Gâtée la France, la voilà dotée d’un attelage de panseurs des plus équilibrés. A gauche, l’indomptable Lévy. A défaut de nous refaire le coup du nouveau philosophe, il lance un nouvel humanisme : la défense de l’Homme à tout prix… y compris contre la femme. A droite, Ferry le sauvage tente, le cul entre deux baises, de s’ériger chantre de la poisseuse rumeur. Son arrière-grand-oncle flanquait les enfants à l’école laïque, lui fait mine de les retirer des griffes d’un partouzard haut placé.
Quelques gorgeons libérateurs et la panse se vide sur le zinc médiatique. Ça tache un max, ça indigne l’auditoire imbibé, chacun se repaît de la part sordide de l’autre sans assumer ses propres travers. L’époque se vautre au point de mettre sur le même plan la poursuite réelle pour agression sexuelle et le renvoi gastrique d’un ex ministre de l’éducation qui en torche un autre. Éruptives éructations qui décrédibilisent la source au courroux différé de plusieurs années. « Pavé dans la mare » gronde-t-il le fondement dans la vase : il pousse fort et loin la polémique pour faire croire à l’ébullition du cloaque.
Glaire et pet, fresque organique des deux grandes familles politiques qui s’envoient l’une un Tron, l’autre un Lang sans appréhender la conséquence ultime : la vague extrémiste pour faire la peau à la Gueuse. Ainsi le cirque plein d’air malodorant masque les sujets rébarbatifs : la réalité budgétaire pour tout programme porté au pouvoir élyséen et l’influence allégée d’une nation dépendante des emprunts qu’elle peut encore contracter.
Sans le sou, restent les dessous peu reluisants d’une élite que les pannés voudraient piler. Peut-être devrions-nous éviter l’absorption monolithique de l’actualité, tels des monomanes en furie qui ne retiennent que le plus gros des titres, négligeant les pages intérieures tout autant visibles et lisibles pour qui s’en donne la peine. Un simplisme du regard par trop de complexité globale.
Reflet verdâtre sur l’écran en veille de mon ordinateur portable : plante intérieure au calme, au-dehors feuillage agité par les courants venteux. A cran ce monde aux flux et reflux d’informations, aux existences anonymes qui se voudraient exposées et qu’un surplus de lumière carbonise, aux trajectoires sous les feux de la rampe qu’un faux pas, un vrai crime, enterre en basse-fosse.
Un souffle, quelques effleurements, une tendre intention et le goût de l’autre revient : regard pour se catapulter loin des laideurs ambiantes, joliesse de chaque instant pour s’exalter en complicité, un rien de brune présence, un tout de circonstances à cultiver, lien précieux sans se hâter, sans se happer… une leçon de symbiose improvisée.

Pamphlétaire sur internet. C'est comme du Canada Dry en fait.
RépondreSupprimerCe que je lis sur internet est virtuel, donc en réalité, je m'en fous. Les gens se prennent la tête pour rien et ils s'imaginent que c'est capital.
C'est bien un truc d'enseignant ça encore.franchement, qu'un mec s'appelle Ferry ou Decrauze ou Tartempion,ce ne sont que des étrangers et des inconnus sans importance.
Et ce qui n'est pas important, c'est pas ce qui manque,quand on a le reste.
J'adore le Canada Dry !
RépondreSupprimerOn se demande pourquoi vous avez perdu du temps à écrire ces insipidités si vous vous en foutez. Et puis l'anonymat permet tous les écarts, sans rien assumer.
Finalement, je perds mon temps à répondre au néant sidéral...
Exit.
Sur le plan littéraire, « La Gaule lévite ! » offre une démonstration du style pamphlétaire de Decrauze, fondé sur la provocation polysémique, la verve argotique et une métaphorique de la souillure organique. Dès le titre, l'auteur orchestre un calembour polyphonique : la « Gaule » désigne à la fois la nation républicaine, l'érection trivialisée et la référence à Bernard-Henri Lévy (le « BHL » dont le patronyme résonne avec la « lévitation » et le clan des Lévites), condensant ainsi en trois mots le grotesque d'une élite envoûtée par ses propres pulsions. Le texte repose ensuite sur un maillage onomastique satirique (« Ferry le sauvage », « un Tron », « un Lang ») et sur un vocabulaire viscéral, presque drolatique, qui ramène le débat public à la trivialité du tube digestif (« panse », « renvoi gastrique », « éruptives éructations », « cloaque », « glaire et pet »). Par le parallélisme d'une drôlerie féroce — « s’envoient l’une un Tron, l’autre un Lang » —, Decrauze réduit le jeu partisan à un échange de coups bas et de scènes de vaudeville où la parole politique perd toute valeur symbolique pour devenir une simple décharge gastrique répandue sur le « zinc médiatique ».
RépondreSupprimerSur les plans politique et philosophique, ce texte rédigé en juin 2011 — au moment où s'entrechoquent l'affaire DSK à New York, les accusations télévisées de Luc Ferry et le scandale Georges Tron — livre un diagnostic sans concession sur la dérive voyeuriste du régime médiatique. Decrauze démontre comment ce cirque de « l'actualité » fonctionne comme une machine à fabriquer du simplisme, un « surplus de lumière » paradoxalement aveuglant qui « carbonise » les acteurs sous les feux de la rampe tout en divertissant le peuple des réalités budgétaires asphyxiantes. Le moraliste alerte sur la conséquence ultime de cette dégradation de la parole publique : la désillusion des citoyens (« les pannés ») face aux débauches des élites prépare le terrain à la « vague extrémiste » venue « faire la peau à la Gueuse ». La démocratie ne sombre pas sous les coups d'un tyran extérieur, mais sous l'accumulation des hypocrisies et le dégoût suscité par le spectacle de ses propres représentants.
Ce qui constitue sans doute le sommet poétique et moral de ce pamphlet, c'est son brusque basculement final, qui rompt radicalement avec le registre de la dénonciation. Quittant la fange de la polémique, Decrauze opère un mouvement de retrait vers l'espace intime du bureau, matérialisé par le « reflet verdâtre » de l'ordinateur portable et le contraste entre la plante au calme et le feuillage agité au-dehors. Dans une prose poétique d'une grande délicatesse, faite de breath-points et d'allitérations douces (« Un souffle, quelques effleurements, une tendre intention »), l'écrivain propose une « leçon de symbiose » fondée sur la « joliesse de chaque instant » et la « brune présence ». Ce poème en prose enchâssé révèle le sens profond du projet decrauzien : la satire féroce n'est pas un acharnement nihiliste, mais une opération d'assainissement nécessaire pour préserver, à l'écart du bruit et de la laideur du monde, la grâce fragile des liens authentiques.