01 janvier 2017

M'en allant promener...

Pour cette promenade, se sont glissés divers acrostweets à dénicher. Les solutions se découvrent en cliquant sur les mots signalés par leur couleur différente. 


Trombacrostweet 2016 - première partie

Alors que je m’essaye à des intonations totalement habitées pour interpréter avec fougue l’air éternel, le chemin régional s’élargit d’un coup de baguette administrative. On devrait s’y sentir plus à l’aise… on devrait, mouaip ! Du champ pour le premier fracas de l’année, le départ de celle qui voulait tenir autrement une bouillonnante insécurité : risques augmentés de dysfonctionnement par ce laxisme prétendument humaniste. Avec cet abandon de poste, l’occasion de voir s’agiter tous ces petits personnages au rond de cuir respectif plus ou moins couvrant pour leur fondement.
Au premier virage, le début des emmerdes : ça braille sur l’enrobé, ça capitule sur le bas-côté alors que Dylan et Laurette pétillent en chansons humées. Je m’arrête un instant pour faire l’accolade au bonhomme à la gouaille affective liée au bien rire unificateur. On trinque et hop ! je repars sur cette voie mal éclairée, me tapant bientôt les enragés d’une déraisonnable invention ensorcelant unilatéralement. Son représentant est là aussi, bien embarrassé devant tant d’excitation mortifère. Il confie à qui veut l’écouter : «Mes adeptes haineux occultent mon expérience tolérante… ». C’est bien là le nœud gordien de l’affaire : un avilissement liberticide lubrifiant aux hurlements outranciers une addictive kalachnikov badigeonnée au religieux. J’accélère le mouvement des jambes pour sauver mon cou du tranchant des armes rouge liquide.
Je fuis vers celui qui me fait un geste amical : lui n’a que des détonations artistiques vêtues incroyablement de brillances où Warhol inspire expressément. Je lui réponds en rythme, sur le même morceau salvateur. Du cœur et de la conviction, il va m’en falloir pour tenir tête au petit hargneux qui jaillit du buisson avec ses thèses prémâchées en bandoulières. Je reconnais le profil et son processus : crédule ou négationniste, son petit intellect, rissolé aux tartignolles inventions, obstrue nuisiblement notre intègre savoir tant explicité mais en vain rabâché. Je ne vais pas m’échiner à le ramener sur le bon chemin. Ma route est encore longue, les embûches et rencontres sans doute encore nombreuses. Atla ! atla !
Qui est ce monsieur tout sec qui tient, sans pouvoir vraiment le cacher, un gros cahier noir ? Il est temps de lui faire cracher cet hitlérisme enfoui irrigant des essentialités glosées : graves enlacements rédhibitoires pour ce faux sage. Je me détourne, bien déçu de la découverte, et change de focale pour distinguer en contreplongée des empreintes tournées toujours où rayonnent encore suffisamment ces ouvertures libérant ardemment nos aspirations. Baume au cœur du créatif qui permet d’affronter les ennemis de la fréquence intellectuelle : krach intégrationniste et laxiste kermesse raillée alimentent un tremblement d’indignation.
Se reprendre et poursuivre, vaille que vaille, le baluchon en vrac et les godasses qui bâillent… Ecouter ce convaincant orateur humanisant notre – branlante – Europe nonobstant d’inquiétants tiraillements. Noble engagement sur ce sentier de plus en plus décrié. Tenir bon face aux entrepreneurs de démolition. J’attrape la glaise de cet absolu royaume trop hérissé. Un rêve rimé insolemment me brise : abyme ultrasensible dépeint est à deux pieds de m’ensevelir. Je songe alors à ces barbants rosbifs exigeant Xième infecte transaction pour rester solidaires. Ils veulent quitter le tracé commun. Soit, mais ce sera sans retour possible. Essayer de ne pas mourir à nouveau du triptyque apocalyptique - viscéral enfer, rage déchiquetée, ultime noirceur - c’est tout ce que souhaitent les Européens de bonne volonté. Pour cela, un modèle : bibliothèque enchantée reliant tout ouvrage, exaltant chaque opportunité. Lire sous ce chêne aux bruissements apaisants : voilà la pause régénérante qu’il me faut avant d’aller dire ses vingt-sept vérités à ce dangereux Anglais venant infliger des coups au moteur européen : référendum obscène napalmisera le suant mal arrimé.
De l’autre côté du pont sans Manche, je dois subir les blagues de troufion du sinistre amuseur : ce yéti rigolard infecte la hutte audiovisuelle, nasse où un naze abêtit la masse hypnotisée par de péteuses existences obsédées par l’exhibition. Je peux enfin m’extraire grâce à une saoulerie affective intriquant nos trajectoires accidentées, mais oxygénant une ruralité.
