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15 octobre 2017

Rives osmotiques

D’une rive l’autre, l’oscillation vitale emplit les fibres en battements irisés… Culminer toujours, mais à rebours des frénésies du siècle, de ce modernisme tapageur qui englue ses meutes de petits porteurs. L’arracheur de temps se suffit d’un rien authentique, d’une attention engageante, de la vie en floraisons suggérées.
Pourquoi pas l’allégorie des inspirations : Musine serait comme la source des beautés du monde à portée. Sans tapage, loin des ravageurs du Vingt-et-unième, l’onde pastellée effleure sa pérennité sans certitude criarde… Patience en pétales féériques gravite par l’écho moelleux et revient ribambelle de velours.
L’âge de lierre enlace puis enserre les rejetons du Big Plan comptable aux codes obstruant. Une respiration suffit à faire craquer les marges enflées de leurs vulgaires obsessions. Coup de paume dans l’étouffoir. Jeu de férule qui obnubile dans les conciliabules.

La mousse turgide, face aux courants enjôleurs, enveloppe son terreau et fait luire sa rosée. Pousses en vers et contrant surtout les serfs du temps éperdu. Aux  premières notes de The Run s’évanouit le semblant de blues bleuté. Une parcelle de la Tête d’Or, un coin de banc vert défraîchi, quelques songes musiniens comme présence ascendante et le jaillissement textuel sera. Une si soyeuse aile trace son firmament. Ainsi soit l’île onirique.

03 septembre 2017

Crocs lascifs, aiguisé zigzag

Si la découverte de la philosophie politique de John Rawls et des fascinantes matière et énergie noires de l'univers irrigue mon séjour dans le cocon vert de la roseraie du parc Tête d'Or, c'est d'abord l'imprégnation de rencontres cardinales qui conforte une forme lucide de plénitude.



Lorsque le choix n'est surtout pas à faire, que le cumul cultivé élève les sens, humanise l'esprit à la façon d'un escalier gravi vers un parc insoupçonné,  les doigts tout en effleurements osmotiques, il faut juste prendre conscience de l'incroyable vigueur de l'émotion et s'en remettre aux vagues euphorisantes.




Un jazz existentiel qui butine ses notes pastelles pour en extraire la densité partagée : l'évidence comme règle instinctive accroît les feux joyeux d'un élan indomptable. 

Comment attiser mon insatiable liberté, lévitation attentive ? Mon univers sait engranger : zones identifiées avec nos enivrements, pour les chérir sans rougir, colportant au cœur de soi le suc enflammé. Incandescence.




Douce foultitude des ressentis, flots impénétrables du seuil à surpasser, iris troublé, brûlure légère qui s'atténue par un simple geste sur ce velours épidermique  : rayonnons sans attendre les crevasses et la fosse. Effervescence.



Ainsi soient les songes vagabonds qui s'effeuillent au gré du sens, initiatiques envolées pour ne rien abandonner de sa salutaire gravité et tournoyer à la crête du fonds vital. Appétence.

(Photos de Loïc Decrauze, août 2017)

17 août 2013

En août, changement de voie ?

L'espace "Paroles de fête" est né sur la toile le 12 août dernier. Pas d'attaque, pas de fulmination, pas de pamphlet, mais de l'hommage affectif. Du cent pour cent positif : inédit pour moi.
Pamphléter deviendrait obscène après quarante ans : j'ai largement entamé cette quatrième décennie d'existence et je voudrais explorer des univers littéraires plus lumineux.
A la lueur d'un probable changement professionnel, saisir ce cap embryonnaire: l'artisanat littéraire pour contribuer aux fêtes singulières de tout un chacun. Susciter l'émotion en apposant des paroles personnelles sur une chanson fétiche : voilà le projet. Pouvoir en vivre modestement : voilà l'objectif.
Faire connaître, diffuser, promouvoir pour accrocher l'attention de ceux qui ont en tête de faire plaisir à leurs proches.
Ça commence ici, avec une évidente humilité mais la volonté effrénée d'y parvenir. Coller au plus près de ce pour quoi l'on se sent fait traduit peut-être une forme de sagesse.

