11 septembre 2011

11.09.2001 : dis-en plus ! Dis, mens encore !

En cette journée des dix ans du Onze, je persiste dans la position minoritaire et m’obstine dans la version du bon sens et de la logique. Le Science & Vie du mois devrait être lu par les 54 % d’humains qui sont convaincus que les attaques n’ont pas été menées par Al Qaida (sondage international de 2008). La théorie du complot se nourrit d’arguments-tonneaux donnant l’impression d’avancer vers la réalité qu’on nous cacherait.

Le Faurisson de cette tragédie, Thierry Meyssan, initie le mouvement en mars 2002. Depuis, la toile colporte toutes sortes de démonstrations pseudo scientifiques exactement comme le faisaient les Annales d’histoire révisionniste sur la Solution finale. Sereinement, le magazine de référence les démonte une à une.

-          L’effondrement des tours sur elles-mêmes, révélateur de l’installation préalable d’explosifs. L’énergie cinétique de structures fragilisées par l’impact monumental suivi de gigantesques incendies suffit à expliquer ce phénomène d’ailleurs imparfait comme le montrent les images. La partie supérieure de la tour 2 s’écroule sur le côté et la tour 1 laisse s’échapper en gerbes de gros morceaux.

-          La présence d’explosions révélatrices d’une volonté que ces tours ne restent pas debout. Depuis quand des incendies d’une telle ampleur, dans un milieu bourré de multiples composés chimiques, se déroulent-ils dans un silence religieux ? Plus de 30 000 litres de kérosène coulant dans chaque tour ne provoqueraient aucune déflagration ? Le constater serait suspect, tout pompier le confirmerait.

-          La multiplication de squibs lors des effondrements, révélateur à nouveau de la présence d’explosifs. Là, on est vraiment dans l’amateurisme argumentatif. N’importe quel écroulement crée une surpression avec ce qui se trouve en dessous, l’air présent devant bien se déplacer quelque part. L’explosion de vitres avec l’expulsion de matières s’impose sans qu’il soit besoin de délirer sur l’origine.

-        Avoir de l'acier en fusion est impossible par la simple action d’incendies. Et pourquoi le métal fondu repéré serait forcément de l’acier ? Que trouve-t-on en quantité dans un avion de ligne ? De l’aluminium qui fond dès 600 degrés, température largement dépassée dans certaines zones de la fournaise du WTC.

-          De la thermite aurait été déposée sur les structures en acier pour les faire fondre, comme l’attesterait la présence dans les débris d’un mélange de soufre, d’aluminium et d’oxyde ferrique. Là, je renvoie à l’explication minutieuse de Science & Vie, mais le simple bon sens suffirait à contrecarrer les allusions : la mise à bas en moins de deux heures de ces gigantesques masses aux composants multiples a forcément engendré des réactions physico-chimiques hors norme. De là, une interprétation orientée peut faire parler des preuves pour abreuver son sordide moulin idéologique.

-          Des débris métalliques ont une taille similaire, comme pour faciliter le déblaiement suite à une destruction programmée. Je ne connaissais pas cet argument-tonneau des conspirationnistes… Rien ne les arrête, même le crétinisme achevé… Il ne leur vient pas à l’esprit que les parties les plus fragiles ayant cédé en premier sont justement les extrémités et que les longueurs si facilement transportables avaient été fixées lors de la construction et non pour l’enlèvement après dynamitage.

-          Aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone, thèse à succès du Meyssan. Au-delà de l’imbécillité infinie de croire qu’un pouvoir politique donnerait l’ordre à son armée de tirer sur son centre de commandement, il existe des faits et des témoignages imparables. Le trou engendré par l’impact fait une trentaine de mètres de largeur et non cinq comme le montreraient certains clichés envahis par la fumée et l’eau déversée. En survolant l’autoroute à basse altitude, l’avion a sectionné plusieurs lampadaires espacés de 25 mètres. Des centaines de témoignages, dont celui d’un journaliste « insoupçonnable de collusion avec le pouvoir » confirment la présence d’un avion… Enfin, la liste des victimes et les nombreux débris retrouvés et photographiés démontent l’insane pitrerie de Meyssan.

En psychologie, trois indications à méditer :
La rhétorique des théories du complot : «  présenter une série d’indices comme des effets présumés de causes qui, en réalité, sont absentes. »
« Le besoin de se sentir maître de la situation est si fort que les individus vont produire des informations à partir du bruit pour retrouver un cadre stable. »
« Les militants du complot n’écoutent que leurs semblables et n’entendent que ce qui les agrée. »
Peine perdue, donc de vouloir persuader les Bigard, Boutin, Cotillard, Fo, Le Pen, Sheen, Stone et tous les anonymes dont le doute suspicieux est ancré.

