17 août 2010

Viser la tête !

Vingt ans d’écriture, depuis la Guerre du Golfe. Extraits d' "Abécédaire d'un pamphlétaire au fil du temps"  (l'intégralité se trouve ici) :

A comme Amants enlacés, tableau de Klimt
Phagocytose plus ou moins digérée de deux humanoïdes en rut. (1996)

B comme Betancourt (Ingrid)
Otage héroïque dont l’entendement a vite décliné après sa libération. Dès qu’on lui présentait l’acronyme F.A.R.C., elle s’écriait : « Flouze A Réclamer Comptant ! ». (2010)

C comme Camarde (La)
A l’enterrement de Gide, et notamment lors de la vue du corps, Paul Léautaud ne peut retenir ses larmes : sincère chagrin pour la disparition de son confrère d’écriture ou conscience accentuée du temps qui passe et de sa fin prochaine ? Le temps des moissons de la Camarde dans nos contrées affectives doit être particulièrement angoissant lorsque notre moment d’être fauché s’approche. Je pressens ce que seront ces années canoniques, si j’y parviens : les remontées nostalgiques, les regrets de l’irréalisé, le sentiment de ne pas avoir embrassé à plein chaque seconde et, peut-être, la sérénité de s’inscrire dans une histoire collective, au-delà de soi. (2002)

D comme De Gaulle (Charles)
Général ayant connu des débuts difficiles, notamment par une difficulté extrême à se faire entendre des Français : quatre terribles années pour son Appel et douze ans pour son discours de Bayeux. Lui, au contraire, a parfaitement compris les démons de son peuple : une épuration, mais pas trop longtemps, une décolonisation, mais pas trop vite, la chienlit, non ! Le gaulliste demeure encore aujourd’hui le déguisement préféré de nos politiques. (2010)

E comme Elephant Man
L'œil gauche tendance flou, l'écoulement purulent pointe au coin de la prunelle ; je laisse remonter, comme de petits vomissements mentaux, les vapeurs d'Elephant Man. Mes tendances comportementales, sous une carapace à peu près potable, m’assimilent davantage, le temps s'égrenant, au monstre éperdu. Ma face cachée se crispe en terrifiante déliquescence. (1994)

F comme Fesses de femme
Au creux grisant de leur courbure, je goûte au ferme rebondi dont la nature les a dotées. Charnues, oui, nous pouvons l’inscrire. Certes, elles ne m’ont pas encore accueilli jusqu’au tréfonds de leur embouchure, mais j’y parviendrai par l’alliance de la douceur et de la détermination.
La teinte nacrée, la texture de soie chaude, elles ont la discrétion des vierges contrées et la complicité d’adolescentes assoiffées.
J’y exerce mes sens exacerbés jusqu'à l’heureuse perdition : je les mire dans leur frémissement, je les sens brûlantes sous mes phalanges, j’ois leur enchanteur ballottement, j’inspire la fragrance de la raie en ébullition et je reprends des saveurs de leur fraîche rose des vents...
Oui, je l’avoue, je les aime ! (1996)

G comme Gassman (Vittorio)
Emporté par la Parque, il a déjà son éternité assurée dans le patrimoine cinématographique mondial. Toutes ces figures incarnées, une capacité à l’excellence multiforme, deux chefs-d’œuvre me reviennent comme des joyaux : une comédie où il virevolte dans la peau tannée d’un démon déjanté ; dans la teinte dramatique, ce personnage schizophrène entre le mari exemplaire, posé, brillant, de Catherine Deneuve, et l’autre, le fou à la pastèque que l’on cache au grenier et que le neveu découvre dans l’œil de bœuf. Vision saisissante du malade qui tire la langue et se repaît du gros fruit juteux. (2000)

H comme Habache (L’affaire)
Nouvelle embrouille dans l'Etat socialiste. Georges Habache, leader terroriste du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine) est accueilli sur le sol français pour se faire soigner les boyaux de la tête. Version officielle : décision prise par quelques hauts fonctionnaires sur la demande expresse de Georgina Dufoix ; aucun des ministres n'était au courant. La presse, toute excitée, graisse ses caractères, l'opposition charge ses canons, le parti socialiste tortille du fondement, et l'Etat saigne ses lampistes.
La France vient encore de tendre son cul à la scène internationale et de recevoir sa dose en plein dans le mille. Ni première, ni dernière fois. L’inconséquence des hautes instances politiques n'est certes pas nouvelle, mais l'accélération du processus de déliquescence des mécanismes de l'Etat prend un tour inquiétant. (1992)

I comme Internet
Incite à la débauche : bien plus facile de se connecter à un site pornographique (vu ce soir Kaléidoscope qui rassemble des photos dénudées de célébrités francophones (Adjani, Kaprisky, Caroline du Juste Prix, etc.) et étrangères (Demi Moore, différents mannequins…) qu’à un site culturel comme Gallica. Si les photos des stars et vedettes féminines apparaissent assez facilement, l’introduction aux Essais de Montaigne, dans son édition originale, peine à se dévoiler sur l’écran. La numérisation des pages (quinze millions disponibles d’après l’accroche) favorise une rapidité d’exécution mais alourdit considérablement le transfert puisqu’elle fait de textes des images. Résultat : après trois pages demandées successivement (comprenant la couverture et la page de titre), l’ordinateur m’a informé d’un souci technique. Impossible d’aller plus en avant dans Michel de la Montagne. Dépité, je suis retourné renifler les monts mammaires et de Vénus des Béart, Cachou, Winter and Cie.
Voilà comment on fait des obsédés ! (2000)

J comme journalistes
La belle bête Tapie aurait-elle rendu l'âme ? Ce n’est évidemment pas un enfant de chœur aux dentelles catholiques, mais je suis instinctivement porté à me mettre du côté de celui qui est exposé aux charognards médiatiques.
Quel journaliste peut s'arroger le droit de lyncher, d'écharper et d'achever l’agonisant ténébreux ? L’infection de certains milieux de la presse pourrait bien surpasser celle de l'affairiste. (1994)

