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22 janvier 2017

L'Investitrump Power

En rouge, le sous-titrage et le bas-titrage du premier discours de Donald Trump investi président des Etats-Unis d'Amérique. De la Trump Tower à l'Investitrump Power :

"Juge en Chef Roberts, Président Carter, Président Clinton, Président Bush, Président Obama, mes concitoyens américains et peuples du monde: merci.
Entrée en matière classique : Trump se normaliserait-il ?
Nous, citoyens d'Amérique, sommes maintenant unis dans un grand effort national pour reconstruire notre pays et pour restaurer ses promesses à l'égard de tout notre peuple.
Finalement non, revoilà la délicatesse trumpienne : j’hérite d’un pays en ruines et au fond du trou.
Ensemble nous déterminerons la voie pour l'Amérique et pour le monde pour des années.
La voie ou l’impasse ?
Nous ferons face à des défis. Nous serons confrontés à des épreuves. Mais nous finirons le travail.
Première tâche : structurer ma pensée et… me retenir.
Tous les quatre ans, nous nous rassemblons sur ces marches pour procéder dans l'ordre et la paix à ce transfert de pouvoir et nous sommes reconnaissants au président Obama et à la Première Dame Michelle Obama pour leur aide courtoise pendant la transition. Ils ont été magnifiques.
Moi aussi, je sais manier la langue de bois.
La cérémonie d'aujourd'hui cependant a une signification très particulière. Parce qu'aujourd'hui non seulement nous transférons le pouvoir d'une administration à une autre ou d'un parti à un autre, mais nous transférons le pouvoir de la capitale Washington et le donnons à nouveau à vous, le peuple Américain.
Mais faut pas pousser : je préfère flinguer les élites et lancer mon hyperbole mensongère.
Pendant trop longtemps, un petit groupe dans notre capitale a récolté les avantages du gouvernement tandis que le peuple en a assumé le coût.
L’obsession du complot : des noms, des noms ! Qui est donc ce « petit groupe » ? Et lui, il a fait quoi ? De la philanthropie ?
Washington a prospéré mais le peuple n'a pas eu de part de cette richesse.
Supprimer l’Obamacare et baisser drastiquement l’impôt sur les sociétés ça va aider le peuple, c’est certain.
Les politiciens ont prospéré mais les emplois se sont taris et les usines ont fermé.
Une analyse tout en finesse, à moins que ce soit une extrême synthèse.
L'establishment s'est protégé lui-même mais n'a pas protégé les citoyens de notre pays.
Couche supplémentaire de populisme bas du front, mais une incohérence de taille : c’est avec une équipe de ploutocrates qui a abusé du système qu’il compte protéger son cher peuple.
Leurs victoires n'ont pas été les vôtres; leurs triomphes n'ont pas été les vôtres; et pendant qu'ils festoyaient dans la capitale, il n'y avait guère à célébrer pour les familles démunies dans tout le pays.
Et lui, que faisait-il ? Il forniquait en Russie ! A quel moment a-t-il montré la moindre compassion, la plus petite parcelle d’attention pour ces « familles démunies » ? Quand la voracité se grime altruisme…
Tout cela va changer, ici et à partir de maintenant parce que ce moment est le vôtre: il vous appartient. Il appartient à tous ceux réunis ici aujourd'hui et à tous ceux qui regardent à travers l'Amérique.
Cette journée vous appartient. C'est votre célébration.
Et cela, les Etats-Unis d'Amérique, c'est votre pays.
Vous, vous, vous… tant que vous ne m’emmerdez pas dans la jouissance de mes, mes, mes pouvoirs, sinon…
Ce qui importe vraiment ce n'est pas quel parti contrôle notre gouvernement mais si notre gouvernement est contrôlé par le peuple.
Et JE suis le peuple.
Le 20 janvier 2017 restera dans les mémoires comme le jour où le peuple dirige à nouveau la nation.
Ça va être étroit la Maison-Blanche pour 320 millions d’Américains.
Les hommes et femmes oubliés de notre pays ne seront plus oubliés. Tout le monde vous écoute maintenant.
Tout le monde écoute tout le monde : vous, toi, moi, nous, eux... La surdité serait parfois préférable.
