24 avril 2014

Royal : un dérèglement intérieur ?

En ces temps de crise rabâchée, le serrage de ceinture ne lui suffit pas. Si Antoine-Gaston de Roquelaure se distinguait par des bons mots, au point d’être fait chevalier de l’ordre du… Saint-Esprit, la Ministre-Maréchal s’attaque aux dérèglements de son ministère par des consignes dont elle rappelle, dans une formule pléonastique, la vocation : un « règlement intérieur (…) destiné à l’interne » ! Accessoirement, n’omettons pas de monter en haut nos affaires et de bien descendre en bas en fin de journée…

Parmi les réjouissances ségolènisées : finies les suggestions mammaires entre les murs de Roquelaure. Désormais, il faut du boutonné, du col roulé voire de l’écharpe cadenassée… L’époque des troubles pour cause de plongeon vestimentaire est révolue ! On se concentre sur les dossiers et pas sur les rebondis de sa voisine.

« Ségolène, la voilà ! » : la sonorisation de ses déplacements intra-muros dispensera ses collaborateurs de guetter sa venue pour se remettre au boulot tout en leur permettant de vérifier que le bouton du haut tient militairement… « Sa Sérénissime Royal traverse ton bureau, sous-fifre ! alors tu te lèves debout par respect pour notre sacré règlement intérieur à usage interne ! Tu as bien intériorisé ? » La majesté de la Ségolène, avec son phrasé aux gutturales banlieusardes, quoiqu’empourprées, méritait bien ce ramage d’huissier.

Ultime brimade pour son personnel infantilisé, la course à la « popote » : ne surtout pas prendre un appel en fin de matinée, lorsque les gargouillis fendent la bedaine, au risque d’être privé de cantine si Madame la Sérénissime Royal prend ses quartiers de fruit dans son Salon…

L’écologie rose en baille des vertes et des mûres…

06 avril 2014

Désunis dans l’adversité

Incapacité des peuples et des dirigeants à faire de l’Union européenne l’instrument d’une réelle puissance qui s’impose d’un seul tenant à l’extérieur. L’assemblage disparate dépense la majeure partie de son énergie à tenter de résoudre les tergiversations internes. Au modèle d’un volontariat constructif a succédé la persistance d’une stagnation entretenue. Ce sur-place exacerbe les défauts institutionnels et de plus en plus est dénoncé le technocratisme illégitime de la Commission.
Genèse de l'Union européenne.

En quoi les commissaires européens seraient moins légitimes à leur poste que les ministres nationaux ? Les premiers sont choisis et non élus, certes, mais tout comme les seconds, et l’adoubement par le Parlement européen – instance qu’on ne peut faire plus représentative de l’opinion des peuples de l’Union – vaut bien le vote de confiance à un gouvernement national.

Répartition des pouvoirs dans l'UE.
Dernièrement, paradoxale confirmation de la place considérée comme secondaire, voire accessoire, de certaines fonctions européennes : un ministre français en échec, critiqué de toutes parts, non retenu pour l’équipe de combat de Valls, va prétendre au poste de… commissaire européen ! Calamiteuse image de cette institution qui devrait, au contraire, réunir des personnalités en réussite et dont le mordant donne envie. Prendre cette instance exécutive comme le mouroir politique de responsables déchus ne peut qu’entretenir la défiance.
Commission européenne.

Inconséquence des ténors politiques qui se prétendent pro-européens (il est vrai qu’on en compte de moins en moins, surtout à l’approche des élections) mais ne veulent surtout pas faire don de leur temps et de leur talent à la cause européenne en détechnocratisant des instances victimes d’un manque de personnel attractif et reconnu médiatiquement.

Conseil européen
Résultat : le système se sclérose faute d’être animé par des personnalités d’envergure. Le contenant n’a jamais fait la saveur d’un plat. L’insipidité d’une Union dénoncée comme castratrice tient au désengagement des sociétés nationales censées la constituer : désaffection des mastodontes politiques – le Conseil européen délivre de moins en moins d’impulsions pour une construction exaltante et se ratatine aux conciliabules gérant les désaccords – indifférence médiatique et désintérêt des peuples.
Politiques de l'U.E.

