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06 juin 2007

Altermondialisme : l'idéologie de l'autruche

Heiligendamm, comme hôte des huit premières puissances économiques, s’inscrira peut-être comme l’amorce historique, mais sans doute inutile, d’un changement de la gouvernance américaine à l’égard de l’environnement. Que le système d’échanges frénétiques intègre ce paramètre constitue en soi une avancée notable.

A des lieues de cette nouveauté résonneront les protestations et revendications d’altermondialistes pour qui l’intolérable s’accroît les années de bénéfices passant.

A interroger nombre d’entre eux sur la cohérence de leur virulence à l’égard de systèmes historiquement plus néfastes, le malaise pointe rapidement. Pourquoi, à l’époque du communisme triomphant, du collectivisme achevé, ne trouvait-on aucun esprit de similaire mouvance idéologique qui dénonçât ces abus criminels ? Aucun des génocides sociaux engendrés par l’application de ces théories n’a sensibilisé leurs pairs.

Après quatre-vingts années d’idéologie communiste, qui n’avait comme objectif, dans sa rivalité avec la pratique libérale à l’Ouest, que de montrer sa supériorité dans l’activité économique (au point d’affamer ses peuples), la vacuité de son application l’a fait s’effondrer sur elle-même, laissant quelques dizaines de millions de cadavres en héritage.

Que reprochent les altermondialistes au système économique restant, qu’ils qualifient volontiers de sauvage, de déchaîné, d’ultra… et pourquoi pas d’intégrisme libéral ? Quelques ouvrages et déclarations ont, d’ailleurs, osé détourner, sans conscience de l’infamie, des vocables réservés jusqu’alors aux pays privés de liberté, pour les accoler au libéralisme. Ainsi « La dictature libérale » de Rufin ou « le capitalisme totalitaire » de Séguin. C’est, en effet, cette ignoble pratique économique qui a permis à l’Allemagne de l’Ouest d’injecter quelque 765 milliards d’euros dans la partie Est, avec ses quinze millions d’habitants, parmi lesquels certains trouvaient encore à se plaindre de ne plus avoir leur misérable emploi à vie, n’admettant pas que liberté rime avec responsabilité.

Sans doute le libéralisme n’a pas, intrinsèquement, de vocation humaniste, mais quelle pratique organisationnelle viable peut l’avoir ? L’histoire a définitivement disqualifié les idéologies aux intentions généreuses qui doivent compter avec la nature fondamentale de l’être humain.

Ce qui effraye les altermondialistes, qui, curieusement, arrivent souvent de pays déjà développés, c’est sans doute de constater qu’un groupe indien (par sa nationalité seulement, sans doute, mais c’est l’impact psychologique qui compte) a pu se payer l’européen Arcelor, et donner ainsi naissance au premier groupe sidérurgique mondial ou que le géant minier brésilien CVRD se soit emparé du Canadien Inco. Onze mois après cette fusion, la réussite du projet a fait gagner soixante pour cent au titre (une horreur pour les altermondialistes).

Ce qui navre les défenseurs d’une autre mondialisation, qui ne pourrait se faire que dans un autre univers que celui de l’être humain, c’est d’admettre ce qu’a pu en retirer le Brésil qui devient la dixième économie mondiale. En 2050, avec ce système injuste, 77% du PIB mondial proviendra des pays émergents alors qu’en 1975 les pays développés accaparaient 66,4% de la richesse produite. Et l’on en trouve encore pour prétendre que la mondialisation libérale dessert les plus pauvres.

La vraie question à se poser est celle de la stabilité politique et de la pérennité d’un état de droit. La tragédie africaine n’est en aucun cas due à la sauvagerie des règles économiques (sinon l’Afrique du Sud serait, depuis longtemps, dans le chaos) mais découle directement du cynisme politique d’autocrates entretenus, d’affrontements sanglants pour l’obtention du pouvoir sur la terre, de la lutte à mort pour imposer son idéologie. Un exemple frappant ? La République démocratique du Congo : après quarante ans de joug dictatorial et de désespérantes guerres civiles, le modèle démocratique a fini par triompher, portant au pouvoir un président élu. Résultat : plus de 6,5% de croissance pour 2006. Et même lorsque le pays n’a pas de ressources propres à forte valeur ajoutée, comme les hydrocarbures, la qualité de son régime et de ses pratiques politiques servent le développement d’une économie libérée.