Vous êtes venus par dizaines de millions faire partie d'un mouvement historique, tel que le monde n'en a jamais vu.
La fameuse « hyperbole réaliste » : le candidat le plus fabuleux, l’élection la meilleure, le Présidentissime de tous les présidents passés et futurs… Gâtés ces Américains !
Au cœur de ce mouvement, réside une conviction fondamentale: celle qu'une nation existe pour servir ses citoyens.
Je croyais que c’était à l’Etat de servir la nation. « Bonjour Madame la Nation, m’sieur Trump m’a dit d’m’adresser à vous : un cheeseburger, please ! »
Les Américains veulent de bonnes écoles pour leurs enfants, des quartiers sûrs pour leurs familles et de bons emplois pour eux-mêmes. 
Ajoutons, dans l’ordre des priorités : un beau garage pour leur maousse automobile qui pollue comme il faut, une niche sensas pour leur chien, une femme superbe pour leur braquemart…
Ce sont des revendications légitimes et raisonnables pour un public juste.
Suis-je légitime en ayant été élu avec presque trois millions de voix de moins que la candidate démocrate et en ne cumulant que 40% d’opinion favorable au premier jour de mon mandat ? Suis-je raisonnable en tweetant toutes les saloperies que j’ai tweetées ?
Mais pour trop de nos concitoyens, une réalité différente existe: mères et enfants sont piégés dans la pauvreté de nos quartiers défavorisés; des usines délabrées sont essaimées comme des pierres tombales dans le paysage de notre nation; un système éducatif, plein d'argent, mais qui laisse nos jeunes et beaux étudiants privés de savoir ; et le crime, les gangs et la drogue qui ont volé tant de vies et spolié notre pays de tant de potentiel non-réalisé.
La touche lyrique pour des Etats-Unis qu’on dirait tout droit sortis du tiers monde.
Ce carnage américain s'arrête ici et maintenant.
Je vous propose, à partir d’aujourd’hui : la vulgarité, l’incohérence, l’irascibilité, le machisme, le racisme, le chaos… pour commencer.
Nous sommes une nation et la douleur des autres est la nôtre. Leurs rêves sont nos rêves; et leurs succès seront notre succès. Nous partageons un cœur, une patrie et un glorieux destin.
Sortez vos mouchoirs…
Le serment de fonction que je viens de prononcer est un serment d'allégeance envers tous les Américains.
Chiche !
Pendant des décennies, nous avons enrichi l'industrie étrangère aux dépens de l'industrie américaine; subventionné les armées d'autres pays tout en permettant le très triste appauvrissement de notre armée; nous avons défendu les frontières d'une autre nation tout en refusant de défendre les nôtres; et dépensé des milliards de milliards de dollars à l'étranger pendant que les infrastructures de l'Amérique se sont délabrées et abimées.
Le masochisme national, j’irai le butter jusqu’au fond des chiottes, comme dirait mon Poutinou. Nous, nous, nous d’abord ! Je surtaxe toutes les importations : tant pis si l’Américain modeste doit payer trois fois le prix de l’ancien système. Dépenser pour nous, nous, nous… Chacun chez soi, chacun pour soi, les non-Américains derrière le mur ! L’humanité vient de faire un grand pas !
Nous avons rendu d'autres pays riches alors que l'abondance, la force et la confiance de notre pays ont disparu de l'horizon.
Les Etats-Unis auraient investi massivement dans d’autres pays sans que ça leur rapporte ?
Une par une, les usines ont fermé leurs portes et quitté nos rives sans même une pensée pour les millions et millions de travailleurs américains laissés sur le carreau.
Retour en force des industries du textile aux Etats-Unis… Chaussettes et culottes dix fois plus chères : ça va leur plaire aux consommateurs-citoyens puisque ce sera du « maaade in USA ! I am… maaade in USA ! ». Voilà comment pallier l’absence de stars à mon investitrump…
La classe moyenne a été privée de son patrimoine qui a été distribué à travers le monde.
J’en suis le plus bel exemple : je ramasse tout et j’emmerde la classe moyenne qui n’est bonne qu’à m’élire. Merci la classe moyenne !
Mais cela appartient au passé. Et maintenant, nous ne regardons que l'avenir.