Ne serait-il pas préférable d’acter la réalité d’attentats commis par Al Qaida et d’approfondir l’analyse géopolitique, quitte à se montrer très sévère à l’égard du pouvoir Bush de l’époque, plutôt que de vouloir blanchir une organisation terroriste internationale responsable de dizaines d’attentats sur la planète ? Rappelons que certains hauts responsables de la nébuleuse ont eux-mêmes revendiqué la paternité du Onze Septembre. Dès le 12 Septembre 2001 j’écrivais « A force de donner les bons et mauvais points, de soutenir puis de rejeter tel ou tel par stratégie politique, le Gendarme du Monde vient de subir un terrifiant retour de boomerang. »

Evacuons, le temps d’une journée, ces polémiques pour concentrer nos pensées sur les 2976 victimes du Onze Septembre.

05 septembre 2011

Au gueuleton de Brassens


Auprès de son arbre, je voudrais rester pour mieux digérer le monde qui se lézarde. Au bois de son cœur, nos vagabondes pensées s’aiguiseront contre les pitres tirailleurs. En tous sens, au tréfonds désabusé, ils s’ingénient à faire mourir les autres pour leurs ineptes idées. A cette valetaille de jusqu’aux boutistes, aux fossoyeurs d’une douce rentrée, je souhaite une cohorte de gorilles obsédés.

Le temps ne fait décidément rien à l’affaire : la technique galopant vers le confort ultime, l’humanité s’étourdissant dans un ballet moutonnier à la sauce Panurge. Une lueur, tout de même : si quelques Rois ont toujours des cons pour leur servir la soupe, des peuples ardents dégagent ces tartuffes qui monopolisent le pouvoir ; un long, un petit, un frisotté, un empâté… Une maturité populaire dont nous, qui sommes nés quelque part en France, devrions nous inspirer pour empêcher la Marine de jeter ses amarres sur nos terres.

Alors oui, divin Brassens, je trinque à ta mauvaise réputation persistante, toi qui as laissé croître tant de vers dressés comme autant de mauvaises herbes urticantes. Voyou poète à la trompette débouchée, vous arrachiez les guêtres suspectes des faussaires emplumés. En vous, vraiment, il n’y a rien à jeter : d’abord et surtout mécréant pornographe à perpétuer comme une précieuse résistance à l’ère du tant religieux. Pudibonds et censeurs de tout voile garnissez-vous ! car le Moyenâgeux a des disciples qui vous foutront jusqu’à la garde pour dégorger vos préceptes.

Multiplier les rendez-vous musicaux avec vous pour ne pas flancher face aux croquants de la finance, aux experts en concurrence déloyale, aux casseurs de vie qui se gargarisent tant et plus. Vivifiez notre esprit, Monsieur Brassens, et nos poings dans leur moche tronche en seront plus lourds, avec tout l’irrespect qu’on leur doit.

Non, je n’attendrais pas le Vingt-Deux Septembre, et encore moins le Vingt-Neuf Octobre pour passer le pont avec celui qui a mal tourné et fondre sur les papillons en fête à l’ombre du cœur de ma mie. Laissons derrière nous les sanglants vergers des rois boiteux, improvisons, comme au temps jadis, une balade en chaleureuse compagnie. Retrouvons-nous sous le grand chêne, avant que les opportunistes ne se pressent, étreignons-nous affectivement, avant que les charognards ne le dépècent.

Toi d’abord, Jeanne ma bonté, pas très loin de ton compagnon au cœur chaud, l’Auvergnat qui me sourit, qui me comprend. Jeanne, femme d’Hector peut-être, trésor de femme sans nul doute, tu entraînes dans ton sillage ceux dont la société ne veut plus sous ses cieux imbus de performances, de résultats et de culbutes… financières : la brave Margot et le pauvre Martin, le petit joueur de flûteau et ce vieux Léon en proie au siècle d’airain. Sur ta lancée, garde aussi le doux Bonhomme et son impeccable Pénélope, celle qui eut voulu, par une subversive distraction, être surnommée « Petit Verglas » pour enivrer quelque poète éperdu. Passons le ruisseau, là où trempèrent les vénérés orteils d’Hélène, à sucer sans retenue, où se reflétèrent les silhouettes de Marinette et de troublantes passantes croisées entre loup et chien par une fraîche fin d’été, comme une promesse d’humanité, la vraie pas la soldée du XXIème siècle. Tapis de mousse sous toit feuillu : couche idéale pour convier la bandante Fernande, Mélanie l’inassouvie et ses trente cierges, comme une paillarde supplique pour que tu nous reviennes.

