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21 octobre 2018

Bassine pesteuse mélenchée à la scarlatine

A entendre Mélenchier sa haine à la face de l’impassible gardien de la paix me sont remontés les grognements du pater Le Pen : en 1992, le leader-fondateur du Front national éructait un menaçant « Je m’en souviendrai… » à l’un des représentants de l’ordre chargés – face à des nationalistes corses déchainés – de l’empêcher de tenir son meeting à Ajaccio.
Le Pen en 1992 - Mélenchon en 2018 : le rictus des extrêmes
A voir les députés du Rassemblement national applaudir le Rance soumis à ses primaires pulsions, je songeais à une pâle singerie des jeux dangereux de l’actuelle politique italienne. La rencontre récente de la Bassine Le Pen avec le plein-de-soupe-nationaliste Salvini aurait-elle fait naître quelque fantasme d’acoquinement des extrêmes chez l’inconstante animatrice de l’extrême droite ? A quel moment ces deux bouts de l’échiquier politique jaugeront-ils moindres leurs désaccords au regard de leur combat contre le système financiaro-médiatico-politico-institutionnel ?
Rassemblement national applaudissant Mélenchon
L’enragé bave sa République, sacralise son infecte carcasse et s’improvise chef de meute pour mieux galvaniser ses soutiens : le voilà incarnant le Pôple à lui tout seul, l’élu mal embouché de la quatrième circonscription des Bouches-du-Rhône… Sa républicanissime majesté supposerait une impunité sans borne qui entrave le pouvoir judiciaire. Le tribun déchaîné se montre implacable sur les autres, mais tellement accommodant avec ses turpitudes.
Mélenchie tout ce qu’il peut pour déstabiliser les institutions d’une République dont il se prétend le Parangon inflexible. Sa torve roideur simplifie le pouvoir macronien pour mieux sentir croître sa chapelle idéologique. A force d’éreinter sans mesure tout ce qui n’est pas lui, tout ce qui n’envisage pas le système à la lueur rougeoyante de ses emportements, il attise la radicalité révolutionnaire dont on sait, par expérience historique, qu’elle se prolonge de très dangereuse façon. Le magnifique, mais tellement enjolivé, Un peuple et son roi, s’achève avec l’espoir des sans-culottes sitôt le souverain guillotiné, mais sans aller jusqu’aux génocidaires dérives de la Terreur.
Mélénchon, chef de bande
Tout comme la période vichyssoise fut un révélateur du fond de l’âme de chaque citoyen – attentiste, collabo ou résistant – l’irruption de la Justice dans les affaires pas nettes des prétendants au pouvoir exécutif dévoile leur substrat comportemental. Là où les Sarkozy, Fillon et Le Pen se sont exercés à la surenchère verbale – Bayrou, le centriste, a eu, lui, l’attitude exemplaire – Mélenchon passe le cap de la fureur tribunitienne et traduit sa rage par la violence physique. Il prouve ainsi n’être qu’un chef de bande qui s’estime au-dessus des lois et des procédures judiciaires. Cette sale manière d’être suffit à le délégitimer pour la fonction présidentielle, sauf à vouloir que la France s’essaye à la démocrature post-révolutionnaire.
Le pays aurait tout intérêt à laisser l’insurrectionnel Mélenchon à la porte bien fermée du pouvoir, comme à ne jamais goûter l’eau saumâtre de la Bassine. Leur populisme ? Rien d’autre que le facile moyen pour satisfaire leurs ambitions délétères. Mélenchon n’a le culte que de lui-même : la République ne constitue que l’aguicheur paravent pour asseoir ses diktats revanchards. Un Comité de purge publique pointe son arbitraire à chacune de ses tonitruances. Préservons notre France et notre Union européenne de ces tristes sires à la sauce perdante.

25 avril 2012

Le 1er Mai sera son dernier


Un présentateur météo a récemment résumé le climat politique du temps présent : « le front menace » d’où, sans doute, ce printemps électoral pourri.

L’entre-deux-tours de passe-passe illusionne comme une folle entre-deux-guerres : de l’agitation, du faux débat, des invectives qui nourrissent la confrontation et laissent de côté les explosions économico-sociales à venir. Une parenthèse presque ludique avant les attaques sans concession, l’économie et ses impératifs, l’Europe plus incertaine que jamais et les calamités éludées.

