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01 novembre 2023

Tsahale guerre amasse les morts

Le traitement à œillères pro-israéliennes de la guerre Hamas-Tsahal décrédibilise Big Media français. Entendre, par exemple, Christophe Barbier légitimer les bombardements parce qu’ils proviennent d’une armée étatique bien propre sur elle, les chairs broyées et brûlées ne pouvant l’atteindre, mais condamner les troupes du Hamas pour leur tuerie de proximité signe la tendance politico-journalistique du moment.

Soixante-quinze ans d’occupation répressive, d’humiliation, de conditions effroyables de survie imposées à la population de la bande de Gaza et l’on voudrait une réaction mesurée, calibrée et pleine d’humanisme envers les colons israéliens qui ont envahi des terres palestiniennes. Quand considèrera-t-on à sa tragique hauteur l’interminable agonie des Gazaouis entretenue par les autorités israéliennes ? Une vie entière à subir des occupants qui bafouent avec morgue le droit international puisque le bibendum américain les couvre… Cette loi du plus impitoyable, qu’ai-je à foutre qu’elle soit suivie par des Israéliens de confession juive pour la quasi-totalité ? Ils pourraient être Bantous, Auvergnats de souche ou Tartempions d’outre-Terre que ça ne changerait rien au fait : le génocide perlé en cours depuis l’équivalent d’une existence est le premier des crimes.


Au nom de quel diarrhéique principe les bombardements massifs sur Gaza-camp de concentration seraient tolérables ? Parce qu’il y a eu actes ignobles, dits « terroristes », de combattants du Hamas ? Tsahal peut donc, avec la bénédiction occidentale, mener son opération criminelle selon une hémorragique loi du Talion : plus de huit mille Palestiniens tués – chiffre très provisoire – pour mille quatre cents morts chez les colons...

Soyons lucide : ce que veulent Netanyahou et sa clique c’est la disparition de toute trace palestinienne en Palestine. Comment cela se nomme-t-il lorsqu’on planifie et met en œuvre les moyens nécessaires à une telle fin ? Ce qui aurait été commis par n’importe quel autre Etat, tiens, au hasard, la Russie de Poutine, dans un territoire ne relevant pas de sa souveraineté, aurait déclenché des condamnations sans appel, des sanctions tous azimuts, la mobilisation de la justice pénale internationale et surtout une aide militaire massive pour la nation victime… mais avec Israël, rien, mieux même : le soutien aux sanguinaires représailles disproportionnées.

L’attaque du Hamas apparaît déjà bien modeste par rapport à tout ce qui a été perpétré depuis. Et si l’on ajoute à cela les décennies d’une tyrannie israélienne qui étouffe méthodiquement Gaza et dévore jour après jour la Cisjordanie, la violence déchainée du Hamas prend des airs de baroud suicidaire.

Seule solution : un coup d’arrêt immédiat imposé de force à la vengeance hypertrophiée de l’Etat israélien et la décision internationale de rendre l’intégrité territoriale à la Cisjordanie tout en désenclavant la bande de Gaza. Malheureusement les extrêmes de tous bords ont le vent mauvais en poupe et rien de viable ne se profile : d’un massacre l’autre comme seul horizon. Et ce n’est pas le croulant Biden qui aura l’envergure historique de lancer un ultimatum au Premier ministre israélien : un cessez-le-feu suivi de vraies négociations pour qu’enfin vive un Etat palestinien. Ça, ce sera lorsque les colons israéliens auront un cortex insulaire accessible à l’empathie pour les Gazaouis sans avenir…





21 novembre 2015

Zappons le terrorisme hilare !