Faudra-t-il une déflagration économique bien plus dévastatrice pour qu’un choix clair s’impose ? Cette U.E., à force d’être bouc émissarisée, non plus seulement par les anti-européens, mais aussi par une classe politique nationale à bout de souffle, devient un verni écaillé peinant à couvrir une désunion dans l’adversité, l’anti-devise malheureusement en cours. L’Union post 2005 a perdu cette âme fragile qui en faisait une espérance politique pour nous grandir.

Si la consultation de juin prochain dégage une majorité de députés eurosceptiques qui, par exemple, n’approuvent pas la Commission choisie par les chefs d’Etat et de gouvernement en déphasage avec l’idéologie dominante du nouveau Parlement (anti-) européen, nous pourrions assister à une implosion institutionnelle. Ajoutons à ce blocage la décision d’un des gros Etats fondateurs de quitter le navire en perdition et c’en serait fini du projet initié soixante-quatre ans plus tôt… Dans le chaos généré émergeraient des accords multilatéraux consacrant de fait la scission en deux modèles européens devant affronter des épreuves bien plus aiguës.
Construction à "petits pas".

La nouvelle équipe hexagonale donne la part belle aux défenseurs du Non au « traité établissant une constitution pour l’Europe ». Les deux premières têtes étaient, dans leur intime conviction, contre ce projet : l’un, Fabius, l’a assumée jusqu’au bout alors que l’autre, notre nouveau Premier ministre censé sortir l’action gouvernementale de l’ornière, a rallié la position officielle de son parti – par discipline ou opportunisme, on ne le saura jamais. Je n’oublie évidemment pas le tempétueux Montebourg désormais détenteur de l’économie nationale.
Chronologie de la construction européenne.


L’harmonisation des discours lors de la campagne des européennes devrait obliger certains à des contorsions intellectuelles douloureuses. En attendant, observons ce que ces « nonistes » au pouvoir sont capables de réaliser en restant en phase avec leur souhait d’une autre Europe et souhaitons que ce soit autre chose qu’un « vent mauvais »…

30 mars 2014

Artaud-van Gogh : ombilic au vent

Une adolescence en rupture, mais sans chambard ni esclandre : réfractaire en retrait de tout pour mieux apprécier l’expression de quelques esprits en marge.

La prose d’Artaud vous happe sans concession : cataclysme intérieur en résonance avec l’impossible élan vers les autres. L’obscène quotidienneté lamine les aspirations et atrophie toute volonté : Artaud l’avait évincée pour mieux scruter ses carences et faire frissonner ses imperfections hallucinées.

Sans attendre se jauger, extraire les boyaux de la pomme quitte à vraiment se couper du reste de la laide ville nouvelle. Aucune conciliation permise : chaque vers, toute phrase percera les décompositions par vagues de suffocation.

Dans l’urne le citoyen, en petit tas de cendre après avoir goûté à l’isoloir : le boutoir fouissant l’enveloppe gris-bleu pour une liste que je ne peux même pas plier en quatre. Rien à gagner : « a voté ! ».


Portraiturer au vent goguenard ;

Virevolter pour sentir les herbes folles sous le ciel écumant ;

En vase pour qu’éclosent les niches colorées ;


Le trait torturé contracte sa moisson au tracé lumineux ;


Une pesanteur supplicie bicoques et masures engourdies au milieu d’une nature perdue.


Aux vers oiseux s’incline la farce cachée, hideuse dépendance à l’indicible, l’innommable abscons. Reste à paraître en courbes dorées pour suivre l’ascendant minéral : s’écorcher sans troubler le ciel à la pâleur entêtante.