Ces jours occultent la réalité lourde et complexe des problèmes à résoudre. L’électorat vient de placer en cinquième position le seul candidat qui rappelait depuis 2007 l’obligation cruciale de désendetter les finances publiques. Prime aux candidats-autruches qui se concentrent sur la stratégie politicienne, sur des polémiques dérisoires et sur les reports de voix à obtenir, laissant dans le brouillard la qualité intrinsèque d’un projet quinquennal et d’un dessein crédible. La France, ballotée d’un bouc émissaire l’autre, vogue bien loin des nécessités fondamentales.

Après l’inutile série du premier acte (halal, permis à points, etc.), le vote des étrangers et la qualité des travailleurs défilant le 1er Mai concentrent l’énergie de la parole des deux finalistes. Tout ça pour transformer la fête du travail en terrain de concurrence des chapelles politico-syndicales. Minable.

Un peu comme la paternité de cette date que les uns revendiquent comme ayant sa source dans l’Internationale communiste et que les autres rattachent sans l’avouer à la France de Vichy (une Saint-Philippe pour fêter et le travail et Pétain). Raté ! Il faut aller chez les Yankees, en 1886, pour dénicher les racines du combat pour un monde du travail amélioré. Avec la fusillade de Haymarket à Chicago contre ceux qui revendiquaient les huit heures (de travail, de sommeil et de loisir), les premiers martyrs ouvriers sont américains. La IIème Internationale sise à Paris pour le centenaire de la Révolution française ne fera que s’approprier une rébellion née aux États-Unis. Les neuf morts à Fourmies, le 1er Mai 1890, ne seront qu’un écho aux pendaisons des rebelles outre-atlantique.

En attendant le 21 Juin, la saison reste fraîche et les cieux couverts par des fronts persistants.

09 avril 2012

Oui, prenez la France maintenant !


Au milieu du Village des Dix Champignons s’élève un mont boisé formé, il y a bien longtemps, par la terre évacuée pour édifier le palais voisin. Depuis, les enfants du moment construisent autour leur cabane et jouent régulièrement à un dérivé du Chat : parvenir au sommet de ce qu’ils ont surnommé le Fort Alamo, sans se faire toucher par un autre, et y rester cinq secondes, en sachant que le toucheur et le touché doivent retourner au point de départ. Le parcours est long, aléatoire, semé d’embûches et truffé de caches, mais s’y essayer demeure irrésistible pour les bambins en devenir.

Comme pour tout jeu collectif, on repère très vite les figurants : ceux qui n’ont aucune chance d’atteindre par leurs propres moyens le sommet, même si certains font beaucoup de bruit pour donner le change. Carence première : le manque de souffle et l’incapacité de s’adapter au terrain accidenté. Parmi la bande des concurrents de l’année, on peut ainsi faire un premier tri.

Jacques, pour commencer, qui n’a plus rien du gamin véloce, s’il l’a jamais été, mais qui persiste à prendre part à l’aventure sans pouvoir débuter l’ascension. A l’observer, on hésite entre l’admiration pour une si vaine détermination, la moquerie de ses inutiles gesticulations et le mépris pour ce chenu marmot qui occupe la place d’un autre aux performances peut-être moins calamiteuses.

Philippe a lui l’excuse du débutant. Il découvre le gigantesque terrain pentu et ne transporte sans doute pas le bagage adéquat pour l’efficacité de l’engagement. Il a pourtant été préparé par son camarade Olivier, brillant concurrent de la partie précédente, mais rien n’y fait. Le mioche stagne au bas de la colline.

Et que dire de sa cousine Nathalie, elle aussi nouvelle venue, qui reprend tous les tics de sa vieille sœur Arlette, l’insubmersible n’ayant jamais atteint six pour cent de l’itinéraire choisi. Avec le temps, elle était parvenue à se rendre incontournable et attachante alors qu’elle n’avait qu’une obsession, si elle avait pu s’affranchir des règles du jeu : écharper ses concurrents et embrocher leur tête au bout d’une branche. Nathalie la hargneuse semble bien partie pour la même disposition d’esprit, mais saura-t-elle susciter la même affection condescendante des autres mômes ? Affection simulée bien sûr : dans ce genre de course toute sincérité est une faille que l’adversaire exploite pour mieux vous éliminer.

L’un des deux Nicolas n’a d’ailleurs pas bien assimilé ce principe premier. Il se veut le coureur au grand cœur souverainiste. Il chemine ainsi dans une autre sphère, oubliant la présence de ceux qui le poussent dans un trou. Pauvre Nicolas qui voudrait du loyal, du franc, là où ne règnent que stratégies, postures et coups bas. Qu’il s’échine à cultiver son importance somme toute particulaire. Il laisse ainsi le champ, et en l’espèce le mont libre aux autres.