Le vagabondage s’étoffe de visions improbables, telle celle près des fourrés : pénétration religieuse et tentations refoulées entretenues. Allez ! pour compléter la fresque, amène ta pitoyable hypocrisie intégrant les immondes prêtres pédocriminels ; ennuyeux barouf aux révélations bigrement accusatoires : réputation indubitablement niquée. Bouchez l’encens ! Du spirituel à l’économie, les perditions se répondent. Ainsi, pour Areva : notre nullité entrepreneuriale laisse agonisante une vaillante entreprise ruinée grièvement en opérations nucléaires. Agitez le goupillon…
J’avance pour la forme, déjà nauséeux, mais le pire m’attend avec cette fosse à purin en extension : au fond gigote l’immonde. Ce salopard aux lâches attentats heureusement arrêté, bien difficilement extradé, sentira les assises méthodiques de l’hexagone. Lui et d’autres, pas plus ragoûtants, viennent d’une matrice opérationnelle livrant en nombre barbares enragés et kamikazes prêts à se faire exploser. Je passe la nuit un peu plus loin, pour me chuchoter quelques songes.
Au matin, le signe d’une journée ensoleillée avec nos plats intensément enchanteurs : rire résolument en cuisinant ou foudroyer force enfumeurs tel ce théoricien aux ramifications intégristes qui radote, avec moult archaïsmes, des aberrations nauséabondes. Je le laisse, après l’avoir entarté, à sa pseudo docte conférence. Après le trou d’hier, je tombe nez à tas avec un monceau de pourritures argentées niant avoir magouillé : affairisme politique avec prévaricateurs en ribambelle salaude. Comment sortir de cet avilissement généralisé ? Certainement pas avec ce que propose le rassemblement improvisé dans les sous-bois. J’écoute leurs discours, j’observe leurs attitudes. Déception : la nébuleuse utopie, incertainement travaillée, déguisée en bond offensif : un théâtralisme impossible à mettre en œuvre. Tout près de cette bavarde réunion, un déjanté des villes se défoule : le caractériel arriéré saccageant son environnement urbain rageusement me laisse perplexe. Quel message à déceler ? Je devrais lui conseiller les incontinents nuages occupant nos divers aménagements terrestres immergés ou nettement saccagés : de l’humain à la nature, une vraie convergence dévastatrice.
Pour prendre le large et viser la prochaine clairière, rien ne vaut la musique du lutin génial : pop rock, intuitivement noués, copulent enfin. Cet univers de notes tranche avec le hérissement épique orchestré : honnir les assourdissants geignards aux uppercuts contre Hollande enlisé. Ça renifle le regroupement factice en cours de liquéfaction. Je m’amuse de leur parade faussée, mais regrette la laxative opposition interdisant toute réforme ambitieuse : vase aux insignifiances législatives contre lesquelles s’insurgent pourtant les frileux manifestants qui piétinent. Dans un recoin ombragé se démènent deux négociateurs pour trouver une issue à leur projet dont l’annexe, en forme de devise, n’est possible que pour l’une des parties au contrat : truander autrui favorise tes affaires précise l’addendum. Quel progressiste programme !
La marche au cœur réformateur oxygène nettement et, comme chaque fois depuis le début du cheminement, la purge sera mélodique. En l’espèce, une bien plus belle affaire : harponne une boule en rimes, ta musique orbitera, unissant nos inventives envolées rythmées. Bonheur transcendant que je peux associer aux images projetées sur une toile tendue qui parviennent à nous surprendre toujours en visant extraordinairement nos significatives peurs immergées et les balades extraterrestres rêvées génialement. Chapeau, les artistes…
Tout éprouvant que soient certains passages du chemin choisi, cela à l’avantage de ne pas sombrer dans l’artifice suprême d’un autre lieu visité naguère et pour lequel un bilan sévère s’impose : frime et stras transpirent ici, vérolant ainsi les déambulations empruntées. Croisette aux narcisses nantis et superficiels symbolise l’endroit.
Je cumule les kilomètres et les sombres personnages s’ajoutent. Ainsi, je ne peux adhérer à la conception du pouvoir de ce moustachu impassible qui, en religieux dirigiste opprime gravement : assombrissement national qui perdure suite à ses choix impardonnables. Derrière lui, des plaintes sourdes émergent du sol fraichement retourné…
En face, sur la berge démocratique, l’antre social se porte bien. Les emmerdeurs s’y nichent, déclarant inacceptable chaque avancée : tas contestataire gueulant toujours et encore. Ça lasse… d’autant que parmi eux se dresse le meneur, petit hargneux incitant les interminables protestations pour exister, moustachu arriviste rejetant tout initiative novatrice : extrémiste zinzin, pour résumer le furieux. On est là très loin de la jaillissante communication déroulée en couleur aux urbanismes xérographiques. On est tout juste dans le meuglement ressassé…