Un mandat pour regarder l’avenir : c’est con, mais plus on tente de s’en approcher, plus il s’éloigne… Y a comme un problème !
Nous nous sommes retrouvés aujourd'hui et nous décrétons, pour être entendus dans chaque ville, chaque capitale étrangère et dans chaque lieu de pouvoir, qu'à compter d'aujourd'hui une nouvelle vision prévaudra dans notre pays: ce sera l'Amérique d'abord et seulement l'Amérique. L'Amérique d'abord.
Et nous, et nous, et nous, voilà la grande avancée trumpienne. Qu’on se le dise : tout pour nous, rien pour les autres. Gnathon-Trump sacrifierait bien l’ensemble des dérisoires âmes non-américaines contre l’assurance divine que chaque Américain puisse s’empiffrer deux fois plus.
Chaque décision sur le commerce, les impôts, l'immigration, les affaires étrangères sera prise pour le bénéfice des familles et des travailleurs américains.
Chaque fois qu’un des membres de mon gouvernement fera la culbute financière pour ses affaires avec des conflits d’intérêts d’une puissance inégalée, ce sera d’abord, évidemment, pour le bénéfice de ceux de nos concitoyens qui suent pour gagner trois dollars l’heure.
Nous devons protéger nos frontières des ravages des autres pays fabriquant nos produits, spoliant nos entreprises et détruisant nos emplois. La protection conduira à une grande force et prospérité.
Je combattrai pour vous de toutes mes forces et je ne vous laisserai jamais tomber.
Pour résumer : détruisons les pays étrangers, spolions leurs entreprises et fabriquons tout sur notre sol sacré, nom de dieu !
L'Amérique va recommencer à gagner, à gagner comme jamais auparavant.
Peut-être simplement un champion de la méthode Coué.
Nous ramènerons nos emplois. Nous reconstruirons nos frontières. Nous regagnerons notre prospérité. Et nous retrouverons nos rêves.
Des rêves à très haute valeur ajoutée : que ça jute de bénefs, qu’on croule sous le bonheur monétarisé, qu’on s’étouffe de prospérité bien gluante…
Nous construirons de nouvelles routes, autoroutes, ponts, aéroports, tunnels et voies ferrées à travers notre merveilleux pays.
Et s’il reste un peu d’huile de coude, on lancera un gigantesque chantier de construction des plus belles, des plus spectaculaires latrines pour chacune de nos villes, même les plus reculées, même les plus perdues au milieu du fabuleux nulle part américain. Des latrines, comme il n’en a jamais existé.
Nous extrairons notre peuple de l'aide sociale pour le mettre au travail, rebâtissant notre pays avec des bras américains et du labeur américain.
Pour ceux qui ne veulent pas en branler une, ce sera le camp de travail illico !
Nous allons suivre deux règles simples: acheter américain et embaucher américain. 
Allez ! deux autres en plus, c’est ma tournée : chier américain, virer américain !
Nous rechercherons l'amitié et la bonne volonté des autres nations du monde mais nous le ferons avec l'idée que c'est le droit de tout pays de mettre ses propres intérêts en avant.
Chacun chez soi, la loi du plus fort pour nous : tu la fermes amicalement, sinon c’est notre poing nucléaire dans ta gueule !
Nous ne cherchons pas à imposer notre mode de vie mais plutôt à le rendre éclatant comme un exemple à suivre.
Faut suivre : chacun chez soi, on fabrique tout chez nous et, en plus, on diffuse notre modèle à tous les autres. Du protectionnisme universaliste en somme. « Tais-toi quand tu parles », comme disait le père du grand Duduche !
Nous renforcerons nos vieilles alliances et en forgerons de nouvelles et unirons le monde civilisé contre le terrorisme islamique radical, que nous allons éradiquer complètement de la surface de la Terre.
Voilà un objectif qu’il est bon… mais pas un peu utopique, Donald ? T’avais même dit en trente jours, je crois…
Le fondement de notre politique sera une totale allégeance aux Etats-Unis d'Amérique et grâce à notre loyauté au pays, nous redécouvrirons la loyauté envers les uns les autres.
Hey ! vous ! les autres pays ! vous nous mangez dans la main bien gentiment et on sera loyal, sinon…
Quand vous ouvrez votre cœur au patriotisme, il n'y a plus de place pour les préjugés.