(Photos prises par Loïc Decrauze)

11 décembre 2011

Lyon, au faîte de sa lumière



Et les lumières fusent…

Faire abstraction de la multitude dans ses artères et absorber les projections lumineuses. Initiation à l’esthétisme d’une ville réinventée : des myriades de flammes du Huit aux ballets de couleurs sur bâtiments transmués, les sens exaltent.

J’entame par du grillage à poules, aux abords du lac de la Tête d’Or, pour un irréel vaporeux. J’effleure ensuite la crinière du cheval échappé de la fontaine Bartholdi, puis je grime vers la façade fraîchement restaurée de la Saint-Jean. D’une rive l’autre, les passerelles dévoilent leurs charmes : celle du Collège pour un soir pyrotechnique, celle de la Justice pour des feux de la rampe orchestrés sans fausse note.

Sous la bénédiction bleutée d’une basilique en suspens, les quartiers de Lugdunum s’illuminent et la pleine lune se devine, comme un signe céleste.

Une, deux, trois lumières ! Ne bougeons plus, la féérie s’opère...


(Photos prises par Loïc Decrauze)


27 juin 2011

Parabole désorientée

Des crocs dans l'ombre guettent la faille pour déchirer les tissus. A perte de vue plus rien ne rime : magma "plasmique" à nourrir coûte que coûte. Reste quoi ? Une farandole aux arabesques sordides qui monopolise l'attention sur l'apparence d'un monde en chaos.

Ça se mâche sans fin tant qu'on n'est pas trituré dans sa chair. Ce déchaînement règle le compte des plus fragiles, les déconnectant pour toujours : piètre perte, très profitable aux arrangeurs du buzz.
"Rien à buzzer aujourd'hui ?" s'angoisse le maniaque sur toile, la souris entre les cannes... Pourquoi taire ce qui pourrait suffire à salir son prochain ? Plus qu'à aller faire titriser ses déjections en les confiant aux menottes expertes des charognards de la finance.

Univers d'Internet en constante dilatation, un peu comme si nous tentions, pauvres hères,  d'approcher en virtuel le Tout infini qui nous dépasse et face auquel nos élans se ratatinent.

A moi le cocon vert déserté de la Tête d'Or pour ragaillardir mon souffle : rondeurs feuillues, allées de pierres joliment serpentantes, massifs fleuris et un banc vert pour le fondement. Surplus à évacuer sans circonvolutions :   attendu qu'ils m'incommodent... par ce motif, qu'ils dégagent !

Dans l'attente du trou à cadavre, je me refais volontiers une charretée de samedis soirs sans fréquentation, avec le seul Lieutenant Colombo, urticant pour ses congénères, efficace révélateur de leurs vices criminels.
Après la surdose en série, j'explore quelques zones dévastées ouvertes aux quatre bourrasques. La petite vieille explose du talon de secs quignons de pain pour nourrir piafs et canards des bords du Rhône juste devant la péniche "Nid d'Amour". J'égrène les remugles d'un encombrant passé, hypothéquant encore une pure respiration lyonnaise. Naviguer entre attaque et défense pour la plus favorable sentence.


Texte paru sur le site du journal Le Monde

11 avril 2011

Des bris du monde

Des traques s’éternisent. Marâtre Nature s’échine à débusquer les grappes nippones qui résisteraient aux appels du couchant. A dix mille de là, je m’enthousiasme des poussées bourgeonnantes. La dérive plus au sud présente quelques souches autocratiques qui s’illusionnent sur leur ramure : en tête de boue rougeoyante le plissé de Libye et le gondolé de Côte d’Ivoire. Darde l’astre à la Tête d’Or, tardent les désastres crépusculaires qui accentuent les écarts de destinée. Pour l’hexagone, tant que l’emprunt va, tout va… à vau-l’eau certes, mais pas au chaos.

Le petit temps imparti ne favorise pas la juste partition au diapason de nos perceptions. Les décennies se bousculent aux artères et, sans une part de renoncement, la divergence avec soi s’accroît. Que vaut-il mieux ? La turgide indignation au risque de l’obscénité, rappel de la sentence bernanosienne, ou l’effacement sans objectif pour faire sage et fréquentable ? J’ai choisi : raréfier les attaches, desserrer l’emprise et s’irriguer des bris du monde.