Après un temps de marche apaisante, une descente me fait passer à côté de quelque chose sans y prêter attention. Quelques mètres après, je m’arrête, pris d’un doute, me tourne vers cette forme et comprends à quoi j’ai affaire : un gars immobile, entièrement nu, peint en vert fougère, tente de se faire oublier. C’est bien lui, le député écUlogique nous infligeant sa bistouquette avec un prélude imposé négativement. Une sorte de DSKéquette inassumé. Je lui souhaite de ne pas croiser celui qui s’est forgé la réputation de mettre out : harangues athlétiques massivement engagées, dénonçant aussi les injustices et qui pulvériseraient le vert nabot.
Pas de quiétude pour aujourd’hui. Le son massif d’une foule bien identifiée me parvient, manifestation d’un engouement un rien outré : dopage encouragé, fric obscène où taper baballe attise la liesse, voilà ce qui perturbe mon parcours. Fréquemment dans leurs rangs, des hordes opérant ostensiblement : leur instinct guerroyant avilit notre société. De toutes parts, de quoi se dégoûter du monde. Ces déchaînements ludico-nationalistes rendent impuissante la juste orientation combattant odieuse xénophobie et qui expire, poignardée au cœur de l’Europe. Cela ne semble pas perturber la course qui se prépare deux mètres devant moi. Huit concurrents derrière la corde vont chacun verser dans la pesante rivalité individualiste menant aux indigestes racolages électoraux. Sans maître à aduler, l’épreuve devrait les départager.
D’un coup, les étoiles en rond tremblent et une portion conséquente au nord-ouest se détache et me flanque une gerbe référendaire au nocif divorce européen. Brutal rejet en travestissant assez grossièrement notre ensemble, c’est ce qui me vient à l’esprit lorsque je croise l’échevelé responsable de la rupture et dont l’incohérence politique révulse. Pour synthétiser l’énergumène et ses choix : brexit ourdi, renoncement imprévisible, son jeu opportuniste heurte. Non-sens où naufrager, mais lui s’en tire avec une pirouette. Son compère, nationaliste insulaire, grouine, excitant les fielleux au royaume angoisseux, guère européen. Duo infâme ! Je les regarde rejoindre le néant. Un visage qui m’est familier fait de même, le regard acéré d’une méthodique intelligence croyant hautement en la rectitude opérationnelle. Cette aspiration rayonnera durablement, espérons-le. Cela compensera un peu le délitement intellectuel des déserteurs de l’Europe.
Après une nuit agitée, un réveil cauchemardesque : j’apprends les crimes de l’abject terroriste tuant en nombre tellement atrocement. Témoignons aujourd’hui notre immense compassion endeuillée. Les heures lourdes s’écoulent et les détails du crime m’effondrent : lente avancée pour repérer où massacrer effroyablement ; nette accélération devant écraser, démembrer, ensanglanter sans arrêt. Nos glaçants linceuls accumulés infernalement sidèrent et la promenade devient caveau ouvert.
A quelques centaines de lieues de là, douze jours plus tard, la marche chancelante, je m’arrête devant un corps de blanc vêtu. Je demande aux badauds ce qu’avait bien pu faire ce père pour une telle sentence : juste arborer cette quiétude unificatrice et succomber héroïquement au monstrueux égorgement. « Luttons contre ces barbares ! » je hurle, submergé par une vague de représailles nucléaires pour en finir avec le dépotoir aux excréments criminellement haineux. Je suis alors pris d’un délire rageur, et lorsque le chemin se met à longer une plage, je fulmine en voyant s’exhiber en habits mouillés des bécasses utilement repérables. Kilos informes nous incommodant par leur dissimulation : seraient-ils offensés par notre regard ? Tout se brouille en moi, mais je me dégage des sables mouvants pour rejoindre notre bonne vieille terre ferme.
Le soir, près d’un feu de bois aux craquements reconstructeurs me vient cette réflexion : sans croyance handicapante, on peut entrevoir notre humanité aux urgences en représentation. C’est bien ce qui doit m’animer, en sage agnostique que je m’efforce d’être. A trop rester dans le brouhaha de l’insane actualité, j’en oublie les élans salutaires : modifier irrésistiblement ces habitudes en littérature, bariolant un trop ordinaire rêve. Voilà qui élève l’âme, mais brièvement.
Le lever se fait dans l’angoisse d’un paysage à la botte bouleversée. L’apocalyptique magnitude, aux tremblements ravageurs, italianise cet effroi. Il faut pourtant reprendre le trajet avec les indignes qui l’assombrissent. Ainsi cette entreprise qui, avec un lait acheté chichement, traite abjectement les interlocuteurs souffreteux. De même cette société qui doit subir la sanction politico-médiatique : abandonner lestement son territoire ostracise mécaniquement, et ce jusqu’à l’absurde. Une compagnie s’invite au bal des structures avec parures affriolantes : la mortifère organisation nie souiller abjectement nos terres optimisées. Du grand art de communication. Enfin, pour finir la tablée, signalons cette firme aux lourdes affaires fricotant avec rançonneur groupe ennemi qui se prétend Etat.
