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15 avril 2017

Évitons ce con tour pestilentiel

Si le garde-fou du vote blanc annulatoire avait été adopté, moi, et sans doute une majorité du pays, ne redouterions pas un second tour Mélenchon-Le Pen.
Le virtuose apostropheur fait croire qu’il gérerait mieux le pouvoir que celui qu’il encensait avant-hier, le Grec Tsipras, revenu piteux aux réalités. En réalité, sa simple élection dissuaderait les prêteurs et plongerait le pays dans les abysses chaotiques du défaut de paiement. La mauvaise tête coléreuse flanquerait ainsi une terminale gueule de bois au pays : après le Grand Soir insoumis, le petit matin décalqué.
Et l’autre, l’antipathique Bassine aux recettes simplistes pour apprentie-bourbier, son élection déclencherait illico une guerre civile et la mise au ban des nations. Une France fracturée, écartelée, démembrée agoniserait dans une haine déchaînée sur les ruines d’une Union européenne livrée aux charognards nationalistes.
Voilà peut-être l’inconcevable dilemme qui nous attend avec l’obligation imposée par le jusqu’au boutisme d’une majorité très très relative au premier tour, moins d’un quart des électeurs, de confier les rênes du pays à l’un des deux exaltés. Cataclysme en marche qui fera vite regretter aux électeurs dignes de Ponce Pilate leur bulletin extrême.

Moi j’aurai voté blanc, peut-être comme une majorité de citoyens désespérant que cette voie de la sagesse désabusée ne permette pas l’annulation du scrutin avec obligation de réorganiser une élection dans le trimestre suivant avec de nouveaux candidats. Un recul pour mieux se vautrer ? Trois mois de survie, ça vaut encore le coup…

03 octobre 2016

L'avis extrapolitique attendu

Après la publication d’un sondage où plus de soixante pour cent des citoyens interrogés réclament une retraite politique anticipée pour les deux derniers occupants de l’Elysée, je me prends à fantasmer un moment de grâce politique comme les professionnels du pouvoir ne nous en offrent que deux ou trois par siècle…


« Attendu que la situation critique du pays requiert un sursaut de lucide dignité ;
attendu que notre occupation successive des fonctions présidentielles n’a pu permettre de redresser ou de changer favorablement la France ;
attendu que le constat s’impose d’une incapacité à honorer les plus importantes de nos promesses électorales ;
attendu que notre mandat respectif s’est tiraillé entre stratégie politicienne en vue de l’échéance électorale suivante et gestion improvisée dans des contradictions néfastes pour le pays ;
attendu que de bling-bling en couac, de couac en tweet-tweet, nous n’avons pas su préserver la sacralité de la fonction ;
attendu que la place hypertrophiée accordée à la communication au détriment de l’engagement véritable n’a fait que décrédibiliser davantage l’exercice du pouvoir rendu gesticulatoire ;
attendu que la vitalité démocratique commande de ne pas s’acharner dans une dynamique purement opportuniste ;
attendu que nous devons tendre à l’exemplarité en reconnaissant nos erreurs et en affrontant de pesantes accusations ;
attendu que nos candidatures font courir le grave risque, par l’absentéisme accru d’électeurs écœurés, de la consolidation des extrêmes ;
attendu que sans notre présence les débats de la prochaine campagne s’en trouveront renouvelés et que le sens frais aura ainsi une chance d’émerger ;
attendu qu’un nouveau souffle de l’Union européenne ne peut se concevoir avec une France présidée par un déjà-vu ;
attendu que l’hypothèse d’un monde agité par le stratège Poutine et Trump l'imprévisible impose la régénération d’une forte voix française ;
attendu que notre vénération affichée, feinte ou réelle, pour l’intégrité gaullienne de l’occupation de la présidence de la République française exige qu’une fois, dans notre déjà long parcours politique, nous nous hissions à la hauteur de notre référence ;
attendu qu’est venu le temps d’une éthique de l’exercice du pouvoir tout entier dédié à l’intérêt général et non à la satisfaction de visées personnelles inavouables ;

Par ces motifs, nous, François Hollande et Nicolas Sarkozy, sains de corps et d’esprit, avons l’honneur de ne pas solliciter vos suffrages afin de ne pas obérer les chances pour notre pays chéri et pour l’Union espérée de viser au mieux un cap salvateur. »



Auraient-ils assez d’épaisseur humaine, de sens du sacrifice d’une carrière déjà suffisamment comblée, de perception assez aiguë de l’exaspération furieuse du pays pour oser ensemble ce choix, laissant ainsi, pour un court instant, la sphère médiatique sans voix et, pour un moment à prolonger, la France avec une perspective plus enthousiasmante ? Evidemment non… Si la vie extraterrestre apparaît de plus en plus probable, l’avis extrapolitique ci-dessus ne peut prétendre qu’au néant.