Je m’accroche à ses toiles, j’étoile mes anicroches pour un regard verdoyant : l’humanité éperdue, l’oreille cachée, la vie tranchée…



13 février 2014

Paroles d'enterrement...

Ça commence par un gros coup de massue qui éclate ses certitudes. Neuf années de bons et loyaux services et, au cœur de l’été, la perspective de perdre son emploi. Pas chez un mastodonte économique, avec la possible résonance médiatique, mais dans une micro structure qui condamne son cas à l’anonymat : situation la plus courante, celle des invisibles.

Me voilà demandeur d’emploi. Premier réflexe, pour se donner la posture de celui qui garde le moral et cultive l’initiative : aller au-delà de l’étroit espace personnel du troisième Pôle, le moins géographique. La quotidienneté du chercheur – et pas simple demandeur – d’emploi, c’est d’abord la découverte des offres sélectionnées selon son profil pris de côté bien sûr, mais aussi de face, de dos voire de travers ! Quelques centaines consultées plus tard : pas une seule permettant de postuler sérieusement. Premier signe économique d’une marginalisation en marche ?

Surtout, rester en dynamique, quitte à patauger dans l’illusoire. Un mal me guette : l’égyptonite aigue qui consiste à multiplier ses profils numériques. Les Linked in, Viadeo et autre plates-formes tellement virtuelles qu’elles finissent par souligner votre réelle inexistence, mais tout est bien rempli, complété, illustré : les petits cailloux pour venir jusqu’à moi sont en place.
Hors de question d’en rester là. Plus de vingt-cinq ans d’écriture, ça compte un peu quand même, non ?! Certes, mes pleins et mes déliés n’ont que très peu transité par le canal éditorial classique, mais à l’ère d’Internet, quelle importance ? Alors oui, j’envoie mon lot hebdomadaire de candidatures spontanées que j’espère néanmoins séduisantes, mais je dois tenter autre chose, en parallèle.

L’idée émerge, comme une évidence : la prestation poético-littéraire haut de gamme. Le slogan aussi : l’époque est assez folle pour offrir un présent singulier. Le constat : la crise rabâchée n’a pas fait disparaître les occasions festives, au contraire elle en souligne leur vertu euphorisante. Fête, mariage, anniversaire, hommage ont en commun l’acte d’affection potentiel : concevoir des paroles qui incarneront cet élan de sentiments. Faire en sorte qu’elles se fondent dans un air choisi pour l’émotion procurée, c’est le défi créatif passionnant.

Alors actions, tous azimuts : un site mettant en scène des exemples variés et émouvants, un livret synthétisant le projet, une escadrille de courriels pour référencement et partenariat, un service de presse avec courrier accrocheur, des relances téléphoniques à faire fondre son smartphone, le démarchage de centaines de boutiques pour la mise à disposition d’une brochure explicative… Un trimestre d’engagement forcené et… RIEN, pas une demande d’information ! Le néant gagne, ronge.

Le désintérêt de la presse dépite. Le parcours littéraire évoqué pouvait intriguer un chouia : un diariste pamphlétaire repenti. Après deux décennies de grognes incendiaires, la prise de conscience de l’obscénité scripturale à poursuivre ces fulminations dans une quarantaine bien entamée et la volonté de faire coïncider l’amour des mots, de la formule percutante avec la sphère affective. Révolution individuelle qui laisse de marbre les journalistes approchés.

Me voilà sur la berge, le projet en bandoulière, sans un écho, sans une avancée, prêt au sable mouvant… Garde à soi ! Rompez l’errant !
Seule réaction enthousiaste sur le site AgoraVox



26 novembre 2013

De l’acrostiche à l’acrostweet

Pas de mort du signe, mais l’aire des signes limités. Tweeter avec créativité et prétendre au message singulier, voire poétique, n’est pas hors de portée. Pour cela, complexifier le sens de lecture. A l’orée de la montée en puissance chinoise, un peu de verticalité semble de bon augure.
Chacun connaît l’acrostiche, mais l’espace disponible pour un tweet le rend impossible, sauf à le réduire à deux vers efflanqués. En outre, les porteurs d’un patronyme à deux lettres ne sont pas légion. Avec l’acrostweet, l’acrostiche se centre sur l’essentiel, au point de se faire passer pour un acronyme (l’abréviation qu’on peut prononcer comme SIDA, HADOPI, etc.). La conception en est d’autant plus ardue si l’on souhaite éviter la simple énumération, mais c’est ce qui la rend exaltante.