Je prends alors la bifurcation qui se présente mais d’autres scènes s’imposent, tout aussi désespérantes. Je découvre, stupéfait, le choix d’un personnage ayant occupé la première place de la commission européenne et qui ose une bancaire abjection ralliée, reniant outrageusement ses obligations morales. Il intègre, sans sourciller, l’établissement qui génère opportunément la délinquance mercantile, aux notables salauderies, avec captations hermétiquement suspectes. Je voudrais me distraire de cet univers puant. Je cède alors à une pécuniaire opération kidnappant évidemment mes occupations nigaudes : gesticulations obéissantes auxquelles je mets très rapidement un terme par l’écoute de celle qui sait s’élever contre la miséreuse ère : radieux engagement transformant en résolution efficace ses aspirations. Un parcours exemplaire que le sien.
Via cette transcendance, le chemin me révèle une temporalité intuitivement merveilleuse balisant un royaume ténu où nicher. Je m’assoie et assiste à l’envol vertigineux avec grâce : rôles enchantés en noblesse jusqu’à enhardir la limpide attraction pour une révélation nimbée en lumineuses lévitations. Une pure poésie que ces projections insatiables en rêves rayonnants, en tournages cinématographiques humainement expertisés rendant nos interviews affectueuses. Je dois prolonger de si rares moments, mais très vite le satané réel reprend ses droits.
Le hasard de la balade me fait tomber sur une scène révélatrice de l’époque et du penchant malsains des téléspectateurs et auditeurs. Juxtaposer un nettoyage gendarmé lourdement et des effervescences certainement audiovisuelles les abreuve : infecte sensationnalisme qui se systématise. Il reste pourtant du journalisme d’investigation de qualité consistant à épingler les impunités suspectes en livrant un combat efficacement télévisuel tout à l’honneur d’un service public par contraste avec une chaîne privée d’information et ses insolubles tensions érigeant les éreintements en gestion inhumaine.
Près d’une mare, un pavé va précipiter la chute du Président trop bavard : Ubu ne peut rendre élégantes ses incontinentes déclarations. En ne taisant nul épanchement, des énormités vachardes ridiculisent avec insistance ton pouvoir assurément sans dents : inexcusables rots élyséens, calamiteux aboutissement à l’horizon. Cette avalanche de prosaïques révélations incite à sortir du chemin et à s’enfoncer au hasard d’un lyrique effleurement ombrageant nos arts rêveusement dans ces orages hantés et nourriciers qui me conduisent vers une héroïque extraction nommée déradicalisation autoréalisée : avancer, yeux alertes, réveil incisif. Une belle âme croisée au détour du passage buissonnier. Au hasard des rencontres à l’écart des balises, j’étoffe mon affolante rubrique : coccinelle en luron glacial opine, traçant l’irrésistible bande si vivement dessinée. Là, au moins, la folie s’assume comme un contre univers n’ayant pas la dangereuse prétention de remplacer les complets gris au pouvoir, au contraire des cinq bidonnantes étoiles pour pitre europhobe : grave rage inconséquente légitimant les outrances et ouvrant la voie à l’esbroufe politique parée du verni de la dérision. Certes, nous sommes encore loin de l’apocalypse létale en pire, mais le détricotage de l’UE n’augure rien de constructif.
A une encablure de là, comme une incongruité juridique qui voudrait voir des feuilles en hiver, la Cour de justice de la République se lâche : culpabilité hémiplégique rendue incompréhensible, sanction totalement indolore, négligence effaçant les abus générés avec ribambelle d’euros. Depuis la chiraquienne promulgation sans application, on n’avait pas eu une telle loufoquerie d’un droit de plus en plus de travers.
Pour nous rappeler la persistance d’une ligne barbare, l’attentat de Berlin saigne à nouveau le continent. Face aux criminels terroristes, l’irréductible combat humaniste bâtit irrésistiblement notre Europe, illumine notre bien essentiel : résistante liberté ici négociable en rien. Se souder dans l’adversité, voilà ce qui doit justifier la poursuite de notre construction politique.
La fin de la promenade révèle diverses disparitions, hécatombe chez les artistes. Parmi elles mon intimiste cinéma hésite entre lascivité et mystère : oser regarder Gabin avant nirvana demeure une scène mythique. Un signe que grandir en Older régénère : généreuse expression musicale imprégnant cette hardiesse assumée et libertine, tout comme perdurera l’œuvre d’un monarchiste indécrottable, ce hussard  expérimente les destinations éloignées, oasis narrées en délicatesse.
Au bout du chemin, qui sera naturellement prolongé pour 2017, je perçois deux silhouettes qui se tiennent la main. D’un côté, une devanture oxydée noircissant avec lourdeur des temps régressifs : une malfaisance politique. De l’autre une virilité liberticide assoiffée d’influences mondiales ; intérêts russes préservés obstinément ; unilatéralisme testant intelligemment nos errements.

