Affichage des articles dont le libellé est Polac (Michel). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Polac (Michel). Afficher tous les articles

19 novembre 2022

Virez-le de son poste !


Un journaliste, sur le plateau de C dans l'air, avance l'équivalence entre l'inculte Hanouna, rigolard tout juste compétent pour ânonner ses insultes, et feu Polac, littéraire, subtil, réfractaire... Aucune réaction parmi les autres invités, comme si ce grotesque parallèle allait de soi.

La forme des débats, dans Droit de réponse, pouvait certes atteindre la tonitruance et parfois l'outrance - notons que le cendrier jeté vers la tête d'un invité l'avait été par un invité et non par l'animateur - mais gardait une assise intellectuelle que Polac savait entretenir. Chez l'autre, et son poste vide jusqu'à l'effondrement sur lui-même, rien que de l'invective de caniveau coulant de celui qui doit tenir les échanges.

Sur le tempérament de chacun : là où Polac a eu le brio d'envoyer paître Bouygues et sa "télé de m...", le si conformiste Hanouna lèche consciencieusement la raie financière de Bolloré. Il entretient ainsi, jusqu'à l'écœurement, un poste à ne surtout pas approcher et à encore moins toucher, sous peine de se tacher d'incommodantes éclaboussures.

Il y a quelques années, d'aucuns voyaient dans les vers du bourge mal rappé Booba les dignes successeurs de l'incandescence célinienne ou des fulgurances d'Artaud. Rien que ça !  Pas étonnant qu'aujourd'hui le primaire Hanouna soit considéré comme de la même veine que l'érudit Polac. Le tout-se-vaut devient la norme.

"Adieu les cons !"

01 septembre 2012

“My chair for a ligament !”


Une journée grise comme un mois de Septembre, au diapason des réjouissances plus ou moins annoncées.

Juillet m’a donné une liberté vagabonde : des charmes humides de la région nantaise aux rayons méditerranéens de l’Hérault non premier ministrable en passant par l’Ariège et les pierres cathares de Foix. Apothéose affective fin juillet vers Rambouillet pour célébrer une belle union couronnée par ma rupture… d’un ligament croisé antérieur. L’enthousiasme pour cette réception d’exception m’a fait louper la mienne : peu après la pièce montée j’opère un semblant d’envol vers un ballon festif et clac ! le genou droit démonté.
Juillet fut virevoltant, Août marque un arrêt pour reposer puis rééduquer le membre traumatisé comme une Grèce en crise. A défaut de bouger ma carcasse, j’ai pu mélanger sans précaution les éclats et fracas du monde. Alors que les aoûtiens s’interdisaient cette déprimante actualité, ne goûtant aux médias que pour les mouvements olympiques, je compensais mes boiteries par une nage phelpsienne au cœur des événements. Eh oui ! en août on ne fait pas qu’écarter les orteils.

J’avoue ne pas avoir toujours conservé l’esprit très clair. La faute au cumul du sac de petits pois congelés sur le genou et de l’ambiance caniculaire pour le reste du corps. J’ai espéré une mise en orbite martienne de  l’ensanglanteur syrien après le coup d’éclat d’Annan, mais rien à faire il parade toujours. Décevante prestation de l’ouragan Isaac qui, sans doute après avoir perdu son triple A, n’a pu catapulter les Bachar el-Assad et Anders Breivik loin de notre sphère bleutée. Alors on se garde le tout et en prime on libère l’épouse Dutroux. Le monde détourne décidément très bien l’humanisme pour le bal des salauds.

J’ai alors tenté d’alléger l’atmosphère grâce aux pérégrinations d’Assange qui croit encore être au centre des persécutions alors qu’il n’est qu’à l’ambassade équatorienne. Il faudrait lui rappeler le principe de la paille et de la poutre : avant de réclamer la transparence des systèmes, jaugez l’opacité de votre propre personne. Le chantre de la glasnost étatique se défile face à la justice suédoise : révélateur d’une bien factice crédibilité.