Avec Merah, et maintenant Abaaoud, les médias se font les portefaix obscènes de l'hilarité paradeuse des terroristes les plus égocentrés. Les "books" posthumes, finalisés par les chaînes d'information, vous éclatent à la gueule comme la perpétuation visuelle de leur insupportable présence.
Ces sordides massacreurs se font ainsi forger une présence outre-tombe qui résonne comme une victoire picturale sur ceux qu'ils ont abattus. Le Merah nous fut imposé avec un bruyant tour de chauffe dans sa caisse, la mine enjouée, au lieu d'être figé par le seul cliché qui s'imposait : sa charogne démantibulée au bas d'un immeuble, la tronche grimaçant de la mort violente récoltée. A chaque diffusion de ses mimiques de kakou rigolard, les médias se font complice de fait d'une propagande webienne aux traces mythifiées.
Avec Abaaoud, le travers s'amplifie par la quantité de photos et la longueur du filmaillon à disposition. Le voilà nous assénant en boucle la synthèse à piétiner de son parcours, comme un crachat recommencé à la face de ses victimes. Satisfait, dans sa taule motorisée, de charrier des cadavres, de canarder les "apostats", de pousser sa radicalité jusqu'au ludique, il compare ainsi sa nouvelle vie avec la période occidentale où il se roulait dans la fange matérialiste tout aussi content de lui-même. Une puanteur existentielle qu'un corps criblé de balles suffirait à rendre. Lors de l'annonce de l'identification d'Abaaoud dans les restes de l'appartement "conspiratif", BFM TV n'a rien trouvé de plus normal que de consacrer un quart de son écran à un powerpoint tout à l'avantage du fumier fumé.
La déontologie de Big Média ne devrait-elle pas le conduire à s'interdire ces apologies visuelles de fait que le commentaire connexe ne parvient pas à atténuer, et à laisser les images auto-glorificatrices des terroristes dans les recoins malodorants d'Internet ? Mieux encore, au nom de l'exhaustivité journalistique, les chaînes d'info pourraient conclure le diaporama des intégristes meurtriers par le clap de fin adéquat : leur dépouille muette, informe, hideuse venant éclabousser les joyeux petits films de leur sinistre destin.

10 octobre 2014

L’anonymat à pleine gorge… tranchée !

Quelle perception du monde immédiat aurait l’anonyme moyen coupé de toute actualité hors de son champ de vie ? Sans doute serait-elle à des années-lumière des trépidations tourmentées de la focale médiatique. L’existence sereine, évidemment répétitive, n’a aucune similitude avec cette agitation concentrée. Accorder trop de place à ce compte rendu permanent revient à garder le nez sur un microscope qui résumerait la vie aux mouvements moléculaires avec chaos apparent parce que surexposés et grossis.

De la même façon, le défoulement des commentaires odieux sur Internet vient contraster avec l’habituelle retenue de leurs auteurs dans la vie réelle. Le moindre fait qui trouve un écho sur Big Media déclenche aussitôt une flopée d’interventions que leurs auteurs n’assumeraient pas s’ils devaient les prononcer physiquement en public. En cela, nous sommes au-delà des simples emportements de comptoir. Il s’agit, par l’anonymat et l’espace virtuel, de ne rien contenir de sa facette outrancière. La virulence clandestine devient la règle et dévoie les échanges sociaux. Avant, cela oscillait entre le for intérieur et le cercle des proches. Désormais, chacun peut publiquement s’improviser petit pamphlétaire sous pseudonyme. Le débat s’en trouve d’autant perverti, se colorant chaque fois de ces excès sans visage.

Le recours au pseudonyme encourage les vociférations du hargneux planqué derrière la toile. Se promener sous les articles du jour, avec leurs dizaines de commentaires, donne l’ampleur de la pratique. Peut-être 1% de signatures correspondant à des personnes identifiables. Internet devient une gigantesque boite crânienne collective dans laquelle chacun peut découvrir la part jusqu’alors inavouable des pensées des autres : transparence des flots orduriers, opacité des sources. Une glasnost psychologique nullement révélatrice d’une détérioration de ce qui est pensé : simple obscénité technique de la publication immédiate sans l’once d’une démarche artistique, sans le début d’une revendication courageuse.

Autrement plus dramatique, la mise à mort motivée par la mise en ligne terrorisante. Si les barbares intégristes dégouttent d’obscurantisme dans leur conception du monde, ils maîtrisent parfaitement les moyens modernes de communication. Là, c’est à qui usera le plus de cette fabuleuse caisse de résonance. Les opérateurs de cet Internet, au premier rang desquels Google, pourraient-ils aider à lutter contre ces égorgeurs ? Ethique minimale et technique ne peuvent-ils, pour une fois, se combiner ? Les malheureux égorgés n’émeuvent-ils pas plus les propriétaires des supports télématiques que les traders qui achètent le pétrole à Daech pour maximaliser leurs culbutes financières ? L’argent n’a, paraît-il, pas d’odeur, mais l’or noir et les cadavres si, une très forte qui devraient longtemps empuantir les narines des complices par abstention.