Pas bien rassurant, le couple : doit-on vraiment leur souhaiter une belle année ?


Trombacrostweet 2016 - seconde partie

4 commentaires:

  1. Irassi ABIGNY16:31

    Dans « M'en allant promener... », Decrauze livre une œuvre protéiforme qui s'apparente à une odyssée poético-politique, un journal de marche à la fois physique, mental et citoyen.

    Sous la métaphore de la flânerie bucolique (évoquant la comptine populaire "M'en allant promener... / J'ai trouvé un grand chêne"), l'auteur traverse en réalité le paysage dévasté de l'actualité de l'année 2016. La grande réussite littéraire de ce texte réside dans sa capacité à faire fusionner la tradition du flâneur satirique (de Rabelais à Céline) avec une prose poétique d'une grande densité métaphorique.

    Voici les axes majeurs qui font la valeur littéraire de cet imposant vagabondage.

    1. La poétique de la marche comme traversée du chaos
    Le texte est structuré par le rythme des pas du marcheur (« J’accélère le mouvement des jambes », « Ma route est encore longue », « Je cumule les kilomètres »). Mais le chemin campagnard se transforme très vite en un parcours d'obstacles moral et intellectuel.

    La prose est constamment traversée par des poussées lyriques et champêtres qui viennent se heurter brutalement à la laideur du monde contemporain. L'auteur crée une atmosphère de pèlerinage profane où la nature offre de courtes parenthèses salvatrices (la « pause régénérante [...] sous ce chêne aux bruissements apaisants », la « marche au cœur réformateur ») immédiatement interrompues par la résurgence de la barbarie ou de la bassesse politique.