Alors, sans doute, me renverra-t-on les pauvres toujours plus nombreux, les riches encore plus voraces, et le système de plus en plus inégalitaire. La malhonnêteté de certains doctrinaires de l’altermondialisme consiste à balancer quelques chiffres bruts, sans aucune comparaison historique qui permettrait de se poser les bonnes questions. Qu’il y ait plus de pauvres aujourd’hui qu’il y a cinquante ans, en valeur brute, c’est indubitable, mais en pourcentage respectif de la population à chaque époque ?

On reproche au système libéral de ne faire aucune place à la protection des individus les plus faibles. Là encore l’agitation altermondialiste oscille entre l’inculture confortable et l’hypocrite négation de quelques réalités historiques.

Prenons le cas français : le 22 mars 1841, donc bien avant la vague idéologique rouge, le libéral François Guizot, qui a encouragé la grande bourgeoisie capitaliste à la prospérité par le travail et l’épargne, fait voter une loi pour limiter le travail des enfants à l’usine. Un début timide, certes, mal appliqué, convenons-en, mais la première marche du progrès social scellée par cet adepte d’un « libéralisme éclairé, surveillé ».

Autre idée reçue : le syndicalisme serait l’initiative première d’esprits de gauche. L’histoire, encore, dément : le libéral Emile Ollivier parvient à faire adopter la loi du 25 mai 1864 qui légalise le droit de grève (lesquelles grèves augmenteront de 37,5% par rapport à l’année précédente, ce qui confirmera la nécessité de cette avancée) sous conditions qui paraissent, aujourd’hui encore, d’une sagesse moderne : pas de violence ni d’atteinte à la liberté du travail (ce qui ne plaira pas aux jusqu’aux boutistes partisans des piques pour les têtes patronales). Vingt ans plus tard, le libéral Waldeck-Rousseau attribue la personnalité civile aux syndicats. Effet spectaculaire : plus 650% de syndiqués en moins de dix ans.

Pour parachever la démolition des idées reçues dans la répartition caricaturale de la paternité du progrès social, une question : pourquoi sont-ce dans les pays qui n’ont pas eu à connaître l’activisme communiste que le syndicalisme est le plus ancré et pratiqué, et donc le plus puissant ?
La mauvaise foi des altermondialistes, autruches idéologiques, ne prenant pas en compte les réalités du fonctionnement humain, rappelle les entêtements communistes au vingtième siècle. Ainsi, à la fin des années cinquante et au début des années soixante, alors que l’économie des pays de l’Ouest profite d’un essor exceptionnel qui permettra à la classe ouvrière d’accéder à l’aisance moderne, les communistes théorisent autour de la « paupérisation absolue » des ouvriers dans nos contrées. Quel aplomb dérisoire lorsqu’on sait ce qui se passait pour les peuples de l’autre côté du rideau de fer…

Sans doute faut-il réglementer davantage, encadrer un peu plus la mondialisation actuelle ; mais cela ne peut s’allier avec la rupture idéologique d’altermondialistes qui reproduisent les schémas de ce qui a déjà, et criminellement, échoué.

Cet article est également paru sur Agoravox

05 septembre 2006

Castro : castrateur de Cuba

L’Humanité, le journal communiste français, n’a rien changé de sa complaisance envers les régimes autoritaires à étiquette rouge.

Lors de l'hospitalisation de Castro, les quotidiens hexagonaux analysent sévèrement son cas politique et l’Etat policier, mis en place par ce flamboyant escroc idéologique, avec sources de renseignements sur les écarts des citoyens dans chaque pâté de maisons.

Toute la presse ? Non. Un petit journal aux résurgences marxistes éculées cultive sa résistance à la lucidité et à la vérité sous couvert du factuel. Les faits matériels du moment, rien que cela : aucun bilan du régime cubain, de la fortune amassée par Fidel sur le dos du peuple, des emprisonnements arbitraires, des tortures révolutionnaires, de la corruption généralisée, de la ruine d’un pays victime de la folie communiste.

Rappelons que cette idéologie a engendré bien plus de cadavres, et de très loin, que les nazisme et fascisme réunis, car elle a avancé sous le masque de la générosité factice pour les plus modestes. Un rapt, en fait, de plusieurs dizaines de pays durant quelques décennies.

Les empaillés du XXIe siècle, Corée du Nord et Cuba, poursuivent le grand œuvre des Lénine, Staline, Mao and Cie inspirés par les idéologues barbus qui en rappellent d’autres pour cet art de la manipulation du peuple en vue de combler des intérêts personnels de pouvoir et de volonté de toute puissance.

