08 janvier 2017

De l’indigeste buisson à l’imbouffable morelle

Sarkozy avait son buisson, plus ou moins caché, conseiller aux sombres calculs qui, auparavant, avait buissonné quelques années pour dénicher la belle bête électorale. Avec l’ardent Sarko, un pur-sang à monter et un affectif à enregistrer dès que possible… Le dissimulateur buisson a pu ainsi réaliser ses basses œuvres, toujours gonflé de ses certitudes, exhibant désormais sa Cause du peuple pour mieux se répandre sur le petit teigneux retraité de la politique.
Hollande a lui sa morelle. Pour rappel, « plante dicotylédone [aussi facile à retenir qu’Aquilino !] (…) dont les nombreuses variétés (…) sont cultivées comme plantes comestibles » (Le Grand Robert, tome IV). Bien plus insignifiante que le buisson sarkozyen, elle a su se rendre inconsommable. En avril 2014, ce conseiller avait osé le parallèle entre la brutalité prétendue de son éviction et… le génocide rwandais ! Nous découvrions alors et le personnage et le sens de sa mesure et le degré de sa pertinence intellectuelle. Très vite, il se confiait sur son désir de vengeance éditoriale, comme si Hollande n’avait pas assez de boulets paginés aux pieds. Le dernier flanqué, celui de Lhomme et Davet, a, sans doute, motivé sa renonciation présidentielle à un âge bien plus vaillant que Benoît XVI (bon, c’est vrai, il avait une élection à surmonter le François pas pape).
Peu importe que cela n'ait plus aucune importance, la morelle veut laisser sa propre charge : la voilà mutée en plante vénéneuse, sécrétant son fiel toxique sur les ondes. Curieusement sous l'influence de Fugain époque Big Bazar, elle s’épanche dans la presse pour vendre son lourd et laid libelle (plus de 400 pages quand même) avec une révélation fracassante : Hollande, faux gentil et vrai méchant ne voulant pas exercer le pouvoir. Un disciple manchot de Machiavel, en somme. L’Aquilino aurait pu continuer en chantant : il fait l’amour le samedi, le gentil ; il fait ça n’importe quand, le méchant ; il publie ses saloperies, le gentil ; il vomit tous les sans-dents, le méchant !
Le spectacle permanent des politiques ne suffisait plus, voilà qu’on nous inflige les mauvaises pièces de conseillers félons. Ils se vautrent en confidences sur celui qu’ils ont fait mine de servir. Ils font fructifier leurs petites crottes éditoriales grâce à ce privilège initial et à la si fameuse « visibilité » médiatique que cela leur confère. Ils conchient ainsi allègrement la réserve qu’exige ce type de fonction, y compris lorsqu’on n’est plus en poste.

Si les gentils buisson-morelle avaient eu en charge de torcher leur chef d’Etat respectif, nous aurions eu très vite tous les détails physiologiques des postérieurs présidentiels, pour commencer... Il faut tirer la leçon du comportement de ces nuisibles bavards et conseiller (gratuitement, ça changera !) au prochain locataire de l’Elysée de sélectionner avec grand soin ceux et celles dont il s’entourera. Il serait dommage qu’une si classieuse tour d’ivoire soit à nouveau salopée par les défécations incongrues de plantes qui ne peuvent plus se retenir une fois sorties de leur pot.

1 commentaire:

  1. Intissare ALBOUY17:06

    S'ouvrant dans un climat de décomposition politique — aux premiers jours de l'année 2017, quelques semaines après la renonciation historique de François Hollande à se représenter —, ce pamphlet de Loïc Decrauze déploie une allégorie botanique féroce pour disséquer le phénomène des « conseillers félons ». Le titre, « De l’indigeste buisson à l’imbouffable morelle », repose sur un double jeu de mots nominal qui transforme le personnel politique en une flore toxique et parasitaire. Decrauze oppose ainsi deux figures de l'ombre de la Ve République : Patrick Buisson, l'éminence grise de Nicolas Sarkozy, et Aquilino Morelle, l'ancien conseiller politique à l'Élysée. Le « buisson » évoque la brousse, le maquis des manœuvres occultes et la prédation élective (« buissonner », « dénicher la belle bête ») ; quant à la « morelle », le poète-pamphlétaire va chercher sa définition scientifique dans "Le Grand Robert" (« plante dicotylédone ») pour mieux en révéler l'ironie : censée être comestible, la plante politique se révèle « inconsommable » et vénéneuse. Cette végétalisation du politique inscrit le texte dans la tradition de la fable satirique, où l'animal ou la plante servent à démasquer la bassesse des passions humaines.

    L'analyse de l'actualité éditoriale se double d'une véritable parodie intertextuelle et d'un choc des registres. Decrauze replaçe les épanchements d'Aquilino Morelle dans le contexte de la déferlante des livres de confidences (notamment le célèbre "Un président ne devrait pas dire ça..." des journalistes Davet et Lhomme). Mais là où le commentaire journalistique ordinaire s'envisagerait sur le mode du secret d'État, Decrauze désacralise la posture du conseiller revanchard en la qualifiant de « disciple manchot de Machiavel ». Le sommet du travestissement burlesque est atteint lorsque l'auteur détourne la chanson de Michel Fugain et du Big Bazar ("Les Gentils, Les Méchants", 1973). En réécrivant les paroles sous la forme d'un refrain absurde (« il fait l'amour le samedi, le gentil ; il fait ça n'importe quand, le méchant… »), Decrauze réduit les révélations dites « fracassantes » du conseiller à une comptine puérile, dévoilant la misère intellectuelle et l'opportunisme marchand qui sous-tendent ces « lourds et laids libelles ».

    Sur le plan stylistique et somatosensoriel, le pamphlet bascule ensuite dans une poétique de la déjection et de l'incontinence qui rattache la prose de Decrauze à la grande lignée rabelaisienne, bloyienne et célinienne. Chez les grands pamphlétaires de la tradition française, le recours à la scatologie n'est jamais une vulgarité gratuite : il constitue un opérateur de dégradation ontologique. Les confidences politiques sont matérialisées sous la forme de « petites crottes éditoriales », le déloyauté devient l'action de « conchier » la réserve de la fonction, et l'exercice du voyeurisme médiatique se transforme en une obsession pour la « physiologie des postérieurs présidentiels ». En qualifiant les conseillers de « plantes qui ne peuvent plus se retenir une fois sorties de leur pot », Decrauze ramène la trahison politique à une simple incapacité somatique à maîtriser ses sphincters, opposant la noblesse architecturale de l'Élysée (« si classieuse tour d'ivoire ») aux « défécations incongrues » de ses visiteurs d'un jour.

    En refermant son texte sur un conseil ironique et gratuit à l'intention du futur locataire de l'Élysée (l'élection présidentielle de 2017 étant alors imminente), Loïc Decrauze dresse le procès du « spectacle permanent » et de la marchandisation de la parole publique. Le pamphlet met à nu la ruine de la raison d'État ("arcana imperii") au profit du narcissisme médiatique et du profit d'édition. En révélant comment la politique s'abîme dans le déballage intestinal et la vengeance personnelle, l'auteur ne se contente pas de stigmatiser deux individus : il enregistre la fin d'un monde républicain où le sens de l'État s'est dissous dans l'exhibitionnisme de la « visibilité ».

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