    L'écriture traduit cette tension spatiale par une syntaxe en constante rupture, où les phrases longues et sinueuses miment l'effort de la marche avant d'achopper sur une exclamation ou une rupture de ton.

    2. Le choc des registres : une langue carnavalesque
    Decrauze déploie une langue remarquablement inventive, caractérisée par la cohabitation permanente du très haut et du très bas — un procédé digne de la grande tradition de la satire pamphlétaire :

    L'alliage du vocabulaire clinique et de la trivialité : L'auteur associe une précision conceptuelle abstraite (« essentialités glosées », « temporelle intuitivement merveilleuse », « hémiplégique ») à une verve rabelaisienne ou argotique (« au rond de cuir respectif [...] pour leur fondement », « les enragés », « la bistouquette », « la hutte audiovisuelle »).

    Les néologismes et collages verbaux : Le texte regorge de créations verbales et d'images hybrides saisissantes : « le triptyque apocalyptique », « les urbanismes xérographiques », la « DSKéquette inassumée », ou encore les « bavardes réunions ».

    L'invention métaphorique : La prose poétique atteint des sommets d'efficacité plastique lorsque l'auteur matérialise les concepts : la crise des réfugiés devient une « fosse à purin », la démagogie un « avilissement liberticide », et la ferveur aveugle une « kalachnikov badigeonnée au religieux ».

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  2. Irassi ABIGNY16:32

    3. Une esthétique du tableau et du « cut » cinématographique
    Plus qu'un simple récit, ce vagabondage fonctionne comme une galerie de portraits grotesques et de scènes d'histoire immédiate. Decrauze utilise le procédé du « cut » cinématographique : au détour d'un virage, d'un buisson ou d'une clairière, surgit une figure de l'époque.

    On y croise tour à tour :

    Le terroriste et la violence brute (les tueries, l'attentat de la Promenade des Anglais ou de Berlin), dépeints avec une fureur tragique qui tranche avec le reste du texte (« nos glaçants linceuls accumulés »).

    Les figures politiques ridiculisées en petits comédiens d'un théâtre d'ombres (l'orateur aux « thèses prémâchées », le « moustachu arriviste », le politicien « nu, peint en vert fougère »).

    Le cynisme économique et médiatique (les cadres d'Areva, le banquier de Goldman Sachs, la télé-poubelle).

    Mais l'esthétique du texte ne s'épuise pas dans la charge : elle trouve son équilibre dans de sublimes îlots d'art et de beauté. La poésie de Decrauze rend un hommage vibrant à ce qui « sauve » le marcheur : la musique de George Michael (Older), l'univers Pop Art d'Andy Warhol, le cinéma de Jean Gabin, ou la contemplation d'une toile tendue sous les étoiles.

    4. La métamorphose de l'acrostweet en prose sous-jacente
    Si l'on scrute la facture même des phrases, la véritable prouesse stylistique tient à la fluidité de l'intégration des acrostweets.

    Là où la prose verticale impose habituellement une scansion hachée, mot par mot, Decrauze parvient ici à dissoudre la contrainte formelle dans un flux verbal continu. Les formules autrefois dressées comme des stèles (« Lente / Avancée / Pour / Repérer... » ou « Juxtaposer / Un / Nettoyage... ») deviennent les maillons d'une grande phrase poétique horizontale. L'armature architecturale se fait invisible pour ne laisser paraître que le muscle et la chair du récit.

    En somme, « M'en allant promener... » est un bilan de fin d'année poétique et moral. C'est le carnet de bord d'un observateur lucide qui, face au spectacle d'un monde au bord de la rupture (Brexit, attentats, populismes, crise écologique), choisit de ne pas céder à la résignation. Par la seule force de sa langue — tour à tour vengeresse, mélancolique, ironique et lumineuse —, Decrauze transforme la noirceur de l'actualité en un grand morceau de bravoure littéraire.

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  3. Infinity AHEAD16:47

    La force du texte ne tient pas aux acrostweets cachés. Elle tient à la manière dont il transforme l’actualité de 2016 en marche intérieure.