Mais quand vous vendez votre âme au nationalisme, il y a encore plus d’espace pour les apriorismes.
La Bible nous le dit "qu'il est bon de vivre quand le peuple de Dieu vit ensemble dans l'unité".
Elle dit aussi : tu ne mentiras point, tu ne feras pas d’impureté, tu ne désireras pas injustement le bien des autres… On rappelle ta biographie Donald ?
Nous devons nous exprimer franchement, discuter nos désaccords honnêtement mais toujours rechercher la solidarité.
La solidarité du coup de massue pour tous ceux qui n’auront pas rallié notre position.
Quand l'Amérique est unie, on ne peut absolument pas l'arrêter.
Le rouleau compresseur, « maaade in USA ! »
On ne doit pas avoir peur, nous sommes protégés, et nous serons toujours protégés.
Le bouton rouge, c’est moi, désormais, alors tenez-vous à carreau.
Nous serons protégés par les grands hommes et femmes de notre armée et de nos forces de sécurité, et surtout, nous sommes protégés par Dieu.
Ouf, il nous a évité : le prochain dieu, ce sera moi !
Enfin, nous devons voir grand et rêver encore plus grand.
Ça va en faire des séances de psychanalyse quand tout ce beau monde aura déçu.
En Amérique, nous comprenons qu'une nation n'est vivante que dans l'effort.
Et surtout dans les forts, les très très forts : moi et moi !
Nous n'accepterons plus des hommes politiques qui parlent et n'agissent pas, tout le temps en train de se plaindre sans jamais rien faire.
Il fallait bien tenter d’égratigner son prédécesseur.
Le temps des paroles creuses est fini. Maintenant, c'est l'heure de l'action.
…et de la pensée creuse qui fait résonner les aberrations.
Ne laissez personne vous dire que cela ne peut pas être fait. Aucun défi n'est assez grand pour le cœur, la combativité et l'esprit de l'Amérique.
Et si quelqu’un vous le dit, éradiquez-le !
Nous n'échouerons pas. Notre pays va être florissant et prospérer à nouveau.
Heu, je crois qu’on a compris… Tout le pays il est grand, tout le pays il est florissant !
Nous sommes à l'orée d'un nouveau millénaire, prêt à dévoiler les mystères de l'espace, à libérer la terre des fléaux et à exploiter les énergies, les industries et technologies de demain.
Pas modeste le gars ! Je vais vous l’empuantir votre millénaire. On se souviendra de mon sublissime passage à la Maison que j’aurai rendu encore plus Blanche que blanche jusqu’au-delà de l’univers…
Une nouvelle fierté nationale va animer nos âmes, élever nos regards et guérir nos divisions. Il est temps de se remémorer ce vieux dicton que nos soldats n'oublieront jamais: que l'on soit noir, métis ou blanc, le même sang patriote court dans nos veines, nous jouissons tous des mêmes libertés et nous saluons tous le même grand drapeau américain.
Ça, c’est pour faire oublier ses papouilles au Ku Klux Klan…
Et qu'un enfant soit né dans la banlieue de Detroit ou dans les plaines balayées par les vents du Nebraska, ils regardent tous le même ciel la nuit, leur cœur est plein des mêmes rêves et ils sont habités du même souffle de vie du Créateur tout-puissant.
On en pleurerait… Le Trump humaniste est-il né ?
Ainsi, à tous les Américains, dans chaque ville, qu'elle soit proche ou lointaine, petite ou grande, d'une montagne à l'autre, d'un océan à l'autre, entendez ces mots: vous ne serez plus jamais ignorés.
Je vous ai à l’œil, mes chers Américains…
Votre voix, vos espoirs, et vos rêves vont définir notre destinée américaine. Et vos courage, bienveillance et affection nous guiderons tout au long du chemin.
… qui sent la noisette…
Ensemble nous allons rendre à l'Amérique sa force. Nous allons rendre à l'Amérique sa prospérité. Nous allons rendre à l'Amérique sa fierté. Nous allons rendre à l'Amérique sa sécurité. Et oui, ensemble, nous allons rendre à l'Amérique sa grandeur.
Quel sens du marketing politique, un petit rappel de son slogan électoral pour finir. Du grand art !
Merci, Dieu vous bénisse et que Dieu bénisse l'Amérique.
… et qu’il m’évite, surtout, de faire trop de conneries. Signé : un tweeter compulsif.