K comme King (Rodney)
L'impérialisme américain, prétendument détenteur du bonheur de l'homme, en a pris un grand coup dans l'aile depuis quelques jours. Rodney King, homme de couleur s’il en est, se trouve en période de mise à l'épreuve suite à une affaire de vol à main armée. Le bougre ne trouve rien de plus sérieux que de commettre un excès de vitesse. Quatre policiers blancs, en mal de défoulement, profitent de l'occasion pour s'accorder du bon temps : en clair, du tabassage de noir désobéissant. Film amateur de la scène : les policiers se retrouvent comme accusés au tribunal devant un jury blanc et sont acquittés. Ni une ni deux, Los Angeles s'embrase depuis ses quartiers pauvres : l'émeute prend des proportions cataclysmiques. Des morts par dizaines (tuerie par balles, lynchages, incendies) des blessés par milliers, des destructions pour trois milliards de francs (cinq mille bâtiments en cendre) : les p'tits gars ont fait du bon boulot. Bush envoie marines et militaires : le calme revient progressivement. Avant de faire accroire que son pays est le nombril du Nouvel Ordre international, le président américain devrait s’intéresser aux carences éthiques qui minent son pays. (1992)

L comme Liquéfaction
Je me dépassionne de tout ce qui pouvait un chouïa justifier mon existence ou tout au moins me la faire tolérer. Ma phase de liquéfaction s’amorce... (2001)

M comme Maradona (Diego)
Dieu déchu du ballon, il fait un gros pipi bien dopé à la FIFA, histoire d'épicer un peu la ronronnante coupe du monde de football sise aux United States. Aussi doué que le coureur Ben Johnson pour la récidive, passant sans difficulté de l'herbe du terrain à de la blanche en rail, il a été définitivement remercié pour ses fulgurances à la baballe et renvoyé dans sa fumeuse Argentine. (1994)

N comme Nietzsche (Friedrich)
Refuge spirituel de taille avant de laisser mon cérébral pondre ses crottes oniriques. Quelques pages de sa Généalogie de la morale pour creuser les origines des notions du bien et du mal. A la fin de son avant-propos, le penseur allemand doute de la lisibilité de certains de ses écrits, notamment ceux constitués d’une suite d’aphorismes. Il décèle une tare de taille dans la démarche intellectuelle de chacun : l’absence de « rumination » de la pensée ingurgitée. L’aphorisme est la partie conviviale (donc émergée) de l’iceberg dont il faut reconstituer le corps pour en saisir toute l’amplitude et la profondeur. Zarathoustra reste ainsi dans l’ombre pour ses neuf dixièmes. (2001)

O comme Opacité financière
Intervention sans panache du Premier ministre luxembourgeois, celui que d’aucuns voyaient comme possible premier président de l’UE. Juncker vient de carboniser son éventuelle légitimité à ce poste futur, si le fonctionnement institutionnel change un jour.
Sa défense de l’opacité financière de son bout de territoire confine à l’indécence technocratique en ces temps de chaos boursier. Sans doute qu’il peut se permettre la condescendance offusquée puisque l’argent sale, accueilli dans les officines bancaires, dispensera le Luxembourg de toute perdition à l’Islandaise.
Il n’empêche. La France doit-elle perpétuer cette complaisance à l’égard de ses petits voisins (Suisse, Monaco, Luxembourg) ou doit-elle exiger un coup d’arrêt du secret bancaire comme principe et, en cas de refus, rompre tous les accords bilatéraux ? (2008)

P comme Passion amoureuse
Plus belle que jamais dans une petite robe noire à hurler (comme le loup de Tex Avery), toujours aussi fofolle et agréable. Je ne peux expliquer combien sa présence est une extase de tous les instants, elle m’enchante par sa fraîche vivacité, elle m’enivre par sa féminité transpirante. Je voudrais pouvoir ne jamais la quitter un instant, profiter à mille pour cent de chaque moment en sa compagnie. Son effet sur moi ne tarde jamais : le misanthrope renfrogné devient joyeux, festif, drôle voire délirant. Et je la fais rire, ce qui me ravit chaque fois. Si j’avais pu être lié à elle par le sang, par les sentiments réciproques, mon état d’esprit, mon rapport au monde en eurent été bouleversés. Mais, comme souvent, je demeurerai sur la berge. (2000)

Q comme Quête religieuse
Vénalité exercée sous l’emprise de la honte. (2010)

R comme Rabelais
Rabelais, renais ! ils amplifient leur folie : progrès technique sans éthique mine l’âme… (2009)

S comme Soleil
Petit film scientifique sur les secrets du soleil. Magnifique découverte de l’histoire de cette quête de connaissance sur l’astre. Une mise en perspective du colosse en fusion-ébullition qui relativise tout le reste. A ces échelles, l’histoire de la terre, n’abaissons même pas l’angle à l’humaine, n’est qu’un épiphénomène. Quelle beauté saisissante que ces éruptions solaires, ces tempêtes magnétiques, ces forces incommensurables qui se déchaînent. De ce chaos, toujours recommencé, les neutrinos en nombre astronomique permettent la vie.
Une grande leçon de modestie, d’humilité lorsqu’on songe à la fragilité inouïe de notre système solaire et à l’ordonnancement du tout. Si l’humanité avait un tant soit peu l’objectif de perdurer sur une durée infinie, elle devrait s’exiler d’ici un à deux milliards d’années dans un autre système, le nôtre étant voué, après la fin en forme d’apogée du soleil, à devenir une naine blanche. Certes les durées avancées sont hors de l’échelle humaine, et semblent absurdes à évoquer. Il convient au moins de le savoir, ce qui fait la caractéristique de notre condition. Impossible maîtrise, mais conscience du tout. (2000)

T comme Techno (La)
Musique hormonale par excellence, elle provoque des trépidations corporelles. Les décibels flirtent avec les sommets, au point de contraindre le cœur à tressauter au rythme de la mélodie en cours.
Etuve chauffée du jeune monde en transes : on imagine aisément le plaisir paroxystique de l'allumé psychotique déterminé au massacre à la Rwandaise. Les flashes blancs découvriraient quelques viscères au rouge. De la mélodie organique pour fêlé du ciboulot. (1994)