La liberté à tout prix ? Quitte à laisser prospérer et parader ces assassins en bandes très organisées ? Autant la liberté d’expression est un principe quasiment sans bornes, au contraire de ce que voudraient nombre de religieux, autant la liberté de colporter ses crimes doit être neutralisée. Un éditeur ouvrirait-il son catalogue à Michel Fourniret, Guy Georges ou Francis Heaulme pour qu’il raconte en détail ses assassinats en série ? Pas encore, en tout cas… Alors pourquoi Internet, dont chaque parcelle virtuelle est la propriété d’une personne physique ou morale, ne peut-il imposer un encadrement ? Je connais la réponse : pas de frontières possibles… Si, celles du globe : une autorité mondiale avec des moyens technico-militaires réels s’imposera peut-être lorsque nous verrons grandir dangereusement la part de leur territoire, au point de grignoter les nôtres… En attendant, il nous faut assister (ou pas, mais ça ne changera rien) aux parades mortifères avec leurs sacrifices d’un autre âge. Les archaïques caverneux en réseau immatériel : pas le moindre des paradoxes…

06 juin 2011

La Gaule lévite !

Gâtée la France, la voilà dotée d’un attelage de panseurs des plus équilibrés. A gauche, l’indomptable Lévy. A défaut de nous refaire le coup du nouveau philosophe, il lance un nouvel humanisme : la défense de l’Homme à tout prix… y compris contre la femme. A droite, Ferry le sauvage tente, le cul entre deux baises, de s’ériger chantre de la poisseuse rumeur. Son arrière-grand-oncle flanquait les enfants à l’école laïque, lui fait mine de les retirer des griffes d’un partouzard haut placé.

Quelques gorgeons libérateurs et la panse se vide sur le zinc médiatique. Ça tache un max, ça indigne l’auditoire imbibé, chacun se repaît de la part sordide de l’autre sans assumer ses propres travers. L’époque se vautre au point de mettre sur le même plan la poursuite réelle pour agression sexuelle et le renvoi gastrique d’un ex ministre de l’éducation qui en torche un autre. Éruptives éructations qui décrédibilisent la source au courroux différé de plusieurs années. « Pavé dans la mare » gronde-t-il le fondement dans la vase : il pousse fort et loin la polémique pour faire croire à l’ébullition du cloaque.

Glaire et pet, fresque organique des deux grandes familles politiques qui s’envoient l’une un Tron, l’autre un Lang sans appréhender la conséquence ultime : la vague extrémiste pour faire la peau à la Gueuse. Ainsi le cirque plein d’air malodorant masque les sujets rébarbatifs : la réalité budgétaire pour tout programme porté au pouvoir élyséen et l’influence allégée d’une nation dépendante des emprunts qu’elle peut encore contracter.

Sans le sou, restent les dessous peu reluisants d’une élite que les pannés voudraient piler. Peut-être devrions-nous éviter l’absorption monolithique de l’actualité, tels des monomanes en furie qui ne retiennent que le plus gros des titres, négligeant les pages intérieures tout autant visibles et lisibles pour qui s’en donne la peine. Un simplisme du regard par trop de complexité globale.

Reflet verdâtre sur l’écran en veille de mon ordinateur portable : plante intérieure au calme, au-dehors feuillage agité par les courants venteux. A cran ce monde aux flux et reflux d’informations, aux existences anonymes qui se voudraient exposées et qu’un surplus de lumière carbonise, aux trajectoires sous les feux de la rampe qu’un faux pas, un vrai crime, enterre en basse-fosse.

Un souffle, quelques effleurements, une tendre intention et le goût de l’autre revient : regard pour se catapulter loin des laideurs ambiantes, joliesse de chaque instant pour s’exalter en complicité, un rien de brune présence, un tout de circonstances à cultiver, lien précieux sans se hâter, sans se happer… une leçon de symbiose improvisée.

06 décembre 2010

De WikiLeaks à WikiShit

L’incontinence informative obéissant aux vagues délatrices d’anonymes vengeurs ou revanchards : voilà la charte effective de WikiLeaks. La finalité du Robin des Troie Julian Assange ne s’encombre pas de demi-mesure : devenir « l’organe de renseignements le plus puissant du monde » nourri par la trahison professionnelle portée au pinacle. Tout savoir sur tout, la transparence comme vertu première quitte à mettre en danger ceux dont les noms figurent sur des documents épars, récoltés au hasard des fuiteurs, est-ce la nouvelle étape de la mondialisation ?

Lorsqu’un Etat appelle à la dénonciation on ressent cela comme une facette à vomir du pouvoir ; lorsque cela émane d’une association privée certains se pâment devant l’initiative.