C’est comme la fragile Éva qui vient de se prendre un monumental gadin à force d’embrasser chaque arbre qu’elle rencontre sans regarder où elle met les pieds. On lui a pourtant répété que Mère Nature n’a rien de la maman aux feuilles douces, mais qu’elle montre souvent un profil de marâtre aux épines blessantes et aux cavités casse-gueule. Rien n’y fait, elle s’éprend des végétaux et des minéraux qui peuplent le pourtour d’Alamo, oubliant son objectif : faire honneur à ceux qui ont cru en elle au détriment d’un autre Nicolas qui aurait eu bien plus de ressort pour une telle course. Éva l’évanescente risque de finir avec un score transparent.

Un qui a tout compris, c’est le teigneux Jean-Luc. Il pratique la volée de bois vert et le chemin de traverse avec une dextérité insoupçonnable jusqu’alors. Tout petit déjà, lorsqu’on lui demandait ce qu’il voulait devenir quand les poils auraient poussé, il déconcertait : « je veux être le premier sénateur révolutionnaire ! » Rien que ça ! L’irréalisme ne l’effraie pas, l’oxymore politique ne le rebute pas, du moment qu’il peut écraser quelques gros morceaux de glaise sur la tronche de ses ennemis désignés, et d’abord sur celle qui l’horripile, l’antimatière d’Éva, la solide Marine aux panards redoutables.

Elle y croit à son destin de gagnante, avec dans un coin de la tête l’exploit de son paternel qui avait remporté la première manche contre le favori d’alors, feu Lionel. Une partie épique restée dans toutes les mémoires du village qui a tremblé sur ses bases champignonnesques. La Marine s’acharne à reprendre le flambeau, même si ses amarres semblent partir un peu à vau-l’eau. Garçon manqué au Front très bas, malgré sa tignasse blonde, elle fustige à tout va pour ne pas finir candidate ratée. Voguer de la sorte en milieu terrestre pourrait la conduire à s’échouer dans une bassine abandonnée. Si elle maintenait l’érection électorale de son géniteur, la coalition des marmots perdants n’aurait de cesse de soutenir son concurrent et de lui faire goûter le premier récif venu. Pour que la Marine à voile, puis à vapeur, finisse à la rame avant la tasse finale.

Dans la famille des François, je demande celui à frisettes et à l’accent du terroir pyrénéen. Lui aussi se persuade de finir dans le duo de tête. Il sera bientôt le seul à y croire, mais ça n’a aucune importance lorsqu’on est convaincu de son destin au sommet. Qu’il se fasse doubler pas sa droite et par sa gauche ne l’inquiète même pas. Marine & Jean-Luc ? Des épiphénomènes, de la micro perturbation à négliger. Le François ne fonce pas, il prend bien soin de combler les trous qu’il croise pour assurer l’assise du trajet. Il veut un conte bien tenu pour une tortue victorieuse. Laissons-le rêver, alors que le François à lunettes bataille avec le Nicolas à talonnettes.

Les deux féroces font la course en tête, mais aucun ne touchera l’autre directement : ne surtout pas abandonner cette altitude pour reprendre le parcours à zéro. Cela n’empêche pas les coups et les vacheries pour faire choir l’autre. François connaît ses tares et sait de quelle gangue ankylosée il vient. Les critiques d’hier s’affichent comme ses soutiens du jour, mais il n’est pas dupe. Seule la victoire lui garantira l’ascendant sur ses troupes. Ses casseroles à lui tiennent à un passé de rondouillard bouffeur de fraises des bois et affublé d’une autorité de « capitaine de pédalo ». Un Chamallow rigolard, sympathique, mais sans aucune envergure pour se colleter aux faces accidentées du Fort Alamo. Suite à une révélation, il s’est transmué en athlète impitoyable, singeant parfois un peu trop son mentor, celui qui a tenu le drapeau quatorze années durant, toute une enfance en somme, le mythique Fanfan la Rose, modèle absolu d’engagement pour Sa cause. Alors il faut qu’il tienne le François, face aux assauts de l’autre, celui qui a remis son titre en jeu.