Je loue vos belles figures féminines, mais je néglige vos pics misogynes. Maux infinitésimaux lorsqu’on les compare à ceux des mâles copains : eux d’abord, quatre-vingt-quinze fois sur cent, les promoteurs d’hécatombes, les faiseurs de 14-18, les exécuteurs de malheureuses Tondues… Cupidon s’en fout, certes, mais la Camarde a tout du travesti aux gonades explosives.

Restons encore sur ce banc, au vent fripon, mirer les mirages aquatiques de la si claire fontaine. Une rose à humer, une bouteille à partager et nos mains à serrer sans arrière-pensée. Par un soir d'orage, le petit cheval fut foudroyé.



17 août 2011

Camp, crèveras-tu ?

Je me satisferais bien de quelque bouc émissaire. Petit tour humiliant sur la sellette avant l’appel à neutralisation physique. Facile à faire croître, à entretenir chez des peuples aux espoirs en fonte vertigineuse. Foutre son poing dans la tronche de ces banquiers joueurs de casino-bourse ; dynamiter les agences de notation, délétère dopant du panurgisme financier ; écharper les spéculateurs sans foi et aux lois d’exception… Faciles responsables de notre bord du gouffre.

Des décennies de complaisance démocratique ont laissé filer les déficits : la fin des Trente Dispendieuses passe par la mise forcée de notre système redistributif à l’aune de nos moyens réels. La douloureuse affaire est collective et ne peut se résumer à la mise au ban de la société d’une fraction d’elle.

Sujet collectif et européen. Depuis 2005, l’Union a perdu son souffle. Une minorité du peuple européen a décidé qu’il n’y aurait pas l’amorce du pas politique proposé, pour des raisons aussi variées qu’incompatibles, et depuis plus rien, stagnation technocratique.

A l’heure grave d’un possible effondrement du système économico-financier, plus le temps de complexifier les positions : soit chaque pays reprend sa souveraineté pleine et entière, monnaie comprise, pour vivre son nationalisme social avec les moyens que lui laisseront ses finances publiques, soit nous programmons le fédéralisme comme inéluctable voie de salut couplée à une austérité solidaire des peuples.

A chacun son camp. On peut croire, comme la Le Pen qui nous bassine, aux vertus miraculeuses d’une sortie de l’Euro. Je voudrais voir la tronche de ses partisans cinq ans plus tard lorsqu’ils iront, pour ceux en ayant encore les moyens, payer leur pain avec une brouette de francs tellement indépendants qu’ils en auront réussi à s’affranchir de toute valeur pécuniaire viable. En route pour le nouveau nouveau Franc ultra light, idéal pour faire maigrir son peuple…

Se souvenir que l’Euro n’avait de sens qu’avec une gouvernance politique forte. Successeur logique d’une Communauté européenne du Charbon et de l’Acier qui a vacciné contre une nouvelle guerre le Continent en cicatrisation. Réussite totale avec même le luxe d’intégrer les ex pays de l’Est avant d’avoir changé les institutions : erreur historique que nous payons depuis et qui risque de mettre en péril ce grand œuvre de civilisation faute de rappel préservant du délitement.

Tout cela se culbute dans mon crâne et je grimpe vers le Konzentrationslager Natzweiler-Struthof. A gauche, la « lanterne des morts » : arrêt ému devant ce sanctuaire où la terre et le gazon recouvrent les cendres des victimes de cette solution érigée comme finale – « Endlösung, sa beauté ruisselante » dit Les Bienveillantes. Vies sacrifiées pour satisfaire le concept, pour servir l’idéologie… Faire mourir pour ses idées, l’idée est effrayante, mais inhérente aux assoiffés de pouvoir.

Je passe la monumentale entrée de bois et de barbelés qui m’écrase de son passé. Là, l’espace m’accroche à la gorge : dans ce large cocon vert en pente, des baraquements lugubres. Il faut descendre en longeant le « ravin de la mort ». Scruter l’endroit verdoyant, scruter davantage pour y ressentir les corps qui s’effondrent sous les rafales. Ne rien négliger pour ne pas se faire surprendre par le pire alors inéluctable…

Au bas, deux blocks. A droite, celui où l’on expérimente, où l’on torture, où l’on crame ! Rester un peu, la nausée montant à soixante-dix ans de distance. A gauche, un peu en retrait, le block cellulaire pour détenus réfractaires. On entasse dans des cellules ou, pour les plus subversifs, on laisse crever dans des geôlettes individuelles. Sophistication de l’atroce : un volume et une surface ne permettant ni la station debout ni la position assise. L’entre-deux insupportable pour faire expier le responsable désigné, la vermine source de nos maux…

Au soleil déclinant, j’ai laissé cette concentration de l’abomination incarnée pour choisir mon camp : loin du doctrinaire simpliste aux remèdes affriolants.