Absence salutaire dans ce bazar mis en ligne : aucun document ne venant conforter les dérives conspirationnistes comme celle des Faurisson du Onze Septembre, tout simplement parce que ces thèses ne reposent sur rien. Les coulisses diplomatiques américaines ne révèlent rien de fracassant et viennent plutôt au crédit de cette démocratie tant décriée. Allons maintenant fouiller les correspondances privées et les parcours des actants de WikiLeaks : on trouvera sans peine dans cette foule de la saloperie minable, de l’opportunisme cynique voire du criminel…

Ce site se focalise principalement sur les Etats-Unis, mais sa crédibilité ne vaut pas tripette s’il n’obtient rien sur les réseaux terroristes, sur les intégrismes divers et sur les mafias disséminées : où est l’éthique du renseignement si l’on se limite aux cibles démocratiques où les informateurs ne risquent pas réellement leur peau ?

Projetons-nous dans un siècle ou deux : un lointain descendant de WikiLeaks, que les détracteurs de la dérive pourraient baptiser WikiShit. Un peu à l’image des progrès fulgurants pour scruter l’univers, se profilera une génération de satellites observateurs associés aux innombrables données qui se cumuleront pour chaque individu. Imaginons qu’une organisation publique ou privée décide de traquer tel ou tel. Entre l’observation directe et la captation de ses traces thermiques, voire génétiques, l’IP d’un individu-cible ne le laissera pas en paix une seule seconde. Sans intérêt à l’égard de la majorité de la population, cet outil se concentrerait sur les délinquants (présumés ou réels), sur les personnalités perçues comme subversives et sur ceux occupant des postes stratégiques. Même goût pour la transparence et des moyens technologiques permettant la traçabilité totale de la cible. A qui, pour quelle finalité, cette arme sociale ? Un Big Father autrement plus puissant que le grassouillet frère d’Orwell.

Restera l’angle mort d’une vie : celui du renoncement à sortir du lot pour ne pas se retrouver avec une surveillance satellitaire imparable et violatrice de tout ce qui forme la part secrète nécessaire d’une existence équilibrée. Ainsi, la mondialisation de l’information aura non seulement rétréci l’espace-temps, mais sera aussi parvenue à amputer l’humanité de sa part vitale : la confidentialité choisie et la discrétion maîtrisée.

17 août 2010

Viser la tête !

Vingt ans d’écriture, depuis la Guerre du Golfe. Extraits d' "Abécédaire d'un pamphlétaire au fil du temps"  (l'intégralité se trouve ici) :

A comme Amants enlacés, tableau de Klimt
Phagocytose plus ou moins digérée de deux humanoïdes en rut. (1996)

B comme Betancourt (Ingrid)
Otage héroïque dont l’entendement a vite décliné après sa libération. Dès qu’on lui présentait l’acronyme F.A.R.C., elle s’écriait : « Flouze A Réclamer Comptant ! ». (2010)

C comme Camarde (La)
A l’enterrement de Gide, et notamment lors de la vue du corps, Paul Léautaud ne peut retenir ses larmes : sincère chagrin pour la disparition de son confrère d’écriture ou conscience accentuée du temps qui passe et de sa fin prochaine ? Le temps des moissons de la Camarde dans nos contrées affectives doit être particulièrement angoissant lorsque notre moment d’être fauché s’approche. Je pressens ce que seront ces années canoniques, si j’y parviens : les remontées nostalgiques, les regrets de l’irréalisé, le sentiment de ne pas avoir embrassé à plein chaque seconde et, peut-être, la sérénité de s’inscrire dans une histoire collective, au-delà de soi. (2002)

D comme De Gaulle (Charles)
Général ayant connu des débuts difficiles, notamment par une difficulté extrême à se faire entendre des Français : quatre terribles années pour son Appel et douze ans pour son discours de Bayeux. Lui, au contraire, a parfaitement compris les démons de son peuple : une épuration, mais pas trop longtemps, une décolonisation, mais pas trop vite, la chienlit, non ! Le gaulliste demeure encore aujourd’hui le déguisement préféré de nos politiques. (2010)

E comme Elephant Man
L'œil gauche tendance flou, l'écoulement purulent pointe au coin de la prunelle ; je laisse remonter, comme de petits vomissements mentaux, les vapeurs d'Elephant Man. Mes tendances comportementales, sous une carapace à peu près potable, m’assimilent davantage, le temps s'égrenant, au monstre éperdu. Ma face cachée se crispe en terrifiante déliquescence. (1994)