U comme Ubiquité stellaire
Le Bring on the night de Sting sur scène, avec un virtuose des blanches et noires, vous envoie vers l’ubiquité stellaire, des ondes musicales comme un voyage à la vitesse des sens, tous azimuts, sans limite, inénarrable décollage vers les cimes de l’impro, chef d’œuvre incarné des élancements rythmés. (2008)

V comme Vengeance
Ce matin, dans la pommeraie, nous découvrons la piscine éventrée par des branleurs de seconde zone. La rage nous prend au ventre. Des envies d'os brisés et de gueules en sang montent en nous. Nos tripes sont incandescentes.
La sanction sera plus subtile. Après repérage de l'ouverture par laquelle ils se sont glissés, nous la truffons de tessons de bouteilles pour honorer leur prochaine visite. Si intention récidiviste il y a, les chairs tailladées rabougriront ces piètres merdeux. (1991)

W comme Webunivers
Internet ne fait qu’amplifier les divergences, chacun propageant sa conception sur la toile sans jamais s’essayer à comprendre l’ennemi déclaré. Triste farce du « village planétaire », oxymore idyllique que la seule évolution des communications et du transport ne pouvait réaliser. Quoique, si ! bien sûr, c’est un dangereux Clochemerle avec six milliard de villageois qu’ont enfanté les déplacements frénétiques et le webunivers. (2009)

X comme XXIe siècle
Dernières heures de cette année 2001 qui ne nous aura pas offert l’Odyssée de l’espace, mais les abysses barbares. Si on la retient comme l’année d’entrée dans le XXIe siècle avec, pour une fois, conjonction entre la logique numérologique et les aléas historiques, elle se hisse aussi comme parangon des penchants les plus primaires de l’être humain. Pauvre monde englué pour longtemps encore dans ses travers toujours recommencés. La gorgone à deux têtes Bush-Laden n’obéit qu’à deux motivations : dominer et posséder. Du classique depuis les grottes cromagnonnes ! (30 décembre)

Y comme Yougoslavie
Le potage yougoslave m'indiffère totalement. Le scénario ne bouscule pas trop mes tripes. Je n'essaye même pas de retenir les noms barbares des hordes ennemies : aucun Saddam Hussein ne vient, flamboyant, éclairer le sinistre tableau. Les militaires onusiens avaient été priés, par un petit chef perdu, de n'intervenir, avec toute la fermeté d'un bleu, que lorsque les parties ennemies ne se tireraient plus dessus. Sir Fanfan Mité est venu, poitrine tombante en avant, tel un condottière sur son hélico, libérer des forces maléfiques et des mauvais courants l'aéroport de Sarajevo. Rien à faire : ça me fait toujours bâiller. (1992)

Z comme Z.I.
Passage par les zones insalubres d'Aubervilliers : errance des passants, laideur des bâtiments, grisaille générale qui se répand comme une sale peste. (1991)

26 juin 2010

Visez la Tête d'Or !

Rouler en équilibre : le tracé protégé m’y invite. Début de parcours parallèle aux rails, comme l’est le mur d’hommage aux grands noms de la Résistance. Ne pas renoncer, donc, même au prix de ne rien amasser, de se couper des contemporains.

Suivre la piste pour apercevoir, sur la scène d’un terrain vague, le choc entre les extensions urbaines et les cahutes de quelques réfugiés clandestins en sursis. Chaque univers a ses raisons d’être : je passe, indifférent, le vent porteur, l’oubli prématuré.
Cap vers les bords du fleuve, via une artère verte, touffue, qui favorise la sérénité et conforte mes choix. Allégé de l’aliénante automobile, dispensé des transports en commun, j’aiguise ma liberté en délaissant les obsessions collectives : point de permis de conduire, sans goût pour les entassements festifs, rétif aux familiarités bien intentionnées.

Longer le courant et s’inspirer des espaces à parcourir. Une étude récente souligne la capacité des chimpanzés à guerroyer pour étendre leur territoire. Une proximité humaine qui réduit notre évolution à ses volets techniques et artistiques. L’humanisme attendra encore son heure pour élever notre espèce.

La nature au cœur de la ville, j’y suis presque : quelques tours de chaîne, des rayons qui tournoient au bon rythme, un pédalier débridé… Halte première face à l’étendue liquide bordée de touffus aux cimes dansantes. Un qui ne virevolte plus depuis longtemps, c’est l’ankylosé Jean-Luc Hees. Il a rendu son verdict contre le turbulent Guillon étiqueté « petit tyran » à l’instar de son compère Didier Porte. C’est la lourde pour le duo terrorisant. Allez enfiler vos perfidies ailleurs ! Le Val pédale dans la semoule de ses contradictions adoubées par le sphinx Hees à l’honneur ressuscité.

Halte seconde au sein de mon cocon vert favori, entretenu de près, aux atours libres. Alterner l’ombre fraîche et l’astre brûlant : rien pour heurter, un moment bisounours qui me laisse goûter à une nature domestiquée. Protégé par cette palette de verdure, je néglige mes indignations. Un peu de Django Reinhardt pour relativiser ma partition : je concerte en notations minoritaires dans ce tohu-bohu obtus.

Depuis ces terres lyonnaises, je défie ma dernière décennie du Vingtième : errance septentrionale pour une mission d’intérêt particulaire. Au bleu chaud de l’accueillante Lugdunum, se décolorent les accroches passées, les ternes saisons, les poisseuses humidités, le smegma érigé en fine liqueur, les monomanies travesties en vigoureuse idéologie.

Laissons couler et, comme dirait Michel Cymes, vive l’incontinence anale ! Signé : un diarrhéiste, pour vous maudire.

20 juin 2010

Domenech nique, niqué !

Raymond Domenech vient d’être retrouvé pendu au milieu de sa luxueuse suite, ultime acte de cette sordide tragédie. Dans sa poche, une lettre d’insultes : « Fils de pute, ta race on va te la faire bouffer jusqu’aux couilles ! Enculée de balance ! Coach de merde ! Tu vas crever ! » La chasse au traître, préconisée par le capitaine des bleus délavés, désormais rouge sang, s’achève. L’enquête doit déterminer les circonstances du décès.