(Photos prises par L. Decrauze)

Chronique publiée sur Agoravox et Le Monde

07 juillet 2011

Des bandits pas manchots pour un sou

Il était une fois une ‘tite Créancia à qui l’on avait prédit une longue et juteuse existence. Et le fait fut.

Elle était née, au détour d’une année de crise économique à la fin du XXème siècle, de la volonté de Big Bisounours, le Vorace tout de vert vêtu. Il lui avait déniché un débiteur au cuir tendre, bleu en affaires, englué dans ses sociétés en perdition, réfugié dans un sordide Purgatoire parisien et surtout à la moelle sonnante… Ne restait plus qu’à le faire trébucher pour assurer les beaux jours de sa protégée.

Pour cela, une arme magique : le droit hexagonal. A la première défaillance de la proie, se précipiter chez le Juge pour obtenir une belle ordonnance d’injonction de payer, qui fait fi de tout débat contradictoire, la faire signifier par un agent assermenté qui s’arrangera pour que le débiteur nourricier ne l’ait jamais en main. Moins de trois mois plus tard, aller faire apposer le sésame exécutoire et hop ! le tour est joué !

Va ma ‘tite Créancia t’étoffer sans bruit faire… tu as tout le temps pour toi : trente ans pour te gaver. Miam ! miam ! Te voilà à la tête du plus long délai prescriptif, hors l’inatteignable crime contre l’humanité. Regarde tes pénaux cousins, les vilains meurtre, viol, trafic de drogue, braquage, enlèvement… Eux, en dix ans, c’est fini : à la trappe ! Va comprendre ce qui motivait notre Justice jusqu’à une réforme récente, mais pas rétroactive… C’est bon pour toi ma joufflue Créancia.

Merveilleuse contrée juridique. Big Bisounours vert n’a plus qu’à attendre le moment adéquat pour exiger l’exécution ou, mieux encore, faire adopter la Créancia par un compère encore plus glouton. Pour ce faire, une trouvaille outre atlantique : la cession de créance par titrisation. L’infection du système financier mondial par les subprimes révélée en 2007 et qui a failli tous nous engloutir, ça vous rappelle quelque chose ? Et bien dans notre vieille France aussi ça se pratique sans vergogne.

Pour faciliter la culbute spéculative des adoptants de Créancias en masse, le Législateur s’est torché avec l’article 1690 du Code civil et, plus fort encore, avec l’article premier de notre Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, tout débiteur puisse-t-il être. C’est pour tes bourrelets d’intérêts mon engraissée Créancia ! L’article L214-43 alinéa 8 du Code monétaire et financier dispense du devoir d’informer le débiteur, source du profit, de la venue d’un nouveau tuteur pour l’empesée Créancia… Du quasi biblique : selon qui sera l’adoptant tu auras droit ou pas à ton statut protecteur. Ne serait-ce pas de la magistrale rupture d’égalité des citoyens devant la loi ça ? Seul coup d’arrêt possible : soulever une Question prioritaire de constitutionnalité pour mettre un terme à cette impunité financière.

Attendre encore, pour avoir une Créancia à monstrueuse maturité avec près de 300% de prise de poids monétaire : voilà la finalité. Et puis, d’un coup, après quatorze ans de silence, multiplier appels et courriers pour obtenir un versement, un seul, et le piège s’accomplira. Principal et intérêts de la dette seront alors confondus et pourront être récupérés par tous moyens : faire dégorger ce débiteur pour que notre Créancia s’accomplisse. Et si les relances n’harnachent pas le bougre, il faudra retourner à la case Signification de l’ordonnance exécutoire augmentée de toutes ces années d’intérêts rondement calculés. Voilà comment faire une manne de rendement financier de ce qui, dans l’esprit de la loi – mais en a-t-elle encore vraiment avec un tel géniteur lobotomisant ? – doit servir à pallier les difficultés provisoires du débiteur ou l’incapacité à le retrouver.

Pour la grosse Créancia ne compte que l’engrangement maximal avant la succion finale, celle qui lui fera défoncer le plancher du contrat social et de ses principes élémentaires.

Mise et gagne : impasse humaine mais boulevard financier !