06 avril 2014

Désunis dans l’adversité

Incapacité des peuples et des dirigeants à faire de l’Union européenne l’instrument d’une réelle puissance qui s’impose d’un seul tenant à l’extérieur. L’assemblage disparate dépense la majeure partie de son énergie à tenter de résoudre les tergiversations internes. Au modèle d’un volontariat constructif a succédé la persistance d’une stagnation entretenue. Ce sur-place exacerbe les défauts institutionnels et de plus en plus est dénoncé le technocratisme illégitime de la Commission.
Genèse de l'Union européenne.

En quoi les commissaires européens seraient moins légitimes à leur poste que les ministres nationaux ? Les premiers sont choisis et non élus, certes, mais tout comme les seconds, et l’adoubement par le Parlement européen – instance qu’on ne peut faire plus représentative de l’opinion des peuples de l’Union – vaut bien le vote de confiance à un gouvernement national.

Répartition des pouvoirs dans l'UE.
Dernièrement, paradoxale confirmation de la place considérée comme secondaire, voire accessoire, de certaines fonctions européennes : un ministre français en échec, critiqué de toutes parts, non retenu pour l’équipe de combat de Valls, va prétendre au poste de… commissaire européen ! Calamiteuse image de cette institution qui devrait, au contraire, réunir des personnalités en réussite et dont le mordant donne envie. Prendre cette instance exécutive comme le mouroir politique de responsables déchus ne peut qu’entretenir la défiance.
Commission européenne.

Inconséquence des ténors politiques qui se prétendent pro-européens (il est vrai qu’on en compte de moins en moins, surtout à l’approche des élections) mais ne veulent surtout pas faire don de leur temps et de leur talent à la cause européenne en détechnocratisant des instances victimes d’un manque de personnel attractif et reconnu médiatiquement.

Conseil européen
Résultat : le système se sclérose faute d’être animé par des personnalités d’envergure. Le contenant n’a jamais fait la saveur d’un plat. L’insipidité d’une Union dénoncée comme castratrice tient au désengagement des sociétés nationales censées la constituer : désaffection des mastodontes politiques – le Conseil européen délivre de moins en moins d’impulsions pour une construction exaltante et se ratatine aux conciliabules gérant les désaccords – indifférence médiatique et désintérêt des peuples.
Politiques de l'U.E.

Faudra-t-il une déflagration économique bien plus dévastatrice pour qu’un choix clair s’impose ? Cette U.E., à force d’être bouc émissarisée, non plus seulement par les anti-européens, mais aussi par une classe politique nationale à bout de souffle, devient un verni écaillé peinant à couvrir une désunion dans l’adversité, l’anti-devise malheureusement en cours. L’Union post 2005 a perdu cette âme fragile qui en faisait une espérance politique pour nous grandir.

Si la consultation de juin prochain dégage une majorité de députés eurosceptiques qui, par exemple, n’approuvent pas la Commission choisie par les chefs d’Etat et de gouvernement en déphasage avec l’idéologie dominante du nouveau Parlement (anti-) européen, nous pourrions assister à une implosion institutionnelle. Ajoutons à ce blocage la décision d’un des gros Etats fondateurs de quitter le navire en perdition et c’en serait fini du projet initié soixante-quatre ans plus tôt… Dans le chaos généré émergeraient des accords multilatéraux consacrant de fait la scission en deux modèles européens devant affronter des épreuves bien plus aiguës.
Construction à "petits pas".

La nouvelle équipe hexagonale donne la part belle aux défenseurs du Non au « traité établissant une constitution pour l’Europe ». Les deux premières têtes étaient, dans leur intime conviction, contre ce projet : l’un, Fabius, l’a assumée jusqu’au bout alors que l’autre, notre nouveau Premier ministre censé sortir l’action gouvernementale de l’ornière, a rallié la position officielle de son parti – par discipline ou opportunisme, on ne le saura jamais. Je n’oublie évidemment pas le tempétueux Montebourg désormais détenteur de l’économie nationale.
Chronologie de la construction européenne.