C’est bien l’entraîneur qui avait osé révéler à sa compagne journaliste les mots doux d’Anelka. A l’affront des insultes, Domenech ne voulait pas ajouter la lâcheté du silence.

Avec cette mort violente, on doit enterrer un système qui a favorisé les salauds aux gros egos surfriqués. Ce groupe n’était qu’un conglomérat d’opportunistes. Ils cultivaient une solidarité de coqs enfiévrés pour le combat interne, certains mettant au cœur de leurs principes l’indigne omerta sur les crasses qui s’opéraient dans cette équipe de rances.

La main baladeuse de Henry, le zob suintant de Ribéry, la sale gueule d’Anelka et désormais la langue pendante de Domenech : l’aventure, non pas jouée mais tristement singée, de l’équipe nationale française se résume à un sommaire puzzle organique à gerber.


Et dire que soixante-dix ans après l’engagement d’un homme cardinal contre une calamiteuse capitulation, notre pays s’agite pour une défaite risible à la baballe. La France de 2010 a le symbole qu’elle mérite : un peu de merde sous un cadavre qui se balance…



11 juin 2010

Terrain d’enjeux

A ce stade avancé des incertitudes, les cages nationales déploient leurs filets clamés protecteurs, rets anesthésiants. Chacun creuse ses déficits : groins revendicatifs comme autant d’excavateurs dans des finances depuis bien longtemps épuisées. Mettre le holà à ces dépenses au-dessus de nos moyens réveillera-t-il l’envie d’un chaos collectif ? De la bouse aux godasses, oui, pour nous, les spectateurs de la tragédie financière. En cœur, l’hymne funèbre !

Choper quelques balles perdues, au rythme d’une partie à vau-l’eau : le match entre puissances nous smashe très loin. Règle universelle : ne pas laisser voir ceux qui sont à portée du gouffre. Les victimes campent toujours hors du jeu des captateurs.

Siffloter en rase pelouse, en fantasmant d’abondants feuillages, voilà la coupe sordide du monde en sursis à siffler jusqu’à sa lie. Nos années molles font le jeu des gredins en veille, prêts à tacler sans distinction les systèmes, les principes et les conventions pour que fructifie le jus crade de leurs affaires.

Reste à regarder jouer la trique du Nord qui ne laissera pas s’évader le fric du Sud. On fait mine d’accorder enfin sa chance au continent exploité, mais on confie les rênes du show à sa nation la moins clairement libérée d’une élite aux tronches pâles.

Le scrogneugneu a fini de faire la fine bouche… lèvres épaisses, enthousiastes face au ballet de gambettes qui s’élancent, contournent, se détournent pour mieux subjuguer la ligne de pieds adverses. La volée de tirs galvanisera un public aux cordes vibrantes. Aller au fond, voilà l’impératif, comme un appel des abysses.

22 mai 2010

En retrait, sans raison

Du provisoire pour une poignée de décennies à goûter : le temps des gourmandises s’ancre pour affûter les sens. Les contrées s’échauffent des grognes de hordes sans illusion. Déchiquète ce qui se risque à portée ! Le hideux ballet des voraces nourrit la glose charriée par le code binaire. Un Net au fonds puant, l’échange frénétique aux nobles intérêts perdus, des décideurs politiques qui voudraient bien… Au diable les religions : du bien monnayable à la Sainte Trinité, via le Mahomet là, bien profond.

Passons le plat de la langue sur cette terre gravillonnée : à endurer comme une flagellation hiératique… dans le tendre giclant de la chair. Fondons sur l’autre pour l’étriper avant sa fatale heure. Quelques barreaux à sucer… Reste coi !

Et pourtant, un autre côté subsiste, en retrait des balises, vers cette brise qui fait chavirer les ramures, tout près du quotidien silencieux, des devoirs accomplis sans fanfare, des protections affectives qui font l’évidence. Ainsi soit le paisible monde.

Voler la cime et se parfaire en intuitions préméditées ; fendre sous le crâne pour mieux faire suinter les corps beaux; s’affranchir du sens jusqu’à révolutionner les barbaries de circuits et de papier ; exhausser les vieux pieux sans volonté empalatoire ni obsession foncière ; rouler – sur – ses contemporains favorise la trace médiatique ; frôler la fin et pourvoir à ses appétits d’arts ; feindre sur la toile du Web d’anonymes défécations, même plus d’ornementales chiures ; je panse à tout va, donc j’essuie, avant, les plaies des bleus charcutés ; limer les tiges de pâquerettes juste pour soulever le cœur… Un signe ? Plein de virgules merdiques, point d’exclamations vivifiantes : l’âtre des latrines burine l’olfactif.

Onirique onanisme de la plume ? Certes… une pointe sans fond, mais encore libre de choisir son puits. Ôte-toi de mes ténèbres, tu m’indiffères !

Texte accepté par le journal Le Monde
(accessible aux abonnés)

03 mai 2010

L’UE au piquet… (d’) exécution !

De sacrés veinards les évaluateurs cornaqués par Fitch Ratings, Moody’s ou Standard & Poor’s. Ce n’est pas de la mauvaise graine, du fumiste à l’occiput rasé de près qu’ils doivent noter. Ils laissent cette ingrate tâche, qui se densifie parfois d’une lame au cœur en représailles, aux enseignants reconvertis en garde-chiourme terrorisés.

Chez ces censeurs-là, on ne fait pas sous soi, non ! On fourre bien profond des nations en perdition. Alors comme ça, d’un coup, une obscure société privée peut faire chuter un pays – Etat et peuple pour le même abyme – simplement par le sordide panurgisme des investisseurs internationaux ! Ce monde se délite, pas de doute !

Avec le cancre de l’UE, celui qui se fait dorer près du soleil, qui n’a que le farniente rémunéré en tête, qui a même trafiqué ses résultats au début de la décennie quatre-vingt du Vingtième pour passer l’épreuve d’entrée, on a du je-m’en-fichiste de premier choix ! Alors on dégrade, hop ! Le comble ? C’est que le bonnet d’âne grec devra payer l’agence qui l’a mis au piquet. Une jouissance en deux temps.