12 janvier 2011

Transparence ? Transe bientôt rance !

J’ai profité des fêtes de fin d’année pour plonger dans les dizaines d’articles du Monde consacrés aux câbles diplomatiques recélés par WikiLeaks. Au contraire de ce qu’une foule haineuse escomptait, les États-Unis n’ont pas les coulisses de politique étrangère si breneuses que cela. Leur souci premier : la stabilité dans le respect des droits de l’homme. Pas sûr que cet objectif eût été visible dans les officines diplomatiques de nombreux autres pays prétendument démocratiques… et ne parlons pas de la terrible moisson qu’aurait permise les risques bien plus conséquents pris par des fuiteurs sis dans des nations autocratiques, la majorité de ce qu’on désigne sous la bisounours expression « communauté internationale ».

Sans doute ce qui explique la réaction des officiels d’Iran qui voient dans cette opération transparence la main manipulatrice du Satan américain : Assange en faire-valoir de l’hyperpuissance… Les dirigeants perses n’en sont pas à leur première contradiction.

Ce qu’il n’y a pas, dans ces 250 000 documents mis sur la place publique mondiale, c’est le fantasme conspirationniste de tous ces internautes en mal de défoulement anti-américain. Aucune volonté d’hégémonie autre que la protection normale des intérêts d’une grande nation. Le reste relève plutôt des caniveaux de Gala, Voici et compagnie. Quel intérêt pour la marche du monde de connaître l’intime jugement de diplomates sur les dirigeants de nations alliées ? Cela a-t-il eu un impact sur le devenir des relations en cours ? Pas le moindre… 

En revanche le projet WikiLeaks aura un effet : rendre bien plus opaque et hermétique la géopolitique déclinée par nos gouvernants. La transparence intégrale acclamée par tous ces internautes anonymes, lesquels n’ont d’ailleurs même pas l’honnêteté de se l’appliquer à eux-mêmes en signant les outrances de leur véritable identité, se résumera à quelques parcelles dénichées au sein des plus perméables sites, de plus en plus rares au fil des années. La glasnost diplomatique n’aura pas lieu et les relations internationales s’en trouveront encore plus convenues, moins naturelles, hantées par le risque de fuite.

On peut enfin s'interroger sur la motivation du fuiteur, un soldat désœuvré. Cela serait-il arrivé sous la présidence Bush ? N'y a-t-il pas l'inavouable objectif de déstabiliser un peu plus la gouvernance Obama, bien moins respectée dans les cénacles militaires rigoristes ? Le plus ironique serait que la taupe nourricière des chantres de la transparence ne soit rien d'autre qu'une petite saloperie humaine aux relents racistes. Un attelage qui serait bien en phase avec cette tambouille hypertrophiée. Mais je déraisonne, sans aucun doute...

