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28 mars 2021

Carnet de mort d'un sans-visage

Certains sans-culottes avaient poussé leur Révolution jusqu'à la Terreur, sans compter les vies à sacrifier, pour un crépusculaire Siècle des Lumières. Le sans-visage de la décennie pandémique s'efforce de préserver sa vierus et celle des autres.

Se garnir d'un Pampers facial, avec petits élastiques bien tendus derrière les oreilles, pour limiter toute expression contaminante. Ce bleu délavé de déplacement ronge le visage, rectangle-linceul de l'humanité.

Respirer son air expiré pour ne pas empoisonner l'autre.

Ne pas supporter l'inconnu(e) à moins de deux mètres.

Désinfecter paumes et doigts à chaque contact : le toucher est désormais présumé infecté.

Enrager contre la patibulaire trogne à nu ou l'horripilant sous-nez (le masque) à qui il faudrait expectorer une bonne dose covidée.


À moi, l'enfermement apathique

Pour qu'aux tréfonds je me déchiquette

Et brise l'air asymptomatique.


Entre ces murs la vie léthargique 

Fait lâcher la poudre d'escampette,

Cernée par les stats cadavériques.


Fauteuil paralysant enracine

À cran sur l'écran pour toute vie

Des touches sortent de blafards signes.


Confiné aux confins de moi-même,

Cadenassé de gestes barrières,

J'étreins la condition inhumaine.


Le vide éventre ce qui subsiste

En silence et surtout sans toucher

Le sens perdu de ce qui existe.


Gisant sans masque et les deux mains nettes,

Quatre murs, un plafond, un plancher,

Détresse exécutoire s'entête.



06 mai 2020

"Vierus" à étouffer

Rage de vivre sans vaccin révulse l'instinct de précaution.
Se cloîtrer jusqu'aux intouchables silences murailles.
Grimage d'un semblant de sourire sur masque à dix-neuf pieds de distance.
A la régalade hydro-alcoolique après un siècle frénétique.
Élastiques surtendus par nos déplacements inutiles.
Postillons panurgiens en gerbes infectes.
Crachats bruyants des deux-roues motorisées à rouer jusqu'à leur reposante immobilité.
Berceuse monomaniaque avec ses empilements quotidiens : malades au souffle perdu, cadavres enterrés sans proches, comme pour éviter l'ultime contamination avant la terne éternité.
Ankylosé par tant d'inertielles contradictions.
Asphyxié dans ce corsetage inesthétique.
Nettoyé de tout risque, je peux expirer sans crainte.
Ainsi soigné de cette "vierus" agonique...