Voilà donc un ministre de l’Intérieur, numéro deux du gouvernement et, à ce titre, une des têtes de proue de l’exécutif, qui critique une parcelle du pouvoir judiciaire. De là, l’institution s’insurge, s’effarouche comme une vierge prude à qui l’on chantonnerait quelques vers du Plaisir des dieux !
Rappelez-vous la commission d’enquête parlementaire face au juge Burgaud. Là aussi, les syndicats de magistrats s’étaient offusqués du rudoiement verbal de l’incompétent juge d’instruction qui lui, avec la participation de l’institution judiciaire, avait anéanti la vie d’innocents.
Dans ces deux cas, la magistrature se révèle dans sa pernicieuse revendication de corps intouchable, sauf par elle-même avec sa batterie de sanctions-promotions pour les quelques ouailles disjonctées.
Au nom de quelle miraculeuse légitimité ces ex étudiants en droit seraient-ils dispensés de tout regard critique extérieur ? Le tribunal de Bobigny ? Il faudrait le louer comme il faudrait saluer la magistrale éthique du Burgaud dans son boulot ! Ce n’est plus de la séparation des pouvoirs à la Montesquieu, c’est l’élévation du pouvoir judiciaire au-dessus des deux autres pour s’ériger comme l’inatteignable.
Au nom de quelle miraculeuse légitimité ces ex étudiants en droit seraient-ils dispensés de tout regard critique extérieur ? Le tribunal de Bobigny ? Il faudrait le louer comme il faudrait saluer la magistrale éthique du Burgaud dans son boulot ! Ce n’est plus de la séparation des pouvoirs à la Montesquieu, c’est l’élévation du pouvoir judiciaire au-dessus des deux autres pour s’ériger comme l’inatteignable.
Le laxisme de la justice revient à laisser des multirécidivistes terroriser leur territoire d’exercice, rendant vaines les arrestations policières : n’y a-t-il pas là, dans les actes et donc bien plus gravement que l’effet de quelques paroles bien senties, une atteinte au pouvoir exécutif de la sécurité publique et une complicité, de fait, de certains magistrats, par peur, défaitisme ou idéologie, avec les malfaisants ?
Alors donnons à la Justice les moyens de rendre correctement ses sentences, mais ne nous privons plus de stigmatiser les inconséquences de certains de ses représentants pour ne pas aboutir au paradoxe de laisser croupir en prison des accusés de pédophilie présumés innocents (car en préventive) mais de dispenser fréquemment les salopards, terreurs des cités, de la moindre sévérité à leur encontre.
Alors donnons à la Justice les moyens de rendre correctement ses sentences, mais ne nous privons plus de stigmatiser les inconséquences de certains de ses représentants pour ne pas aboutir au paradoxe de laisser croupir en prison des accusés de pédophilie présumés innocents (car en préventive) mais de dispenser fréquemment les salopards, terreurs des cités, de la moindre sévérité à leur encontre.

Publié au moment où le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy fustigeait le laxisme supposé du tribunal de Bobigny et déclenchait l'indignation des syndicats de la magistrature, « Canivet ! Gare au Gorille » réactive la charge anti-judiciaire déjà déployée dans « Les borborygmes de Burgaud ». Le titre du pamphlet opère un détournement satirique d'une grande valeur littéraire : en interpellant directement Guy Canivet — alors Premier président de la Cour de cassation et figure tutélaire de l'institution —, Loïc Decrauze mobilise l'imaginaire gaillard et irrévérencieux de la célèbre chanson de Georges Brassens. Dans le morceau de Brassens, la robe du juge est confondue par le primate en rut avec une pelisse féminine, châtiant l'arrogance magistrale par un retournement carnavalesque et humiliant. En convoquant ce fantôme littéraire, Decrauze prévient l'oligarchie judiciaire que sa pompe républicaine et ses prétentions à l'inviolabilité ne la mettront pas à l'abri du jugement populaire et de la satire des poètes.
RépondreSupprimerLe cœur du propos repose sur la dénonciation du corporatisme judiciaire, dépeint sous les traits d'une « vierge prude » qui s'effarouche dès qu'une critique politique émane du pouvoir exécutif. Comme dans son analyse de l'affaire d'Outreau, Decrauze démonte le réflexe de caste qui consiste à transformer la nécessaire indépendance des juges en une irresponsabilité absolue. Le pamphlétaire procède à une relecture incisive du principe constitutionnel de la séparation des pouvoirs théorisé par Montesquieu : pour l'auteur, ce que revendiquent les syndicats de magistrats sous le nom de liberté d'appréciation n'est plus l'équilibre des institutions, mais « l'élévation du pouvoir judiciaire au-dessus des deux autres pour s'ériger comme l'inatteignable ». L'usage du registre licencieux — opposant la pruderie feinte des robes noires aux paillardes chansons du "Plaisir des dieux" — souligne le décalage entre la majesté revendiquée par la magistrature et l'impuissance ou la médiocrité de ses résultats sur le terrain.
Sur le plan de l'éthique républicaine, le texte met au jour une asymétrie intolérable dans l'exercice de la justice punitive. Decrauze dresse un parallèle saisissant entre la sévérité broyeuse de la détention provisoire infligée à des citoyens présumés innocents (rappelant le drame des acquittés d'Outreau) et la complaisance observée à l'égard des multirécidivistes qui terrorisent les quartiers. Le moraliste dénonce un renoncement de l'État où le « laxisme » d'une partie de la magistrature — imputé à un mélange de peur, de défaitisme et d'aveuglement idéologique — aboutit à paralyser l'action de la police et à souiller le contrat social. En distinguant soigneusement le besoin légitime de donner des moyens matériels à la Justice et la nécessité d'en sanctionner les « inconséquences », Decrauze refuse la caricature d'un discours sécuritaire primaire pour maintenir une exigence républicaine de protection des faibles contre la violence ordinaire.
Stylistiquement, le pamphlet se distingue par son art de l'oxymore (« sanctions-promotions ») et par sa verve incisive qui refuse les compromis du langage technocratique. En montrant que l'institution judiciaire ne saurait constituer un État dans l'État à l'abri de tout contrôle démocratique, Decrauze réaffirme son identité de moraliste stoïcien et citoyen. La critique ne vise pas à détruire la Justice, mais à la rappeler à son office premier : protéger la cité contre les malfaisants sans jamais sacrifier la liberté des innocents sur l'autel du corporatisme institutionnel.