Premier essai, pour cultiver le paradoxe, avec le chantre du prolongement des phrases, l’incontournable Proust et sa [Prose / Rêveuse / Où / Un / Souvenir / Tricote]. L’effet me plaît, alors je m’attaque à son antonyme littéraire, Céline : [Ces / Excavations / Libèrent / Irrésistiblement / Nos / Enflures]. Je m’égare à rédiger ces acrostweets pour deux piliers de la prose disparus depuis belle lurette.

Je dois aborder les vivants pour capter l’attention. Transition idéale via celui qui a tant fait pour promouvoir l’univers littéraire avec une passion vorace : Bernard Pivot détient un compte tweeter, adressons-lui l’hommage au [Bel / Entrain / Régalant / Nos / Ardentes / Réflexions ; / Don / Pour / Irriter / Votre / Orthographe / Timide]. Bien envoyé, et voilà qu’il me répond « Merci pour ce sympathique acrostiche dominical. » Le coup de pouce qu’il fallait pour galvaniser l’inspiration. Cette fois, j’acrostweete en rafale.
Quelques autres journalistes pour s’échauffer, sans favoriser un bord plutôt qu’un autre : d’Edwy Plenel [Pour / Lire / Et / Narrer / En / Liberté] à Christophe Barbier [Bretteur / Aiguisé, / Révélateur / Brillant : / Il / Eclaire / Rudement] en passant par une personnalité consensuelle dont on oublie souvent le premier métier, Michel Drucker ce [Meneur / Infatigable / Car / Heureux / Et / Libre. / Dimanche, / Réservons / Un / Chaleureux / Kir / Et / Regardons.]

Laissons encore un peu la bonne vieille télé me fournir d’autres noms, notamment quelques animateurs marquants : celui qui a su électriser tant de soirées, l’infatigable Dechavanne [Densément / Eclectique / Car / Habitué / Aux / Vraies / Accélérations / Nerveuses, / Nettes, / Entières] et son alter ego dans la longévité cathodique, le musical Nagui à résumer comme un [Nerf / Auditif / Gagnant / Une / Ivresse]. Ruquier, lui, se distingue par ce [Rire / Utile / Quand / Un / Invité / Encaisse, / Renfrogné] pendant que Stéphane Bern nous fait découvrir un [Site / Totalement / Exceptionnel / Pour / Habitants / Aristocratiques ; / Narration / Exaltée, / Bigrement / Eclairée : / Royale / Nature.]

De l’animation à l’humour, la frontière s’amenuise. Ainsi, l’actuel présentateur du Grand Journal mérite-t-il cette dédicace : [Aux / Nombreuses / Transformations : / Ouin-Ouin / Illuminé, / Nitroglycérinique / Embrouille… / Détonantes / Excentricités… / Cet / Ailleurs / Ulule / Nos / Espiègleries / Secrètes]. Il avait si bien perçu le talent de l’indomptable José Garcia pour qui un acrostweet frôlant l’absurde s’impose : [Jeu / Orgiaque / Sans / Excès / Grâce / Au / Rutabaga / Craquant / Ingurgité / Avant]. Cette douce folie a trouvé chez Jonathan Lambert un successeur de choix que l’on peut synthétiser ainsi : [Joyeuse / Occupation, / Nombreuses / Acclamations, / Transformations / Héroïques : / Au Nirvana, / L’ / Attractif / Moment / Brille / Et / Rend / Tonique]. Autre génial disjoncté, Elie Semoun et sa spécialité clinique : [Explorer / Les / Immaturités / Et / Savoir / Extraire / Moultes / Outrances : / Univers / Nourricier]. Il touche si juste, comme pique si bien le croqueur Guillon, [Garrigue / Urticante, / Il / Lapide / Lestement : / Ogresque / Nature]. Les adeptes d’une plus douce approche n’oublient pas Gad Elmaleh avec sa [Gentillesse / Artistique / Diffuse / Et / Louable / Manie : / Apprécier / L’ / Expérience / Humaine]. Afin de féminiser, et de quelle manière, mon petit tour des humoristes, mais aussi pour contredire les détracteurs en masse, j’adresse à Sophia Aram un [Soutien / Ostensible, / Pétillant / Hommage, / Instinctif / Attrait : / A / Réitérer, / A / Marteler.]