Dommage que l’Équateur n’ait pas pu ouvrir son ambassade russe aux sympathiques Pussy Riot qui ont eu le mérite de souligner le jusqu’au Poutisme criminel du théoricien de l’exécution « jusqu’au fond des chiottes ». Face à cette arriération étatique, rêvons d’une avalanche de punkettes qui le pilonnent sans retenue jusqu’à exploser sa virilité sacrée.

Et à l’intérieur, quoi d’neuf docteur ? Pas mieux ! Ça crame d’Amiens à Marseille, rebaptisée cité “fosséenne” puisque la sentence mafieuse envoie un maximum de condamnés dans le trou final : en France un secteur ne connaît aucune récession, la délinquance. Des cent jours fêtés à Brégançon aux jours sang loin du Fort, la France cultive ses contrastes.

On pourrait au moins sauver le soldat Samaras qui vient de faire sa tournée des euroboles. Quand on sait que l’obole était au XVIème siècle une monnaie grecque qui équivalait au sixième de la drachme, on peut comprendre l’humiliation ressentie par le Premier ministre. La dernière rencontre franco-allemande n’a pas dû le rassurer : le consensus n’a porté que sur une présentation commune des résultats de la rencontre sans intervention journalistique. Pour résumer : se leurrer soi-même et museler l’autre. Le faux duo Merkel-Hollande a succédé au feu couple Nicolas-Angela. Les membres de l’Union européenne se supportent de plus en plus mal et l’un des miens me porte encore difficilement. Le risque d’effondrement n’a jamais été aussi prégnant.

Et dire que l’empreinte lunaire de Neil est orpheline. Et que répondre à la Camarde qui nous a pris l’incisif Polac ? Il nous reste un devoir, que le journaliste touche-à-tout honorait avec acharnement, celui de l’esprit critique à tout prix.

09 novembre 2009

Rider sa vie aux embruns

Le banquet de fin, en 2009, n’a pas les atours du joyeux festin dans le petit bout insurgé de la Gaule Uderzo-goscinnyenne. On grignote ce qu’on peut avec les hôtes qu’on mérite.

Chirac, maire de Paris

Les vieilles trognes encombrent encore les plateaux tant de la télé que de la justice. Comme le parangon d’une vertu vénérable, Chirac cumule les promotions : une mémoire défaillante sur les tripatouillages abracadabrantesques à la Mairie de Paris ; des mémoires fertiles en non-révélations écrites, pour de larges passages, par un nègre non fictif… Son incompatibilité politique, voire même génétique, avec le hautain Giscard d’Estaing tient de l’érection des rancunes passées en culte de la détestation. Admettons qu’un gouffre s’impose entre le groin chiraquien fouinant la petite culotte de la provocante Madonna et les manières giscardiennes pour un flirt imaginaire à la mode de Ségur avec Diana l’icône éthérée. La tête de veau n’a jamais tenu dans une dînette pour jeune fille en fleur !

Charles Pasqua

Côté trogne, le Pasqua en affiche une grognonne depuis que la Justice a osé le condamner a du ferme, du barreau en série pour piaule malfamée. L’ex flingueur de la place Beauvau menace, fustige, piétine. N’ayant pas fait l’objet d’un mandat de dépôt à l’énoncé de la sentence, il a pu déployer son artillerie dans les médias, se fendant d’un « vous m’avez bien regardé ! » pour évacuer l’accusation principale. Justement oui ! Un simple regard aurait pu suffire si le délit de gueule louche existait en France. Jusqu’à la condamnation, sa posture tenait du circuler-il-n’y-a-rien-à-voir ! Depuis la décision judiciaire, volte-face : tous les autres, hauts placés, savaient aussi ! L’incohérence systématisée… c’est l’amorce d’une dégénérescence du système nerveux, non ?

Alors ne restons pas en si contaminante compagnie. A croulants réprouvés, chenus dorlotés, pour l’équilibre de l’élan littéraire. Deux figures de l’audiovisuel : l’un qu’un corps trahit et fait fragile vieillard trop tôt, l’autre aux quatre-vingts printemps épanouis, joviaux et sans souffle court.