Sa complexité exige de s’affranchir de la grossière linéarité narrative. Peu importe si j’indiffère le gros du lectorat suceur du Rot-Ment, la vache-à-laids de l’édition commerciale. Je m’ancre hors circuit à la quête des jeux abstractifs du langage polysémique. Charge, charge ! que le reproche s’aiguise et l’attention se détourne…
Les mêmes qui font grand cas de l’art abstrait ne souffriraient pas l’excès conceptuel dans l’écriture. Même la poésie se ratatine au raz des pâquerettes qui puent.


La transcendance textuelle ? Crime contre la simplicité. Etre accessible, compréhensible, audible… aller se faire foutre, est-ce de bon ton clair ?
Je ne rejoindrai pas ces monceaux imprimés que leurs auteurs s’obsèdent à purger de toute saillance absconse. Quel confort d’être peu lu : ça évite d’emblée les cons ambiants qui pollueraient mes pages. A moi l’écriture jubilatoire, sans honte des mots longs, des expressions chargées, des phrases alambiquées.

De la simplicité au simplisme, et du simplisme à la barbarie, la voie s’abrège sans fioriture… Juste les débris collatéraux des tourments en cours. Bribes d’êtres humains sacrifiés au nom de la mortifère simplification politique. Comme un mauvais roman aux fresques nauséabondes. A expectorer au loin…

(Texte rédigé le 10 avril : sentiment conforté pour le Japon, contredit pour Gbagbo, la balle au centre.)

26 juin 2010

Visez la Tête d'Or !

Rouler en équilibre : le tracé protégé m’y invite. Début de parcours parallèle aux rails, comme l’est le mur d’hommage aux grands noms de la Résistance. Ne pas renoncer, donc, même au prix de ne rien amasser, de se couper des contemporains.

Suivre la piste pour apercevoir, sur la scène d’un terrain vague, le choc entre les extensions urbaines et les cahutes de quelques réfugiés clandestins en sursis. Chaque univers a ses raisons d’être : je passe, indifférent, le vent porteur, l’oubli prématuré.
Cap vers les bords du fleuve, via une artère verte, touffue, qui favorise la sérénité et conforte mes choix. Allégé de l’aliénante automobile, dispensé des transports en commun, j’aiguise ma liberté en délaissant les obsessions collectives : point de permis de conduire, sans goût pour les entassements festifs, rétif aux familiarités bien intentionnées.

Longer le courant et s’inspirer des espaces à parcourir. Une étude récente souligne la capacité des chimpanzés à guerroyer pour étendre leur territoire. Une proximité humaine qui réduit notre évolution à ses volets techniques et artistiques. L’humanisme attendra encore son heure pour élever notre espèce.

La nature au cœur de la ville, j’y suis presque : quelques tours de chaîne, des rayons qui tournoient au bon rythme, un pédalier débridé… Halte première face à l’étendue liquide bordée de touffus aux cimes dansantes. Un qui ne virevolte plus depuis longtemps, c’est l’ankylosé Jean-Luc Hees. Il a rendu son verdict contre le turbulent Guillon étiqueté « petit tyran » à l’instar de son compère Didier Porte. C’est la lourde pour le duo terrorisant. Allez enfiler vos perfidies ailleurs ! Le Val pédale dans la semoule de ses contradictions adoubées par le sphinx Hees à l’honneur ressuscité.

Halte seconde au sein de mon cocon vert favori, entretenu de près, aux atours libres. Alterner l’ombre fraîche et l’astre brûlant : rien pour heurter, un moment bisounours qui me laisse goûter à une nature domestiquée. Protégé par cette palette de verdure, je néglige mes indignations. Un peu de Django Reinhardt pour relativiser ma partition : je concerte en notations minoritaires dans ce tohu-bohu obtus.

Depuis ces terres lyonnaises, je défie ma dernière décennie du Vingtième : errance septentrionale pour une mission d’intérêt particulaire. Au bleu chaud de l’accueillante Lugdunum, se décolorent les accroches passées, les ternes saisons, les poisseuses humidités, le smegma érigé en fine liqueur, les monomanies travesties en vigoureuse idéologie.