18 avril 2010

Prose vagabonde

Lyon m’a accueilli voilà plus de dix ans et sa dimension comble mes choix de vie. Cette ville favorise mon souffle indigné pour croquer les malfaisants, qu’ils sévissent dans les cités concentrationnaires ou sur les marchés financiers. Alors voilà : j’affiche mon ancrage dans ce tissu urbain aux proportions aérées pour mieux fustiger à tout va dès qu’un effluve incommode, sitôt qu’une pestilence s’impose.

Quoi donc dans l’actualité de ces dernières semaines ? Moscou se fait éclater ses profondeurs métropolitaines par deux donzelles à la tenue explosive. Obama et Sarkozy se léchouillent pour la galerie médiatique. La Justice française refait son coup tordu du responsable-mais-pas-coupable inspiré par l’absoute Georgina Dufoix : Total s’en brosse les pognes. Les FARC, Fieffés Abrutis au Ramdam Criminel, libèrent, mais au goutte-à-goutte. Bayrou persiste et signe son arrêt de mort politique : ses rares proches encore convaincus (comme la Cunégonde qui veut du fromage…) bichonnent leur trou d’autruche. La baballe footballistique emmerde toujours autant et donne matière fécale aux échanges nourris sur le zinc. Le Vatican cumule les déviances : il se voile la face et cadenasse sa Maison close, espérant que l’on compatisse au calvaire de ses membres pédomanes (selon le plus juste vocable proposé par l’inspiré Odon Vallet).

Laissons cette écœurante tablée de mets blets. Irrésistible envie d’écouter Albert Dupontel : propos à rebours des ambiances lénifiantes et crétinisantes du moment (quoique cette période vaille les autres, ni plus ni moins). Rare dans les médias, il confie ne pas supporter les instants de promotion d’œuvres réalisées. Une intelligence vive d’écorché indomptable, ne s’économisant pas dans l’autocritique, désespéré par l’inéluctable mort comme horizon d’existence. Entre angoisse et dérision, une humanité qui nettoie des postures moulées pour se fondre dans des communautés formatées.

Ma liberté, c’est de ne pas vivre de mon art. Rester sans pression autre que l’irrépressible besoin d’exprimer, de ferrailler contre les pseudos révolutionnaires qui se cachent sous de protecteurs pseudonymes, de dire au risque de se contredire et de ne pas tenir dans les cases idéologiques attendues. Ni droite, ni gauche, ni écolo, ni pollueur crado : modeste observateur qui laisse croître sa conscience d’un système en sursis. Un modèle qui se cherche, de sales réflexes qui résistent, d’obscènes dérives qui recommencent…

Bruno Sachs trimballait son insoignable maladie. Goldman fait mieux : Sachs la maladive empuantit l’alentour ! Une frénésie feutrée pour cumuler les culbutes financières, surtout lorsque les pratiques, pour y parvenir, se torchent avec les principes de base d’une vie respectueuse de la collectivité. Ce symbole de l’hypertrophie financière, que les États ne peuvent laisser s’effondrer sous peine d’un chaos sans retour, cultive l’impunité des voyouteries de luxe. Jouer sur tous les tableaux, contrôler ses adversaires et ses apparents compères pour mieux les pressurer le moment venu, siphonner toutes les sources de profits pour maximaliser sa puissance… N’y a-t-il pas là une nouvelle forme de crime contre l’humanité ? Point de sang versé, nulle intention d’éliminer telle section de la population, mais un ensemble de stratégies captatrices qui font risquer au système économique mondial d’imploser avant de laisser émerger de nouvelles barbaries.