Michel Polac - "Droit de réponse"

Polac Michel répond à quelques questions pour un documentaire sur les émissions littéraires à la télévision, Des écrivains sur un plateau. Le visage ravagé par une attaque semi-paralysante, il n’a plus qu’une ombre de physique, lui qui redoutait tant de ne plus maîtriser son esprit, le temps implacable fauchant ses lumineuses facultés. Fermer les yeux et se laisser porter par un timbre de voix encore fidèle aux flamboyances de jadis, de Bibliothèque de poche à Droit de réponse. Pages télévisuelles à goûter sans retenue pour perpétuer le colosse du cœur et de l’intelligence.

Point de naufrage physique chez Pierre Bellemare. Le cumul des décennies ennoblit l’être sans atteindre sa capacité d’autodérision. L’inclassable narrateur, animateur, vendeur sur cathodique s’essaye aux planches de saltimbanque. Aveu d’une passion pour l’art dramatique, il relève ce défi avec l’humilité combattante. Toujours en tension pour un projet à rendre réussite, il fait d’un troisième âge le premier du moment présent. L’évident engagement pour étirer sans peine le temps, faire du sursis prégnant d’une prolongation d’existence un bien-être de chaque instant. Qu’il fait bon finir sur un enthousiasme, par Toutatis !

09 juin 2008

TF1 Sans Poivre

Débarquement programmé de l’institution vicésimale du Vingt Heures, l’attachant Patrick Poivre d’Arvor. Je le revendique volontiers, comme six à sept millions de téléspectateurs, c’est son journal télévisé que je préfère : douceur familière d’une voix, présence chaleureuse pour annoncer les sujets, calme olympien apaisant et incontestable professionnalisme malgré quelques imprécisions langagières qui, finalement, rassurent sur son humaine imperfection. A soixante balais, son intégrité capillaire maintenue vaille que vaille, le Salarié Premier de TF1 est brusquement remercié.

Nonce Paolini imprime sa marque saignante dans la destinée de la première chaîne en virant quelques mastodontes de l’information : après le, certes, plus très jeune Charles Villeneuve, c’est le directeur de l’information Robert Namias qui est prié d’aller renifler d’autres univers audiovisuels.

Dans le cas PPDA, l’une des motivations sous-jacentes de la direction serait la peu appréciée remarque du journaliste lors d’un entretien avec le suractif chef de l’Etat. Imageant son ressenti d’un frénétique Sarkozy embrassant l’Elysée, Poivre d’Arvor s'est risqué, avec le ton bon enfant qu’on affectionne, à faire le parallèle avec un petit garçon excité par la découverte de la place suprême dans le Royaume Politis. Vexation du grincheux Nicolas et pression pour accélérer la fin de carrière du ponte télévisuel.

Rumeur ? Médisance ? Fantasme ? Peut-être. Certaines pratiques antérieures (Paris Match, au premier chef) s’en rapprochent pourtant malignement.

L’audiovisuel comme chose du pouvoir, rien de nouveau sous les antennes et les paraboles, mais bien plutôt au cœur des fibres… politiques. A la censure officielle d’une ORTF aux ordres, aux diktats imposés aux chaînes publiques se substitue, pour le privé prétendument libre, l’insidieuse pression fardée d’une hypocrite proclamation de non interventionnisme.

Pas là pour plaindre le PPDA qui vivra pleinement une retraite en or massif agrémentée de quelques collaborations pépères. Plutôt un amusement, un chouia inquiet, du congru seuil de tolérance du pouvoir exécutif à l’égard de la liberté des médias historiques. Internet contrebalance, heureusement, cette ringarde rigidité de TF1 qui n’assume pas une pique homéopathique de son journaliste vedette.

Qu’elles sont loin les périodes d’affranchissement d’un cathodique hérissé ; l’ère est bien au plasma plat, fade, insipide, dans le rang ! Aux abysses l’indomptable Droit de Réponse – irremplaçable Michel Polac ! – aux catacombes le vitriolé Bébête Show, aux oubliettes les quelques niches non-conformistes qui musclaient le cortex. La chaîne encore leader a fait de sa grille un tamis nivelant où ne passent que les séries ripolinées aux intrigues mécaniques dans leur créneau exploité, récuré même ! où ne sont tolérées que les gentilles pitreries d’un Cauet élevé dans les salles de garde, le tout truffé de quelques confrontations sportives élevées au rang d’événements... sponsorisés.