"Les hommes d'action manquent ordinairement de l'activité supérieure : je veux dire l'individuelle. (...) On ne peut, par exemple, demander au banquier qui amasse de l'argent le but de son incessante activité ; elle est irraisonnée. Les gens d'action roulent comme roule la pierre, suivant la loi brute mécanique" (Friedrich Nietzsche, Humain trop humain, n°283)


Pour prolonger le conte sordide, si le cœur bien accroché vous en dit.


Coup de pouce... dans l’cul !, 25 Janvier 2008,
- Angles de vie, 16 Mars 2008
Les gras sous, 20 Septembre 2008,
En vert et pour tout... financer, 11 Février 2010,
Prose vagabonde, 18 Avril 2010,
Dark Kerviel & Mister Pool, 10 Octobre 2010.


27 juin 2011

Parabole désorientée

Des crocs dans l'ombre guettent la faille pour déchirer les tissus. A perte de vue plus rien ne rime : magma "plasmique" à nourrir coûte que coûte. Reste quoi ? Une farandole aux arabesques sordides qui monopolise l'attention sur l'apparence d'un monde en chaos.

Ça se mâche sans fin tant qu'on n'est pas trituré dans sa chair. Ce déchaînement règle le compte des plus fragiles, les déconnectant pour toujours : piètre perte, très profitable aux arrangeurs du buzz.
"Rien à buzzer aujourd'hui ?" s'angoisse le maniaque sur toile, la souris entre les cannes... Pourquoi taire ce qui pourrait suffire à salir son prochain ? Plus qu'à aller faire titriser ses déjections en les confiant aux menottes expertes des charognards de la finance.

Univers d'Internet en constante dilatation, un peu comme si nous tentions, pauvres hères,  d'approcher en virtuel le Tout infini qui nous dépasse et face auquel nos élans se ratatinent.

A moi le cocon vert déserté de la Tête d'Or pour ragaillardir mon souffle : rondeurs feuillues, allées de pierres joliment serpentantes, massifs fleuris et un banc vert pour le fondement. Surplus à évacuer sans circonvolutions :   attendu qu'ils m'incommodent... par ce motif, qu'ils dégagent !

Dans l'attente du trou à cadavre, je me refais volontiers une charretée de samedis soirs sans fréquentation, avec le seul Lieutenant Colombo, urticant pour ses congénères, efficace révélateur de leurs vices criminels.
Après la surdose en série, j'explore quelques zones dévastées ouvertes aux quatre bourrasques. La petite vieille explose du talon de secs quignons de pain pour nourrir piafs et canards des bords du Rhône juste devant la péniche "Nid d'Amour". J'égrène les remugles d'un encombrant passé, hypothéquant encore une pure respiration lyonnaise. Naviguer entre attaque et défense pour la plus favorable sentence.


Texte paru sur le site du journal Le Monde

06 juin 2011

La Gaule lévite !

Gâtée la France, la voilà dotée d’un attelage de panseurs des plus équilibrés. A gauche, l’indomptable Lévy. A défaut de nous refaire le coup du nouveau philosophe, il lance un nouvel humanisme : la défense de l’Homme à tout prix… y compris contre la femme. A droite, Ferry le sauvage tente, le cul entre deux baises, de s’ériger chantre de la poisseuse rumeur. Son arrière-grand-oncle flanquait les enfants à l’école laïque, lui fait mine de les retirer des griffes d’un partouzard haut placé.

Quelques gorgeons libérateurs et la panse se vide sur le zinc médiatique. Ça tache un max, ça indigne l’auditoire imbibé, chacun se repaît de la part sordide de l’autre sans assumer ses propres travers. L’époque se vautre au point de mettre sur le même plan la poursuite réelle pour agression sexuelle et le renvoi gastrique d’un ex ministre de l’éducation qui en torche un autre. Éruptives éructations qui décrédibilisent la source au courroux différé de plusieurs années. « Pavé dans la mare » gronde-t-il le fondement dans la vase : il pousse fort et loin la polémique pour faire croire à l’ébullition du cloaque.

Glaire et pet, fresque organique des deux grandes familles politiques qui s’envoient l’une un Tron, l’autre un Lang sans appréhender la conséquence ultime : la vague extrémiste pour faire la peau à la Gueuse. Ainsi le cirque plein d’air malodorant masque les sujets rébarbatifs : la réalité budgétaire pour tout programme porté au pouvoir élyséen et l’influence allégée d’une nation dépendante des emprunts qu’elle peut encore contracter.

Sans le sou, restent les dessous peu reluisants d’une élite que les pannés voudraient piler. Peut-être devrions-nous éviter l’absorption monolithique de l’actualité, tels des monomanes en furie qui ne retiennent que le plus gros des titres, négligeant les pages intérieures tout autant visibles et lisibles pour qui s’en donne la peine. Un simplisme du regard par trop de complexité globale.