On ne le dirait pas en le voyant de loin, mais c’est bien le petit Nicolas qui les a tous doublés lors de la dernière finale. Mais ça, c’est bien du passé, et l’ambiance diffère radicalement aujourd’hui. Les boulets qu’il trimballe ne peuvent passer inaperçus. Personne ne lui a pardonné sa parade triomphante. Il a voulu grandir trop vite, oubliant que sa période de croissance était bel et bien terminée. Il doit composer avec ses restes, ce que ses soutiens désignent comme une solide expérience pour tenir le Fort, là où ses détracteurs ne perçoivent que des méfaits grossiers pour une vulgaire occupation.

La course se poursuit mais les précipitations amollissent le terrain et font du Fort un bourbier sans nom. La conquête du sommet pour se retrouver à la tête d’une terre sans fonds… Quand vont-ils enfin grandir et comprendre ?


03 mars 2012

Le marais présidentiel s’affiche

Ça débute par une mer d’huile, tellement improbable ou glissante qu’on finira par se casser la binette. Le regard détaché, profond, abyssal comme un déficit public, se porte vers la ligne bleue Marine des Vosges. « La France forte », pense-t-il, forte de ses illusions et d’un antisarkozysme galopant, oui. Ces présidentielles seraient-elles tentées par la castagne bête et méchante ? Sarkozy « bayonné » par les peu folkloriques indépendantistes basques et une pincée de socialistes vient d'en faire les frais. La recette d’un « bayonnement » efficace : huées, insultes, œufs et chaises à la volée. De la démocratie gastronomique à l’arrière-cuisine de boui-boui.

Pour maintenir la ligne de flottaison, gardons-nous de  la Bassine aux eaux troubles. Sirène aux mélodies terre-à-terre, elle nous ferait goûter à tous les récifs pour une plongée fatale. Son « Oui ! la France » a tout de la simulation orgasmique avant l’ingestion de ses proies, telle une vorace mante religieuse.

Avec Hollande, l’autre politique du dommage à venir, le paysage est bien plus flou. Il nous annonce simplement que « Le changement c’est maintenant » et, par vague contrepèterie, nous pouvons déceler que les manquements se feront par chuintements, sans bruit, discrètement, avec modestie… Quoique : il semble ne plus mâchonner son socialisme avec honte, il se mélenchonnise même, avec une taxation confiscatoire pour les plus fortunés. Georges Marchais n’avait pas fait mieux lorsqu’il s’en prenait aux « cumulards », les Elkabbach, Duhamel et autres nantis du système, qu’il soupçonnait être passibles de la peine communiste pur jus : « Au-dessus de quatre millions, 100 % d’impôts, je prends tout ! » jubilait l’apparatchik en herbe qu’il restera.

François Bayrou a eu le pif de reconnaître un morceau hollandais du « déconnomètre », mais son slogan a tout de la méthode Coué ou du vœu pieux. « Un pays uni » : il va falloir une puissance catalytique hors norme, quasi mythologique, pour y parvenir. La conséquence naturelle : « rien ne lui résiste », formule libératoire qui fait abstraction de l’environnement mondialisé et concurrentiel. Irrésistible Bayrou ? Il y met du cœur en tout cas, comme en 2007, mais cela suffira-t-il à le propulser au second tour ?
Avec Mélenchon, pas d’union qui tienne, c’est d’abord aux brimés, aux furieux, aux révoltés de tout poil hirsute qu’il s’adresse. Le regard vers la droite, comme les deux candidats du bord opposé, il harangue et ordonne : « Prenez le pouvoir ». Clarté fracassante de l’objectif, silence révélateur sur les moyens. Un appel à la Révolution ou au coup d’État ne ferait pas mieux.

Pour le clin d’œil, les filiations sont parfois étonnantes : on trouve dans l’affiche du Front de gauche pas seulement du NPA et son talentueux Besancenot, mais aussi du NDA, comprenez Nicolas Dupont-Aignan ! N’est-ce pas lui qui, en 2007, sommait : « Français, reprenez le Pouvoir ! ». Comme un air radoté : je prends, je reprends et je me fais prendre… Tragédie du citoyen ordinaire.

A côté de celle de l'ex socialiste, l’affiche de Nathalie Arthaud fait bien pâle impression, malgré le rouge envahissant. Le degré zéro du slogan politique est atteint : « Une candidate communiste à l’élection présidentielle », rien que ça ! Sa stratégie électorale se limite à tenter de choper quelques électeurs à l’OVNI Mélenchon, alors elle rappelle sa chapelle idéologique pour ceux qui n’auraient pas associé sa bouille et la couleur choisie au bon parti. Comble de la précision, elle indique pour quelle élection elle se présente : il ne faudrait surtout pas que ses rares soutiens attendent les législatives, voire les municipales, pour lui apporter leur voix. Là, au moins, on ne va pas s’échauffer les neurones en exégèses de la communication.