F comme Fesses de femme
Au creux grisant de leur courbure, je goûte au ferme rebondi dont la nature les a dotées. Charnues, oui, nous pouvons l’inscrire. Certes, elles ne m’ont pas encore accueilli jusqu’au tréfonds de leur embouchure, mais j’y parviendrai par l’alliance de la douceur et de la détermination.
La teinte nacrée, la texture de soie chaude, elles ont la discrétion des vierges contrées et la complicité d’adolescentes assoiffées.
J’y exerce mes sens exacerbés jusqu'à l’heureuse perdition : je les mire dans leur frémissement, je les sens brûlantes sous mes phalanges, j’ois leur enchanteur ballottement, j’inspire la fragrance de la raie en ébullition et je reprends des saveurs de leur fraîche rose des vents...
Oui, je l’avoue, je les aime ! (1996)

G comme Gassman (Vittorio)
Emporté par la Parque, il a déjà son éternité assurée dans le patrimoine cinématographique mondial. Toutes ces figures incarnées, une capacité à l’excellence multiforme, deux chefs-d’œuvre me reviennent comme des joyaux : une comédie où il virevolte dans la peau tannée d’un démon déjanté ; dans la teinte dramatique, ce personnage schizophrène entre le mari exemplaire, posé, brillant, de Catherine Deneuve, et l’autre, le fou à la pastèque que l’on cache au grenier et que le neveu découvre dans l’œil de bœuf. Vision saisissante du malade qui tire la langue et se repaît du gros fruit juteux. (2000)

H comme Habache (L’affaire)
Nouvelle embrouille dans l'Etat socialiste. Georges Habache, leader terroriste du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine) est accueilli sur le sol français pour se faire soigner les boyaux de la tête. Version officielle : décision prise par quelques hauts fonctionnaires sur la demande expresse de Georgina Dufoix ; aucun des ministres n'était au courant. La presse, toute excitée, graisse ses caractères, l'opposition charge ses canons, le parti socialiste tortille du fondement, et l'Etat saigne ses lampistes.
La France vient encore de tendre son cul à la scène internationale et de recevoir sa dose en plein dans le mille. Ni première, ni dernière fois. L’inconséquence des hautes instances politiques n'est certes pas nouvelle, mais l'accélération du processus de déliquescence des mécanismes de l'Etat prend un tour inquiétant. (1992)

I comme Internet
Incite à la débauche : bien plus facile de se connecter à un site pornographique (vu ce soir Kaléidoscope qui rassemble des photos dénudées de célébrités francophones (Adjani, Kaprisky, Caroline du Juste Prix, etc.) et étrangères (Demi Moore, différents mannequins…) qu’à un site culturel comme Gallica. Si les photos des stars et vedettes féminines apparaissent assez facilement, l’introduction aux Essais de Montaigne, dans son édition originale, peine à se dévoiler sur l’écran. La numérisation des pages (quinze millions disponibles d’après l’accroche) favorise une rapidité d’exécution mais alourdit considérablement le transfert puisqu’elle fait de textes des images. Résultat : après trois pages demandées successivement (comprenant la couverture et la page de titre), l’ordinateur m’a informé d’un souci technique. Impossible d’aller plus en avant dans Michel de la Montagne. Dépité, je suis retourné renifler les monts mammaires et de Vénus des Béart, Cachou, Winter and Cie.
Voilà comment on fait des obsédés ! (2000)

J comme journalistes
La belle bête Tapie aurait-elle rendu l'âme ? Ce n’est évidemment pas un enfant de chœur aux dentelles catholiques, mais je suis instinctivement porté à me mettre du côté de celui qui est exposé aux charognards médiatiques.
Quel journaliste peut s'arroger le droit de lyncher, d'écharper et d'achever l’agonisant ténébreux ? L’infection de certains milieux de la presse pourrait bien surpasser celle de l'affairiste. (1994)

K comme King (Rodney)
L'impérialisme américain, prétendument détenteur du bonheur de l'homme, en a pris un grand coup dans l'aile depuis quelques jours. Rodney King, homme de couleur s’il en est, se trouve en période de mise à l'épreuve suite à une affaire de vol à main armée. Le bougre ne trouve rien de plus sérieux que de commettre un excès de vitesse. Quatre policiers blancs, en mal de défoulement, profitent de l'occasion pour s'accorder du bon temps : en clair, du tabassage de noir désobéissant. Film amateur de la scène : les policiers se retrouvent comme accusés au tribunal devant un jury blanc et sont acquittés. Ni une ni deux, Los Angeles s'embrase depuis ses quartiers pauvres : l'émeute prend des proportions cataclysmiques. Des morts par dizaines (tuerie par balles, lynchages, incendies) des blessés par milliers, des destructions pour trois milliards de francs (cinq mille bâtiments en cendre) : les p'tits gars ont fait du bon boulot. Bush envoie marines et militaires : le calme revient progressivement. Avant de faire accroire que son pays est le nombril du Nouvel Ordre international, le président américain devrait s’intéresser aux carences éthiques qui minent son pays. (1992)