En septembre 2009, Guillaume Durand faisait témoigner l’ancien trader Kerviel : ses arguments et son apparente sincérité tracent la salauderie d’une hiérarchie qui l’a sacrifié dès que l’emballement de ses positions a pris le mauvais sens. Vertigineux et insensé Casino avec l’argent des déposants. Le terme qualifiant l’activité des banques sur les marchés n’est pas d’un loufoque pamphlétaire comme moi, mais de Peyrelevade, ancien président du Crédit lyonnais. Tout ce que je dénonçais dans le Coup de pouce… dans l’cul suivi du Doigt bancaire profondément placé est confirmé par un des principaux acteurs qui a poussé au bout l’attente vorace de ses supérieurs avant de se faire lyncher dès que les vents du flouze facile se sont déréglés. Pour les cinq milliards de pertes mis sur sa tête, résultant de cinquante milliards de position, il laisse entendre que la Société générale aurait gonflé sa descente pour mieux dissimuler de plus interlopes pertes.

Tiens ! Une curiosité : notre belle banque française au Poupouce averti aurait fricoté avec la maladive Sachs qui infecte tout ce qu’elle convoite.

Les années s’écoulent, le témoignage se cabre, les relations s’étiolent, me confortant dans une indifférence attentive. Rien pour soulever une adhésion sans borne. Fini la naïveté du converti.

30 août 2009

Prière de rentrer… sans croire

Le vent de fraîcheur sur les bords du Rhône signe la fin d’une saison estivale. Progressif retour à l’actualité. Aucune source de réjouissance : poursuite des petites batailles sanglantes pour le pouvoir au cœur des nations instables, affaiblissement des projets de démocratie pour l’Irak et l’Afghanistan, enlisement inexorable du volontarisme d’Obama malmené par des conservateurs revigorés, imperturbable reprise des obscénités financières, autarciques gesticulations de l’opposition politique en France, frénétiques propositions d’un Exécutif en cours d’exécution populaire, le tout en évitant d’invectiver les déprimants protagonistes avec des postillons chargés en H1N1.

Changement de décor : l’ombre apaisante au bord du lac Tête d’Or. Ensemble de coins familiers qui atténuent mes plongées récurrentes.

Nature impassible, combien ton contact épiphénoménise les fracas mis en scène puis entretenus. S’alléger un peu des empesées religions qui handicapent l’âme et obstruent l’esprit ; déposer les armes doctrinales aux sueurs excessives, donc suspectes ; purger les sens des perceptions hâtives pour recouvrer les frémissements initiaux, la part d’émerveillement qui grise. Assumer, surtout, ses contradictions dans l’instant et dans le temps comme le gage d’un rapport sain au monde. 

Ainsi, mon regard sur l’incandescent Bloy, encensé sans modération sur la base de quelques lectures isolées et par une séduisante musique entretenue qui allait jusqu’à tourner en dérision le jugement sans appel de Léautaud.

Bloy devant cochon, 1911

« Faux bonhomme », Léon Bloy ?
L’abondance diariste, même dans sa version épurée par l’auteur, impose un fond beaucoup moins attractif. Des fulgurances littéraires, oui, une singulière approche des gens et des choses, sans un doute. La traque des travers du contemporain inutile pour sa survie orchestrée : moins séduisant atour lorsqu’il se combine à une mendicité revendiquée qui rend l’imprécateur obséquieux pour son objectif à durée très déterminée. Passer outre ses surdoses religieuses pour louer le génial vociférateur ne doit pas occulter l’étiolement d’une parole rongée par un culte exacerbé, un petit air d’intégrisme… Croire à un dieu, c’est un peu laisser mourir sa capacité à transcender sa nécessité mortelle, son existence unique sans prolongation divine, c’est entériner l’explication de facilité, se contenter du confort des jalons d’un autre chose pour notre sort scellé. Croire pour ne pas voir…

Les mythologies grecques et romaines nous font aujourd’hui sourire, mais nous voilà encore si sérieux, si définitifs lorsque se profile le monothéisme. L’unicité du dieu rendrait-elle notre esprit monolithique, incapable d’une souple remise en question que requiert la lucidité minimale ? Les leurres envahissent déjà tellement nos existences qu’il faudrait éviter de s’encombrer en plus du religieux… pour les siècles des siècles !