Cela inciterait presque à prendre nos vacances printanières avec Éva Joly. La mine rayonnante, la tenue mi-saison, les lunettes fraîchement ôtées pour nous fixer sans détour et sans obstacle, elle nous invite à ce choix radical, celui… du tournesol ! Une France héliotrope, voilà qui pourrait être un remède à la crise…

Après les affiches, j’attends, la plume aiguisée, les programmes imprimés de chacun, pour s’amuser un peu comme en 2007, avant l’isoloir fatal et cinq ans d’épreuves. La tasse pour tout le monde. Santé !

Marianne dans les marais démocratiques.


10 novembre 2010

Pandémonium... pour rire

Nos Présidents
Général ayant connu des débuts difficiles, notamment par une difficulté à se faire entendre des Français : quatre terribles années pour son Appel et douze ans pour son discours de Bayeux. Lui, au contraire, a parfaitement compris les démons de son peuple : une épuration, mais pas trop longtemps, une décolonisation, mais pas trop vite, la chienlit, non ! Le gaulliste demeure encore aujourd’hui le déguisement préféré de nos politiques.

Sa prescience des facteurs qui devaient compter l’a poussé à déclarer, en pleine période des Trente Glorieuses, que l’emploi serait à considérer comme un problème permanent, non traitable définitivement, mais que l’on devrait accompagner pour en atténuer les conséquences.
Lors de son dernier Conseil des ministres, le visage gonflé par son traitement, il confie à l’assemblée qu’il « souffre comme un damné ». Le contraste entre les responsabilités considérables assumées et le tiraillement constant de souffrances atroces qui vous incitent à l’abandon de poste, mérite le respect posthume de l’homme d’État.

Ci-gît une présidence au d’Estaing contradictoire : des intentions modernistes, un phrasé IIIe République, un physique d’Ancien Régime.

Mitterrand (François)
L'homme a su satisfaire jusqu'au tréfonds son ambition politique, s’accordant un septennat bis en assumant les contradictions de cette longévité présidentielle. Pour résister aux coups de boutoir quotidiens, aux tentatives de sabordage de son système, aux dénonciations en rafale des noirceurs de son labyrinthique passé, il a su intégrer les propriétés de la toile cirée. L’esprit agile, le caractère déterminé, il s’est imperméabilisé : et s'écoulent les éclaboussures...

Chirac (Jacques)
Autruche présidentielle. Bien caché dans son sable élyséen, il n’a toléré aucun affront, aucune remise en cause de sa superbe avec ses gourdes, ses ratages et ses écarts lexicaux.
Sa plus belle trouvaille institutionnelle, après la dissolution de sa majorité parlementaire en 1997 : la promulgation fantôme du CPE ! Mitterrand déblatérait sur Le Coup d’État permanent du chef historique de la France libre ; la première décennie du siècle se sera avachie dans les à-coups du fat déprimant.

A quarante  ou soixante ans de distance, que subsistera-t-il de la trajectoire du Sarkozy courant ? Quelques griffonnages insipides sur le menu du Fouquet’s ? Les abondances médiatiques du « court Sarko show » démultipliant annonces et explications, initiatives et déplacements pour occuper puis embrumer les esprits ?
Paradoxe : les mêmes qui se sont ingéniés, depuis quarante ans, à désacraliser la fonction présidentielle se courroucent aujourd’hui d’avoir un chef d’Etat aux écarts de buvette. Les Américains ont eu leur Bush, innommable vulgarité politique pour les condescendants Français qui ont porté au pouvoir celui dont ils connaissaient sans ombre le Cirque d’Etat permanent. Toujours insatisfait, toujours à s’en prendre à ceux qui ont la charge de gouverner ce pays, le peuple de France maintient son ancestral penchant à brûler ses idoles, même lorsqu’elles lui ressemblent jusqu’au bout des mots.