L comme Liquéfaction
Je me dépassionne de tout ce qui pouvait un chouïa justifier mon existence ou tout au moins me la faire tolérer. Ma phase de liquéfaction s’amorce... (2001)

M comme Maradona (Diego)
Dieu déchu du ballon, il fait un gros pipi bien dopé à la FIFA, histoire d'épicer un peu la ronronnante coupe du monde de football sise aux United States. Aussi doué que le coureur Ben Johnson pour la récidive, passant sans difficulté de l'herbe du terrain à de la blanche en rail, il a été définitivement remercié pour ses fulgurances à la baballe et renvoyé dans sa fumeuse Argentine. (1994)

N comme Nietzsche (Friedrich)
Refuge spirituel de taille avant de laisser mon cérébral pondre ses crottes oniriques. Quelques pages de sa Généalogie de la morale pour creuser les origines des notions du bien et du mal. A la fin de son avant-propos, le penseur allemand doute de la lisibilité de certains de ses écrits, notamment ceux constitués d’une suite d’aphorismes. Il décèle une tare de taille dans la démarche intellectuelle de chacun : l’absence de « rumination » de la pensée ingurgitée. L’aphorisme est la partie conviviale (donc émergée) de l’iceberg dont il faut reconstituer le corps pour en saisir toute l’amplitude et la profondeur. Zarathoustra reste ainsi dans l’ombre pour ses neuf dixièmes. (2001)

O comme Opacité financière
Intervention sans panache du Premier ministre luxembourgeois, celui que d’aucuns voyaient comme possible premier président de l’UE. Juncker vient de carboniser son éventuelle légitimité à ce poste futur, si le fonctionnement institutionnel change un jour.
Sa défense de l’opacité financière de son bout de territoire confine à l’indécence technocratique en ces temps de chaos boursier. Sans doute qu’il peut se permettre la condescendance offusquée puisque l’argent sale, accueilli dans les officines bancaires, dispensera le Luxembourg de toute perdition à l’Islandaise.
Il n’empêche. La France doit-elle perpétuer cette complaisance à l’égard de ses petits voisins (Suisse, Monaco, Luxembourg) ou doit-elle exiger un coup d’arrêt du secret bancaire comme principe et, en cas de refus, rompre tous les accords bilatéraux ? (2008)

P comme Passion amoureuse
Plus belle que jamais dans une petite robe noire à hurler (comme le loup de Tex Avery), toujours aussi fofolle et agréable. Je ne peux expliquer combien sa présence est une extase de tous les instants, elle m’enchante par sa fraîche vivacité, elle m’enivre par sa féminité transpirante. Je voudrais pouvoir ne jamais la quitter un instant, profiter à mille pour cent de chaque moment en sa compagnie. Son effet sur moi ne tarde jamais : le misanthrope renfrogné devient joyeux, festif, drôle voire délirant. Et je la fais rire, ce qui me ravit chaque fois. Si j’avais pu être lié à elle par le sang, par les sentiments réciproques, mon état d’esprit, mon rapport au monde en eurent été bouleversés. Mais, comme souvent, je demeurerai sur la berge. (2000)

Q comme Quête religieuse
Vénalité exercée sous l’emprise de la honte. (2010)

R comme Rabelais
Rabelais, renais ! ils amplifient leur folie : progrès technique sans éthique mine l’âme… (2009)

S comme Soleil
Petit film scientifique sur les secrets du soleil. Magnifique découverte de l’histoire de cette quête de connaissance sur l’astre. Une mise en perspective du colosse en fusion-ébullition qui relativise tout le reste. A ces échelles, l’histoire de la terre, n’abaissons même pas l’angle à l’humaine, n’est qu’un épiphénomène. Quelle beauté saisissante que ces éruptions solaires, ces tempêtes magnétiques, ces forces incommensurables qui se déchaînent. De ce chaos, toujours recommencé, les neutrinos en nombre astronomique permettent la vie.
Une grande leçon de modestie, d’humilité lorsqu’on songe à la fragilité inouïe de notre système solaire et à l’ordonnancement du tout. Si l’humanité avait un tant soit peu l’objectif de perdurer sur une durée infinie, elle devrait s’exiler d’ici un à deux milliards d’années dans un autre système, le nôtre étant voué, après la fin en forme d’apogée du soleil, à devenir une naine blanche. Certes les durées avancées sont hors de l’échelle humaine, et semblent absurdes à évoquer. Il convient au moins de le savoir, ce qui fait la caractéristique de notre condition. Impossible maîtrise, mais conscience du tout. (2000)