Alors, quelles que soient les coulisses de cette décision contre Poivre d’Arvor, la texture de la chaîne Bouygues se dévitalise inexorablement : pas grand-chose à retirer de sa petite musique convenue qui ne doit plus être troublée par le moindre frétillement réfractaire.

05 mars 2006

Mon Panthéon en verve !

Louis Armstrong : joyeusement religieux

A écouter Louis Armstrong passer tour à tour du ronronnement métallique au grondement jovial, j'étais presque parti pour m'engager dans le corps monacal. Déficience d'un instant. Me faire noir poserait déjà un certain problème, notamment pour épater le pif, mais me laisser glisser vers, puis dans la soutane, il en est hors de question.

Certes, Armstrong embrassant le Good Book nous élève bien au-dessus des raideurs religieuses. Mais l'envolée n'est bien due qu'au seul Louis, à sa joie de vivre et à l'intense, voire paroxystique, vibration de ses cordes. Que pourrait bien sermonner un ecclésiastique après avoir écouté les rythmes swingués du noir, et l'orgiaque débordement de ses explosions gutturales ? Peut-être cela l'aiderait-il à mirer d'un peu plus loin les monumentaux postulats d'un système qui vous constiperait l'athée le plus prolixe en selles liquéfiées. Mangez mes frères.
J'ai toujours trouvé quelque chose de très laid et de très malsain dans la religion. Je crois bien que c'est son rapport à la mort qui me dégoûte. Rien de grand, rien de combattant, rien d' « illuminant ».Voyez les églises et les cathédrales de notre religion à nous. Qu'y a-t-il de plus froid ? Et puis ça n'est pas avec la hauteur des plafonds que l'on fait les grands esprits, comme dirait mon couvreur qui en est un autre.
De la grosse bête au pâle humanoïde en passant par la plus nébuleuse des immanences, tout ce qui est déifié n'apporte que rarement la joie de vivre. Et ses portefaix encore moins. Au moins Armstrong nous aura fait mouiller la Bible et juter le Coran.
Une chance que Cabrel soit encore parmi nous pour accrocher son âme au rocher. Nom de Dieu ! Un jour il va la perdre à la laisser traîner comme ça partout.
27 janvier 1990


Brûlant hommage à Bruni


Mon premier grattage pour ces pages devait imploser par la cristallisation des méfaits actuels. L'engorgement des affaires foireuses, des piètres delirium politiques, des ras de crasse toutes catégories aurait soulagé sans peine mon besoin de charcutage pamphlétaire. Non, point.
Bien que rarement éclairé par Big Média cathodique, je focalise ma plume sur l'image d'une âme incarnée dans un corps sirènéen.
Carla Bruni chez Laurent Boyer soulage une petite heure mes fureurs douloureuses sur les glauques qui transmuent notre terre en vieille croûte pustuleuse. La féminité de la demoiselle se conjugue à une lucidité sans concession et à une générosité sans parade. Le bonheur épuré nous irrigue à la seule vue du top model.
Peu importe les ronchons frisottés qui fusillent nos Schiffer, je suis moi d'instinct porté vers la beauté et non la difformité, comme vers la construction et point le saccage, l'intelligence et non l'oligophrénie, l'authenticité et point la révolte de tiroir-caisse.
Je ne connais rien de la belle Bruni, et je n'inscris que les impressions brutes comme pour une première rencontre. Pas une once de lourdeur, d'incongruité, de complaisance ou de vulgarité dans toute sa prestation. Féminité, légèreté, grâce, humour, sens de l’autocritique, et j'en passe. Peut-être ai-je été berné comme un primaire couillon, mais avec quel talent ! Il faudrait alors ajouter à ses dons la génialité.
Vraie prouesse de varier les attitudes et les propos en maîtrisant chaque émanation de soi. D'une chansonnette murmurée dans un timbre envoûtant, à la bataille de polochons improvisée, en passant par la petite course en plein air hissée sur les épaules du gentil Boyer, les facettes étonnantes de la jeune femme se confirment dans son discours sur le mariage, son métier, les hommes, son avenir, ses parents adorés, etc.
Panégyrique s'il en est. La passion reste ma règle de la haine à la sublimation. Exit les pâlots du cortex !
9 janvier 1995