Changeons de sphère, mais gardons le charme sur un air effleuré de Carla Bruni, [Chanteuse / Attachante, / Rêveuse / Lancinante : / Artistique / Balade, / Rade / Unique. / Nourritures / Idylliques…] : avec Marion Cotillard, pas question de négliger ses engagements, une magistrale [Comédienne / Osant / Titiller, / Irriter, / Luxer / Les / Autorités / Russes / Despotiques.] Et comment approcher l’inspiré Luchini ? Par la tentative d’une métaphore maritime : [Latitude / Unique : / Cette / Houle / Irise / Nos / Isthmes.] Parmi les talents plus récents à l’écran, piochons Omar Sy, jubilatoire, qui m’inspire ce conseil : [Oser / Mais / Avec / Rythme : / Songez- / Y] et le surprenant Guillaume Gallienne pour [Garder / Authentiques / Les / Liens / Intimes / Et / Nourrir / Nos / Empathies.] avant d’achever la projection par l’inénarrable Edouard Baer, [Béatitude / Aérodynamique / En / Révolution.]

Voilà quelques étoffes scripturales que pourrait apprécier l’un de nos plus grands couturiers, J.-P. Gaultier qui a toujours une idée d’avance : [Jabot / Piraté, / Guêtres / Arborées : / Une / Libre / Tenue / Inimitable / Et / Régénérante.]

Derniers acrostweets. L’un au destinataire pas totalement précisé : [Batailler / En / Douceur, / Occire / Suavement] qualifie-t-il la démarche du père ou du fils ? L’autre vise clairement une perte récente, [Louanges / A / Un / Tonton / Novateur / Et / Ragaillardissant], et les larmes qui surviennent ne sont pas dues, cette fois, au bizarre breuvage ingurgité dans cette cuisine mythique.


17 août 2013

En août, changement de voie ?

L'espace "Paroles de fête" est né sur la toile le 12 août dernier. Pas d'attaque, pas de fulmination, pas de pamphlet, mais de l'hommage affectif. Du cent pour cent positif : inédit pour moi.
Pamphléter deviendrait obscène après quarante ans : j'ai largement entamé cette quatrième décennie d'existence et je voudrais explorer des univers littéraires plus lumineux.
A la lueur d'un probable changement professionnel, saisir ce cap embryonnaire: l'artisanat littéraire pour contribuer aux fêtes singulières de tout un chacun. Susciter l'émotion en apposant des paroles personnelles sur une chanson fétiche : voilà le projet. Pouvoir en vivre modestement : voilà l'objectif.
Faire connaître, diffuser, promouvoir pour accrocher l'attention de ceux qui ont en tête de faire plaisir à leurs proches.
Ça commence ici, avec une évidente humilité mais la volonté effrénée d'y parvenir. Coller au plus près de ce pour quoi l'on se sent fait traduit peut-être une forme de sagesse.

(Photos prises par Loïc Decrauze)

13 juillet 2013

En juillet, je déraille !