T comme Techno (La)
Musique hormonale par excellence, elle provoque des trépidations corporelles. Les décibels flirtent avec les sommets, au point de contraindre le cœur à tressauter au rythme de la mélodie en cours.
Etuve chauffée du jeune monde en transes : on imagine aisément le plaisir paroxystique de l'allumé psychotique déterminé au massacre à la Rwandaise. Les flashes blancs découvriraient quelques viscères au rouge. De la mélodie organique pour fêlé du ciboulot. (1994)

U comme Ubiquité stellaire
Le Bring on the night de Sting sur scène, avec un virtuose des blanches et noires, vous envoie vers l’ubiquité stellaire, des ondes musicales comme un voyage à la vitesse des sens, tous azimuts, sans limite, inénarrable décollage vers les cimes de l’impro, chef d’œuvre incarné des élancements rythmés. (2008)

V comme Vengeance
Ce matin, dans la pommeraie, nous découvrons la piscine éventrée par des branleurs de seconde zone. La rage nous prend au ventre. Des envies d'os brisés et de gueules en sang montent en nous. Nos tripes sont incandescentes.
La sanction sera plus subtile. Après repérage de l'ouverture par laquelle ils se sont glissés, nous la truffons de tessons de bouteilles pour honorer leur prochaine visite. Si intention récidiviste il y a, les chairs tailladées rabougriront ces piètres merdeux. (1991)

W comme Webunivers
Internet ne fait qu’amplifier les divergences, chacun propageant sa conception sur la toile sans jamais s’essayer à comprendre l’ennemi déclaré. Triste farce du « village planétaire », oxymore idyllique que la seule évolution des communications et du transport ne pouvait réaliser. Quoique, si ! bien sûr, c’est un dangereux Clochemerle avec six milliard de villageois qu’ont enfanté les déplacements frénétiques et le webunivers. (2009)

X comme XXIe siècle
Dernières heures de cette année 2001 qui ne nous aura pas offert l’Odyssée de l’espace, mais les abysses barbares. Si on la retient comme l’année d’entrée dans le XXIe siècle avec, pour une fois, conjonction entre la logique numérologique et les aléas historiques, elle se hisse aussi comme parangon des penchants les plus primaires de l’être humain. Pauvre monde englué pour longtemps encore dans ses travers toujours recommencés. La gorgone à deux têtes Bush-Laden n’obéit qu’à deux motivations : dominer et posséder. Du classique depuis les grottes cromagnonnes ! (30 décembre)

Y comme Yougoslavie
Le potage yougoslave m'indiffère totalement. Le scénario ne bouscule pas trop mes tripes. Je n'essaye même pas de retenir les noms barbares des hordes ennemies : aucun Saddam Hussein ne vient, flamboyant, éclairer le sinistre tableau. Les militaires onusiens avaient été priés, par un petit chef perdu, de n'intervenir, avec toute la fermeté d'un bleu, que lorsque les parties ennemies ne se tireraient plus dessus. Sir Fanfan Mité est venu, poitrine tombante en avant, tel un condottière sur son hélico, libérer des forces maléfiques et des mauvais courants l'aéroport de Sarajevo. Rien à faire : ça me fait toujours bâiller. (1992)

Z comme Z.I.
Passage par les zones insalubres d'Aubervilliers : errance des passants, laideur des bâtiments, grisaille générale qui se répand comme une sale peste. (1991)

14 juin 2009

Farces à trappes

Raison d’être : filer vers le néant en ayant cru à sa place. Croiser l’autre pour s’oublier un peu, se sublimer parfois.

L’intellect trop collé aux excroissances des champs médiatiques, les sens atrophiés par la simplification d’une existence sereine : on fuit la contrainte, l’adversité, le pénible dérangement ! Cultive ton cocon, tant que tu peux : autrui doit demeurer l’accessoire pour qu’il ne s’ancre pas tel un envahisseur de conscience.

Loïc Decrauze - 2009

Ça gargouille. Intérieurs trop sollicités par une bombance au Carré Saône : six cents grammes de barbaque exquise ingurgités; une vésicule qui déraille… Extérieur en suspens : un vague ci-gît le système, les modèles conditionnant, la civilisation même ! Bienvenu dans le monde des garces farces à trappes. L’incertain viendra d’où on ne l’attend plus. Balade intérieure, désintégration aérienne : j’ai choisi mon camp, sans fortune. A terre, j’enracine mes petits plaisirs quotidiens sans parade relationnelle, sans dégoulinade matérielle. Témoin de loin, et au rythme parcellaire, des scories planétaires, je cultive le son scriptural : ça gratouille !