Bloy : « doux comme une teigne… »

Instants délicieux pour moi : le mélange des plaisir est sur ma tablette de train. Pour les oreilles, la dernière livraison de Phil Collins, douces

mélodies inspirantes. Pour la vue et accessoirement (!) l’esprit, Le Mendiant Ingrat du cataclysmique Léon Bloy, dans une édition de 1948, encore vierge de toute lecture. C’est au coupe-papier que je dois ouvrir et découvrir les pages. Presqu’aussi sensuel que d’ouvrir une demoiselle fruitée...
Cette considération :
« 8h40 du matin, train des employés. Ces gens qui se connaissent tous, arrivent, invariablement, un petit sac ou un petit panier de provisions à la main pour leur déjeuner au bureau. Ils se serrent la main et, du commencement de l'année à la fin, échangent les mêmes lieux communs dans lesquels on les ensevelira, après qu'ils auront fait semblant de mourir. »
Terrible et dérisoire destinée du commun des mortels, ce que Heïm rassemble sous la catégorie « d'usines à merde s'agitant dans leur activité occupationnelle ».
Dans un article inédit au titre prometteur, La revanche de l'Infâme, cette définition du conducteur de voiture : « tout automobiliste ambitieux est un assassin avec préméditation ». Cela fait belle lurette que je suis conscient de vivre dans un monde de délinquants.
Décidément, les aphorismes abondent chez notre truculent désespéré : « Il y eut, autrefois, la sélection merveilleuse du Sang et de l'Âme qui s'est nommée l'aristocratie des vertus. Il y a, aujourd'hui, la sélection de l'argent qui produit naturellement l'aristocratie des imbéciles et des assassins (...). »
Allez, encore deux belles formules :
« Les peintres ont le pouvoir de faire entendre par les yeux. »
« Les Prophètes sont des gens qui se souviennent de l’avenir. » Merci Léon !
Je comprends pourquoi, il y a quelques années, Heïm m'avait demandé d'attendre d'avoir mûri avant d'entreprendre la lecture de Bloy. Son agonie, sa misère plus profonde, les jours passants, terrifient le lecteur, mais l’extrême difficulté à vivre est transcendée par une révolte éperdue.
Le mendiant ingrat reçoit quelques francs d'un tout jeune enfant, André Martineau. L'enragé lui écrit ce mot touchant :
« Mon cher petit ami. Tu es le bienfaiteur de Léon Bloy. C'est une chose que tu ne peux pas encore très bien comprendre. Mais si, gardant cette lettre, tu la relis dans vingt ans, lorsque le pauvre Léon Bloy sera sous la terre, tu pleureras de pitié en songeant à la vie terrible de cet écrivain si malheureux. En même temps tu pleureras de joie en te souvenant que le pouvoir te fut donné de le consoler quelques heures. »
C'est quoi sa misère ? Lis donc : « On commence à ne plus pouvoir nourrir les enfants. Affranchissement d'une lettre nécessaire, trente centimes, une saignée en pleine carotide, un flot de sang ! ».
Mars 1994


Coldplay : tension musicale



Le dernier titre des Coldplay confirme mon enclin pour leur teinte musicale, une espèce d’état de tension semi-dramatique qui glisse avec retenue vers l’éclatement. Un lyrisme mélodique qui m’enchante.
27 juillet 2002


Le dernier album de Coldplay : une merveille ! De tels créateurs d’enivrement musical réconcilient le plus coriace misanthrope avec l’humanité. Cela enchante, élève, inspire, transcende. Un deuxième album encore plus créatif que le premier : l’assurance d’une œuvre d’exception. Chapeau à ces Anglais ! Voilà un vrai bonheur qui m’illumine : le talent de certains artistes.
26 août 2002