De simples agences de notation pourraient ainsi mettre en pièce la zone la plus pacifiée du globe, après soixante ans d’ambition européenne, au risque d’exacerber les pires réflexes nationalistes des peuples. Et rien, pas l’ombre d’un poing sur la table ou dans la tronche des invisibles censeurs par les dirigeants, soi-disant solidaires, de l’UE.

Alors oui, laxisme grec, portugais et espagnol. Ces Etats dépensent trop. Selon ce critère, la France n’a pas à être épargnée. Dans quelques semaines, mois, années, les mêmes agences pourraient faire joujou avec le triple A de la France : la fin des largesses budgétaires sonnerait. Les investisseurs se détourneraient alors vers de plus juteuses zones et le déficit cumulé ne pourrait être comblé sans d’énormes sacrifices de la population.


Resterait l’Allemagne, et quelques satellites budgétairement exemplaires, pour revendiquer le label UE, telle une coquille vide de sens. Péril à venir pour une construction européenne qu’aucun n’a voulue politique. A ménager les intérêts de chacun, on en a sacrifié la viabilité globale ouvrant la voie aux charognards. On est arrivé à une complexité institutionnelle tournant à vide où chacun des membres n’a comme obsession que de préserver ses intérêts propres.

L’UE volerait alors en éclats pour un retour aux nations accolées pour la rivalité. Mesurera-t-on qu’à l’origine du cataclysme il y aura eu ces quelques sociétés qui auront émis une opinion engendrant un chaos immaîtrisable à court terme.


Faut dire qu’elles avaient une revanche à prendre. Rappelez-vous leur crasse incompétence lorsqu’il a fallu anticiper la gabegie Subprimes… Là, plus de raideur inflexible, mais une suspecte abstention. Aucune impartialité chez les bougres. Des traînées de merde bien puante, ils en charrient des kilos sous leurs godasses vernies. Alerter sur ces produits financiers pourris, c’était se flageller avant l’heure. Ces agences de notation financière globales ont participé, plus ou moins directement, à l’élaboration des modèles de titrisation des crédits hypothécaires à risque. Une culbute financière de plus avant d’aller tirer l’oreille d’Etats qui, eux-mêmes, ont dû, dans l’urgence, colmater le système au bord de la banqueroute explosive. Un tirage du lobe qui ressemble bien plus au supplice du pal pour Papandréou ! Perfides officines qui ont une vertu, par incidence : confirmer l’avancée du délabrement de la construction européenne.

Dimanche 9 mai 2010, vers dix-sept heures, j’aurai une pensée pour les inspirateurs de l’UE. Fêter Schuman, Monnet et leur aspiration commune à une terre européenne enfin pacifiée, oui, vingt-sept fois oui ! Les soixante ans de cet appel fondateur rappelleront à nos esprits en vrac tout le bien-exister qu’on leur doit… même si la belle bête initiale n’a plus de charme pour les peuples toujours enclin au réflexe accusatoire dès que la solidarité européenne leur coûte.

Un hommage mérité donc, mais pour une intention brisée ; un anniversaire en forme d’incantation d’un modèle moribond. Bien plus que le coup de férule de Standard & Poor’s à la Grèce, c’est la navrante tergiversation des membres de cet ensemble qui désespère. Piteux spectacle de dirigeants prêts à laisser tomber un des leurs. Là c’est le triple E pointé !

Faire entrer de nouveaux pays, ça on est doué : performant, glouton, on est, au point même que nos dirigeants d’alors ont ouvert la porte à douze nouveaux copains sans même avoir changé, AVANT, les règles du jeu. Tout confiants, exaltés par l’enthousiasme post 1989 et la volonté aveuglée d’un retour d’ex pays de l’Est dans le giron de l’Europe capitaliste. Inconséquents, concons comme leurs pieds nos dirigeants pour croire au même enthousiasme populaire sitôt les flonflons rangés et le sujet institutionnel à l’ordre du jour. Ah ! le Chirac, quand il en balançait une, l’autre se décrochait ! A force d’animer ses gonades avant d’écouter sa Raison, il a dézingué l’attelage européen.

J’étais pour le Oui à la feue Constitution, mais je n’allais sûrement pas contester la légitimité du débat, tout comme la légalité du refus dans les urnes. C’est la gigantesque connerie du Conseil européen dans le choix chronologique des objectifs qui est à stigmatiser.

Quelques années inutiles suite à cette gourde gestion du planning, puis l’espoir d’un nouvel élan avec le tout nouveau frétillant de l’Elysée. Traité de Lisbonne adopté au forceps, tellement simplifié qu’il en est évanescent à la pratique. Une tartufferie que la crise rend plus grinçante encore à chaque annonce d’une dégringolade économique, financière et aujourd’hui budgétaire.

Un exemple révélateur ? On devait mettre fin à la présidence tournante de six mois qui donne le tournis et n’a plus aucun sens à vingt-sept. Un président élu pour deux ans et demi devait être le visage stable et la voix forte de l’UE : lui apporter l’impulsion vitale. Qui peut croire que nos dirigeants souhaitent une véritable unité politique ? Ils ont foutu un personnage sans envergure, falot, un ectoplasme inaudible avec des manettes atrophiées et ont surtout conservé le système du pays membre qui donne le La pendant deux trimestres. Le prochain, c’est la Belgique, au bord de l’implosion-scission. Comme un signe…

Autant le dire : on nous a pris pour des cons et aucune réforme réelle n’a eu lieu. Adopter un texte sans modifier ses comportements, c’est se torcher avec ses engagements en se limitant à l’annonce médiatisée. Une pratique politique de plus en plus courante.

Jean Monnet
Alors il reste quoi ? La devise « Unis dans la diversité » ? Pierre Uri, conseiller économique et financier de Jean Monnet, l’inspirateur de la CECA, résumait dans un article du Monde, le 9 mai 1975, l’état d’esprit qui régnait au début de cette incroyable initiative : « les difficultés de chaque pays étaient considérées comme des difficultés communes à résoudre en commun. » Soixante ans plus tard, tragique régression : divisés par égoïsme à courte vue serait le triste résumé à placarder au fronton d’une UE complexe par ses instances, mais sans plus aucun souffle. Alors quoi, on laisse tomber la Grèce, puis le Portugal, puis l’Espagne, puis l’indigne Irlande ?