Depuis les Trois Digues, entre Sète et Marseillan : à vingt-quatre impressions par journée, je tutoie la léthargie ; à mille sensations par seconde, je disjoncte. Humer les cimes, frôler les abysses puis entretenir les ondulations viables.

Au pourrissoir les prestidigitations sans magie, les envolées pour une galerie aux ordres, les catharsis imbibées à se tordre jusqu’à la répugnance… Rien à retenir, tout à expulser : l’angle mort ne doit plus saloper l’alentour. J’éparpille les restes du cirque initiatique.

Inventer des sphères aux arêtes vagabondes, étriller jusqu’à satiété, empaler les empapaouteurs de chairs fraîches et se laisser gagner par les cieux aux luminescences voyageuses. Au creux d’une colline sétoise, j’irise mes éclats pour mieux enrober les failles et pousser à bon port ma caillasse.

Depuis un jardin fontésol : croquer la tête du criquet. S’imprégner des langages insectués sans broncher, surtout ne pas émettre le moindre son et se laisser couler dans ces univers entremêlés.

Nos complexités artificielles n’arrivent pas à l’ombre de la cheville de cette Nature en verve. Quiétude possible sitôt l’humilité atteinte. Ciseler son passage en préservant ses ancrages : une radieuse cuillérée de Fontès pour maman, une pincée de Rueil pour papa, un nappage de Cellier pour les parents de ma BB, le tout dans une bonne pâte lyonnaise pour savourer sur le long terme. Recette d’un cœur à maturité qui ne s’encombre plus du surplus déviant : sans s’assécher à force d’être imperméable, sans porosité excessive qui désagrègerait les choix cardinaux.

J’apprends la destination mortifère d’un Corail Paris-Limoges. Tragique tournure pour une pièce défectueuse. Rideau pour quelques malheureux voyageurs mal placés. L’un tentait l’insouciance d’un début de vacances, l’autre devait retrouver une famille affective, le troisième faisait un détour inopiné, que sais-je : pour tous des wagons comme autant de machines à broyer les existences qu’ils accueillaient. L’exceptionnelle catastrophe va hanter, pour quelques semaines, l’esprit des usagers du train tandis que le compteur morbide des déplacements routiers continuera discrètement sa moisson quotidienne de cadavres.

Goûter chaque moment en densité au risque de ne plus en avoir l’occasion l’instant d’après.

28 avril 2013

Jean-foutre Mélenchon, maquignon politique


Il s’y voit déjà à Matignon, ou du moins le fait croire à la galerie médiatique qui balance entre exécration et fascination. Il est vrai que le Mélenchon version Marchais libéré et « Grilloté » sur les bords n’a plus grand rapport avec l’obscur sénateur lige à la gueule torve des années Mitterrand. Bon, la tronche n’a toujours rien de l’Adonis, mais ses yeux de poisson en bocal cultivent un regard conquérant.

"Grilloté sur les bords"
S’il se contentait du ministère de l’Eloquence indignée, on pourrait presque l’institutionnaliser comme poil à gratter de la République, mais le salaud en veut plus : déloger l’Ayrault pour déployer son pouvoir terrorisant. Matignon prendrait alors des airs de Comité de Perdition publique pour casser un pays qui finirait de se vider de ses forces déjà plus très vives. On le sent nostalgique des purges révolutionnaires avec guillotine chauffée au rouge sang !

La clé de sa politique fait frémir par son simplisme irréaliste : le chantage étatique. L’Allemagne tu la fermes car je suis la France atomique tout de même ! Les prêteurs, vous alignez les biftons, mais vous pouvez vous asseoir sur tout remboursement, on ne discute pas ! Monnet et Schuman défendaient une construction européenne selon la méthode des « petits pas », Mélenchon va lui substituer celle des pieds au cul pour tous ceux qui ne s’alignent pas sur son cap fumeux.