Quelques Premiers ministres
Debré (Michel)
Mitterrand, lorsqu'il assumait les fonctions de ministre de l'intérieur, avait rassemblé suffisamment d'éléments pour décapiter le père de l'E.N.A., futur artisan de la Constitution de la Vème République. Pas un mince gibier donc. Debré, mis au parfum, vint pleurnicher dans le bureau du ministre, le suppliant de ne pas révéler l'affaire.
Quelques années plus tard ce même Debré, le vent en poupe, décide d'achever politiquement le Mitterrand en phase descendante. Il charge son ami Pesquet d'amener le futur Président à la bonne idée d'un faux attentat qui pourrait le remettre à l'avant-scène médiatique. « Il faudrait faire en sorte que l'idée vienne de lui » comme dans le film L'aile ou la cuisse de Zidi. Le parlementaire remplit sa mission d'approche et de suggestion. La révélation de la supercherie ne tardera pas, évidemment.

Fabius (Laurent)
Scandale autour du Centre national de Transfusion sanguine qui aurait, en 1985, injecté du sang contaminé par le virus du sida à des hémophiles, alors que des techniques existaient pour stériliser le sang. Les inculpations défilent et Fabius saponifie un max. Le voilà qui revendique le droit à la dignité et qui défend son honneur. Le fœtus du monde politique nourrit ses convictions de poncifs douceâtres et de colères avec petits poings en avant.
Dieu Tout-Puissant, si tu existes un tant soit peu, fais que le Fafa ne pose jamais son derrière sur le trône élyséen. Fanfan le vieux nous aura suffi. (1991)

Le piquant Rocard n’a pas pu décoller de l'oubliette, en tête de proue sur la liste chiassocialiste et en prétendant élyséen. Son Little Big-bang vient de lui péter à la gueule, ce qui doit réjouir Fanfan Mité. Recalé, Rocard laisse les intellectualisations au ronronnant Delors. (1994)

Mitterrand son quatre heures et sa Cresson toujours vivants, aux dernières nouvelles. (Novembre 1991)

Quand j'appris la nouvelle de son suicide, je roucoulais avec ma douce Kate dans le Grand Hôtel de Cabourg où nous avions décidé de passer un week-end prolongé. A nuitée, découvrant en voiture les beautés alentour, je gardais au fond de la gorge un étrange relent de dégoût pour la clique médiatique, qui enterrait hier et désormais encense le feu Premier Ministre.
Pour l'homme, sensible jusqu'à la moelle, je ruminais l'impression confuse d'un magistral gâchis. Ce petit homme, si anodin à première vue, cachait probablement une loyauté trempée qui, au-delà d'une compétence sans cesse améliorée par sa remise en cause quotidienne, alliait sa survie au sens de l'honneur. Je reste profondément ému de cette intime tragédie.

Balladur (Édouard)
Il n'a pas résisté aux gueulantes des jeunes agités. Les démocrasses ne peuvent plus rien faire à la tête d'un régime mou. Incapable de mater les vandales et les voyous déterminés au destroy de ce qui est à leur portée, incapable d'imposer ses vues à une jeunesse en quête d'un avenir sécurisant, ce gouvernement liquéfié va barboter jusqu'aux élections présidentielles, ne se risquant pas aux grands coups de latte dans le fondement dont a besoin notre société. (1994)

Juppé (Alain)
Il choisit de lancer de profondes réformes pour assainir les comptes du pays, mais sa méthode, pour faire passer ces nouveaux efforts, se révèle désastreuse et autorise tous les à-peu-près des grévistes.
La réaction gouvernementale pouvait se résoudre à une alternative simple : négocier immédiatement ou réprimer efficacement. Faire l'autruche est la pire des attitudes. Jouer le pourrissement en donnant l'impression d'une fermeté accommodante, c'est risquer la réaction violente des gesticulateurs.
Au bout du compte, Juppé en viendra à négocier plus ou moins profondément son plan, et le pays aura perdu quelques semaines, quelques milliers d'entreprises contraintes au dépôt de bilan et sa crédibilité sur la scène internationale. (10 décembre 1995)

Jospin (Lionel)
Le miraculé Jospin, que le pouvoir a transfiguré au point de lui redonner une bouille regardable, sans yeux globuleux et bouffissures inquiétantes, est passé chez Big Média d’Arvor, les gonades étatiques bien gonflées pour lustrer sa pilule et distribuer les baisses fiscales à tous vents. Peu enclin à le critiquer, je peux l’avouer. (2000)

