle sans pouvoir imaginer l’attaque clandestine dont il faisait l’objet sous couvert de production affective.

Même le gaulliste Malraux s’en prend une décapante ration : « Ce désir insatisfait m’inspirait devant le faux, le clinquant sottement admiré, et d’abord celui, fleuve, de la tronche à malices et à tics de Malraux, champion incontestable de la frime intellectuelle bien nourrie de bouillie savante. (…) Il me faisait penser à un mérou nerveux, gonflé de verbe[s] creux. »

Le pamphlétaire eut aussi ses admirations : Cocteau, Picasso, Fernand Léger…

Quelques trouvailles à encadrer : « Je n’aimais pas me lever tôt, les matins de la capitale puaient la sueur des pauvres et les pets des ambitieux… » ; « Le touriste, cette ordure animée qui salit la Terre de ses pas afin de fuir son vide et prendre des photos pour montrer à d’autres idiots ce qu’il n’eut pas le temps de voir, est la lèpre du siècle… » Je me fais du mal là…

Et les jockeys, qui eut pensé à les assaisonner : ils « avaient l’air de petits chimpanzés habillés. Ils faisaient jeu de cirque avec leurs culs menus [pluriel curieux], bien trop pour leurs culottes, leurs pattes un peu trop grêles et pas racées du tout à côté de celles des bourrins, leurs blouses de carnaval, leur barda sous le bras pour aller se faire peser comme des poulets ou du fromage sur les marchés. »

Identité de perception via les redoutées cours de récréation : « J’avais en horreur les braillards de mon âge, vulgaires et sots pour la plupart, bêtement brutaux et bruyants. » Tout ce qui emplit les stades à l’âge adulte, tardant à s’entasser dans les fosses très communes.

L’art de la description, il s’y adonne jusqu’au jubilatoire : « De sa vaste personne émanait une odeur légère de friture qui semblait donner la nausée à un grand Jésus crucifié, juste derrière lui sur le mur. » Un régal !
Aphorisme déniché : « Croire est le contraire de savoir, c’est le fourbi de la pensée arrangée en blindé aveugle. »

Terrible évidence assénée sur la piètre nature humaine : « Peu d’hommes sont capables de véritable errance, de marcher sur les chemins ultimes de la liberté où nul abri ni gamelle ne sont assurés au bout de la route et de la journée… »

Une autre, en telle symbiose avec mes convictions que je la surécris : «(…) je méprisais la foule, ses basses convictions et leur inévitable crotte : le fanatisme. Semblable au temps ou à la vie, le mépris est irréversible. Tendre la main à un homme, oui et toujours, aux hommes non, et à jamais.»

Enfin, instant d’une nostalgie pour mes fosses de l’irréalisé : « Souvent je songe aux destins à jamais inconnus de ces êtres à peine entrevus et qui pourtant demeurent en moi gravés, et je reçois d’eux la tristesse de n’avoir pu ni su les accompagner, peut-être les aimer, les aider sur l’horrible chemin de jours que toute vie finalement se révèle… » Piocher ça et là dans cette fresque humaine tourneboulante. A lire d’urgence donc.

23 septembre 2006

Canivet ! Gare au Gorille

Je pourrais très facilement abonder dans la fustigation du Sarkozy accusé du pire des crimes pour un détenteur de pouvoir politique : l’atteinte à la séparation des pouvoirs.

Voilà donc un ministre de l’Intérieur, numéro deux du gouvernement et, à ce titre, une des têtes de proue de l’exécutif, qui critique une parcelle du pouvoir judiciaire. De là, l’institution s’insurge, s’effarouche comme une vierge prude à qui l’on chantonnerait quelques vers du Plaisir des dieux !

Rappelez-vous la commission d’enquête parlementaire face au juge Burgaud. Là aussi, les syndicats de magistrats s’étaient offusqués du rudoiement verbal de l’incompétent juge d’instruction qui lui, avec la participation de l’institution judiciaire, avait anéanti la vie d’innocents.

Dans ces deux cas, la magistrature se révèle dans sa pernicieuse revendication de corps intouchable, sauf par elle-même avec sa batterie de sanctions-promotions pour les quelques ouailles disjonctées.

Au nom de quelle miraculeuse légitimité ces ex étudiants en droit seraient-ils dispensés de tout regard critique extérieur ? Le tribunal de Bobigny ? Il faudrait le louer comme il faudrait saluer la magistrale éthique du Burgaud dans son boulot ! Ce n’est plus de la séparation des pouvoirs à la Montesquieu, c’est l’élévation du pouvoir judiciaire au-dessus des deux autres pour s’ériger comme l’inatteignable.


Le laxisme de la justice revient à laisser des multirécidivistes terroriser leur territoire d’exercice, rendant vaines les arrestations policières : n’y a-t-il pas là, dans les actes et donc bien plus gravement que l’effet de quelques paroles bien senties, une atteinte au pouvoir exécutif de la sécurité publique et une complicité, de fait, de certains magistrats, par peur, défaitisme ou idéologie, avec les malfaisants ?


Alors donnons à la Justice les moyens de rendre correctement ses sentences, mais ne nous privons plus de stigmatiser les inconséquences de certains de ses représentants pour ne pas aboutir au paradoxe de laisser croupir en prison des accusés de pédophilie présumés innocents (car en préventive) mais de dispenser fréquemment les salopards, terreurs des cités, de la moindre sévérité à leur encontre.