Reflet verdâtre sur l’écran en veille de mon ordinateur portable : plante intérieure au calme, au-dehors feuillage agité par les courants venteux. A cran ce monde aux flux et reflux d’informations, aux existences anonymes qui se voudraient exposées et qu’un surplus de lumière carbonise, aux trajectoires sous les feux de la rampe qu’un faux pas, un vrai crime, enterre en basse-fosse.

Un souffle, quelques effleurements, une tendre intention et le goût de l’autre revient : regard pour se catapulter loin des laideurs ambiantes, joliesse de chaque instant pour s’exalter en complicité, un rien de brune présence, un tout de circonstances à cultiver, lien précieux sans se hâter, sans se happer… une leçon de symbiose improvisée.

21 mai 2011

Prouesse complotiste : dénie, décrie, renie !

Voilà une semaine que DSK a été interpellé, et des tonnes de commentaires se sont déchainées contre la version la plus plausible. Irrépressible réflexe du scepticisme, même lorsque sa propre thèse surpasse en invraisemblances celle rapportée par la grosse caisse judiciaire américaine.

Pourquoi la parole d’une femme de chambre sans histoire (en attendant que le rouleau compresseur de la défense en déniche ou en confectionne quelques-unes) vaudrait-elle moins que celle d’un ponte politique ? L’incohérence des complotistes tutoie l’indigence intellectuelle : les mêmes qui dénoncent les pires travers des dirigeants du globe sont les premiers à discréditer les affirmations d’une modeste employée, soutenant ainsi de fait les dénégations de celui qui était considéré comme l’un des hommes les plus influents de la planète.

N’est-ce pas de l’indignation à géométrie variable, au gré de ce qu’on veut stigmatiser comme Grand Ordonnateur de cette sordide affaire ? Cela débouche sur la négation de ce qu’a vécu cette femme qui a tout autant droit au statut de supposée victime que DSK à celui de présumé innocent. Imaginons simplement ce que serait une Justice qui limiterait son intime conviction à ce type de démarche : ça ne peut être qu’une machination contre l’accusé puisque sa fonction l’exposait à cela. On en frémit d’horreur.

A quel titre un individu, quelles que soient son importance, sa notoriété et ses responsabilités peut-il être hors de portée d’une dérive criminelle ? L’affirmer reviendrait à accréditer l’approche différenciée de l’humanité : ceux qui ne peuvent s’abaisser à abuser d’une obscure domestique et le reste de la masse. Une partie de cette même masse défend aujourd’hui le puissant avec quelques arguments-tonneaux qui tournent de plus en plus vite mais ne font rien avancer.

Que peut donc avoir à faire une anonyme de New York du destin présidentiel de tel ou tel Français, de la déstabilisation d’une personnalité par telle officine, du piège tendu par l’infâme ennemi de l’absous DSK ? Chacun y va de son petit délire mental, entretenant ainsi sa certitude que le monde transmis par les médias est un vaste mensonge. L’apparence est forcément trompeuse et le fantasme s’impose comme la vérité originelle… Ainsi, on peut tout remettre en cause…

Cette affaire révèle une opinion publique française majoritairement désabusée, prête à embrasser le plus fantasque des conteurs si la narration nourrit ses défiances. Les faits n’ont aucun poids puisqu’ils transitent par la parole d’un être sans visage, sans épaisseur humaine, une victime dématérialisée en somme, érigée uniquement pour faire choir le potentiel chef d’Etat.

Pompon de la campagne complotiste, le Bellâtre Hachement Libre s’approprie, avec une variante, la formule mitterrandienne du « livrer aux chiens » pour défendre son ami exhibé comme Dangereux Satyre Knouté. Une affaire d’initiales, sans doute… Il n’y a pourtant pas mort d’homme, comme l’a obscènement rappelé Jack Lang, mais peut-être bien agression sexuelle d’une femme, et ce n’est pas elle que défendent aujourd’hui ces parangons de la vertu. « Je ne sais pas… » rabâche BHL pour lancer son billet, mais il suppute beaucoup, infiniment trop. A l’infect mépris qu’il affiche à l’égard des déclarations de l’accusatrice s’ajoute son silence suspect sur les flots complotistes qu’il avait tant fustigés pour les attentats du Onze Septembre. Comme un révélateur de sa chapelle : la philosophie de vie opportuniste. L’amitié n’excuse pas tout. Quelle virulence déploiera-t-il lorsque la défense traînera dans la boue la plaignante ?