L’harmonisation des discours lors de la campagne des européennes devrait obliger certains à des contorsions intellectuelles douloureuses. En attendant, observons ce que ces « nonistes » au pouvoir sont capables de réaliser en restant en phase avec leur souhait d’une autre Europe et souhaitons que ce soit autre chose qu’un « vent mauvais »…

30 mars 2014

Artaud-van Gogh : ombilic au vent

Une adolescence en rupture, mais sans chambard ni esclandre : réfractaire en retrait de tout pour mieux apprécier l’expression de quelques esprits en marge.

La prose d’Artaud vous happe sans concession : cataclysme intérieur en résonance avec l’impossible élan vers les autres. L’obscène quotidienneté lamine les aspirations et atrophie toute volonté : Artaud l’avait évincée pour mieux scruter ses carences et faire frissonner ses imperfections hallucinées.

Sans attendre se jauger, extraire les boyaux de la pomme quitte à vraiment se couper du reste de la laide ville nouvelle. Aucune conciliation permise : chaque vers, toute phrase percera les décompositions par vagues de suffocation.

Dans l’urne le citoyen, en petit tas de cendre après avoir goûté à l’isoloir : le boutoir fouissant l’enveloppe gris-bleu pour une liste que je ne peux même pas plier en quatre. Rien à gagner : « a voté ! ».


Portraiturer au vent goguenard ;

Virevolter pour sentir les herbes folles sous le ciel écumant ;

En vase pour qu’éclosent les niches colorées ;


Le trait torturé contracte sa moisson au tracé lumineux ;


Une pesanteur supplicie bicoques et masures engourdies au milieu d’une nature perdue.


Aux vers oiseux s’incline la farce cachée, hideuse dépendance à l’indicible, l’innommable abscons. Reste à paraître en courbes dorées pour suivre l’ascendant minéral : s’écorcher sans troubler le ciel à la pâleur entêtante.


Je m’accroche à ses toiles, j’étoile mes anicroches pour un regard verdoyant : l’humanité éperdue, l’oreille cachée, la vie tranchée…



03 mars 2007

Suffrage "sangsitaire" en Nouvelle-Calédonie

Jacques Chirac achève sa gouvernance par un tir groupé de révisions constitutionnelles.

J. Chirac, mars 2007
L’hommage à feu Mitterrand et à sa loi du 9 octobre 1981 présentée par l’éminent Robert Badinter : consensus bien normal chez les politiques alors que les tergiversations persistent dans la population. Sans doute, chez celle-ci, l’effet de défiance d’un système judiciaire qui, avec les remises de peine et les aménagements divers, désacralise, dénature voire contredit la sentence du jury populaire.

La mise sur la sellette, bien confortable tout de même, de la fonction présidentielle honore, tardivement, une promesse du candidat Chirac. Ce petit cran en plus d’impeachment à la sauce gauloise complexifie un peu plus la Ve République, parachevant notre sage civilisation des contre-pouvoirs. Là encore, rien à dire sauf pour quelques parlementaires grincheux. Fragiliser davantage ce poste fondamental desservirait le pays et ouvrirait l’ère des incertitudes institutionnelles.

La troisième intervention, la plus technique, la moins séduisante en terme de contenu, est, elle aussi, passée sans trop de résistance. Pourtant, à l’étudier d’un peu plus près, elle dérange par son parti pris du réalisme politique, quitte à sacrifier un des droits fondamentaux du citoyen. Quelque 7700 Français sont désormais partiellement privés de leurs droits civiques : 2009 et 2014 se décideront sans eux aux élections territoriales et provinciales de Nouvelle-Calédonie.

Le nom est lâché ! Cette collectivité sui generis confirme, une fois de plus, le genre très particulier de son régime.

Nous voilà replongé dans les soubresauts tragiques d’une histoire récente, elle-même fruit du colonialisme dont la nature intrinsèque a tant été débattue ces derniers mois.

A. Febvrier-Despointes
Tel un sombre signe premier, la prise de possession par la France de la Nouvelle-Calédonie en 1853, quatre-vingts ans après sa découverte par l’infatigable James Cook, se veut une sanction contre les indigènes. L’amiral Febvrier Despointes se charge ainsi de cette confiscation de territoire pour venger la tuerie, par les autochtones, des membres de l’Alcmène, navire français. En d’autres temps, notre puissance conquérante pouvait se laisser aller à quelques justifications plus ou moins pertinentes d’accaparements autoritaires. Dans le cas de cet archipel mélanésien, la mainmise s’animera de mortifères épisodes.