Ces extrémismes idéologiques (communisme, nazisme, intégrisme religieux) se nourrissent du projet d’éradiquer une partie de l’humanité ne correspondant pas à leur projet messianique. Comment un titre de la grande presse française, maintenu à flots financiers à coups de subventions et d’avantages fiscaux, peut-il encore, même hypocritement, soutenir le régime castriste, insulte à tous les droits de l’homme dont les journalistes de ce journal se rengorgent dès qu’un Sarkozy prend une décision dans la gestion des flux migratoires ?

Là, on s’indigne, on crie à la dérive autoritaire, au fascisme perlant ! Quelle rigolade ! Quelle honte pour ces plumitifs du communisme qui ne lèveront pas leur plume contre les dizaines de milliers d’assassinats étatiques commandités par Fidel Castro, don Quichotte sanguinaire, vieille garde des barbares qui empuantissent l’humanité.

Comment peut-on encore accepter qu’un si beau terme, l’humanité, baptise un quotidien qui essuie, en détournant les yeux, les flaques de sang et de larmes que verse le peuple cubain depuis les débuts de la feue guerre froide ? Et l’on croyait cette période renvoyée à la préhistoire : c’était sans compter l’acharnement des tyrans de Cuba, Corée du Nord et (dans une moindre mesure ?) Chine.

Et puis le marxisme a sa relève dans l’oppression des esprits : le ben ladénisme insuffle sa terreur par la soumission à ses diktats via des manipulés décervelés…
Cet article est également paru sur Agoravox
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05 mars 2006

Mon Panthéon en verve !

Louis Armstrong : joyeusement religieux

A écouter Louis Armstrong passer tour à tour du ronronnement métallique au grondement jovial, j'étais presque parti pour m'engager dans le corps monacal. Déficience d'un instant. Me faire noir poserait déjà un certain problème, notamment pour épater le pif, mais me laisser glisser vers, puis dans la soutane, il en est hors de question.

Certes, Armstrong embrassant le Good Book nous élève bien au-dessus des raideurs religieuses. Mais l'envolée n'est bien due qu'au seul Louis, à sa joie de vivre et à l'intense, voire paroxystique, vibration de ses cordes. Que pourrait bien sermonner un ecclésiastique après avoir écouté les rythmes swingués du noir, et l'orgiaque débordement de ses explosions gutturales ? Peut-être cela l'aiderait-il à mirer d'un peu plus loin les monumentaux postulats d'un système qui vous constiperait l'athée le plus prolixe en selles liquéfiées. Mangez mes frères.
J'ai toujours trouvé quelque chose de très laid et de très malsain dans la religion. Je crois bien que c'est son rapport à la mort qui me dégoûte. Rien de grand, rien de combattant, rien d' « illuminant ».Voyez les églises et les cathédrales de notre religion à nous. Qu'y a-t-il de plus froid ? Et puis ça n'est pas avec la hauteur des plafonds que l'on fait les grands esprits, comme dirait mon couvreur qui en est un autre.
De la grosse bête au pâle humanoïde en passant par la plus nébuleuse des immanences, tout ce qui est déifié n'apporte que rarement la joie de vivre. Et ses portefaix encore moins. Au moins Armstrong nous aura fait mouiller la Bible et juter le Coran.
Une chance que Cabrel soit encore parmi nous pour accrocher son âme au rocher. Nom de Dieu ! Un jour il va la perdre à la laisser traîner comme ça partout.
27 janvier 1990