    1. Une écriture du vagabondage comme filtre politique

    Le titre dit tout : on ne manifeste pas, on se promène. Le « je » avance au pas, rencontre, trébuche, repart. C’est une structure picaresque moderne.
    Du coup l’actualité n’est plus traitée par thème, elle est traitée par collision. Un jour il croise Dylan et Laurette, trois lignes plus loin « les enragés d’une déraisonnable invention » c’est-à-dire le terrorisme. Puis Warhol, puis « le petit hargneux », puis Areva.
    Cette juxtaposition brutale est le cœur poétique. Decrauze refuse la hiérarchie de l’info. Dans sa promenade, le référendum du Brexit a le même poids qu’un « bonhomme à la gouaille ». Le tragique côtoie le trivial sans crier. D’où cette impression de vertige : on a l’impression de lire son fil Twitter intérieur, sans filtre.
    Le style épouse cette fatigue : phrases longues, accumulations, virgules qui s’enchaînent comme des pas. « Atla ! atla ! » lancé au milieu du texte donne le rythme : il faut tenir, même à bout.

    2. La langue : entre allégorie et charge pamphlétaire

    Decrauze travaille à deux niveaux en permanence.
    Premier niveau : la métaphore filée du chemin. Le « chemin régional élargi d’un coup de baguette administrative », le « pont sans Manche », la « clairière », la « fosse à purin ». Le monde devient paysage. C’est ce qui sauve le texte de la simple chronique. Il y a une vraie poésie du déplacement : « le baluchon en vrac et les godasses qui bâillent », « baume au cœur du créatif ».
    Second niveau : la charge. Et là la langue se tend, devient tranchante, jouissive. Il n’attaque jamais frontalement. Il décrit : « un avilissement liberticide lubrifiant aux hurlements outranciers une addictive kalachnikov badigeonnée au religieux ». L’allitération en k, l’adjectif « badigeonnée », transforment l’horreur en objet répugnant, presque visuel.
    Il aime les néologismes assassins : « DSKéquette », « napalmisera le suant mal arrimé » pour le Brexit, « délitement intellectuel des déserteurs de l’Europe ». C’est du Rabelais croisé avec du Desproges. Vulgaire et lettré à la fois.

    3. Le ton : lucidité désenchantée et sursauts d’espoir

    2016 est l’année des coups. Nice, le Brexit, la jungle de Calais, les attentats, la primaire, Trump qui arrive. Le texte est traversé par ça.

    On sent trois états d’âme qui reviennent :
    L’écœurement : « De toutes parts, de quoi se dégoûter du monde ». Les passages sur les prêtres pédocriminels, Areva, les magouilles politiques sont brefs, secs, nauséeux.
    La résistance par la culture : dès que ça va trop mal, la musique revient. Dylan, « le lutin génial : pop rock », la « purge mélodique », Gabin, le cinéma. La culture est le seul abri. « Lire sous ce chêne aux bruissements apaisants : voilà la pause régénérante ».
    Une Europe obstinée : malgré tout. Le passage sur l’orateur « humanisant notre – branlante – Europe » est touchant parce qu’il est au conditionnel. Il veut y croire. La fin sur « résistante liberté ici négociable en rien » est un serment.

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  4. Infinity AHEAD16:47

    Ce n’est pas un recueil d’acrostweets. C’est une tentative de tenir ensemble. Techniquement, Decrauze réussit un tour de force : fondre le pamphlet, la poésie et le journal intime sans que l’un écrase l’autre. Il n’y a pas de posture de donneur de leçons. Le « je » est faillible : il fuit, il se trompe de chemin, il a « un délire rageur » devant les « bécasses en habits mouillés ».
    Littérairement, le texte tient parce qu’il accepte le laid. Il ne lisse rien. Les « uppercuts contre Hollande enlisé », les « cinq bidonnantes étoiles pour pitre europhobe », la « culpabilité hémiplégique » de la CJR : c’est cru, mais c’est vivant.
    Et puis il y a la fin. Après 10 pages de décombres, il voit « deux silhouettes qui se tiennent la main » : Trump et Poutine. « Pas bien rassurant, le couple : doit-on vraiment leur souhaiter une belle année ? » On repart de là. La promenade ne conclut pas, elle s’ouvre sur 2017.

    M'en allant promener... » est le texte où Decrauze invente sa forme longue. Il garde la morsure de l’acrostweet, mais il lui donne de l’air, du corps, des détours. C’est moins un texte politique qu’un texte sur comment continuer à marcher quand le monde s’effondre par morceaux.

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