Pour Monnet et Schuman, le mal suprême, payé si cher en Europe, est « l’esprit de domination, qui avilit autant celui qui domine que celui qui est dominé. » On n’en est pas loin.

18 avril 2010

Prose vagabonde

Lyon m’a accueilli voilà plus de dix ans et sa dimension comble mes choix de vie. Cette ville favorise mon souffle indigné pour croquer les malfaisants, qu’ils sévissent dans les cités concentrationnaires ou sur les marchés financiers. Alors voilà : j’affiche mon ancrage dans ce tissu urbain aux proportions aérées pour mieux fustiger à tout va dès qu’un effluve incommode, sitôt qu’une pestilence s’impose.

Quoi donc dans l’actualité de ces dernières semaines ? Moscou se fait éclater ses profondeurs métropolitaines par deux donzelles à la tenue explosive. Obama et Sarkozy se léchouillent pour la galerie médiatique. La Justice française refait son coup tordu du responsable-mais-pas-coupable inspiré par l’absoute Georgina Dufoix : Total s’en brosse les pognes. Les FARC, Fieffés Abrutis au Ramdam Criminel, libèrent, mais au goutte-à-goutte. Bayrou persiste et signe son arrêt de mort politique : ses rares proches encore convaincus (comme la Cunégonde qui veut du fromage…) bichonnent leur trou d’autruche. La baballe footballistique emmerde toujours autant et donne matière fécale aux échanges nourris sur le zinc. Le Vatican cumule les déviances : il se voile la face et cadenasse sa Maison close, espérant que l’on compatisse au calvaire de ses membres pédomanes (selon le plus juste vocable proposé par l’inspiré Odon Vallet).

Laissons cette écœurante tablée de mets blets. Irrésistible envie d’écouter Albert Dupontel : propos à rebours des ambiances lénifiantes et crétinisantes du moment (quoique cette période vaille les autres, ni plus ni moins). Rare dans les médias, il confie ne pas supporter les instants de promotion d’œuvres réalisées. Une intelligence vive d’écorché indomptable, ne s’économisant pas dans l’autocritique, désespéré par l’inéluctable mort comme horizon d’existence. Entre angoisse et dérision, une humanité qui nettoie des postures moulées pour se fondre dans des communautés formatées.

Ma liberté, c’est de ne pas vivre de mon art. Rester sans pression autre que l’irrépressible besoin d’exprimer, de ferrailler contre les pseudos révolutionnaires qui se cachent sous de protecteurs pseudonymes, de dire au risque de se contredire et de ne pas tenir dans les cases idéologiques attendues. Ni droite, ni gauche, ni écolo, ni pollueur crado : modeste observateur qui laisse croître sa conscience d’un système en sursis. Un modèle qui se cherche, de sales réflexes qui résistent, d’obscènes dérives qui recommencent…

Bruno Sachs trimballait son insoignable maladie. Goldman fait mieux : Sachs la maladive empuantit l’alentour ! Une frénésie feutrée pour cumuler les culbutes financières, surtout lorsque les pratiques, pour y parvenir, se torchent avec les principes de base d’une vie respectueuse de la collectivité. Ce symbole de l’hypertrophie financière, que les États ne peuvent laisser s’effondrer sous peine d’un chaos sans retour, cultive l’impunité des voyouteries de luxe. Jouer sur tous les tableaux, contrôler ses adversaires et ses apparents compères pour mieux les pressurer le moment venu, siphonner toutes les sources de profits pour maximaliser sa puissance… N’y a-t-il pas là une nouvelle forme de crime contre l’humanité ? Point de sang versé, nulle intention d’éliminer telle section de la population, mais un ensemble de stratégies captatrices qui font risquer au système économique mondial d’imploser avant de laisser émerger de nouvelles barbaries.

En septembre 2009, Guillaume Durand faisait témoigner l’ancien trader Kerviel : ses arguments et son apparente sincérité tracent la salauderie d’une hiérarchie qui l’a sacrifié dès que l’emballement de ses positions a pris le mauvais sens. Vertigineux et insensé Casino avec l’argent des déposants. Le terme qualifiant l’activité des banques sur les marchés n’est pas d’un loufoque pamphlétaire comme moi, mais de Peyrelevade, ancien président du Crédit lyonnais. Tout ce que je dénonçais dans le Coup de pouce… dans l’cul suivi du Doigt bancaire profondément placé est confirmé par un des principaux acteurs qui a poussé au bout l’attente vorace de ses supérieurs avant de se faire lyncher dès que les vents du flouze facile se sont déréglés. Pour les cinq milliards de pertes mis sur sa tête, résultant de cinquante milliards de position, il laisse entendre que la Société générale aurait gonflé sa descente pour mieux dissimuler de plus interlopes pertes.

Tiens ! Une curiosité : notre belle banque française au Poupouce averti aurait fricoté avec la maladive Sachs qui infecte tout ce qu’elle convoite.

Les années s’écoulent, le témoignage se cabre, les relations s’étiolent, me confortant dans une indifférence attentive. Rien pour soulever une adhésion sans borne. Fini la naïveté du converti.

26 mars 2010

Guillon pique, Besson trépigne !

Raciste, Guillon ? Besson ne pouvait viser plus mal. La férocité guilonnesque a cette générosité de carboniser sans s’effaroucher de l’origine politique, physique ou philosophique des proies. Un parangon d’altruisme pamphlétaire.

Rappelons-nous la fougue qui l’animait lorsqu’il croquait la libidineuse frénésie du ponte Strauss-Kahn. En quoi la coloration rose-socialo du FMIste Premier aurait-elle dû retenir les jets vitriolés de l’intraitable humoriste ? Pas de privilège qui tienne… Avant tout souligner les sordides travers des apparatchiks de notre temps, à quelque chapelle qu’ils appartiennent.