Laissons couler et, comme dirait Michel Cymes, vive l’incontinence anale ! Signé : un diarrhéiste, pour vous maudire.

30 août 2009

Prière de rentrer… sans croire

Le vent de fraîcheur sur les bords du Rhône signe la fin d’une saison estivale. Progressif retour à l’actualité. Aucune source de réjouissance : poursuite des petites batailles sanglantes pour le pouvoir au cœur des nations instables, affaiblissement des projets de démocratie pour l’Irak et l’Afghanistan, enlisement inexorable du volontarisme d’Obama malmené par des conservateurs revigorés, imperturbable reprise des obscénités financières, autarciques gesticulations de l’opposition politique en France, frénétiques propositions d’un Exécutif en cours d’exécution populaire, le tout en évitant d’invectiver les déprimants protagonistes avec des postillons chargés en H1N1.

Changement de décor : l’ombre apaisante au bord du lac Tête d’Or. Ensemble de coins familiers qui atténuent mes plongées récurrentes.

Nature impassible, combien ton contact épiphénoménise les fracas mis en scène puis entretenus. S’alléger un peu des empesées religions qui handicapent l’âme et obstruent l’esprit ; déposer les armes doctrinales aux sueurs excessives, donc suspectes ; purger les sens des perceptions hâtives pour recouvrer les frémissements initiaux, la part d’émerveillement qui grise. Assumer, surtout, ses contradictions dans l’instant et dans le temps comme le gage d’un rapport sain au monde. 

Ainsi, mon regard sur l’incandescent Bloy, encensé sans modération sur la base de quelques lectures isolées et par une séduisante musique entretenue qui allait jusqu’à tourner en dérision le jugement sans appel de Léautaud.

Bloy devant cochon, 1911

« Faux bonhomme », Léon Bloy ?
L’abondance diariste, même dans sa version épurée par l’auteur, impose un fond beaucoup moins attractif. Des fulgurances littéraires, oui, une singulière approche des gens et des choses, sans un doute. La traque des travers du contemporain inutile pour sa survie orchestrée : moins séduisant atour lorsqu’il se combine à une mendicité revendiquée qui rend l’imprécateur obséquieux pour son objectif à durée très déterminée. Passer outre ses surdoses religieuses pour louer le génial vociférateur ne doit pas occulter l’étiolement d’une parole rongée par un culte exacerbé, un petit air d’intégrisme… Croire à un dieu, c’est un peu laisser mourir sa capacité à transcender sa nécessité mortelle, son existence unique sans prolongation divine, c’est entériner l’explication de facilité, se contenter du confort des jalons d’un autre chose pour notre sort scellé. Croire pour ne pas voir…

Les mythologies grecques et romaines nous font aujourd’hui sourire, mais nous voilà encore si sérieux, si définitifs lorsque se profile le monothéisme. L’unicité du dieu rendrait-elle notre esprit monolithique, incapable d’une souple remise en question que requiert la lucidité minimale ? Les leurres envahissent déjà tellement nos existences qu’il faudrait éviter de s’encombrer en plus du religieux… pour les siècles des siècles !

04 août 2007

Ouvrez, ouvrez la cage au Serrault !

Depuis un reposant espace ombragé du parc tête d’Or à Lyon.

Voilà bien longtemps que je n’avais englouti si vite un bouquin. Le décès de Serrault a détoné en moi jusqu’à rendre indispensable de retrouver son autobiographie enserrée depuis quelques années sur une étagère de bibliothèque.

Pas un chef d’œuvre de style le …Vous avez dit Serrault ?, pas ce que j’espérais d’ailleurs, mais l’authentique témoignage d’un grand saltimbanque.

Glouton à faire filer les pages pour que revive densément le clown imprévisible aux planches explosives : son enfance truffée de turbulences qui prédestinaient l’insatiable garçon ; l’amorce religieuse dont il gardera une humanité sans détour, presque outrancière ; ses débuts d’artiste avec sketches enchaînés et nuits blanches frénétiques ; l’évidence essentielle de ses deux Rencontres, Nita l’amour d’une vie, Jean l’amitié cardinale ; sa conception du métier d’artiste, naturel et liberté talentueuse, un peu à la façon du style littéraire d’un Léautaud qu’il incarna gouailleur et tranchant à souhait ; son ancrage au cinéma et son enclin pour les personnages ambivalents.