Brûlant hommage à Bruni


Mon premier grattage pour ces pages devait imploser par la cristallisation des méfaits actuels. L'engorgement des affaires foireuses, des piètres delirium politiques, des ras de crasse toutes catégories aurait soulagé sans peine mon besoin de charcutage pamphlétaire. Non, point.
Bien que rarement éclairé par Big Média cathodique, je focalise ma plume sur l'image d'une âme incarnée dans un corps sirènéen.
Carla Bruni chez Laurent Boyer soulage une petite heure mes fureurs douloureuses sur les glauques qui transmuent notre terre en vieille croûte pustuleuse. La féminité de la demoiselle se conjugue à une lucidité sans concession et à une générosité sans parade. Le bonheur épuré nous irrigue à la seule vue du top model.
Peu importe les ronchons frisottés qui fusillent nos Schiffer, je suis moi d'instinct porté vers la beauté et non la difformité, comme vers la construction et point le saccage, l'intelligence et non l'oligophrénie, l'authenticité et point la révolte de tiroir-caisse.
Je ne connais rien de la belle Bruni, et je n'inscris que les impressions brutes comme pour une première rencontre. Pas une once de lourdeur, d'incongruité, de complaisance ou de vulgarité dans toute sa prestation. Féminité, légèreté, grâce, humour, sens de l’autocritique, et j'en passe. Peut-être ai-je été berné comme un primaire couillon, mais avec quel talent ! Il faudrait alors ajouter à ses dons la génialité.
Vraie prouesse de varier les attitudes et les propos en maîtrisant chaque émanation de soi. D'une chansonnette murmurée dans un timbre envoûtant, à la bataille de polochons improvisée, en passant par la petite course en plein air hissée sur les épaules du gentil Boyer, les facettes étonnantes de la jeune femme se confirment dans son discours sur le mariage, son métier, les hommes, son avenir, ses parents adorés, etc.
Panégyrique s'il en est. La passion reste ma règle de la haine à la sublimation. Exit les pâlots du cortex !
9 janvier 1995


Bloy : « doux comme une teigne… »

Instants délicieux pour moi : le mélange des plaisir est sur ma tablette de train. Pour les oreilles, la dernière livraison de Phil Collins, douces

mélodies inspirantes. Pour la vue et accessoirement (!) l’esprit, Le Mendiant Ingrat du cataclysmique Léon Bloy, dans une édition de 1948, encore vierge de toute lecture. C’est au coupe-papier que je dois ouvrir et découvrir les pages. Presqu’aussi sensuel que d’ouvrir une demoiselle fruitée...
Cette considération :
« 8h40 du matin, train des employés. Ces gens qui se connaissent tous, arrivent, invariablement, un petit sac ou un petit panier de provisions à la main pour leur déjeuner au bureau. Ils se serrent la main et, du commencement de l'année à la fin, échangent les mêmes lieux communs dans lesquels on les ensevelira, après qu'ils auront fait semblant de mourir. »
Terrible et dérisoire destinée du commun des mortels, ce que Heïm rassemble sous la catégorie « d'usines à merde s'agitant dans leur activité occupationnelle ».
Dans un article inédit au titre prometteur, La revanche de l'Infâme, cette définition du conducteur de voiture : « tout automobiliste ambitieux est un assassin avec préméditation ». Cela fait belle lurette que je suis conscient de vivre dans un monde de délinquants.
Décidément, les aphorismes abondent chez notre truculent désespéré : « Il y eut, autrefois, la sélection merveilleuse du Sang et de l'Âme qui s'est nommée l'aristocratie des vertus. Il y a, aujourd'hui, la sélection de l'argent qui produit naturellement l'aristocratie des imbéciles et des assassins (...). »
Allez, encore deux belles formules :
« Les peintres ont le pouvoir de faire entendre par les yeux. »
« Les Prophètes sont des gens qui se souviennent de l’avenir. » Merci Léon !
Je comprends pourquoi, il y a quelques années, Heïm m'avait demandé d'attendre d'avoir mûri avant d'entreprendre la lecture de Bloy. Son agonie, sa misère plus profonde, les jours passants, terrifient le lecteur, mais l’extrême difficulté à vivre est transcendée par une révolte éperdue.
Le mendiant ingrat reçoit quelques francs d'un tout jeune enfant, André Martineau. L'enragé lui écrit ce mot touchant :
« Mon cher petit ami. Tu es le bienfaiteur de Léon Bloy. C'est une chose que tu ne peux pas encore très bien comprendre. Mais si, gardant cette lettre, tu la relis dans vingt ans, lorsque le pauvre Léon Bloy sera sous la terre, tu pleureras de pitié en songeant à la vie terrible de cet écrivain si malheureux. En même temps tu pleureras de joie en te souvenant que le pouvoir te fut donné de le consoler quelques heures. »
C'est quoi sa misère ? Lis donc : « On commence à ne plus pouvoir nourrir les enfants. Affranchissement d'une lettre nécessaire, trente centimes, une saignée en pleine carotide, un flot de sang ! ».
Mars 1994


Coldplay : tension musicale



Le dernier titre des Coldplay confirme mon enclin pour leur teinte musicale, une espèce d’état de tension semi-dramatique qui glisse avec retenue vers l’éclatement. Un lyrisme mélodique qui m’enchante.
27 juillet 2002