A découvrir la mine déconfite du Besson, pétri d’une hargne revancharde, haineuse et comminatoire, on peut être rassuré qu’il ne soit pas ministre d’un exécutif totalement liberticide. Lorsqu’il somme Nicolas Demorand de bien prendre conscience de ce qu’implique l’appartenance à une radio de service public (« Vous devriez y réfléchir… »), on entend le « Je m’en souviendrai » d’un Le Pen déchaîné contre un représentant de l’ordre qui l’empêche de tenir son meeting.

Que sous-entend le sinistre Besson ? Qu’il faudrait passer au poteau les membres de cette famille du service public qui osent s’en prendre aux serviteurs de l’Etat ? Le menton fuyant, selon Guillon, je dirais même veule : la tronche d’un très ordinaire exécuteur public.

Besson trépigne, Hees s’incline : une contrition qui éloigne un peu plus le PDG de France Inter de ses idéaux premiers… comme un renoncement sous la pression économico-carriériste. Le comble : ces excuses portent sur le recours à la critique physique alors que l’essentiel de la chronique du libelliste portait sur le fond.

Par ailleurs, depuis quand n’a-t-on plus le droit de portraiturer nos politiques ? Ce qui se fait par le trait du dessin (ô merci les Plantu et toute la troupe des Animaux qui nous gouvernent) ne saurait s’admettre dans la tradition orale, d’autant plus lorsqu’elle passe par les voies du sacro-saint service public. Piteuse déférence d’un autre temps.

Besson attendra les colonnes du Parisien pour s’adonner à ce qu’il venait de fustiger, le talent humoristique en moins. Cela a eu le mérite de calmer pour un temps le puant rond-de-cuir ministériel. Le bougre voudrait bien croiser physiquement le chevelu Guillon pour échanger : verbe haut et interrogatoire musclé, sans doute.

Le Pen : "Je m'en souviendrai..."
Le torve Besson a été nommé à un poste pour remplir des fonctions précises, pas pour intimider une voix indispensable au contre pouvoir et à la liberté d’expression. Interférer ainsi dans le programme phare d’un média sous le prétexte de fumeuses exigences d’un service public, c’est nier la vocation même d’une radio qui se doit de défendre, y compris contre le pouvoir en place et par définition provisoire, le pluralisme dans ses rangs.

Qu’il tempête, tant qu’il veut, mais qu’il ne se risque pas à entraver les précieuses poussées des polémistes lorsqu’elles défrisent sa roide posture, car il risque d’attirer de bien plus prégnantes attaques qui, elles, ne s’encombreront pas de l’esprit en verve.

14 mars 2010

Ferrat, un doux tonitruant

Oublions les antagonismes idéologiques pour saluer la puissance évocatrice de ses mélodies imprégnantes, de ses paroles ciselées pour une voix de montagne en velours chaleureux... Qu'il retrouve le Panthéon des géants sacrés de la chanson française. A vous les Brassens, les Brel, les Ferré, les Ferrat...

Sa mort me rappelle qu'à la fin des années quatre-vingts, lorsque des non camarades de classe pensaient à la pure distraction, je me laissais aller à l'écriture de paroles antimilitaristes sur l'air de La femme est l'avenir de l'homme, bien dans la tonalité du doux tonitruant :

Le temps aura perdu raison,
Il n'y aura plus d'horizon,
Et l'homme aura perdu sa mome.
Pour le jour où tous nous crèv'rons,
Je déclare à ces fieffés cons,
La bombe est le reflet d'votre mort.

Tout commenc'ra avec deux mots,
Et finira dans un monceau
De chairs, toutes indescriptibles.
Aujourd'hui les peuples s'apitoient
Certains se jettent de leur toit
D'autres se cachent sous leur bible.

Le temps aura perdu raison,
Il n'y aura plus aucun fond,
Le trognon d'Eve, seul sur le sol,
Rappel'ra la trace de ces pions
A qui je déclare sans passion :
La bombe est le reflet d'votre mort.

Pour arriver à ces souffrances
Où l'on n'peut mourir qu'en silence
Il a fallu de nombreuses guerres.
Et nous quitt'rons notre jeune âge
Juste pour apaiser leur rage
Qui a détruit notre vieille Terre.

Le temps aura perdu raison,
Il n'y aura plus d'floraison.
Les mères, tachées de sang, sanglotent
Devant tous ces corps sans galon
A qui je rappelle ma vision :
La bombe est le reflet d'votre mort.

Quand se perdra le dernier cri,
Que l'dernier corps sera raidi,
Quand tout remords s'ra impossible,
Je maudirai toutes ces armées,
Je cracherai sur ces gradés
Qui devraient tous être à l'asile.

Le temps a bien perdu raison,
Et il n'y a plus d'horizon,
L'homme a assassiné sa mome.
Pour ce jour où tous nous crevons,
Je dis à ces soldats, ces cons,
La bombe est le reflet d'Notre mort.


26 février 2010

BNPA : impasse et paire… d’escrocs

A quoi joue l’extrême gauche française et, au premier rang, le NPA et son ambivalent Besancenot ? Une récente chronique d’Hamid Zanaz parue dans Le Monde éclaire sur d’infectes complaisances, voire de criminelles complicités.

Rien de flagrant dans le discours officiel, mais des fréquentations publiques et des gestes politiques qui cultivent une posture ambiguë. Permettre à l’une de ses candidates de porter son voile religieux sur la photo officielle d’une élection, c’est se torcher avec le principe premier de laïcité. S’acoquiner avec Salma Yacoub, qui combat l’habillement féminin occidental comme étant rien de moins qu’une « dictature des corps », c’est entériner l’assujettissement global de la société au réjouissant programme des intégristes. Elisabeth Badinter avait, il y a quelques mois, magistralement dénoncé la pernicieuse et régressive voie du voile intégral que certains réclament comme l’étendard premier d’une lutte contre notre forme de vie.