A son crédit, BHL, lui, assume ses écrits, au contraire de la flopée malfaisante d’internautes qui s’abritent derrière l’anonymat pour l’hallali sexiste. De pseudos êtres aux vraies traces de purin. On pourra toujours attendre leur contrition si le jugement condamne l’accusé. Au contraire, ils en rajouteront une crasse couche sur une justice américaine à la solde de ceux qui ont fomenté cet attentat sexuel contre le virginal Strauss-Kahn.

14 mai 2011

Lutins, farfadets & sœurettes

Château d'Omiécourt
Le sens du temps, au large des berges, juste pour baguenauder sans avoir de compte à rendre, de ligne à suivre. L’âge est venu de ne plus espérer quelque rabibochage factice. Les affections châtelaines des deux décennies quatre-vingts ont tourné court suite aux tentatives d’un contact rétabli. Prétextes pour l’embourbement : ma défense du traité constitutionnel européen pour la première, ma complaisance à l’égard de la tauromachie pour la seconde. En réalité, une détestation de ma façon d’être en écriture, de l’emphase à l’amphigouri et, comble de l’ignominie, de l’influence micberthienne qui imprègnerait encore mes textes. Si leur vieux parâtre tombe là-dessus, ça devrait le faire rire un peu… Je reste, à ce jour, le seul ex très proche à avoir diffusé sur le Net un article sans ambigüité sur ma rupture idéologique avec lui.

Grande leçon pour moi, le récidiviste : ne jamais tenter de faire renaître des liens distendus puis disparus. Les résurrections ne valent que pour les fables religieuses.

« Clap dernière ! » : ainsi je titrais mon dernier courriel à celle qui renâclait au débat… Crime de lèse-passé que je puisse défendre le dessein européen. Du lien fraternel, on s’en fait un monument inaltérable : en l’espèce une pissée sans envergure.

Pour l’autre, on innove : condescendance victimaire ! L’odieuse faute qui fait de moi l’infréquentable, l’inique suffisant, le dérangeur d’une douce existence : avoir relaté, avec un mauvais tour littéraire et sans la dénoncer, ma première tauromachie.

Résumons l’offense : ne pas s’aligner sur le substrat de leur pensée discrédite tout élan du cœur. Encaisser leurs positions et surtout cesser d’écrire, ah oui ! Ça, avant tout ! Que je poursuive un Journal commencé en 1991 alors que nous étions en dévotion affichée pour ce père de cœur ou de sang, quelle suspecte attitude ! Forcené, je suis, dans l’erreur magistrale de voie… Le degré infâme de l’expression écrite, sans aucun écho médiatique, jamais publié par un « vrai » éditeur, une déjection en somme !
Supériorité que ces obscures doivent admettre : mon autocritique ne sera jamais dépassée par leurs attaques essoufflées. Qu’elles s’en convainquent aussi : rien, de mon vivant, ne me détournera de l’écrit, d’aiguiser mes indignations, de transcender enthousiasmes et perditions par l’entrechoc sémantique, d'élargir la palette des mots pour tutoyer ce qui rumine en soi. Insatisfait, toujours, mais sans la facilité du renoncement. J’anime ces lignes à pleine plume et j’assume les influences diffuses…

Rien à cacher, tout à dévoiler, au moment que j’estimerai opportun, sur une toile accueillante pour démultiplier l’écrit bien placé… Prêt pour le témoignage tous azimuts et sans retenue de style. Abruptes notations sur le vif qui se dispenseront du tiède, du frileux, de l’engoncé.

Non loin de moi, sur ces berges du Rhône, trois enfants de six ou sept ans s’amusent dans l’insouciance aux ingénieux jeux d’eau : rires partagés, étonnement complice, surenchères pour entretenir la symbiose du trio improvisé… Quelle illusion !

26 avril 2011

A notre guerrière danse !


A moi de jouer : la piste sablée file le tournis avec sa clameur alentour. Viens vers moi, à l’instinct, sans retenue. Que s’accomplisse notre ronde de vie : chacun de nos croisements vaut épreuve. Mon souffle s’évade dès que je l’ai dans ma ligne courbe de mire. La présence de ce partenaire imposé m’hypnotise, me galvanise. Je dois aller au bout, malgré la funeste pesanteur : air lourd, odeur de plaies, épuisant cagnard, paillettes en feu…
L’impératif : tourner toujours pour être face à lui, saisir son rythme, ses écarts, sa danse improvisée… pour mieux s’enfoncer en lui, jusqu’à la garde ! Esthétisme bestial, inhumaine rencontre ? Peu importe, la puissance du risque magnifie le sacrifice : un jour lui, l’autre moi… Sur l’aire de la dense confrontation, abattre cet ennemi à portée devient ma raison d’être. Approche-toi que je t’accroche en douleur… Nous nous épuiserons jusqu’à la corne, jusqu’au bout des ongles, sans jamais renoncer.