Les dérives coloniales, avec les figures de colons sûrs de leur légitime toute-puissance, suscitent deux vagues de révoltes canaques en 1878, l’une estivale, l’autre automnale. L’écrasement, sans mesure, par les autorités, pourrait rappeler, au siècle suivant, le déferlement barbare à Sétif, en Algérie, alors même que les troupes militaires et la population fêtent en métropole la libération de la France. Le général Duval chargé de la sale besogne (selon les historiens, de 6000 à 15000 Algériens exterminés en représailles du massacre de 109 Européens par, déjà, des djihadistes sans pitié) avait très lucidement averti le pouvoir politique : « Il n’est pas possible que le maintien de la souveraineté française soit exclusivement basé sur la force ».

Et pourtant, en Algérie comme en Nouvelle-Calédonie, les amoureux de la mère patrie n’avaient pas fait défaut aux moments sombres de la défaite française : le « Bataillon du Pacifique » n’avait-il pas été précocement nourri de volontaires calédoniens, offrant le plus bel exemple, dès la fin de septembre 1940, d'un engagement pour la France libre alors que la métropole est majoritairement, ou au moins passivement, pétainiste ?

La nation coloniale aurait-elle le secret pour exacerber les passions sanguinaires ? L’arrivée de François Mitterrand au pouvoir coïncide avec l’extrême tension entre Kanaks et Caldoches, notamment par la radicalisation du combat nationaliste. Rappelons que le nouveau président de la République connaissait bien la complexité déchirante des questions coloniales : ministre de l’Intérieur sous Pierre Mendès France, alors que l’armée française réprime à l’aveugle (tortures comprises) pour répondre à la terreur semée par le FLN, il est interpellé en janvier 1955 avec son président du Conseil par Claude Bourdet dans un article coup de poing, « Votre Gestapo d’Algérie ».

Le 5 janvier 1983, alors que l’exécutif décrète la dissolution du FLNC en Corse, le combat pour l’indépendance calédonienne prend un goût de sang avec la mort de deux gendarmes. De cette amorce suivra un yo-yo morbide avec partage des victimes : pour ne retenir que 1985 et sa dizaine de Kanaks abattus pas la puissance publique, et 1987 lorsque la tribu de Tiaoué sera fatale à deux représentants de l’ordre public.

4 mai 1988, opération "Victor"
La grotte de Fayaoué, au printemps 1988, portera au summum la violence de part et d’autre : le sang versé par l’opération « Victor » ne pouvait, pour éviter le chaos généralisé, qu’être suivi par un compromis sur l’organisation institutionnelle de ce territoire meurtri.

Un peu à la façon de ce que seront les accords d’Oslo, Michel Rocard parvient à réunir à Matignon les ennemis Lafleur et Tjibaou. Le Premier ministre a conscience de l’instant d’exceptionnelle humanité dont ces deux interlocuteurs ont fait preuve, et qui pourrait inspirer nombre de régions encore atteintes par des luttes barbares pour le pouvoir sur un territoire : « (…) deux hommes d’exception (…) se sont mis en travers du chemin fatal qui conduisait à la guerre civile » (extrait d’un discours du 26 août 1988, hôtel de ville de Nouméa).

Destin tragique du représentant historique du FLNKS capable, comme avant lui Anouar el-Sadate ou après lui Yitzhak Rabin, d’aller au-delà de lui-même, de ses acrimonies pour la partie adverse et sanctionné à mort par l’extrêmisme de son propre camp. Ces trois figures incarnent ces si rares combats pour faire évoluer les contentieux, source de haine ravageuse, par la voie politique et non belliciste.

Il n’empêche que la révision constitutionnelle du 19 février dernier, parfaitement inscrite dans cette stratégie pacifiante (pour un camp tout au moins), choque profondément sur le plan des principes : plus d’indivisibilité de la République ni de règle qu’à tout citoyen revient une voix pleine et entière (pour toutes les consultations électorales) et non des droits civiques partiels.

A bien lire la modification de l’article 77 de la Constitution, c’est bien le coup de force sanglant d’Ouvéa qui a généré la fixation du corps électoral. En d’autres termes, puisque les consultations visées sont celles de 2009 et de 2014 : tout individu venu s’installer en Nouvelle-Calédonie à partir de 1988 ne peut participer aux élections provinciales, territoriales et peut-être, bientôt, municipales. Cela peut concerner des immigrés métropolitains ayant choisi de vivre dans ce territoire depuis vingt-six ans (en se projetant à la deuxième consultation), ainsi, probablement, que leurs enfants. Qu’est-ce, sinon l’éclatante consécration d’un droit du sang honni, à juste titre, dans les autres arpents de la nation française ?