Comment le croire un instant crédible sur la scène de l’Union, et a fortiori dans les instances internationales, alors qu’il n’a pas eu la moindre emprise sur son « capitaine de pédalo » après le premier tour des élections présidentielles ? Le Jean-foutre pédale dans la semoule et compte sur les Français pour boire son bouillon indigeste jusqu’à la lie.

24 avril 2013

Aux marris d’un autre âge


Je ne suis ni homosexuel, ni marié. L’encombrement du débat public pourrait se prolonger malgré l’adoption parlementaire du mariage pour tous et ce jusqu’à singer la révolution avortée de leurs parents qui, il y a plus de quarante ans, conchiaient cette institution, comble pour eux du conformisme poussiéreux.

Les voilà tout contents d’aller s’encanailler sur le trottoir pour défendre leur intégrisme maritalo-familial. La Frigide Barjot comme emblème disgracieux complète la sinistre parade qui se voudrait joyeuse et colorée. Pour mieux affirmer la légitimité prétendue de leurs discours, cette tripotée d’adultes commet une prise massive d’otages : les enfants forcés à défiler avec leurs géniteurs. Les quelques marmots interviewés laissent échapper des approximations pour les moins éclairés et des vérités dissonantes pour les plus effrontés (« Je ne sais pas pourquoi je suis là… ») qui déshonorent ceux qui les ont contraints à ce panurgisme.

Argument majeur des manifestants : la loi Taubira irait à l’encontre de l’intérêt des bambins. Veulent-ils également pénaliser les familles monoparentales et diligenter des milices pour débusquer la présence infâme d’enfants chez les couples homosexuels ? Quand verra-t-on les mêmes défiler avec autant de détermination pour dénoncer le calvaire enduré par des petits de couples hétéros mariés selon les préceptes civilo-religieux ?

Ce mouvement révèle le repliement à œillères d’une part grandissante des membres de cette France au vivre-ensemble moribond et au chômage de l’éthique. Peut-être iront-ils jusqu’à troubler les premiers mariages homosexuels, contraignant ces cérémonies à se faire sous protection policière. La Justice pourra alors enfin en coller quelques-uns au trou pour réunion nauséabonde contre une union légale.

08 avril 2013

Micberth est mort, que vive "Heïm le maudit" !

Je découvre aujourd'hui, vers 15h30, deux messages me demandant de rappeler au plus vite. Je devine d'emblée la nouvelle que ces proches doivent m'annoncer. La connexion à Wikipédia confirme mon intuition : Micberth est mort... le 19 mars dernier.

Incinération du corps, cendres dispersées sous le Christ peint sis dans le parc du château d'Autremencourt. Plus incongru, lorsqu'on connaît son parcours et ses idées : une cérémonie religieuse se tient le 6 avril, réunissant une poignée de "mécréants".

Page tournée de ce personnage ambivalent : une partie de mon existence sombre dans le lointain. La féerie ressentie enfant dans ses châteaux successifs ignorait ses plus scabreuses pratiques. Terminée la pratique manipulatrice d'un discours qui servait une pseudo intégrité affichée.

L'histoire de Micberth, si elle doit être écrite un jour sérieusement, devra inclure les facettes beaucoup moins reluisantes et non se contenter des dorures de façade et d'une vertu combattante clamée. L'homme a d'abord servi ses intérêts et ses appétits, quitte à rabaisser, humilier, broyer...

Ma légitimité à dire tient à l'engagement forcené qui a été le mien à ses côtés à l'époque immature où je croyais à son discours et aux idéaux supposés. "Heïm le maudit" est prêt : un clic et la toile accueillera ce témoignage brut. Le temps des occultations a vécu, l'exigence de sincérité s'impose.



24 février 2013

Quand la morue bouffait du porc…


Pas besoin de plonger dans ses pages pour apprécier la magistrale salauderie de l’amante démoniaque, mante vorace et sans scrupule. Elle invente un nouvel objet artistique, en phase avec l’époque : le produit littéraire pourri, un subprime éditorial.