Poiret-Serrault
Occasion de retrouver la si attachante galerie des acteurs et comédiens comiques, ceux qui ont distrait mes sombres années tiraillées. Leurs films me dispensaient d’une quelconque prise de psychotropes : les 90 ou 120 minutes de baume dopant suffisaient pour se colleter aux tracas quotidiens et aux trognes persistantes. L’implacable bonhomie de Blier, l’indomptable furie de Louis de Funès, les envolées foudroyantes de Francis Blanche, la frénésie inventive de Darry Cowl, la victimisation rigolarde de Carmet, les bougonnements ravageurs de Jean Yann, les sursauts pétaradants de Prévost et, bien sûr, la maximalisation géniale du pince-sans-rire de Poiret : univers revigorant du plus attachant et déconneur de tous, l’ami Serrault, ange rieur de l’humanité.

Il a su cultiver et propager l’irrévérence et le sens de l’absurde. Son physique ordinaire permettait d’animer sans fausse note les plus antagonistes caractères et dévoilait une singularité attrayante de l’âme. Sa dextérité à improviser au théâtre, pour extraire la plus enivrante des folies en cohérence avec l’instant, pousser un peu plus loin la scrutation des délires humains, irradiait les œuvres mises en scène.

Serrault - de Funès

Serrault, une fresque humaine : l’abject Rico, meneur de ces putains de hooligans franchouillards, qui aurait écrasé la tronche du gentil clochard de La Belle Américaine s’il avait soutenu l’arbitre ; les crises savoureuses d’Albin, alias Zaza Napoli, hurlant sa détresse à l’oreille alerte du bienheureux Louis Martinet, avant de courir à sa perte, se croyant désiré par l’infâme Marcel Petiot ; le sombre docteur aurait été le pire des compagnons de cellule pour le condescendant Martinaud sous étude tyrannique du flic soupçonneux ; le curieux libraire Rondin des Gaspards aurait-il pu côtoyer l’amer Arnaud, n’aurait-il pas préféré se rapprocher de l’infréquentable Albert le Cagneux des Assassins et Voleurs?

Ne pas répondre, surtout pas : la magie Serrault tient dans l’ambiguïté de ses interprétations, celle qui magnifie les œuvres et, souvent, explore nos perditions profondes et nos potentielles folies.



18 mai 2006

Lorgnette en fête !

Première journée de 2006 à prendre le soleil au parc de la tête d’Or, en lisière de la roseraie, là où quelques bancs s’offrent dans un cocon vert. Torse nu défendu à l’instant par deux limités de la police municipale, aux aguets pour exercer leurs petits pouvoirs. Sept ans que je fréquente ce lieu, et me voilà prié de remettre le tee-shirt, sans doute pour ne pas troubler la vieille dame qui passe.
Argument avancé par les képis frustrés : on n’est pas à Miribel Jonage. Effectivement, je n’ai ni mon maillot de bain, ni mes saucisses puantes à frire, ni mes gueulantes de braillards… juste un torse encore potable.
Voilà le type d’excès bêtifiants d’un ordre public où l’on s’aplatit devant des barbares-casseurs déchaînés, et où le citoyen calme et respectueux d’autrui se fait emmerder par ces représentants de l’action incohérente.
Avant ce petit accroc dans ma sérénité préestivale, j’observais, sur le banc connexe, un couple âgé en différend à chaque amorce d’échanges. Une femme aboyeuse, un bougre encaissant par bougonnements imprécis : calamiteuse représentation de la dualité.
Zappant sur la FM parmi la vingtaine de stations préréglées : le 96.1 me dévoile en chocs rythmiques bien assénés une des perles singuées de la Diams revendiquée Boulette. Boule d’énergie ciselée, même si le contenu me partage. « Pas l’école qui nous a dicté nos codes ! » : à cent pour cent pour le fond, mais aux antipodes pour les choix. Le firmament (limité) du rap français accueille en tout cas un joyau créatif.
(rédigé le 19 avril 2006)