Se dégager un peu – « et peut-être plus ! » polnareffirais-je – de la rassurante poussée argumentative sans pour autant se vautrer dans l’imaginaire prétendument étranger à soi. Gare aux frontières ! Sus aux alvéoles ! Haro sur les contingences ! Pas de faux-semblants, marre du vraisemblable seriné : il nous faut coltraniser d’urgence nos fugaces pesanteurs.

Déploie ta langue pour goûter au plus près les interstices fruités. Comprendre ? Ressentir, d’abord, pour s’alléger des cons à pendre. La peine des morts c’est de n’avoir plus droit, pour exister un chouia, qu’aux pensées des autres, les agités du globe qui survivent en bocal.

Dans l’attente de ne pas vous rejoindre, monceaux de poussières pour un infini en mouvements perpétuels. Là, tout près du tronc qui craque… Hue !

24 août 2007

Le talon de Big Sarko

L’abondance humaine à nouveau dans les artères, veines et capillaires lyonnais.

La présidence a repris (si elle l’avait jamais délaissé…) son rythme
 médiatique frénétique. Une flopée de réunions par-ci pour afficher la réactivité dans l’action, un enterrement par là pour la teinte d’humanité et d’émotion transpirante, quelques déclarations fracassantes, enfin, pour ne perdre ni la main, ni la parole.

Rendre compte de chaque battement de cil de l’«hyperprésident», pour reprendre le néologisme du Sert-à-rien général du PS, est devenu la spécialité de Big Média. Le Big Brother d’Orwell a donc tourné tous les feux de la rampe vers lui, au risque d’une saturation.

Pourtant, Big Sarkozy satisfait encore plus de 60 % de Français et cette base ne s’étiolera pas facilement pour l’analyste Pierre Giacometti : pas du soutien de dernière heure qui s’évapore au premier coup dur politique, à la première grogne sociale.
Son talon compensé d’Achille ne doit pourtant pas être minoré : la surmédiatisation en fait la première cible pour une opposition qui se cherche encore.

Même l‘agité fringuant Chirac, en 1995, savait se ménager des retraits et laisser son Juppé de Premier ministre assumer le charbon de la politique gouvernementale. Ici, dans cette neuvième mandature présidentielle, l’Elysée préserve de fait Matignon qui accomplit dans la discrétion les projets claironnés avant le six mai.

Comment juger, alors, le traitement médiatique des actions et prises de position du nouveau président ? Sans aller jusqu’à la complaisance, peut-on évoquer une prédisposition favorable du corps majeur de Big Média qui ne laisse émerger que de rares appendices hérissés contre ce réflexe pavlovien ?

L’esprit féru de liens, de parallèles à établir, pourrait tenter de lancer
 une passerelle vers les années Balladur, 1993-1995, alors puissant Premier ministre cohabitationniste, soutenu par l’ambitieux Nicolas Sarkozy, qui s’accordait une lune de miel prolongée avec les journalistes, au point de croire (grâce aussi au fortifiant sondagier, convenons-en) à son destin présidentiel. Le diapason peuple-média ne résistera pas à l’échéance électorale, l’Edouard majestueux, gélifié dans ses convenances désuètes, ne collant plus à l’aspiration populaire d’un renouveau dynamique au revigorant goût de pomme verte.

Big Sarkozy a donc surpassé son maître d’alors, Sage de Matignon, en offrant son activisme à cette caisse de résonance jusqu’à présent bienveillante et en phase avec l’attente majoritaire.

L’onde néfaste, marquant le retournement de l’opinion, devrait se renforcer si le dynamisme déployé est en décalage avec les résultats ou le sentiment de résultats obtenus. Un agacement se propagera chez le peuple amnésique, friand de têtes de Turc déresponsabilisantes, et Big Média emboîtera le pas face à l’incontournable vague désapprobatrice. A moins qu’un scandale, une affaire impliquant l’Elysée ne ragaillardisse le microcosme médiatique enclin à brûler ses idoles.

La France anti Big Sarko tiendra alors sa revanche, se cherchant pourtant toujours un leader naturel crédible.

Scénette ordinaire de la vie politique française qui masque les pôles réels d’influence sur la conjoncture nationale, sujet ô combien moins sexy que le bourrelet du chef d’Etat effacé en exclusivité pour Paris Match...

Cet article est également paru sur Agoravox