Indigestion. C’est à celui qui fera le plus
entendre son dégoût, dont le tweet fessera le plus rudement le cul communal de Champlan.
Voilà donc une localité tellement pétrie de xénophobie qu’elle refuse de
polluer la terre de son cimetière avec la dépouille d’un nourrisson Rom…
Oui, juridiquement le maire
pouvait refuser cette inhumation, mais la tempête médiatique a ses critères moraux
implacables. Dans le cas cracra d’espèce la négation par le premier magistrat
de la commune d’avoir pris une telle décision est étouffée par le brouhaha
indigné, suiviste et disproportionné. Avec d’autres usages sociaux la vox médiatique l’aurait déjà pendu haut
et court laissant son cadavre se faire becqueter par les charognards voraces.
Le Premier ministre Valls
occupe la place d’honneur dans le courroux opportuniste sur cette
affaire. Il donne l’impression de surjouer l’effarement comme pour compenser sa
politique macronisée, déviance insupportable
pour le flanc crypto-socialiste de sa majorité branlante.
Alors doit-on désormais considérer qu’un cadavre
de nationalité étrangère est au-dessus du droit ? La bien-pensance fait
montre d’une générosité exacerbée tant que cela n’affecte pas son propre confort.
Allons au bout de la logique transpirante : retirons aux maires ce pouvoir
d’appréciation et confions aux préfets la gestion mortuaire, dans la bonne
tradition jacobine française. Macchabées, vos papiers !
Rédigé au lendemain de la polémique suscitée par le refus présumé du maire de Champlan (Essonne) d'accorder une concession funéraire pour l'inhumation d'un enfant rom de deux mois, « Bébé Rom à la mayonnaise opportuniste » s'attaque de front à l'hystérie médiatique et à la tartufferie politique. Le titre donne d'emblée la tonalité à la fois brutale et déceptive du pamphlet : l'expression « mayonnaise opportuniste » transforme un drame humain tragique en une sauce médiatique indigeste, montée en neige par le suivisme de la réaction à chaud. Le mot d'ouverture, « Indigestion », agit comme une réaction physiologique du moraliste face à la surenchère de la vertu autoproclamée. Decrauze y dissèque le spectacle d'une indignation collective où chaque intervenant cherche à briller par sa véhémence sur les réseaux sociaux, métaphorisée par le tweet venant « fesser le cul communal » de la petite municipalité.
RépondreSupprimerSur le plan de la critique sociologique et des médias, le pamphlet met en scène le tribunal des réseaux sociaux et la tyrannie de l'émotion instantanée. Decrauze oppose la froideur de la norme juridique — la loi autorisant sous certaines conditions un maire à restreindre l'accès au cimetière communal aux non-résidents — à la justice expéditive de la « vox médiatique ». Le polémiste décrit un phénomène de bouc émissaire et de lynchage virtuel proche des analyses de René Girard ou d'Alexis de Tocqueville sur la tyrannie de l'opinion publique : la nuance et la présomption d'innocence (« la négation par le premier magistrat [...] étouffée par le brouhaha ») sont balayées par la meute. Le réseau métaphorique de la curée et de la charogne (« pendu haut et court », « charognards voraces ») rabat l'humanisme affiché des commentateurs sur leur violence grégaire originelle.
L'analyse politique se concentre ensuite sur la dénonciation du cynisme gouvernemental, incarné par le Premier ministre de l'époque, Manuel Valls. Decrauze démasque le calcul politicien dissimulé sous le registre de l'émotion républicaine : en « surjouant l'effarement », le chef du gouvernement cherche à restaurer à bon compte son crédit auprès de l'aile gauche du Parti socialiste (« flanc crypto-socialiste »), ébranlée par le virage libéral des réformes économiques (« politique macronisée »). La verve du pamphlétaire souligne le paradoxe de cette communication d'État qui instrumentalise une tragédie privée pour colmater les brèches d'une majorité parlementaire vacillante, transformant le deuil d'une famille marginalisée en dérivatif idéologique.
Dans son mouvement conclusif, le pamphlet s'élève vers une critique de la « bien-pensance » et procède par reductio ad absurdum de la posture compassionnelle. Decrauze dénonce une générosité de façade, purement ostentatoire, qui ne coûte rien à ceux qui s'en prévalent (« tant que cela n'affecte pas son propre confort »). Par une poussée satirique irrésistible, l'auteur pousse la logique d'État dans ses derniers retranchements : pour répondre à la tempête médiatique, il faudrait ôter aux élus locaux leur pouvoir d'appréciation pour le remettre aux préfets, réactivant ainsi la tradition jacobine la plus autoritaire. La formule de clôture, « Macchabées, vos papiers ! », parodie le contrôle d'identité policier pour caricaturer la dérive d'un État bureaucratisé qui prétend régenter la mort elle-même sous la pression de la bien-pensance. Decrauze montre ainsi comment l'émotion médiatique servile prépare inéluctablement l'extension du contrôle administratif sur la société.