Mettre tout en œuvre pour approcher un personnage public en perdition, haï par les trois quarts de la planète. Pour conforter son lien avec lui, faire paraître quelques articles de soutien libertaire, iconoclaste, sans faire état de sa situation vis-à-vis du défendu. Première tromperie sur la marchandise d’une redoutable efficacité : côté public, on souligne la hardiesse non conformiste de ses écrits ; côté DSK, l’élan intime se renforce. Par ce double jeu, la spécialiste en bioéthique a pu nourrir son projet dissimulé : saigner le porc au moment opportun par un compte rendu clinique de leur relation.

Seconde trahison : un viol de la sphère sexuelle. En l’espèce, aucune agression du bougre, aucun abus, juste l’effusion des sens apparemment partagée. En réalité : une stratégie captatrice pour servir sa carrière. Bien mieux que la prostitution qu’elle défend. Là, elle s’adonne à une sexualité nihiliste : s’immiscer dans l’intimité de l’autre, et pas n’importe quel autre, avec pour unique visée d’étaler le tout sous couvert d’une hypocrite étiquette d’autofiction. Abjection sans fard.

Restait à trouver le vecteur pour sa petite entreprise d’abus de confiance : Le Nouvel Obs…édé fera l’affaire. Joffrin s’est surpassé : prendre prétexte d’une qualité littéraire hors norme pour appuyer sa couverture politico-racoleuse. L’auteur peut se targuer de ne pas citer le nom du cochon dans son ouvrage et l’hebdomadaire peut afficher la photo du coupable comme au bon temps de sa chute abyssale.

La décontraction de son sphincter littéraire est parvenue à infecter notre village hexagonal. Iacub devra se méfier de ses relations en cours ou à venir. Initiant cette glasnost sexuelle, elle pourrait tenter quelques séducteurs opportunistes voire quelque revanchard sadique. Plus de répit pour la morue qui a voulu se farcir un porc aux petits oignons. La gratinée pourrait bientôt sentir le roussi.

02 février 2013

Ma Maman Une

(Pour ses soixante-cinq printemps, en affection :)
Toute jeune elle m'a porté, sans hésiter,
Et c’est à Tours que je suis né, à ses côtés,
A trois heures il ne fait pas jour, mais dans ses bras,
J’ai su qu’elle serait là toujours, comme cette fois.

Maman, que tu sois blonde ou brune, choix d’un moment,
Tu gardes la même attitude, pour tes enfants :
Affective tout en retenue, tu soutiendras
Nos choix même les plus saugrenus : maman est là.

Assumant les vagu’s d’infortune, les mauvais pas,
Tu as préservé tes fils d’une vie sans éclat,
Tout à son art chacun s’entête, comme un serment,
A braver les vils, les infects, les malfaisants.
Seuls au monde

Je sais désormais que ma plume peut, sans fracas,
Tendre à cet hommage sans brume, je te le dois ;
Ton pinceau a tracé en fête, élégamment,
Les contrées, les lieux et les êtres que tu aim’s tant.
Moulins de Faugères

Je vois ces moulins qui exhument nos airs passés,
Et cette chaleur que je hume bien protégé
Par ces parasols hissés haut, le vent marin
Siffle sur nos cim’s et coteaux sans mur d’airain.

Et ces silhouettes qui assument leur face cachée
Comme autant d’occitanes plumes, elles sont nichées
Au creux de toil’s si peu nocturnes et riches d’émois
Qui soignent nos traits taciturnes : quelle belle voie !

Je suis ce chemin qui s’allume, si coloré,
Pour une balade sans lune, bien éclairé
Par la nature aux mille atours : un tel entrain
Vers la carte postale : jour d’août en train.
Gare près de Fontès en 1911

Et nous voilà ici pour une Maman aimée,
Ce coin de Fontès qui résume tant de beauté :
De vieilles pierres pour garder vifs les temps anciens,
De vertes peintures, sans récif, pour tous les siens.


(Sur la musique de "La Dame brune" de Moustaki)