Raffarin (Jean-Pierre)
Face aux braillards inconséquents de la rue, un certain panache du Raffarin. Passé chez notre institution journalistique, l’inaltérable Poivre d’Arvor, le Premier ministre a communiqué très limpidement, sans pathos excessif, sans technocratisme rébarbatif, mais en remettant les réformes vitales proposées en perspective : une réforme des retraites, étalée sur dix-sept ans, ne peut s’assimiler à un coup de massue ou de poignard comme le beuglent les fonctionnaires grévistes. A ne revendiquer que pour la sauvegarde de leurs illégitimes privilèges et faire accroire qu’ils se battent aussi pour le secteur privé, les employés à vie confirment la pesanteur pachydermique du système public. Le corps enseignant du public abonde dans cette sale manie de rejeter tout changement au nom d’un ensemble disparate dont le socle commun fantasme dans des interprétations abusives des intentions du gouvernement. Les mises au point ont donc été faites, ce qui ne calmera pas les excités sociaux. (Mai 2003)

De Villepin (Dominique)
Dans La tragédie du président de Franz-Olivier Giesbert, il apparaît comme le plus imbu de lui-même, et son discours off comme le plus en décalage avec sa tartine démagogique officielle. Habitude langagière révélatrice du personnage : tout ramener au fait « d’en avoir ou pas… » dans le pantalon. Le critère des gonades semble être l’alpha et l’oméga de son sens critique. Des couilles plein la bouche, il en sert à ses interlocuteurs en coulisse, certain d’être lui-même doté des plus impressionnants spécimens…
Le désastre du CPE, cette piteuse retraite en rase campagne, a révélé la texture et le contenu des testicules du Premier ministre tout juste calibrés pour jouer aux billes. Exit le mauvais poète des roubignolles !

Fillon (François)
 Fillon, nous et l’autre, l’agité en sursis qui accapare l’impopularité traditionnelle du Premier ministre français. Fions-nous au premier, négligeons le second, il reste tellement de choses à réformer… Courage, Fillon !



Quelques figures politiques
Cohn-Bendit  & Marchais
Dany a conservé intacte sa réactivité. Dans le Droit d’inventaire : Mai 68, il n’hésite pas à gratifier d’« ordure » feu Georges Marchais qui l’avait stigmatisé dans une chronique parue dans L’Humanité et empreinte d’antisémitisme en filigrane. (2008)

Delors (Jacques)
Jacques philosophal qui transmue en technocratisme tout ce qu'il envisage. (Juin 1994)

De Villiers (Philippe)
Echevelé Vendéen en bonnet phrygien qui, il y a quelques décennies, s’était secoué le complet-veston sur les grilles de l'Assemblée nationale. Cheveux en bataille, tour du menton hirsute, il vivait là sa petite poussée révolutionnaire.

Hollande (François)
« Omniprésident » ironise-t-il à propos du locataire de l’Elysée. Hollande jubile de sa trouvaille, oubliant un court instant le champ de ruines qu’il secrétarise comme charcutier en chef de la farce socialiste, Sert-à-rien général du parti des sots en lice pour… 2012. (2007)

Après le renvoi en Algérie de l’imam de Vénissieux qui a défendu, dans Lyon Mag, la légitimité religieuse de battre une femme qui trompe son mari, une seule voix politique s’insurge contre cette mesure de délit d’opinion : celle de Le Pen ! L’extrême droite en sympathie avec les islamistes, voilà qui laisse songeur sur la notion d’opportunisme… Des barbus ben ladénistes invitent, pour des conférences, des sympathisants nationalistes et chrétiens : cela ressemble à un rapprochement de circonstance où l’hypocrisie des rapports prédomine. (2004)

Royal & Bayrou
La crispante Royal n’a vraiment plus le vent en poupe, même si sa méthode Coué fonctionne toujours à merveille. Le rapprochement d’avec Bayrou semble de plus en plus naturel tant leur stratégie de conquête du pouvoir s’identifie par le culte d’une marche solitaire avec leurs soutiens militants en bandoulière, et par l’exaspération des plus proches compagnons d’armes qui finissent par se détourner de ces fantasques politiques égocentrés.
Qu’on les rapproche pour qu’ils s'entre-dévorent. Après La princesse et le président du déclinant V.G.E. qui s’autorise une dernière gâterie littéraire, nous aurions droit à La Royal et le président… du Modem, plus une romance à l’eau de rose, mais une pitance à l’eau de boudin… (2009)


18 avril 2010

Prose vagabonde

Lyon m’a accueilli voilà plus de dix ans et sa dimension comble mes choix de vie. Cette ville favorise mon souffle indigné pour croquer les malfaisants, qu’ils sévissent dans les cités concentrationnaires ou sur les marchés financiers. Alors voilà : j’affiche mon ancrage dans ce tissu urbain aux proportions aérées pour mieux fustiger à tout va dès qu’un effluve incommode, sitôt qu’une pestilence s’impose.