Léautaud : le plus attachant des bourrus


Livraison, hier soir, du Journal littéraire de Léautaud, en dix-neuf volumes, publié dans la décennie 50, pour l’essentiel, au Mercure de France. 1 500 francs (220 euros environ) chez un bouquiniste nantais : une affaire m’ouvrant la jouissive perspective d’une replongée dans cette fresque socio-intimiste des volumes XIII à XIX. L’œuvre majeure de Léautaud enfin dans ma bibliothèque. Je vais pouvoir rendre le volume XIII, emprunté voilà plusieurs années à Heïm et dont la lecture s’effectuait entre éclipses dominantes. Le plaisir de retrouver ces pages au papier épais, presque de chiffon, ces couvertures blanches, à la sobriété trompeuse pour qui se risque à les ouvrir, ce parfum de vieux bouquin bien conservé, à l’âge serein pour délivrer l’expérience d’une vie d’homme. Me reste à m’immerger totalement dans le monde de Léautaud : la galerie de portraits des gens qui comptent dans la littérature, ceux fustigés, les allusions à une actualité à recomposer.16 avril 2002
Lecture de quelques semaines de l’année 44 dans le volume XVI du JL de Léautaud : l’horreur ressentie et inscrite face aux massacres systématiques (comme celui ayant eu lieu en Pologne au début de la guerre et rapporté dans Combat) confirme la totale absence chez lui d’idéologie mortifère ou de complaisance envers celle qui prônerait de passer par le sang pour l’accomplissement de la doctrine défendue.
5 juillet 2005


A l’enterrement de Gide, et notamment lors de la vue du corps, moment prisé par l’écrivain, Léautaud ne peut retenir ses larmes : sincère chagrin pour la disparition de son confrère d’écriture ou conscience accentuée du temps qui passe et de sa fin prochaine ? Le temps des moissons de la Camarde dans nos contrées affectives ou amicales doit être particulièrement douloureux et angoissant lorsqu’on sait que notre moment d’être cueilli est naturellement (et si vite !) arrivé. Je pressens ce que seront ces décennies canoniques, si j’y parviens. Les remontées nostalgiques, les regrets de l’irréalisé, le sentiment de ne pas avoir embrassé pleinement chaque seconde et, peut-être, la sérénité de celui qui s’inscrit dans une histoire collective, au-delà de soi.
19 août 2002


Le Journal littéraire s’érige comme la forme d’écriture la plus en symbiose avec la trajectoire existentielle de Paul Léautaud : à son aune, selon une réactivité instinctive pour canaliser sa désespérance et prolonger une présence dans un monde abhorré. Diariste par plaisir avant tout, par besoin sans doute, mais peut-être aussi comme fidélité en actes à sa conception de l’art littéraire, non tourné vers soi-même dans l’attractive sphère de l’imaginaire, mais en prise avec la perception partielle, à brut, de son univers de vie, professionnel et affectivo-sexuel, de ses pensées en direct, sans la sécurité d’une mise à distance. Ne pas craindre la contradiction avec soi-même, l’outrance cathartique sur les autres, l’apparente incohérence d’une relation parcellaire, subjective et morcelée.
L’exemplaire harmonie entre ce témoignage écrit et ses entretiens radiophoniques laisse émerger le fond intentionnel de Léautaud d’une modernité involontaire. Le bougre misanthrope demeure comme auteur dans l’histoire littéraire par son Journal, essentiellement. Cette œuvre,
plus que toute autre, doit permettre de réhabiliter, de légitimer le genre diariste qui puise son attractivité dans ce qui peut apparaître, au premier abord, comme des défauts. Le côté tremblant qui sublime l’interprétation musicale se retrouve ici, en littérature, et offre une autre voie que celles de l’imagination peaufinée, de la structuration anticipée ou du lyrisme calculé. Ce direct littéraire accuse plus que tout autre l’écho de son auteur, dans sa capacité à être en écriture. De là un fondu qui fait du journal, simultanément, le creuset et l’œuvre. L’aune de Léautaud, avec ses envolées et ses mesquineries, ses inconséquences et ses engagements, ses transcendances et ses quotidiennetés, offre la plus humaine des oeuvres, celle qui se donne malgré sa faillibilité. La proximité littéraire, voilà qui n’est pas le moindre des paradoxes pour le reclus socialisé qu’il était.
4 octobre 2002
L'article sur Léautaud est également paru sur Agoravox
Pour voir le débat créé autour cliquez sur le mot "Agoravox" ci-dessus.