18 février 2006

Relents judiciaires

Il fallait s’en douter, le gratin judiciaire monte sur ses ergots jugeant que l’ouaille Burgaud a été mal traitée par nos parlementaires. Le magistrat instructeur a justifié une bonne part de ses inconséquences professionnelles par sa scabreuse et intime conviction « d’indices graves et concordants », selon la formule consacrée devenue légitimation automatique de monomanies opportunistes ; le Conseil supérieur de la magistrature met lui en devanture la sacro-sainte séparation des pouvoirs, quitte à crotter l’esprit de Montesquieu.
Vieille dérive pavlovienne des détenteurs de notre liberté : lorsqu’un membre de leur corps s’illustre par l’exercice aberré de ses responsabilité, on le mute avec une ‘tite promotion d’usage. Pour noyer le poisson : le prendre à revers de toute logique élémentaire. Pour les pires, le CSM daigne s’occuper de leur cas, mais en veillant à ce qu’aucun autre corps constitué n’empiète sur ses pouvoirs. Voilà un cloisonnement qui sert la maison Justice puisqu’elle juge elle-même ses brebis dévoyées comme ses pourritures manifestes.
L’administration, jusqu’à la fin du XIXe siècle, a également bénéficié du délire révolutionnaire en jugeant elle-même les différends avec les administrés. Cela a fini par choquer, et nous avons établi une indépendance de jugement avec les juridictions administratives. Le temps de la séparation de ceux qui sanctionnent des magistrats fautifs n’est-il pas arrivé ?
Que reproche-t-on à Philippe Houillon, le rapporteur de la Commission parlementaire ? D’avoir poussé dans ses contradictions l’imprécis et balbutiant Burgaud ? Il fallait donc gober toutes ses incohérences, digérer en les magnifiant ses manifestes inaptitudes, ne jamais mettre en exergue les erreurs criminelles (cela a conduit à de la prison préventive injustifiée et a indirectement provoqué deux décès) de sa démarche… En somme, dénaturer une mission d’enquête en saponifiante complaisance pour ne surtout pas brusquer l’infecte ouaille.
Que tous ces magistrats cogitent un moment au scandale absolu, insoutenable, qu’aurait représenté la mollesse parlementaire envers Burgaud, Lesigne and Cie après l’audition des acquittés. Qu’aurait souhaité le CSM ? Une collusion puante du politique et du judiciaire pour minimiser au maximum les dérives ? Comment faire autrement que pointer sans concession les fameux « indices graves et concordants » qui démontrent la pratique inquisitoriale et uniquement à charge d’un Burgaud persuadé, à vingt-neuf ans, d’avoir l’affaire de sa carrière ?! Ce désastre tient d’abord - à bas les œillères ! – à une sordide ambition d’un petit juge tout frais sorti de l’école, prêt à détourner à son profit les règles de l’instruction : c’est cela et avant tout cela ! Le « mythe de la pédophilie » clamé par le procureur (quel révisionnisme indigne d’une réalité sociale pour dédouaner collectivement le système judiciaire !) s’effondre immédiatement lorsqu’on jauge la démarche de Burgaud, mais ça, l’institution à la balance vacillante ne veut pas l’entendre, comme elle refuse de purger ses conduites malodorantes. Gare au gorille...

11 février 2006

Les borborygmes de Burgaud

Alors que nos consciences allaient s’émouvoir de l’effondrement apocalyptique du WTC, l’année 2001 voyait naître une affaire qui, quelques années plus tard, s’imposerait comme un onze septembre judiciaire, un « désastre » qui pousserait enfin à l’avant-scène accusatrice la si intouchable institution judiciaire.
Le point d’orgue de cette catharsis à vocation réformatrice, qu’est la Commission d’enquête parlementaire, s’incarne dans les quelque sept heures d’audition monocorde du repoussant Burgaud. Ce petit juge d’instruction, c’est d’abord un physique maladif pour l’occasion : pâleur extrême, voûté et bras croisés durant sa défense, une tête juvénile mais aigrie par la hargne rentrée. C’est ensuite une voix et d’insupportables bruits de salive : aucune texture aimable, mécanique déshumanisée, désincarnation du timbre ; des interruptions constantes pour avaler sa salive et reprendre en hésitant son piètre discours. Une présence nauséeuse donc…
A cette forme qui entête et révulse s’ajoute une inanité argumentative qui s’accroît au fil des interrogations des parlementaires. Parti pris d’entrée de ne pas se remettre en cause, ou tellement à la marge que cela s’auto-neutralise : après quelques minutes, en amorce, de pseudo compassion pour les acquittés, de longues heures de logorrhée verbale hésitante, brouillonne, ou la technique ne parvient même plus à dissimuler la médiocrité humaine du personnage.
Bien sûr qu’il n’est pas seul en cause, et qu’avant tout c’est le système judiciaire qu’il faut révolutionner, mais cette source multifactorielle ne dédouane en rien le triste magistrat.
A le voir, pitoyable, ne pouvoir défendre son instruction qu’entre bredouillements et silences démunis, se réfugiant derrière de frêles antiennes (les faits « graves et concordants ») ou son exposé préalable (« comme je l’ai indiqué tout à l’heure »), on frémit en imaginant le calvaire des acquittés. Les justes remarques du rapporteur de la Commission auront dévoilé le grand vide de ce pâlot morbide qui persiste à soutenir ses malfaisances professionnelles.
Mais le Burgaud n’est pas une brebis galeuse : il est le parangon d’une cohorte déshumanisée servie par un système vicié. Pour exemple que l’ENM forme des techniciens du droit sans se soucier de leur bon sens éthique et de la présence de qualités humaines basiques : j’ai connu un actuel substitut de procureur (en marche normale vers le poste supérieur) qui, avant son serment, avait tenté de violer sa sœur, battait ses petites amies, trompait son monde, défendait le pire, arrogant et fielleux, et qui goûte aujourd’hui à l’enivrant pouvoir sur la liberté des gens…
Burgaud n’est pas seul, tremblez citoyens !