Le dernier album de Coldplay : une merveille ! De tels créateurs d’enivrement musical réconcilient le plus coriace misanthrope avec l’humanité. Cela enchante, élève, inspire, transcende. Un deuxième album encore plus créatif que le premier : l’assurance d’une œuvre d’exception. Chapeau à ces Anglais ! Voilà un vrai bonheur qui m’illumine : le talent de certains artistes.
26 août 2002

Léautaud : le plus attachant des bourrus


Livraison, hier soir, du Journal littéraire de Léautaud, en dix-neuf volumes, publié dans la décennie 50, pour l’essentiel, au Mercure de France. 1 500 francs (220 euros environ) chez un bouquiniste nantais : une affaire m’ouvrant la jouissive perspective d’une replongée dans cette fresque socio-intimiste des volumes XIII à XIX. L’œuvre majeure de Léautaud enfin dans ma bibliothèque. Je vais pouvoir rendre le volume XIII, emprunté voilà plusieurs années à Heïm et dont la lecture s’effectuait entre éclipses dominantes. Le plaisir de retrouver ces pages au papier épais, presque de chiffon, ces couvertures blanches, à la sobriété trompeuse pour qui se risque à les ouvrir, ce parfum de vieux bouquin bien conservé, à l’âge serein pour délivrer l’expérience d’une vie d’homme. Me reste à m’immerger totalement dans le monde de Léautaud : la galerie de portraits des gens qui comptent dans la littérature, ceux fustigés, les allusions à une actualité à recomposer.16 avril 2002
Lecture de quelques semaines de l’année 44 dans le volume XVI du JL de Léautaud : l’horreur ressentie et inscrite face aux massacres systématiques (comme celui ayant eu lieu en Pologne au début de la guerre et rapporté dans Combat) confirme la totale absence chez lui d’idéologie mortifère ou de complaisance envers celle qui prônerait de passer par le sang pour l’accomplissement de la doctrine défendue.
5 juillet 2005


A l’enterrement de Gide, et notamment lors de la vue du corps, moment prisé par l’écrivain, Léautaud ne peut retenir ses larmes : sincère chagrin pour la disparition de son confrère d’écriture ou conscience accentuée du temps qui passe et de sa fin prochaine ? Le temps des moissons de la Camarde dans nos contrées affectives ou amicales doit être particulièrement douloureux et angoissant lorsqu’on sait que notre moment d’être cueilli est naturellement (et si vite !) arrivé. Je pressens ce que seront ces décennies canoniques, si j’y parviens. Les remontées nostalgiques, les regrets de l’irréalisé, le sentiment de ne pas avoir embrassé pleinement chaque seconde et, peut-être, la sérénité de celui qui s’inscrit dans une histoire collective, au-delà de soi.
19 août 2002


Le Journal littéraire s’érige comme la forme d’écriture la plus en symbiose avec la trajectoire existentielle de Paul Léautaud : à son aune, selon une réactivité instinctive pour canaliser sa désespérance et prolonger une présence dans un monde abhorré. Diariste par plaisir avant tout, par besoin sans doute, mais peut-être aussi comme fidélité en actes à sa conception de l’art littéraire, non tourné vers soi-même dans l’attractive sphère de l’imaginaire, mais en prise avec la perception partielle, à brut, de son univers de vie, professionnel et affectivo-sexuel, de ses pensées en direct, sans la sécurité d’une mise à distance. Ne pas craindre la contradiction avec soi-même, l’outrance cathartique sur les autres, l’apparente incohérence d’une relation parcellaire, subjective et morcelée.
L’exemplaire harmonie entre ce témoignage écrit et ses entretiens radiophoniques laisse émerger le fond intentionnel de Léautaud d’une modernité involontaire. Le bougre misanthrope demeure comme auteur dans l’histoire littéraire par son Journal, essentiellement. Cette œuvre,
plus que toute autre, doit permettre de réhabiliter, de légitimer le genre diariste qui puise son attractivité dans ce qui peut apparaître, au premier abord, comme des défauts. Le côté tremblant qui sublime l’interprétation musicale se retrouve ici, en littérature, et offre une autre voie que celles de l’imagination peaufinée, de la structuration anticipée ou du lyrisme calculé. Ce direct littéraire accuse plus que tout autre l’écho de son auteur, dans sa capacité à être en écriture. De là un fondu qui fait du journal, simultanément, le creuset et l’œuvre. L’aune de Léautaud, avec ses envolées et ses mesquineries, ses inconséquences et ses engagements, ses transcendances et ses quotidiennetés, offre la plus humaine des oeuvres, celle qui se donne malgré sa faillibilité. La proximité littéraire, voilà qui n’est pas le moindre des paradoxes pour le reclus socialisé qu’il était.
4 octobre 2002
L'article sur Léautaud est également paru sur Agoravox
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Michel Polac : au-delà de lui...