Michel Polac : au-delà de lui...

A propos de désespoir... Je me reconnais de plus en plus dans l’attitude intellectuelle de Polac. J’attends son Journal avec impatience.

Son passage chez Pivot a confirmé mes affinités : même tentation d’autocritique, de « haine de soi », même désespérance misanthropique, même « maladresse ». Mon point fort reste toutefois un authentique ratage de mon existence et un anonymat absolu. Aucune source de réjouissance pour moi, donc, alors que l’ami Polac peut afficher un beau parcours. Cela me pousse à poursuivre ces brouillonnes annotations, quitte à noircir complaisamment mon portrait.
16 janvier 2000


Oublié de noter mon sentiment général sur les pages choisies du Journal de Polac que j’ai achevé au château : si l’on trouve des passages savoureux, profonds, désespérés et tranchants, la tonalité du diariste n’est pas reproduite du fait de cette sélection. On ressent même parfois l’impression d’un conglomérat de pièces éparses d’où ne s’échappe aucune unité authentique. Passages fabuleux par la clarté de la langue, la qualité de la relation : les aventures de Cricri, de la Grande Sauterelle, etc., autant de bestioles blessées recueillies par Polac et sa Z., je crois. La profondeur de propos simples atteint des sommets.
21 juin 2000


Mitterrand et Revel : unis par l’intelligence

Pour les vingt ans de l’accession au pouvoir de feu Mitterrand, j’ai suivi avec délectation les deux derniers numéros de Conversations avec un Président réalisés par Elkabbach. Quels que soient les désaccords idéologiques ressentis, on ne peut qu’être séduit par la finesse intellectuelle de l’homme et du chef d’Etat en pleine possession de sa fonction. Une telle dextérité, alors que la maladie le tenaillait, force le respect.
Autre grand plaisir pour l’esprit, La Grande Parade de Jean-François Revel. Capacité implacable et brillante à démontrer et démonter la tentative insidieuse de réhabilitation de « l’utopie socialiste », après sa condamnation sans appel par les faits du communisme, par le lynchage du libéralisme.
Deux personnages que tout oppose, mais dont l’intelligence respective réconcilie dans la jubilation procurée.
10 mai 2001


Revel et Dali : tranchons, tranchons…

L’Académie française n’accueille pas que des pontes littéraires ankylosés, ou tout du moins rétifs à l’anticonformisme. La verdeur démonstrative de Revel en témoigne. La Grande Parade, que je déguste dans les transports, fouille le sujet sensible de l’horreur communiste (pour paraphraser Forrester) avec une efficacité argumentative de très grand talent. Revel va jusqu'à démontrer, textes à l’appui, les intentions de génocide inscrites dans les textes fondateurs du socialisme via Engels, Marx, Lénine, etc. Je ressors conforté dans une position maintes fois défendue, mais sans tout cet arsenal référentiel qui prouve sans conteste que communisme et nazisme sont tout autant responsables de crime contre l’humanité.
23h30. Alors que d’aucuns s’avachissent devant l’inanité récurrente du Loft, sorte de régression crétino-banale de la téléchions, j’entame dans quelques lignes la dernière page du Manus IX en inspirantes compagnies : entre Revel et Dalí, le cortex jubile.
J’évoquais les titres déjantés du peintre. Ainsi une toile de 1932 force le
respect de l’allumé talentueux : « Pain français moyen avec deux œufs sur le plat sans le plat, à cheval, essayant de sodomiser une mie de pain portugais ».
(…)
Engels préconise, en 1849, l’élimination des Hongrois en combat contre l’Autriche, et Marx, dans Sur la question juive, estime l’idéologie communiste capable d’instaurer « l’organisation de la société qui ferait disparaître les conditions du trafic et aurait rendu le Juif impossible ». N’est-ce pas le programme réalisé imparfaitement par Hitler ? La puissance de l’essai de Revel tient à ces multiples références, sans énervement littéraire, qui stigmatisent de façon définitive l’ignominie idéologique du communisme et de son cousin par alliance et affinité, le socialisme.
15 mai 2001