Que cette frange marginale, les tenants du fondamentalisme, trouvent écho chez certains anticapitalistes ne peut s’expliquer que par l’opportunisme : faire s’effondrer notre mode de développement économico-financier. Hamid Zanaz rappelle pourtant l’origine du mouvement islamiste : faire rempart à l’aspiration socialiste des nations arabes et à sa consubstantielle laïcité. Aucune cohérence donc…

En embrassant ce fascisme religieux, l’intégrisme islamiste, même timidement, l’extrême gauche confirme une incommodante ambiguïté : intégrer son combat aux règles démocratiques tout en ayant en tête leur mise à bas par un chaos redistribuant les pouvoirs.

Les accointances éclairent les arrières pensées d’un programme politique. En avril 2007, la LCR, déjà conduite par le subversif postier, réclamait le retrait sans conditions d’Afghanistan. Point une révolte contre l’impérialisme américain, mais le clandestin désir d’une retalibanisation de la société afghane. Laisser ces contrées sous la féroce férule des extrémistes religieux pour les soustraire aux obscénités capitalistes, en attendant la Révolution rouge cramoisie. Impardonnable stratégie que jamais, bien sûr, le NPA ne reconnaîtra.

Ce qui resterait folklore d’illuminés, si les pouvoirs politiques combattaient réellement les abjectes goinfreries des joueurs financiers, risque de s’ériger comme la voie salvatrice pour nombre de désespérés.

A l’autre bout, on retrouve donc des banques sans scrupule. BNP-Paribas, par exemple, qui annonce des bénéfices proches de cinq milliards d’euros pour 2009, dont la moitié fruit de placements spéculatifs à outrance et cinq cent millions à distribuer aux traders. Le message ? Se foutre du monde tant qu’il n’y aura pas quelques citoyens déjantés qui écharperont les parangons de ce tout-argent.

L’afflux de liquidités à très bas taux d’intérêt, injectées par les banques centrales et les Etats, n’ont pas servi à aider les pans sinistrés de l’économie, mais à graisser et à amplifier l’activité purement financière des banques. Des charognards propres sur eux, qu’on n’entendra jamais gueuler sur le pavé ou se répandre en incivilités, mais qui souillent le contrat social comme peu de délinquants y parviennent.

Au cœur des déstabilisations présentes et à venir la tentaculaire Goldman Sachs. A côté, BNP-Paribas fait figure d’établissement pépère, paisible et inoffensif. Sa spécialité : noyauter les sphères politiques pour neutraliser tout projet pouvant desservir ses colossaux intérêts, et miser sur tous les tableaux. Une banque d’affaires au marbre froid, au velours étouffeur de bruits et à la logique implacable.

Le système financier s’entretient et l’obsession captatrice se poursuivra jusqu’à sacrifier des Etats en perdition, un peu comme ces généraux de la Grande Guerre qui investissaient des tonnes de chairs à canon pour grignoter quelques mètres de boue. Les principes se résument à la primaire conquête, à l’amassement coûte que coûte, à la possession exponentielle… Barbarie capitonnée des salles de marché où chacun tient l’autre dans un ballet irrationnel, décervelé, amoral…

La BNPA ? Symbole des deux voies qui se rejoignent pour la même impasse. Si sursaut politique il devait y avoir, il aurait des accents radicaux qui ne feraient que substituer une oppression à celle, plus clandestine, éradiquée.

Quoi faire ? Peut-être conforter son retrait du monde, à la Léautaud, n’assurer que la présence minimum pour maintenir quelques affections et garantir un modeste pécule… Rester loin de tout, le temps que la vie passe…

11 février 2010

En vert et pour tout… financer

Nous avions eu le serviable Poupouce de la Société générale qui, à chaque occasion de la vie, proposait ses petits apports financiers comme une improbable philanthropie banquière. Rappelons-nous ses spots à la Bisounours

Voilà, depuis quelques semaines, son coquin copain. Le mélange des aspirations écologiques de proies potentielles et des impératifs économiques du marionnettiste BNP-Paribas : un gentil bonhomme feuillu estampillé Cétélem qui nous raconte l’art du prêt à toutes les sauces… Besoin de quoi que ce soit, envie de n’importe quoi, il est là l’adorable nain vert pour vous enfiler des subprimes ès consommation, quitte à vous faire dégorger vos tripes en cas de défaillance… A moins que, d’ici là, de nouveaux horizons spéculatifs rendent ringarde et trop peu rentable la séduction du ménage pour quelques milliers d’euros prêtés à des taux obscènes.

Joli décor d’entrée et sordides arrières cours, le temps n’est pas à la tolérance…

Après la Grèce, c’est l’Espagne qui est ravalée au rang de mauvais payeur. Les Etats ont tellement livré leurs finances publiques pour sauvegarder un système dévoyé par la sphère de la culbute financière, pour éviter l’effondrement systémique, que pointe le retour de massue pour les plus exposés.

Au bout du compte, au solde de la crise subie, quelles sanctions civiles et pénales auront été prononcées contre les protagonistes du ballet vénal ? Madoff, lui, a été cloué au pilori pour avoir spolié de richissimes candidats à la spéculation débridée, un comble… On aurait dû, au contraire, lui décerner un prix pour avoir œuvré à mettre hors circuit quelques parangons du gain à tout prix.

Il faudra attendre que des Etats, qu’on ne voulait pas admettre comme étant au bord de la faillite, sombrent pour que les crocs sortent et aillent faire rendre monnaie aux exacteurs impunis. Pour éponger les vertigineuses dépenses engendrées par ces malfaisants aux comptes pleins, il ne restera que la capacité de chaque peuple à rembourser et le talent de quelque politique pour faire digérer les temps de vaches maigres.

Le pire, serait le réflexe nationaliste, reprochant au voisin ce qu’on ne peut assumer soi-même. La masse compacte des investisseurs irraisonnés ou d’un cynisme criminel aurait alors raison des Etats les plus faibles, en attendant de plus belles prises…

Pendant ce temps ? Des établissements financiers reviennent à leur activité première, celle qu’ils méprisaient aux beaux jours de la frénétique financiarisation, des produits tellement complexes dans la pourriture que cette élite foireuse s’est jetée dessus, baveuse des rendements escomptés.

Au final, et si le chaos n’emporte pas tout, ce sera une part notable de nos prélèvements fiscaux qui compenseront les crasses inconséquentes de ces inaptes à… fustiger haut et fort !