A propos de désespoir... Je me reconnais de plus en plus dans l’attitude intellectuelle de Polac. J’attends son Journal avec impatience.

Son passage chez Pivot a confirmé mes affinités : même tentation d’autocritique, de « haine de soi », même désespérance misanthropique, même « maladresse ». Mon point fort reste toutefois un authentique ratage de mon existence et un anonymat absolu. Aucune source de réjouissance pour moi, donc, alors que l’ami Polac peut afficher un beau parcours. Cela me pousse à poursuivre ces brouillonnes annotations, quitte à noircir complaisamment mon portrait.
16 janvier 2000


Oublié de noter mon sentiment général sur les pages choisies du Journal de Polac que j’ai achevé au château : si l’on trouve des passages savoureux, profonds, désespérés et tranchants, la tonalité du diariste n’est pas reproduite du fait de cette sélection. On ressent même parfois l’impression d’un conglomérat de pièces éparses d’où ne s’échappe aucune unité authentique. Passages fabuleux par la clarté de la langue, la qualité de la relation : les aventures de Cricri, de la Grande Sauterelle, etc., autant de bestioles blessées recueillies par Polac et sa Z., je crois. La profondeur de propos simples atteint des sommets.
21 juin 2000


Mitterrand et Revel : unis par l’intelligence

Pour les vingt ans de l’accession au pouvoir de feu Mitterrand, j’ai suivi avec délectation les deux derniers numéros de Conversations avec un Président réalisés par Elkabbach. Quels que soient les désaccords idéologiques ressentis, on ne peut qu’être séduit par la finesse intellectuelle de l’homme et du chef d’Etat en pleine possession de sa fonction. Une telle dextérité, alors que la maladie le tenaillait, force le respect.
Autre grand plaisir pour l’esprit, La Grande Parade de Jean-François Revel. Capacité implacable et brillante à démontrer et démonter la tentative insidieuse de réhabilitation de « l’utopie socialiste », après sa condamnation sans appel par les faits du communisme, par le lynchage du libéralisme.
Deux personnages que tout oppose, mais dont l’intelligence respective réconcilie dans la jubilation procurée.
10 mai 2001


Revel et Dali : tranchons, tranchons…

L’Académie française n’accueille pas que des pontes littéraires ankylosés, ou tout du moins rétifs à l’anticonformisme. La verdeur démonstrative de Revel en témoigne. La Grande Parade, que je déguste dans les transports, fouille le sujet sensible de l’horreur communiste (pour paraphraser Forrester) avec une efficacité argumentative de très grand talent. Revel va jusqu'à démontrer, textes à l’appui, les intentions de génocide inscrites dans les textes fondateurs du socialisme via Engels, Marx, Lénine, etc. Je ressors conforté dans une position maintes fois défendue, mais sans tout cet arsenal référentiel qui prouve sans conteste que communisme et nazisme sont tout autant responsables de crime contre l’humanité.
23h30. Alors que d’aucuns s’avachissent devant l’inanité récurrente du Loft, sorte de régression crétino-banale de la téléchions, j’entame dans quelques lignes la dernière page du Manus IX en inspirantes compagnies : entre Revel et Dalí, le cortex jubile.
J’évoquais les titres déjantés du peintre. Ainsi une toile de 1932 force le
respect de l’allumé talentueux : « Pain français moyen avec deux œufs sur le plat sans le plat, à cheval, essayant de sodomiser une mie de pain portugais ».
(…)
Engels préconise, en 1849, l’élimination des Hongrois en combat contre l’Autriche, et Marx, dans Sur la question juive, estime l’idéologie communiste capable d’instaurer « l’organisation de la société qui ferait disparaître les conditions du trafic et aurait rendu le Juif impossible ». N’est-ce pas le programme réalisé imparfaitement par Hitler ? La puissance de l’essai de Revel tient à ces multiples références, sans énervement littéraire, qui stigmatisent de façon définitive l’ignominie idéologique du communisme et de son cousin par alliance et affinité, le socialisme.
15 mai 2001