Quoi donc dans l’actualité de ces dernières semaines ? Moscou se fait éclater ses profondeurs métropolitaines par deux donzelles à la tenue explosive. Obama et Sarkozy se léchouillent pour la galerie médiatique. La Justice française refait son coup tordu du responsable-mais-pas-coupable inspiré par l’absoute Georgina Dufoix : Total s’en brosse les pognes. Les FARC, Fieffés Abrutis au Ramdam Criminel, libèrent, mais au goutte-à-goutte. Bayrou persiste et signe son arrêt de mort politique : ses rares proches encore convaincus (comme la Cunégonde qui veut du fromage…) bichonnent leur trou d’autruche. La baballe footballistique emmerde toujours autant et donne matière fécale aux échanges nourris sur le zinc. Le Vatican cumule les déviances : il se voile la face et cadenasse sa Maison close, espérant que l’on compatisse au calvaire de ses membres pédomanes (selon le plus juste vocable proposé par l’inspiré Odon Vallet).

Laissons cette écœurante tablée de mets blets. Irrésistible envie d’écouter Albert Dupontel : propos à rebours des ambiances lénifiantes et crétinisantes du moment (quoique cette période vaille les autres, ni plus ni moins). Rare dans les médias, il confie ne pas supporter les instants de promotion d’œuvres réalisées. Une intelligence vive d’écorché indomptable, ne s’économisant pas dans l’autocritique, désespéré par l’inéluctable mort comme horizon d’existence. Entre angoisse et dérision, une humanité qui nettoie des postures moulées pour se fondre dans des communautés formatées.

Ma liberté, c’est de ne pas vivre de mon art. Rester sans pression autre que l’irrépressible besoin d’exprimer, de ferrailler contre les pseudos révolutionnaires qui se cachent sous de protecteurs pseudonymes, de dire au risque de se contredire et de ne pas tenir dans les cases idéologiques attendues. Ni droite, ni gauche, ni écolo, ni pollueur crado : modeste observateur qui laisse croître sa conscience d’un système en sursis. Un modèle qui se cherche, de sales réflexes qui résistent, d’obscènes dérives qui recommencent…

Bruno Sachs trimballait son insoignable maladie. Goldman fait mieux : Sachs la maladive empuantit l’alentour ! Une frénésie feutrée pour cumuler les culbutes financières, surtout lorsque les pratiques, pour y parvenir, se torchent avec les principes de base d’une vie respectueuse de la collectivité. Ce symbole de l’hypertrophie financière, que les États ne peuvent laisser s’effondrer sous peine d’un chaos sans retour, cultive l’impunité des voyouteries de luxe. Jouer sur tous les tableaux, contrôler ses adversaires et ses apparents compères pour mieux les pressurer le moment venu, siphonner toutes les sources de profits pour maximaliser sa puissance… N’y a-t-il pas là une nouvelle forme de crime contre l’humanité ? Point de sang versé, nulle intention d’éliminer telle section de la population, mais un ensemble de stratégies captatrices qui font risquer au système économique mondial d’imploser avant de laisser émerger de nouvelles barbaries.

En septembre 2009, Guillaume Durand faisait témoigner l’ancien trader Kerviel : ses arguments et son apparente sincérité tracent la salauderie d’une hiérarchie qui l’a sacrifié dès que l’emballement de ses positions a pris le mauvais sens. Vertigineux et insensé Casino avec l’argent des déposants. Le terme qualifiant l’activité des banques sur les marchés n’est pas d’un loufoque pamphlétaire comme moi, mais de Peyrelevade, ancien président du Crédit lyonnais. Tout ce que je dénonçais dans le Coup de pouce… dans l’cul suivi du Doigt bancaire profondément placé est confirmé par un des principaux acteurs qui a poussé au bout l’attente vorace de ses supérieurs avant de se faire lyncher dès que les vents du flouze facile se sont déréglés. Pour les cinq milliards de pertes mis sur sa tête, résultant de cinquante milliards de position, il laisse entendre que la Société générale aurait gonflé sa descente pour mieux dissimuler de plus interlopes pertes.

Tiens ! Une curiosité : notre belle banque française au Poupouce averti aurait fricoté avec la maladive Sachs qui infecte tout ce qu’elle convoite.

Les années s’écoulent, le témoignage se cabre, les relations s’étiolent, me confortant dans une indifférence attentive. Rien pour soulever une adhésion sans borne. Fini la naïveté du converti.