De façon plus prosaïque, le choix de cette décolonisation douce, au mépris pur et simple des Caldoches (34% de la population), par la détermination des détenteurs de la citoyenneté calédonienne, a également une portée économique. Peu de personnes le savent sur le continent : le citoyen calédonien (que la révision vient de définir selon un prisme on ne peut plus restrictif) bénéficie d’une priorité à l’emploi par l’article 24 de la loi organique du 19 mars 1999. Le Caldoche post 1988 qui aura la malchance de perdre son travail aura donc toutes les peines à retrouver un poste salarié sur le Caillou : comme une incitation à revenir en métropole…

Droit du sang en matière de citoyenneté, priorité de l’emploi aux nationaux… cela ne rappelle-t-il pas un programme politique ? Ce qui est abhorré à sa moindre évocation dans l’hexagone a été consacré constitutionnellement pour ce bout de territoire… français, si on peut encore l’écrire.

A la décharge du président de la République et de l’immense majorité des parlementaires : l’expérience tragique de la décolonisation ensanglantée semble justifier toutes les incongruités juridiques qui font ressembler mes vieux cours de droit constitutionnel (délivrés en Sorbonne par le lumineux Jean Gicquel) à des contes des mille et une nuits.

Cet article est également paru sur Agoravox

15 février 2007

Un Vote, sinon Fin !

Sans doute, à 37 ans, voterais-je pour la première fois, en avril prochain, évoluant ainsi dans mon rapport au système démocratique. Toujours aussi circonspect dans mon approche d’un mode électif qui considère d’égale manière celui qui arrête son choix (quel qu’il soit) par une démarche réflexive et celui qui va tirer au sort le bulletin à glisser dans l’enveloppe, celui qui va mettre en perspective, comparer les programmes dans une connaissance minimale des institutions et le je m’en foutiste ignare tout juste bon à brailler ses desideratas, je me résous à jouer le jeu. Toujours aussi critique de règles qui n’accordent aucune place efficiente au vote blanc, je m’efforcerai de me rendre dans l’isoloir, même si mon choix n’entre pas dans les pourcentages retenus comme poids politiques.

A force de m’imprégner des atrocités commises dans d’autres pays, des dérives autocratiques de régimes à façades démocratiques, des luttes sanguinaires entre d’un côté le détenteur du pouvoir et ses sbires, de l’autre les opposants gourmands de cette place, je relativise les défauts de notre régime et de ses actants, au point de me sentir comme un devoir de me rendre aux urnes.

Les coups bas des adversaires de cette campagne fleurent bon la lutte entre gens civilisés au regard des voies adoptées dans d’autres contrées. A force de focaliser son esprit contempteur dans les seules limites de l’hexagone politique, on omet de s’informer des pratiques alentour. Même nos partis extrêmes (de gauche et de droite) ont épousé les règles pacifiques du débat démocratique.

Cela mérite un petit hommage à la Cinquième République (que certains voudraient dénaturer), à quelques mois de son cinquantenaire : elle a contribué à la pacification (au sens physique) des échanges politiques et à une certaine stabilité des pouvoirs en place, sans empêcher l’alternance.
Ne dérivons pas non plus vers la naïveté en gros sabots du tout-va-bien-madame-la-marquise : la fibre de certains de nos compatriotes n’a pas plus de vertus consubstantielles que celles des barbares qui officient au Proche-Orient, en Afrique ou en Asie. Intensifions un chouia le nombre de laissés pour compte, attisons les antagonismes sous-jacents des communautés et le barbare réinvestira sans peine nos cieux.

La quête obsédante du pouvoir, pour certains, incline à défendre ce perfectible système démocratique. Ne pas laisser les gouvernants légalisés par les urnes se supposer légitimes pour une occupation pérenne, signe de tous les maux autocratiques. Les idéologies, même les plus généreuses dans les objectifs, ne résistent pas à la captation des manettes de direction.

Quoiqu’on puisse être sévère avec ces agitations alambiquées des contre-pouvoirs, des gueulantes syndicales dans l’aventure écourtée du CPE aux levées de boucliers de l’institution judiciaire après les rudoiements verbaux du juge Burgaud par le législatif, en passant par la confrontation des prétendants à l’Elysée : tout cela révèle, finalement, la limitation dans l’exercice du pouvoir. Le sens moral de l’être humain ne compense pas, en général, son irrépressible, et parfois dévastateur, penchant à satisfaire ses envies, ses intérêts, ses ambitions. La démocratie, malgré son infecte tare, le clientélisme opportuniste, parvient à modérer ce qui, chez le politique, pourrait l’incliner à bien pire que la démagogie.