18 janvier 2009

Paroles de "Palisraéniens"

Rester terré dès que la menace pèse. Pour nous, simples civils, ça ne va pas au-delà de cela. Soixante ans de tressaillements morbides… une vie d’homme, d’un côté comme de l’autre. Pourquoi devrait-on, en plus, s’obstruer l’esprit par la haine de l’autre, celui d’en face, notre voisin, qui lui aussi doit se protéger dès que ça gronde ou que ça siffle ?


Cette terre sublime, paradisiaque au sens originel, nous l’avons truffée, dans le temps et dans l’espace, de zones infernales : atrocités, corps en charpie, déshonneur humain de s’attaquer ainsi à l’autre… Notre faute ? Nous avons suivi, sans rechigner, les dérives des meneurs en place, des agitateurs de la discorde, de la voie idéologique, de la crispation sur son propre intérêt sans percevoir que le plus prégnant des impératifs est de satisfaire les aspirations légitimes de ceux d’en face pour assurer la pérennité de nos propres attentes, au bout du compte si proches les unes des autres… un peu de reconnaissance, est-ce illusoire ? En attendant je me cache, je n’ai que cela à faire, le temps que ça passe…


Pourquoi faut-il que ceux qui veulent tenter la voie de la paix, en allant au-delà des cadavres, des destructions et des malheurs engendrés, réalisme douloureux mais nécessaire quel que soit le moment choisi pour tourner la page mortifère, soient tôt ou tard écartés, bâillonnés voire éliminés par les boutefeux, par ceux qui s’enivrent du sang de l’autre versé quitte à produire, de facto, l’horreur dans son propre camp ? Vu de haut, vu de loin… quelle terrible absurdité ce dialogue de sourds où le bruit des armes et des explosions nous fait perdre la faculté d’écouter l’autre. Absurde à en pleurer toutes les larmes de son corps… oui mais voilà, je suis là, immergé dans cette terre violentée… et ma pauvre existence en sursis ne peut qu’espérer un miracle humain : que, de part et d’autre, la lucidité l’emporte ou qu’un dirigeant, venu d’ailleurs, parvienne à convaincre qu’il faut changer, que le revirement doit s’imposer…



Moi aussi, dans mon trou, j’ai fait un rêve… A l’heure où un métisse va prendre les destinées de la première puissance mondiale dans la tourmente, l’époque est opportune pour un électrochoc salutaire…


Je songe à nos voisins de Méditerranée, ces Français qui, six ans seulement après la fin de l’horreur absolue de la Seconde Guerre mondiale et de l’évidente haine totale éprouvée envers les Allemands, ont appelé, par la voix de Robert Schuman, à dépasser ce gouffre des consciences hostiles en construisant ensemble. Comme un modèle… nous avons attendu dix fois plus longtemps pour faire ce pas… n’est-il pas urgent d’y songer ? Simple, si simple à invoquer, même la peur de crever au ventre, si monumental à réaliser…

04 novembre 2008

La Baraka des USA : Obama !


Bonne chance à cette Amérique qui se redécouvre

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Attractive pour laisser libres ses aspirations.
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Rendons hommage au pays qui s’ouvre
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A l’élan le plus improbable pour nos générations :
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Croire au changement d’ère après cette
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Kaléidoscopique campagne pour victoire nette.

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Osons nous inspirer de ce nouveau départ
*****
Bénéfique malgré la kyrielle d’épreuves à l’horizon :
*****
Aride récession, interminables conflits, horreurs sans fard,
*****
Mais, aujourd’hui, un charismatique ton de saison.
*****
A nos grand-mères, en émotion : il n’est pas trop tard !