Ivre de mouvements, je peine à lui décocher cette tournée. Je perçois pourtant quelques notes soufflées qui saluent notre éphémère symbiose, avant le glas glaçant qui me fera m’effondrer. Mais avant cela baroudons, heurtons-nous sans rogne et peut-être tutoierons-nous cette grâce salvatrice.
Mixtion matador-taureau

Je le ressens plus que je ne le vois, je l’effleure pour retarder l’ultime heurt, je gravite à l’horizontal repos, abîme des sens en tension, muscles et tendons attisés, esprit exalté, mixtion. Il est temps : face à face, sus à celui qui perd ses moyens, je fonds sur l’autre pour un dernier mouvement mortifère. Je n’en vois pas la fin…

A force de me projeter dans l’arène, tout se mélange : matador et taureau, sueur en sang, sable pour scènes épiques, oreilles offertes, torero gracié. Je digère poussivement les trois tonnes de barbaque proposées, mais je ne regrette pas la découverte de cette lutte tragique. Pour moi, un baptême du feu spectacle pour de vrais engagements, mais probable passion mort-née…

EPILOGUE : Je lis dans un article de "La Provence" du 23 avril 2011 que la tauromachie est reconnue comme faisant officiellement partie du "patrimoine immatériel français". Pas sûr que cela calme les dénonciateurs de ce qui leur apparaît comme un spectacle barbare où l'on joue avec la nourriture ! J'y vois moi surtout une hypocrisie : les mêmes tolèrent l'existence d'un système industriel d'extermination des bovins pour garantir notre alimentation carnée mais s'insurgent contre la mise en scène d'une lutte pour la vie, tellement révélatrice de l'histoire guerrière de notre humanité, si peu humaniste...

(Photos prises par Loïc Decrauze, Arène d'Arles, le 24 avril)



11 avril 2011

Des bris du monde

Des traques s’éternisent. Marâtre Nature s’échine à débusquer les grappes nippones qui résisteraient aux appels du couchant. A dix mille de là, je m’enthousiasme des poussées bourgeonnantes. La dérive plus au sud présente quelques souches autocratiques qui s’illusionnent sur leur ramure : en tête de boue rougeoyante le plissé de Libye et le gondolé de Côte d’Ivoire. Darde l’astre à la Tête d’Or, tardent les désastres crépusculaires qui accentuent les écarts de destinée. Pour l’hexagone, tant que l’emprunt va, tout va… à vau-l’eau certes, mais pas au chaos.

Le petit temps imparti ne favorise pas la juste partition au diapason de nos perceptions. Les décennies se bousculent aux artères et, sans une part de renoncement, la divergence avec soi s’accroît. Que vaut-il mieux ? La turgide indignation au risque de l’obscénité, rappel de la sentence bernanosienne, ou l’effacement sans objectif pour faire sage et fréquentable ? J’ai choisi : raréfier les attaches, desserrer l’emprise et s’irriguer des bris du monde.

Sa complexité exige de s’affranchir de la grossière linéarité narrative. Peu importe si j’indiffère le gros du lectorat suceur du Rot-Ment, la vache-à-laids de l’édition commerciale. Je m’ancre hors circuit à la quête des jeux abstractifs du langage polysémique. Charge, charge ! que le reproche s’aiguise et l’attention se détourne…
Les mêmes qui font grand cas de l’art abstrait ne souffriraient pas l’excès conceptuel dans l’écriture. Même la poésie se ratatine au raz des pâquerettes qui puent.


La transcendance textuelle ? Crime contre la simplicité. Etre accessible, compréhensible, audible… aller se faire foutre, est-ce de bon ton clair ?
Je ne rejoindrai pas ces monceaux imprimés que leurs auteurs s’obsèdent à purger de toute saillance absconse. Quel confort d’être peu lu : ça évite d’emblée les cons ambiants qui pollueraient mes pages. A moi l’écriture jubilatoire, sans honte des mots longs, des expressions chargées, des phrases alambiquées.

De la simplicité au simplisme, et du simplisme à la barbarie, la voie s’abrège sans fioriture… Juste les débris collatéraux des tourments en cours. Bribes d’êtres humains sacrifiés au nom de la mortifère simplification politique. Comme un mauvais roman aux fresques nauséabondes. A expectorer au loin…

(Texte rédigé le 10 avril : sentiment conforté pour le Japon, contredit pour Gbagbo, la balle au centre.)